Texte intégral
SERGE CIMINO
Bonjour Madame la ministre. Merci de passer ce matin sur le plateau de France Info. Alors, avant d'évoquer la crise qui touche les Français avec les conséquences de la crise au Moyen-Orient. Emmanuel MACRON, à Chypre hier, a dit qu'il arrêterait la politique après 2027. Alors, simple question est ce que vous y croyez ?
MARINA FERRARI
Écoutez, moi, je n'ai pas de raison de remettre en doute la parole du président de la République. Et puis, je pense qu'il y a d'autres formes d'engagement possibles et je souhaite que le président puisse continuer à s'engager peut être d'une autre manière.
SERGE CIMINO
Comme on aimait à le dire ici, tout est politique, donc on verra bien comment ça se concrétise après 2027. Alors, je le disais, la crise au Moyen-Orient continue. Alors bien sûr, il y a des cessez-le-feu, mais pour autant le prix des carburants n'a pas bougé. En tout cas, il ne cesse de monter. Le Premier ministre a dit qu'il fallait geler à peu près 6 milliards d'euros de dépenses, 4 milliards pour le budget de l'État et 2 pour la Sécurité sociale. Est-ce que vous trouvez que la réponse du gouvernement sur ces aides ciblées pour des professions qui sont atteintes par la hausse des prix du carburant est la bonne ? Est-ce que ça ne décourage pas les Français de consommer ?
MARINA FERRARI
Je pense que c'est la bonne réponse parce que, vous l'avez rappelé, nous avons un contexte budgétaire qui est contraint, tout le monde le sait maintenant et je crois qu'il faut que nous allions justement cibler les personnes qui en ont le plus besoin aujourd'hui. Vous l'avez vu, nous avons prolongé des mesures sectorielles concernant, aujourd'hui, des professions qui ont des besoins de consommation.
SERGE CIMINO
Il y avait 70 millions d'euros en avril. On parle de 170 millions.
MARINA FERRARI
180 millions d'euros même, on élargit, nous prolongeons des aides sur les pêcheurs, sur les agriculteurs, sur les transporteurs. Nous augmentons ces aides et puis, également sur les gros rouleurs, vous le savez, 3 millions de nos concitoyens qui vont être aidés, bien évidemment, sous condition de revenus. Mais je crois que c'est important de pouvoir apporter une réponse qui soit la plus proche possible des besoins de ceux qui en ont le plus besoin.
SERGE CIMINO
On dit que le "Quoi qu'il en coûte" est terminé, mais est ce qu'entre le "Quoi qu'il en coûte" des années Covid et ces aides ciblées, il n'y a pas un juste milieu ? Parce que le risque pour les finances de l'État, c'est que si les Français consomment moins, ça peut faire moins de TVA, moins de recettes fiscales et créer de toute façon une crise budgétaire.
MARINA FERRARI
C'est précisément ce que nous sommes en train de faire. Quand vous dites qu'il y a un juste milieu, nous sommes en train de cibler les personnes qui en ont le plus besoin ou les professions qui sont les plus exposées pour ne pas gripper la machine économique, pour permettre à nos concitoyens de continuer à aller travailler. Mais vous avez raison de souligner que nous avons d'ores et déjà des baisses de recettes liées aux carburants. Ce qui me permet de rappeler que tous ceux qui voulaient nous faire croire que l'Etat allait s'enrichir dans cette période, eh bien aujourd'hui, la situation démontre que c'est faux. Donc, nous sommes présents, mobilisés au plus proche de nos concitoyens qui en ont besoin. Pour autant, nous faisons vraiment ces mesures ciblées parce qu'il faut aller là où les gens en ont le plus besoin.
SERGE CIMINO
Alors, on dit que dans les cartons du Gouvernement, il y a un décret pour contrôler la marge des distributeurs. Pourquoi il n'a pas été sorti ? On attend toujours parce que la crainte du Gouvernement, c'est que cette crise dure, elle dure. Est-ce que ce décret va sortir pour contrôler la marge des distributeurs, même si ça ne devrait pas beaucoup faire baisser le prix du carburant ? Et pourquoi le Premier ministre attend ? Vous devez le savoir.
MARINA FERRARI
En fait, vous le voyez bien, nous sommes en train d'adapter les mesures au fur et à mesure de l'évolution de la crise. L'idée, c'est bien, aujourd'hui, de pouvoir répondre en fonction des besoins et d'une manière, nous l'avons dit plusieurs fois, la plus pertinente possible. Donc, nous préparons toutes les hypothèses. Elles sont, aujourd'hui, sur la table du Gouvernement pour travailler, mais nous adaptons vraiment nos réponses en fonction de l'évolution de la crise.
SERGE CIMINO
On parle budget puisque certains demandent une loi de finances rectificative où le Gouvernement dit non. En revanche, on prépare le budget 2027 et les sports ont été les plus malheureux ces derniers temps. Après les Jeux olympiques, une première baisse en 2025, une nouvelle baisse en 2026 à peu près de 7 %. Vous craignez que le budget 2027 soit du même acabit alors qu'il y a des Jeux Olympiques à organiser. Les sports, ce n'est pas le, comment dire, l'élément moteur d'un budget pour le Gouvernement.
MARINA FERRARI
D'abord, ce que je voudrais rappeler, c'est que les sports ont une vocation essentielle. C'est une politique publique qui coûte peu mais qui rapporte beaucoup. Je rappellerai, aujourd'hui, que le coût de l'inactivité en France, il est chiffré, vous le savez, c'est plus de 190 milliards d'euros estimés, et on sait qu'aujourd'hui, un euro investi dans sport nous permet tout de suite d'économiser en dépenses diverses sociales ou de cohésion sociale, par exemple, 13 milliards. Enfin 1 euro investi, 13 euros économisés. Donc, c'est vous dire si c'est important de maintenir cette politique publique qui socle, je dirais. Moi, ce que je note, c'est que bien évidemment, vous l'avez dit, nous avons des contraintes budgétaires. Le sport a pris sa part, comme les autres ministères. Dans cette phase d'économies, il y a besoin, si on veut. En revanche…
SERGE CIMINO
Le niveau scolaire, le haut niveau. Il y a besoin d'argent.
MARINA FERRARI
Nous avons une baisse qui a été assez faible comparativement à d'autres secteurs et je tiens à souligner d'ailleurs l'engagement du mouvement sportif à nos côtés.
SERGE CIMINO
C'est moins 30 % sur deux exercices budgétaires quand même.
MARINA FERRARI
Alors attention, il faut remettre, ce n'est pas moins 30 % en deux exercices budgétaires, parce qu'il ne faut pas oublier que nous avons d'autres ressources, les taxes affectées notamment, qui nous permettent, qui ont augmentés de 80 millions d'euros je vous rappelle sur les deux exercices.
SERGE CIMINO
Moins sept pour 2025…
MARINA FERRARI
Moins sept sur la totalité du portefeuille et la totalité.
SERGE CIMINO
50 millions à peu près en moins.
MARINA FERRARI
Voilà, c'est ça. Mais il faut regarder aussi d'où nous venons, puisque vous le savez, que depuis 2017, nous menons une politique très offensive en matière de développement du sport et de soutien à la jeunesse ou à la vie associative, puisque je vous rappelle que depuis 2017, le budget du sport, lui, il a augmenté de plus d'un tiers.
SERGE CIMINO
Oui mais comprenez que l'effet post-J.O. a été dévastateur parce qu'on se glorifiait à juste titre d'avoir réussi l'organisation, d'avoir plus de médailles. Et derrière, on dit : "Bon bah c'est bon, on baisse le budget". C'est ça aussi qui fait que… La politique c'est texte, contexte et sous-texte.
MARINA FERRARI
Vous l'avez on va faire le sous-texte. Vous l'avez rappelé, il y a donc le budget J.O. Et donc les J.O. de Paris sont passés, comme vous le savez. Donc, c'est vrai qu'il y avait toute une enveloppe qui était dédiée aux Jeux Olympiques et paralympiques de Paris 2024. Là, nous préparons à nouveau des Jeux Olympiques à la Maison pour les Alpes 2030. Et bien évidemment, nous avons commencé à inscrire en 2026 une première ligne budgétaire qui va monter en puissance jusqu'à 2030. Donc, le même effet que nous avons connu pour préparer Paris, nous devrions le reconnaître à nouveau pour préparer les Alpes 2030. Et puis, je rappellerai qu'en matière de haute performance, nous avons maintenu les budgets et donc, nous l'avons vu sur les Jeux de Milano Cortina, puisque vous avez vu que nous avons battu un record de médailles. Donc, preuve que, en matière de développement à la fois de la pratique et de soutien au niveau, nous continuons à être très offensifs.
SERGE CIMINO
Remercions le biathlon au passage. Vous parliez de J.O, des J.O. des Alpes 2030. Pardon, mais alors la gouvernance, on n'y comprend plus rien. On apprend qu'il y a des problèmes de site. Par exemple, je crois que Paris veut accueillir le hockey sur glace. Est ce qu'on est vraiment dans les conditions idéales pour réussir cette échéance ? Quatre ans, c'est court pour organiser des jeux. Qu'est-ce que vous dites de cette gouvernance ? On ne comprend rien. Edgard GOSPIRON est toujours là, mais pour le reste, ça démissionne à tout va.
MARINA FERRARI
Alors on a quand même beaucoup progressé. C'est vrai qu'on a eu des grosses difficultés.
SERGE CIMINO
Heureusement.
MARINA FERRARI
Il ne faut pas les cacher, il y a eu des difficultés de gouvernance au sein du comité d'organisation. Il ne vous aura pas échappé que depuis, les choses sont en train de rentrer dans l'ordre puisque d'abord, il y a eu une mission qui a été faite sur justement pour reposer le cadre de la gouvernance. Ensuite, nous avons, nous, mené une inspection générale pour revoir les process internes au COJOP aujourd'hui. Et puis, vous savez que nous avons nommé le préfet Michel CADOT pour aider justement à mettre en œuvre cette gouvernance. Donc aujourd'hui…
SERGE CIMINO
Donc, ça veut dire que c'était nécessaire.
MARINA FERRARI
Cela veut dire qu'il y a eu des secousses au sein du COJOP. Il faut, il ne faut pas le nier. Mais vous le savez, le Comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques, ce qui a peut-être un peu manqué, c'est qu'on n'a pas eu le temps de se structurer autour d'un comité d'organisation qui a peut-être permis, dès la phase de candidature, de structurer les choses. Nous sommes en train de rattraper ce retard avec une gouvernance qui commence à être posée sur... Qui est posé aujourd'hui sur de bons rails. Nous attendons, vous le savez, le recrutement d'un futur ou d'une future directrice ou directeur général qui devrait arriver dans les prochains jours. Et aujourd'hui, tout est remis pour que nous puissions nous projeter sereinement vers l'avenir. Je vous rappelle que le COJOP, aujourd'hui, c'est un peu plus de 170 personnes. À terme, cela va être presque 2 000 personnes. Donc, vous voyez qu'on a un enjeu, aujourd'hui, de montée en puissance de la structure et ça grossit vite. Il y a des process à mettre en place. Et donc aujourd'hui, on a mis toutes les choses dans le bon ordre pour permettre que les choses se structurent correctement.
SERGE CIMINO
La France sera prête pour 2030 ?
MARINA FERRARI
Je n'ai aucun doute.
SERGE CIMINO
Très bien. Alors il y a un autre sujet qui concerne les Jeux Olympiques, mais cette fois ci de Los Angeles. On a appris à la fin du mois de mars que le CIO allait imposer les tests de féminité. Je vais dire la déclaration du CIO : "L'admissibilité à toute épreuve féminine des Jeux olympiques est désormais réservée aux personnes de sexe biologique féminin, c'est-à-dire non porteuses du gène SRY, qui déterminent la présence d'un être humain du chromosome Y et donc, des caractéristiques mâles. Je sais que vous y êtes opposé mais que peut faire le Gouvernement français ? Ça s'impose à tout le monde.
MARINA FERRARI
Déjà, je vais expliquer pourquoi nous y sommes opposés. Parce que c'est un retour en arrière. Certains s'en défendent mais c'est une réalité. Je rappelle que ces tests.
SERGE CIMINO
Ça fait 30 ans que ça avait été abandonné.
MARINA FERRARI
Absolument, ça a été abandonné en 1999 précisément parce que la communauté scientifique, en plus, remettait en cause la pertinence de ces tests. Aujourd'hui, qu'est-ce qui va se passer ? Clairement toutes les femmes, toutes les athlètes devront produire un test prouvant qu'elles sont bien femmes. Donc, là, on assiste bien à…
SERGE CIMINO
Toutes les athlètes.
MARINA FERRARI
Toutes les athlètes féminines devront présenter ce test. Ça veut dire qu'on est sur une forme de discrimination. On ne va pas demander à ces messieurs de produire un test de masculinité. Donc, on voit bien les distorsions, alors, je vois bien qu'on vise une certaine catégorie d'athlètes. Ce que je voudrais dire, aujourd'hui, c'est que, moi, je pense avant tout à mes athlètes françaises. Je vous rappelle que les lois bioéthiques en France, interdisent les tests génétiques.
SERGE CIMINO
Ce n'est qu'à des fins médicales en France.
MARINA FERRARI
Ce n'est qu'à des fins médicales ou à des fins judiciaires, je le rappelle. Et donc, nous sommes, aujourd'hui, dans une impasse. Et on n'a eu aucune mesure de l'impact de ces tests. Je m'explique. Vous pouvez, aujourd'hui, avoir des personnes intersexes qui ignorent qu'elles ont une anomalie génétique et qui vont le découvrir sur un test. Et puis moi, je m'interroge aussi sur la validité de ces tests. Puisqu'aujourd'hui, ils sont interdits en France. Ça veut dire que des athlètes vont mettre le petit bâtonnet dans la bouche par la Poste et puis vont aller se faire tester ailleurs. Et puis ces tests, enfin, ils ont un coût. Ils ont un coût de plusieurs centaines d'euros. Qui va payer le coût ? Est-ce que c'est le CIO qui va payer le coût ? Je ne pense pas. Les fédérations internationales ? Je ne pense pas. Les fédérations nationales ? Je ne pense pas. L'État ? Moi, je ne vais pas financer des choses qui sont illégales sur le territoire français. Donc aujourd'hui, moi, je pense aux athlètes. Il va falloir que nous essayons de trouver des solutions. Mais aujourd'hui, en tout état de cause, elles contreviendraient aux droits français. Donc c'est une difficulté. Donc pour ce faire, pour essayer de trouver quand même des voies pour nos athlètes, puisque c'est elles qu'il faut avant tout protéger et rassurer, j'ai donc décidé de mettre en place un observatoire qui avait été proposé, vous le savez, par le rapport du professeur TOUSSAINT il y a quelques années, qui avait été remis à une de mes prédécesseurs, à Marie BARSACQ, et qui avait été commandée par Amélie OUDÉA-CASTÉRA. Et ce rapport, donc sur proposition du CNO également, nous allons mettre en place cet observatoire. Donc une mission de préfiguration a été commandée au professeur TOUSSAINT pour essayer de trouver des voies pour au mieux accompagner nos athlètes.
SERGE CIMINO
Alors, il nous reste une minute. Il y a une proposition de loi qui va arriver à la mi-mai à l'Assemblée nationale. Qui a pour but de réformer le sport professionnel, mais précisément le football professionnel, avec peut-être la disparition de la ligue football professionnelle, et le piratage de ceux qui ne veulent pas payer les droits aux plateformes. Qu'est-ce que vous en attendez de ce texte ? Qu'il soit effectivement une réelle réforme du foot professionnel, ou est-ce que c'est, je dirais, une petite rustine dans un monde qui ne tourne pas très bien en France ?
MARINA FERRARI
Ce texte, il est extrêmement important, il porte sur quatre volets. Vous l'avez dit d'abord, une réforme de la gouvernance du football français, qui ne conduira pas à une disparition de la ligue, mais à une réorganisation des choses. Le deuxième point, c'est la structuration du sport féminin français, et ça c'est important puisque, aujourd'hui, une société de club pourra avoir deux structures de sous féminin et masculin, et ça c'est important pour le développement du sport pro-féminin. Un troisième volet qui vise à rétablir le rôle et les prérogatives du ministère, dans les relations entre ligues professionnelles et fédérations. Et puis enfin, un point qui est essentiel aujourd'hui, vous savez qu'on a une difficulté économique sur le sport professionnel français, c'est bien évidemment la question des droits médias, et donc, du piratage, puisqu'aujourd'hui, entre la culture et le sport, on estime que les pertes sont de l'ordre de plus de 1,5 milliard. Donc, si vous dire si c'est important que nous puissions avancer rapidement sur ce texte, et je remercie tous ceux qui se sont mobilisés pour que nous puissions l'inscrire rapidement.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 avril 2026