Interview de Mme Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l'énergie, porte-parole du Gouvernement, à France Info, sur le risque de pénurie de carburant, les aides de l'État aux entreprises impactées par la hausse du prix de l'essence, le rapport sur l'audiovisuel public et les candidats à l'élection présidentielle 2027.

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Intervenant(s) : 

Média : France Info

Texte intégral

AGATHE LAMBRET
Bonjour Maud BREGEON.

MAUD BREGEON
Bonjour à tous les deux.

AGATHE LAMBRET
Merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour Paul BARCELONNE.

PAUL BARCELONNE
Bonjour à tous.

AGATHE LAMBRET
Le blocage du détroit d'Ormuz continue. Et avec lui, ses conséquences, notamment des prix du carburant, toujours trop élevés. Et pas seulement. Le patron de TotalEnergies, Patrick POUYANNE, alerte sur un risque de pénurie si rien ne change d'ici 2, 3 mois. Est-ce un scénario auquel le Gouvernement se prépare, Maud BREGEON ?

MAUD BREGEON
Écoutez. Je vais être très claire ce matin. Il n'y a, à l'heure où on se parle, aucun risque de pénurie : aucun risque de pénurie sur l'essence, aucun risque de pénurie sur le diesel, aucun risque de pénurie sur le kérosène, pour les semaines à venir.

AGATHE LAMBRET
Pourquoi le patron de Total dit-il cela ?

MAUD BREGEON
Ce matin, environ 4 % des stations-services ont une difficulté sur au moins un carburant. Ça correspond à la norme en temps de paix, si vous me permettez cette expression. Maintenant, est-ce qu'on suit la situation jour après jour, depuis le début de la guerre en Iran ? La réponse est évidemment oui. Et personne ne sait aujourd'hui lire dans le marc de café et dire ce qu'il adviendra de cette situation dans quelques mois.

AGATHE LAMBRET
Mais donc, vous ne vous préparez pas à ce scénario ? Parce que vous avez quand même le patron de Total-Energies, Patrick POUYANNE, qui sait un peu de quoi il parle, qui parle d'un risque de pénurie.

MAUD BREGEON
Je vais vous répondre.

AGATHE LAMBRET
Vous vous dites "C'est faux".

MAUD BREGEON
Il n'y a pas de risque de pénurie à l'heure où on se parle. Nous avons des stocks stratégiques : 100 millions de barils. Nous en avons libéré moins de 2 %. Nous avons donc encore plus de 3 mois de stock pour pallier d'éventuelles difficultés d'approvisionnement. Et contrairement à certains pays, qui font face à des difficultés d'approvisionnement, nous avons largement diversifié nos approvisionnements. Notre pétrole vient des États-Unis. Notre pétrole vient, en partie, d'Afrique. Et nous sommes bien moins dépendants du Moyen-Orient que ceux que peuvent l'être, par exemple, certains pays d'Asie.

PAUL BARCELONNE
Vous dites 3 mois de stock stratégique. Cela nous mène à l'été. Le calcul est facile à faire. Est-ce que l'on va passer l'été, tenir et avoir de quoi tenir jusqu'à l'été ?

MAUD BREGEON
Nous ne sommes pas dans une situation, aujourd'hui, où nous puisons massivement dans nos stocks stratégiques. Ce que je dis, c'est qu'en cas de grandes difficultés, on aurait des stocks. Et c'est normal. Il y a des stocks qui sont entretenus, qui sont suivis quotidiennement. Et c'est tout à fait légitime. Pour autant, aujourd'hui, par exemple, pour le mois de mai, les distributeurs que l'on rencontre chaque semaine ne nous remontent pas de difficultés d'approvisionnement.

AGATHE LAMBRET
Maud BREGEON.

MAUD BREGEON
Donc, je crois que là encore, pour terminer…

AGATHE LAMBRET
Ce que dit le PDG de TOTAL, c'est faux ?

MAUD BREGEON
Ce que je dis, et l'État est dans son rôle, c'est que nous suivons la situation jour après jour, qu'aujourd'hui, nous n'identifions pas de risques de pénurie, que nous avons des stocks, et que, par ailleurs, il n'est pas…

PAUL BARCELONNE
Vous semblez quand même très formelle là-dessus, alors que votre collègue, ministre de l'Économie, dit : "On se prépare à tout". Un petit peu différent.

MAUD BREGEON
Écoutez. J'ai écouté Roland LESCURE avant de venir, qui dit la même chose que moi : à ce stade, il n'y a pas de risque de pénurie. Maintenant, le vrai rôle de la France, c'est ce qu'on fait à l'international, c'est le travail qui est mené, l'initiative du Président de la République, pour libérer le détroit d'Ormuz, ce qui est la seule façon de pallier tout risque sur les volumes, mais surtout sur les prix. On va ensuite parler des prix, mais ce qui se passe aujourd'hui au détroit d'Ormuz, ça impacte les Français. On le voit sur le prix à la pompe. Et donc, c'est aussi à ça qu'on doit répondre.

AGATHE LAMBRET
Mais ça fait deux mois que le détroit d'Ormuz est bloqué, et pour l'instant, on ne voit pas de solution diplomatique très claire.

MAUD BREGEON
Mais vous ne voyez pas de risque de pénurie non plus, Agathe LAMBRET.

AGATHE LAMBRET
Il y a un sujet qui préoccupe notamment les compagnies aériennes, c'est le kérosène, dont elles ont besoin pour les avions. À l'approche de l'été, des grands départs en vacances, des vols ont été annulés ces derniers jours. On écoute Jean-Pierre MAS, le président de l'organisation des entreprises du voyage, au micro de France Info.

JEAN-PIERRE MAS, PRÉSIDENT DE L'ORGANISATION DES ENTREPRISES DU VOYAGE
Aujourd'hui, ce que l'on entend des compagnies aériennes, c'est que le kérosène, qui représente 25 % du prix d'un billet d'avion, en représente 40 %, ce qui a donné lieu à des augmentations de prix. Et ce que l'on entend de certaine, c'est qu'il pourrait y avoir, en cours d'été, une pénurie de kérosène si la situation s'aggravait. Il y a globalement une baisse des réservations de 30 % sur les mois de mars et d'avril. Si ça devait durer, ça deviendrait un vrai problème.

AGATHE LAMBRET
Alors, là aussi, vous dites : "Pas de problème, on ne risque pas de manquer de kérosène" ?

MAUD BREGEON
Je dis qu'à ce stade, nous n'avons pas d'inquiétude pour le mois de mai. Voilà.

AGATHE LAMBRET
Seulement pour mai ?

MAUD BREGEON
Nous recevrons les compagnies aériennes.

PAUL BARCELONNE
Quand ?

MAUD BREGEON
Demain ou après-demain, dans les jours à venir, pour échanger sur ce sujet-là, avec Roland LESCURE, avec Philippe TABAROT. Là encore, pour leur demander de la visibilité. Je précise quand même que c'est un sujet que nous ne découvrons pas aujourd'hui, et que chaque semaine, quand nous discutons avec les distributeurs, nous faisons un point sur l'état des stocks de kérosène. Je précise également que la France, qui a des stocks de carburant, a aussi en partie des stocks de kérosène.

PAUL BARCELONNE
Qu'est-ce que vous dites aux compagnies aériennes ?

MAUD BREGEON
Je dis aux compagnies aériennes que leur responsabilité, c'est évidemment, d'une part de faire la transparence sur les besoins qui sont les leurs, et donc, c'est ce qu'on va faire avec elles, je n'ai pas d'inquiétude là-dessus, et ensuite d'avoir une politique, la plus raisonnable possible, vis-à-vis des prix.

AGATHE LAMBRET
400 vols annulés de la part de Transavia pour mai et juin. Vous, vous dites "Pour mai, pas d'inquiétude", mais ensuite, peut-être…

MAUD BREGEON
On a besoin de comprendre. Est-ce que ces annulations sont dues à des difficultés d'approvisionnement en volume, ce qui ne nous était pas remonté jusqu'à présent, ou sont dues à des difficultés économiques, à un déséquilibre économique au regard de la hausse du prix du kérosène vis-à-vis du prix des billets ? Nous allons en discuter avec elles. Et on fera évidemment un point. Tout ça doit être public. Je le redis : aujourd'hui, tout est suivi quotidiennement. Et moi, ce qui m'importe, c'est que les Français qui doivent aller au travail, qui ont des besoins impératifs de se déplacer, pour emmener leurs enfants à l'école, pour aller faire leurs courses, puissent avoir accès à du carburant sans aucune difficulté. C'est le cas aujourd'hui.

PAUL BARCELONNE
Alors, des Français veulent aussi partir en vacances, notamment cet été. Selon une enquête réalisée par l'Alliance France Tourisme, la moitié des Français restera en France cet été. 37 % déclarent partir. C'était 50 % l'an dernier. Est-ce que ces chiffres sont de nature à vous inquiéter ? Est-ce que vous les appelez, compte tenu de ce que l'on décrit de la situation des carburants, à une forme de sobriété, et peut-être à la proximité ?

MAUD BREGEON
D'abord, je pense que beaucoup de Français font d'ores et déjà preuve de sobriété. Quand vous avez des prix au-dessus de 2 euros le litre pour le gazole, et qui avoisinent 2 euros le litre pour l'essence, vous faites déjà, en réalité, attention. Beaucoup de Français se déplacent un peu moins, font attention dans leur trajet au quotidien, diminuent peut-être leur vitesse. Et donc ce n'est pas le rôle de l'État, je crois, d'avoir une parole paternaliste ou maternaliste. Les Français connaissent déjà tout ça.

AGATHE LAMBRET
Mais qu'est-ce que vous faites pour les accompagner, en revanche, sachant que le moral des Français, aussi, ne s'est jamais autant dégradé depuis 2022, depuis le début la guerre en Ukraine, selon l'INSEE ?

MAUD BREGEON
Nous, on a une politique… On a pris depuis le début de cette crise des décisions de soutien, d'une part à l'activité économique, aux pêcheurs, aux agriculteurs, aux transporteurs, aux entreprises du BTP, ces mesures ont été, d'une part, reconduites, et d'autre part, rehaussées. Je pense notamment aux agriculteurs. C'était une aide de 4 centimes par litre. C'est désormais une aide de 15 centimes par litre. C'est également le cas des pêcheurs : 20 centimes initialement, entre 30 et 35 désormais. Première chose. Pourquoi est-ce qu'on le fait ? On le fait, parce que derrière, c'est des emplois, et parce que derrière, c'est des salaires. Et donc, quand on aide les secteurs économiques, en réalité, on aide les Français qui travaillent dans ces secteurs économiques.

AGATHE LAMBRET
Est-ce que vous allez en restez là, Maud BREGEON ? Il y a notamment la question des VTC, des taxis, qu'est-ce que vous faites ?

MAUD BREGEON
Ensuite, vous me parlez des Français qui partent en vacances. On a fait un choix pour les grands rouleurs, ceux qui roulent plus de 8 000 kilomètres par an, ceux qui ont des salaires très modestes, moins de 1 500 euros par mois net pour une personne seule. Évidemment, ça monte quand vous êtes en couple et que vous avez des enfants. Une aide qui équivaut, pour 3 mois, à 20 centimes par litre, et qui sera versée à 3 millions de Français. Il faut bien comprendre une chose : on prend des décisions de soutien qui nous semblent être, d'une part, les plus efficaces, parce qu'elles sont ciblées, et en même temps respectueuses des finances publiques. Et quand je vois que cette crise a déjà coûté plus de 4 milliards d'euros à l'État, notamment du fait de la hausse des taux d'intérêt, je pense que quand on est en responsabilité, on ne peut pas porter des discours populistes, et on doit avoir un équilibre entre un soutien important au secteur d'activité, aux Français.

PAUL BARCELONNE
Donc, vous gardez le pied sur le frein. Est-ce qu'il y aura de nouvelles aides pour les taxis et les VTC ?

MAUD BREGEON
Et aux Français les plus modestes, et en même temps une prise en compte de la réalité du déficit public.

AGATHE LAMBRET
Maud BREGEON, la question sur les VTC et taxis.

MAUD BREGEON
Il y a des discussions qui sont en cours. Là encore, je le redis : nous ne laisserons personne sur le carreau. Ça a été notre politique depuis le début de cette crise. Ça a été, en réalité, notre position depuis 9 ans avec le Président de la République. Nous adaptons les mesures au fur et à mesure de l'évolution de la crise. Comprenez bien qu'il est normal qu'on aide, là encore, les entreprises les plus touchées, celles qui sont le plus dépendantes du carburant, celles qui sont le moins solides financièrement.

AGATHE LAMBRET
Il n'y a pas de nouvelles annonces ce matin, Maud BREGEON ?

MAUD BREGEON
Et en même temps, il faut faire attention à l'argent du contribuable, Agathe LAMBRET.

AGATHE LAMBRET
On vous entend.

MAUD BREGEON
Parce que quand on dépense de l'argent, c'est de l'argent que vous ne pouvez pas utiliser ensuite pour baisser les impôts ou pour investir dans les services publics. Et donc, vous devez avoir cette logique de responsabilité.

AGATHE LAMBRET
Les marges brutes des distributeurs de carburant sont plus importantes aujourd'hui qu'avant la guerre. C'est ce qu'a révélé, il y a quelques jours, France Info, qui a pu consulter un document de travail du Gouvernement. Pourtant, les ministres ont répété ces derniers jours qu'il n'en était rien, tout en menaçant de taxer ces mêmes distributeurs. On a du mal à comprendre. Expliquez-nous.

MAUD BREGEON
Vous faites référence à un document, d'une part non-validé, et qui contient une formule de calcul des marges, qui, là encore, n'est pas validé, n'est pas fini.

AGATHE LAMBRET
Pourtant, c'est un document de travail.

MAUD BREGEON
Oui, c'est un document de travail, mais c'est un document de travail qui n'est pas abouti. Avoir une formule unique, chacun peut le comprendre, pour calculer les marges, alors même que les modèles de distributeurs sont très différents, vous voyez bien qu'entre, pardonnez-moi de citer, LECLERC, TOTAL ou un distributeur indépendant, vous avez des logiques économiques, derrière, qui ne sont pas les mêmes, vous avez des coûts qui ne sont pas les mêmes. Et donc, je ne commente pas les résultats.

PAUL BARCELONNE
Est-ce que les distributeurs ont profité de la guerre ? C'est ça la question.

MAUD BREGEON
En revanche, ce que je peux dire, c'est, d'une part, qu'il y a eu une hausse effectivement très rapide au départ, et que donc, d'autre part, on porte ce message, encore une fois, très clair : les baisses doivent être répercutées aussi vite que les hausses l'ont été.

PAUL BARCELONNE
Donc, ce que dit ce document est parfaitement vrai ?

MAUD BREGEON
Maintenant, ce document, là encore, moi, je ne vais pas me faire la porte-parole des distributeurs, mais ce document évoque des marges brutes.

PAUL BARCELONNE
Oui.

MAUD BREGEON
Il faut faire la différence entre…

PAUL BARCELONNE
30 centimes avant la guerre, un peu plus de 33 centimes depuis.

MAUD BREGEON
Mais les marges brutes ne sont pas les marges nettes, puisque les marges brutes n'intègrent pas l'ensemble des coûts de transport ou de salaire, par exemple.

PAUL BARCELONNE
Est-ce que vous leur demandez un effort, aux distributeurs ?

MAUD BREGEON
Ne laissons pas croire aux gens qu'au bout de la chaîne, les marges sont de 30 ou 35 centimes nets. Ce n'est absolument pas ça. On demande aux distributeurs d'être raisonnables, d'avoir un comportement éthique, et de répercuter les baisses aussi vite que les hausses l'ont été.

PAUL BARCELONNE
Et donc, un effort.

AGATHE LAMBRET
Et quid des raffineurs, Maud BREGEON, parce que les distributeurs disent : "Marre d'être les boucs-émissaires. Ceux qui font les plus grosses marches ce sont les raffineurs". Qu'est-ce que vous leur dites ?

MAUD BREGEON
Deux choses. D'abord, pour revenir à la question des volumes, vous savez qu'on a augmenté les capacités de raffinage en France. Je fais un petit pas de côté, mais c'est important, parce que là encore, c'est une garantie de non-risque d'approvisionnement. Et ensuite on a demandé une enquête, à l'échelle européenne, sur les marges des raffineurs.

PAUL BARCELONNE
Menée par la Commission européenne.

MAUD BREGEON
Et pourquoi ? Parce qu'en réalité, sur le diesel, 80 %, 90 % du diesel que nous consommons en France n'est pas raffiné en France. Et donc, c'est des activités qui se font ailleurs.

AGATHE LAMBRET
Donc, vous ne pouvez pas les taxer.

MAUD BREGEON
C'est là où il faut prendre un petit peu de champ. Quand vous regardez la logique économique de ce milieu-là, vous ne pouvez pas uniquement prendre en compte les stations-services. C'est regarder le problème par le petit bout de la lorgnette. Il y a un ensemble de chaînes de valeurs, qui part des États-Unis, du Moyen-Orient, en fonction du lieu d'extraction, et qui, effectivement, terminent dans les stations-services. Mais il y a tout un tas d'acteurs.

AGATHE LAMBRET
Mais c'est vous qui avez menacé de taxer les distributeurs avec un projet de décret ? Il est enterré ce décret ?

MAUD BREGEON
Nous n'avons pas menacé, pardonnez-moi, de taxer les distributeurs.

AGATHE LAMBRET
Vous l'avez envisagé, Maud BEGEON.

PAUL BARCELONNE
Il n'a jamais été utilisé.

AGATHE LAMBRET
Vous l'avez envisagé. C'est enterré, cette mesure ?

MAUD BREGEON
L'État est dans son rôle.

AGATHE LAMBRET
Mais est-ce que cette mesure est enterrée ou pas ?

MAUD BREGEON
Non. L'État dit une chose simple. Notre responsabilité, c'est notre travail, c'est d'envisager, d'une part, tous les scénarios, et de se doter de tous les outils. On a cette carte. Elle existe. Si jamais elle était nécessaire, nous n'hésiterions pas à l'utiliser. En tout état de cause, elle ne l'est pas aujourd'hui. Et puis permettez-moi de prendre un peu de champ. Tout ça dépend de ce qui se passe ailleurs. Et donc, il faut aussi revenir à ce que l'on porte à l'échelle internationale, à ce que fait le Président de la République, cette initiative où il a rassemblé une cinquantaine d'États pour travailler à une libération du détroit d'Ormuz. C'est la vraie clé de la solution. Et ensuite, il faut parler de notre dépendance. Et si vous me permettez un mot très rapide : 60 % de l'énergie que l'on consomme provient d'énergies fossiles importées, provient du gaz, provient du pétrole. La vraie question qu'on doit se poser pour les années à venir, et pour se préparer à la prochaine crise, c'est comment est-ce qu'on sort de ces dépendances ? Parce qu'aujourd'hui, on paie le coût de nos dépendances. Les Français paient le coût de nos dépendances.

AGATHE LAMBRET
Maud BREGEON, ministre déléguée en charge de l'Énergie, porte-parole aussi du Gouvernement. Dans un instant, on va parler de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public.

(…)

Avec Maud BREGEON, porte-parole du Gouvernement, ministre déléguée en charge de l'énergie. À l'instant, sur France Inter, le président de la Commission d'enquête sur l'audiovisuel public s'interroge : Je me demande si le rapporteur Charles ALLONCLE n'est pas le cheval de Troie du Rassemblement national dit-il.

PAUL BARCELONNE
Et ce, alors qu'après plus de quatre heures de discussions, les députés de la Commission d'enquête sur l'audiovisuel public ont adopté hier le rapport du député UDR, le parti d'Éric CIOTTI, Charles ALLONCLE, celui-ci va donc être rendu public, se sera le 4 mai, ce député donc proche d'Éric CIOTTI qui revendique, c'était hier soir sur BFMTV, un travail de salubrité public.

CHARLES ALLONCLE, RAPPORTEUR DE LA COMMISSION D'ENQUÊTE SUR L'AUDIOVISUEL PUBLIC
Depuis le début de cette Commission d'enquête, mon seul objectif était de braquer un projecteur sur les dérives et sur les dysfonctionnements de l'audiovisuel public, de proposer des recommandations pour mieux les résoudre et pour mieux sauver aussi les entreprises.

PAUL BARCELONNE
Est-ce qu'il est le cheval de Troie du Rassemblement national, comme le dit le président de la commission ? Et est-ce que ce rapport est à charge et probablement malveillant ?

MAUD BREGEON
Il y a trois choses. D'une part, le droit de contrôle des parlementaires est bien légitime. D'autre part, Charles ALLONCLE est évidemment un allié du Rassemblement national. C'est un secret pour personne. Il appartient au parti d'Éric CIOTTI, qui porte une politique extrêmement offensive et dure vis-à-vis de l'audiovisuel public. Tout ça est connu. Moi, je vais vous dire une chose simple. Je n'ai pas participé à cette commission d'enquête. Il y a, de toute évidence, eu un travail important qui a été mené, je pense notamment au président de la commission, Jérémie PATRIER-LEITUS. 67 auditions menées, plus de 200 heures de travail. Je ne dis pas que tout est à jeter. Loin de là. Beaucoup de parlementaires ont travaillé avec méthode et avec sincérité.

AGATHE LAMBRET
Qu'est-ce qui vous dérange alors ?

MAUD BREGEON
Pour autant, il y a eu un comportement de Charles ALLONCLE, des méthodes qui ont été détestables.

PAUL BARCELONNE
Il a fait le show.

MAUD BREGEON
Il y a eu un côté show-off, une utilisation politique de cette commission qui aurait probablement eu de vraies vertus. Moi, je crois qu'il y a un travail à mener. On peut dire, et c'est ma conviction, qu'on a besoin d'un audiovisuel public fort, et en même temps qu'il y a probablement à s'interroger sur le modèle tel qu'il est aujourd'hui. Mais quand on voit qu'il y a, dans ce rapport, des incriminations à l'encontre du président de la commission ou de la présidente de l'Assemblée nationale, ce n'est pas comme ça qu'on mène une commission d'enquête.

AGATHE LAMBRET
Donc il est entaché, ce rapport ?

MAUD BREGEON
Je pense que ce rapport a été utilisé par le rapporteur comme un outil politique, oui.

PAUL BARCELONNE
En tout cas, selon des informations de presse, le groupe LAGARDÈRE, qui appartient à Vincent BOLLORÉ, serait intervenu et aurait tenté d'influencer et d'influer sur le cours des débats. Est-ce que vous le soupçonnez aussi ?

MAUD BREGEON
Écoutez, moi je n'ai pas d'informations à ce sujet. Il y a une première question qui est : est-ce qu'ils ont tenté de le faire ? Une deuxième question qui est : est-ce que le rapporteur de la commission leur a permis de le faire ? Et donc moi, je constate, je pense très froidement et très factuellement, que cette commission d'enquête a été utilisée par le rapporteur à des fins politiques, effectivement pour porter les idées du Rassemblement national et d'Éric CIOTTI, qui visent à une destruction de l'audiovisuel public. Quand vous proposez de raboter, si vous me permettez ce propos, le budget de l'audiovisuel public d'un milliard d'euros, vous voyez bien que c'est une destruction annoncée.

AGATHE LAMBRET
Donc il ne faut pas reprendre les propositions de ce rapport ?

MAUD BREGEON
En tout cas, ce n'est pas ma ligne politique.

AGATHE LAMBRET
Si on vous entend ? Ce n'est pas votre ligne. Maud BREGEON, est-ce que vous avez pris votre carte à la CGT ?

MAUD BREGEON
Je vous vois venir Agathe LAMBRET.

AGATHE LAMBRET
Non, parce que Gabriel ATTAL vous accuse d'avoir cédé à la CGT et à certaines parties de gauche en retirant le texte qui devait élargir le travail le 1er mai. C'était hier, sur CNEWS. Avez-vous cédé sous la pression de la CGT et de la gauche, Maud BREGEON ?

MAUD BREGEON
Vous savez, moi je pense que le dialogue social, notamment lorsque vous discutez certes avec la CGT, mais aussi avec des syndicats réformistes comme la CFDT, ça ne peut pas faire de mal. Je pense que quand on touche à des sujets aussi symboliques et fondamentaux que le 1er mai, et que donc derrière le 1er mai, la question du droit du travail, le faire en essayant de rassembler l'ensemble des parties que cela concerne, c'est une bonne chose.

AGATHE LAMBRET
Il vous soutient encore Gabriel ATTAL, Maud BREGEON ?

MAUD BREGEON
Je pense… pardon, je termine…

AGATHE LAMBRET
Est-ce qu'il soutient encore le Gouvernement ?

MAUD BREGEON
Je pense, mais vous lui demanderez, je n'ai pas de doute qu'il voudrait répondre que oui. Je pense qu'à un moment où le débat politique est très clivé, où on sent qu'il y a des tensions dans la société, qu'il y a des tensions importantes dans le Parlement, que tout ça fait du mal sur la vie politique française, prendre le temps de discuter, c'est une bonne chose. Surtout quand ça donne des résultats. On présentera mercredi un projet de loi sur le 1er mai qui permettra aux commerçants de proximité, aux boulangers et aux fleuristes, de travailler.

AGATHE LAMBRET
Mais pas aux bouchers et charcutiers, Maud BREGEON.

MAUD BREGEON
Mais sur la base du volontariat. Et tout ça, c'est possible… pardonnez-moi, parce qu'on a pris ce temps qui était nécessaire. De même qu'on l'a fait sur les ruptures conventionnelles. Vous savez qu'on a trouvé un accord.

AGATHE LAMBRET
Vous entendez mes questions ou pas ? Vous oubliez certaines catégories…

MAUD BREGEON
Pourquoi on n'oublie pas certaines catégories. Dire qu'il y a certaines exceptions qui doivent pouvoir travailler le 1er mai, sur la base, encore une fois, du volontariat, et en étant payées double, c'est une chose. Ça ne signifie pas ouvrir à l'ensemble des professions ou à un spectre plus large de professions.

PAUL BARCELONNE
Alors, autre sujet d'actualité. Lors d'un échange hier avec des soignants en déplacement dans l'Ariège, Emmanuel MACRON s'est insurgé contre un système qui contraint les médecins hors Union européenne à repasser un concours pour pouvoir exercer en France et obtenir des équivalences de diplômes. Des médecins qui viennent principalement d'Algérie. L'occasion pour le Président de dénoncer les partisans de cette ligne dure avec l'Algérie, il a fustigé les "maboules", je le cite, qui veulent se fâcher avec l'Algérie. Il visait qui exactement, le Président ? Est-ce que c'est un tacle à Bruno RETAILLEAU ?

MAUD BREGEON
Non, et je crois qu'il a eu l'occasion de le préciser lui-même. Il me semble que des confrères à vous lui ont ensuite posé la question.

PAUL BARCELONNE
Oui, en disant : "Je ne vise personne", mais tout le monde a très bien compris à qui il le disait.

AGATHE LAMBRET
Bruno RETAILLEAU l'a compris, d'ailleurs, parce qu'il a répondu.

MAUD BREGEON
La question de fond, c'est : comment est-ce qu'on solutionne les difficultés auxquelles on est confrontés, effectivement, avec l'Algérie ?

PAUL BARCELONNE
Mais ça, vous le découvrez ? Ça fait dix ans que vous êtes au pouvoir avec Emmanuel MACRON.

MAUD BREGEON
Et ce que l'on constate aujourd'hui, c'est que la politique de non-contact ne fonctionne pas. Il y a la question des médecins, c'est une chose. Il y a aussi la question de l'application des obligations de quitter le territoire français. Sur ce sujet qui est important pour nous, qui est important pour les Français, qui est important pour Bruno RETAILLEAU, on voit que cette politique de non-contact ne permet pas d'avancer parce que nous n'arrivons pas à obtenir les laissez-passer consulaires qui nous permettent d'exécuter les obligations de quitter le territoire français. Ce sont des sujets extrêmement complexes. Bruno RETAILLEAU le sait. Tout ça va nécessiter du dialogue. Et c'est ce que porte le président de la République, qui a raison.

AGATHE LAMBRET
Vous pouvez parler avec Bruno RETAILLEAU ? Vous qui plaidez pour un rassemblement de la droite et du centre en vue de 2027, Bruno RETAILLEAU, il en fait partie, de ce rassemblement ?

MAUD BREGEON
Bruno RETAILLEAU a été notre collègue au Gouvernement. Il a été ministre de l'Intérieur pendant plus d'un an avec des ministres macronistes…

PAUL BARCELONNE
Il s'est mis hors-jeu en sortant du Gouvernement, en quittant le ministère de l'Intérieur ?

MAUD BREGEON
Je dis une chose simple. Les partis des uns et des autres m'importent peu. Ce qui m'importe, c'est qu'on arrive à proposer aux Français un projet clair, un projet d'avenir, un projet d'union de la droite et du centre, de cette droite républicaine qui refuse toute alliance et toute connivence avec le Rassemblement national, jusqu'à ce bloc central que nous sommes et que nous incarnons avec le président de la République depuis neuf ans maintenant. Sans quoi nous ne serons pas au second tour et ce sera à la fois l'échec de nos candidats, mais ce sera surtout l'échec et la fin de nos idées.

PAUL BARCELONNE
On va finir avec la question "qui ?". La question qui adoube. Est-ce que vous pensez qu'il faut toujours une primaire à droite et au centre pour définir le meilleur candidat ? Gabriel ATTAL, Édouard PHILIPPE, Bruno RETAILLEAU, vous pouvez travailler avec les trois ?

MAUD BREGEON
Je pense que l'ensemble des candidats et des responsables de partis doivent se mettre autour d'une table pour échanger sur le fond.

PAUL BARCELONNE
Pas de primaire ?

MAUD BREGEON
Je n'ai jamais plaidé pour une primaire, par exemple.

AGATHE LAMBRET
Vous serez où le 30 mai, Maud BREGEON ?

MAUD BREGEON
Je ne sais pas, je serai où le 30 mai, Agathe LAMBRET.

AGATHE LAMBRET
Vous ne serez pas au meeting de Gabriel ATTAL ?

MAUD BREGEON
Écoutez, je verrai. Je vous le dirai en temps voulu.

PAUL BARCELONNE
On a connu plus enthousiaste…

AGATHE LAMBRET
Merci beaucoup, Maud BREGEON, d'avoir répondu aux questions de France Info.

MAUD BREGEON
Au revoir.

AGATHE LAMBRET
Merci Paul.

PAUL BARCELONNE
Avec plaisir, à bientôt.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 avril 2026