Déclaration de M. Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur, sur le thème : " Comment mettre fin à l'explosion de la violence au quotidien ? ", au Sénat le 24 mars 2026.

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Circonstance : Débat organisé au Sénat à la demande du groupe Les Républicains

Texte intégral

Mme la présidente. L'ordre du jour appelle le débat, organisé à la demande du groupe Les Républicains, sur le thème : " Comment mettre fin à l'explosion de la violence au quotidien ? "

Je vous rappelle que, dans ce débat, le Gouvernement aura la faculté, s'il le juge nécessaire, de prendre la parole immédiatement après chaque orateur, pour une durée de deux minutes ; l'orateur disposera alors à son tour du droit de repartie, pour une minute.

Monsieur le ministre, vous pourrez donc, si vous le souhaitez, répondre après chaque orateur, une fois que celui-ci aura retrouvé sa place dans l'hémicycle.

(…)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre délégué.

M. Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur. Madame la présidente, mesdames, messieurs les sénateurs, madame la sénatrice, je commencerai par remercier le groupe Les Républicains d'avoir proposé l'inscription de ce débat à l'ordre du jour. Celui-ci va nous permettre d'éclairer la situation à laquelle sont confrontés beaucoup – beaucoup trop – de nos compatriotes.

Laurent Nunez, le ministre de l'intérieur, et l'ensemble du Gouvernement sont particulièrement déterminés à lutter contre l'insécurité dans notre pays autant que faire se peut, en travaillant main dans la main avec les parlementaires. De nombreuses actions ont déjà été engagées ces dernières années. Vous le savez, le programme législatif des prochaines semaines est particulièrement dense, mais nous aurons l'occasion de revenir sur ce sujet.

Mme la présidente. Dans la suite du débat, la parole est à Mme Michelle Gréaume.

Mme Michelle Gréaume. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, les violences du quotidien ne sont pas simplement l'addition de faits divers ou de statistiques. Elles traduisent un malaise plus profond, qui traverse notre société. Dans nos villes, dans nos villages, dans nos quartiers, nombreuses sont les personnes qui se sentent abandonnées. Leur cadre de vie se détériore, ce qui alimente un sentiment d'insécurité et de relégation.

Ce mal-être n'est pas sans conséquence. En laissant le marché fracturer notre société, en abandonnant les plus précaires, on crée de l'hostilité, des incivilités et un rejet des règles communes. La détérioration du lien social nourrit bien souvent une spirale de violences.

Les chiffres sont connus et doivent nous alerter : en 2025, environ 473 000 victimes de violences physiques ont été enregistrées. Selon les chiffres du ministère de l'intérieur, ce nombre aurait augmenté de 5%.

Les violences sont un fléau, qui doit d'autant plus nous alerter que plus de la moitié d'entre elles sont invisibles parce qu'elles surviennent dans le cadre familial. En 2024, on a recensé 272 400 victimes de violences conjugales, dont près de 85% étaient des femmes. Depuis le 1er janvier 2026, soit en moins de trois mois, 27 féminicides ont déjà été commis ; en 2025, elles furent 168 martyres.

Mes chers collègues, face à la violence, nous devons apporter des réponses claires. Oui, il faut des sanctions administratives immédiates, des réponses judiciaires rapides – l'impunité ne peut pas être la règle –, mais sanctionner ne suffit pas, il faut aussi réparer matériellement les dégâts, moralement les victimes, et restaurer la confiance.

Surtout, face à la diversité des violences du quotidien, nous ne pouvons pas uniquement mettre en œuvre des mesures répressives. Répondre à ces enjeux par la seule accumulation de mesures sécuritaires serait une impasse. Certaines violences du quotidien trouvent aussi leur origine dans des fragilités sociales, territoriales et humaines que nous ne pouvons ignorer.

La prévention est donc essentielle. Elle passe d'abord par la santé. Le manque de psychologues et de psychiatres est criant, alors même que le mal-être progresse, notamment chez les jeunes. Les conduites à risque, les violences, parfois même les passages à l'acte les plus graves, sont souvent le symptôme de souffrances qui n'ont pas été prises en charge. Si nous voulons éviter les récidives et reconstruire du lien, nous devons investir dans l'accompagnement de notre jeunesse et lui proposer un véritable horizon.

La prévention passe aussi par la poursuite d'une action résolue en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes. Les violences sexistes et sexuelles, dans la sphère privée comme au travail, restent massives et largement invisibilisées. Là encore, nos priorités doivent être de prévenir, de protéger et d'accompagner.

Mais la prévention, c'est aussi une présence concrète sur le terrain. Il faut réinvestir nos territoires, remettre de la présence humaine là où elle a disparu : il faut prévoir des médiateurs dans les transports, des services publics accessibles, une police de proximité. Il faut aussi redonner à l'école les moyens d'exercer pleinement son rôle, avec des équipes formées à la gestion des conflits et au respect de l'autorité légitime. De façon générale, tous nos services publics doivent être plus présents dans les domaines de la culture, de la santé et du sport, par exemple.

Plus largement, c'est une véritable politique de territoire que nous devons construire. Nous devons sortir les zones délaissées de l'isolement. La sécurité ne reviendra pas uniquement avec davantage de caméras ou de forces de l'ordre. Elle dépend aussi de l'urbanisme, de la qualité des transports, de l'accessibilité des services publics et de la vitalité du lien social.

Enfin, nous devons continuer à lutter avec détermination contre les trafics de stupéfiants, qui structurent une partie de cette violence et gangrènent durablement certains territoires. Les drames récents, notamment à Marseille, nous rappellent l'ampleur de ce phénomène et ses conséquences tragiques, y compris pour les plus jeunes.

Mes chers collègues, la sécurité est un droit fondamental, mais elle ne s'obtient pas uniquement par la contrainte. Elle se construit dans la durée, par la justice sociale, la présence publique et la cohésion nationale. Refuser les simplifications, agir sur les causes profondes et redonner à chacun sa place dans la République : c'est à ces conditions que nous pourrons réellement faire reculer les violences du quotidien.

Mme la présidente. La parole est à Mme Mélanie Vogel.

Mme Mélanie Vogel. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, je dois dire que j'ai quelque peu hésité sur ce débat… Il nous est proposé de débattre non pas de la violence en général, qui est effectivement un grand problème, que nous souhaitons évidemment toutes et tous régler, mais de " l'explosion de la violence au quotidien ". Or j'avoue avoir un peu de mal à percevoir cette " explosion ", étant donné que les chiffres à notre disposition ne la caractérisent pas. La violence existe, il faut la combattre, mais il n'y a pas d' " explosion " de la violence.

En France comme dans la plupart des pays européens, on observe la même tendance de long terme : la société est de moins en moins violente, grâce à l'évolution au long cours de la démocratie. Le nombre d'homicides diminue et dix indicateurs du ministère de l'intérieur sur dix-sept sont soit en baisse, soit stables. Gardons-nous donc de nous tromper de débat !

Cela dit, des violences existent. Certaines augmentent, d'autres stagnent à des niveaux bien trop élevés, et c'est effectivement un problème très grave.

Quelles sont les violences qui stagnent ou qui augmentent ? Il s'agit des violences machistes, des violences sexistes ou sexuelles, des féminicides et des violences sur les enfants. Les violences racistes, y compris les crimes antisémites, ont particulièrement augmenté ces dernières années. C'est aussi le cas des violences contre les personnes LGBT+ et de celles qui sont liées au narcotrafic, dont l'intensité croît depuis quelques années, ce qui est en effet très inquiétant.

Qui sont les principales victimes de ces violences dans la société ? Il s'agit principalement, étant donné celles dont nous parlons, des femmes, des minorités, des enfants et des jeunes pris dans les réseaux de narcotrafic.

Puisque nous cherchons à savoir comment lutter contre ces violences, il importe de déterminer qui en sont les auteurs en France. La statistique ici est assez claire. Le profil type de l'auteur de violences en France est un homme français, âgé de 20 à 40 ans, principalement d'origine sociale ou socioprofessionnelle compliquée. Plus la violence est grave, plus elle est masculine. Ainsi, 97 % des auteurs de violences sexistes et sexuelles, 91 % des auteurs de tentatives d'homicide et 93 % des auteurs de vols avec violence sont des hommes. C'est donc à cela qu'il faut s'attaquer aussi.

Enfin, il est très important de l'avoir en tête, 54% des victimes de violences en France ont subi des violences de différents types dans la sphère familiale. Cela est vrai non seulement dans les grandes métropoles et dans les grandes villes, mais également partout sur le territoire, et ce depuis toujours.

Le fantasme d'une violence qui augmenterait et qui serait nourrie par une cause exogène, liée, comme je l'ai entendu dire tout à l'heure, aux étrangers ou à des personnes inconnues qui viendraient commettre des actes violents sur des personnes qu'elles ne connaissent pas, est battu en brèche par les chiffres. La violence qui existe dans notre pays et contre laquelle nous devons nous battre se manifeste principalement dans nos foyers, dans nos familles, dans nos cercles de proches.

Nous avons vu où s'exercent les violences, qui en sont les principaux auteurs et les principales victimes aujourd'hui. Si nous voulons lutter contre cette violence, il faut éduquer les hommes et les garçons, notamment dans le cadre des programmes d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle à l'école, qui constituent l'un des éléments majeurs de prévention des violences. Il faut aussi protéger davantage les femmes et les enfants, lutter contre la précarité et l'isolement.

La question du narcotrafic sera évoquée à diverses reprises ce soir. Nous avons beaucoup agi en la matière. D'ailleurs, j'espère que nous voterons le 7 mai, dans cet hémicycle, le texte sur ce sujet.

Enfin, je rejoins ce qu'a dit Muriel Jourda sur le lien entre l'expression de la violence et la qualité de notre démocratie. C'est aussi l'un des éléments à considérer : si nous voulons endiguer la violence, il nous faut des institutions qui fonctionnent, une démocratie qui se porte bien et où nous puissions canaliser les conflits normaux d'une société démocratique. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST. – M. Christian Bilhac applaudit également.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre délégué.

M. Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur. Madame la présidente, mesdames, messieurs les sénateurs, si nous voulons sauvegarder notre démocratie, il faut savoir préserver la fraternité. Il n'y a pas de fraternité possible sans lutte contre toutes les formes de violences et sans une politique équilibrée. Or Laurent Nunez, comme l'ensemble du Gouvernement, s'attache à mener une politique équilibrée, conjuguant une grande exigence en matière de répression de la délinquance sous toutes ses formes et une politique de prévention particulièrement active dans tous les domaines, de la cohésion sociale jusqu'à l'aménagement du territoire, en passant par la culture, l'éducation, la prévention des addictions et même de la récidive.

Vous avez raison, madame la sénatrice Vogel, certaines violences augmentent dans notre pays, notamment les violences gratuites, en particulier celles des mineurs. Mais vous avez également raison de souligner que d'autres diminuent. Je pense à la réduction obtenue par le Gouvernement des violences et des vols, dans les transports notamment. Les chiffres actuels sont en deçà de ceux de 2016. Ce sont même les meilleurs de la décennie.

La violence est protéiforme : il faut en voir toutes les formes, tous les auteurs et toutes les victimes. Vous avez cité, madame la sénatrice, un certain nombre de victimes. Pour ma part, je voudrais que l'on n'oublie pas les élus, tous les agents du service public et toutes les forces de l'ordre, qui sont aussi exposés à la violence. C'est l'occasion pour moi, au nom du ministre de l'intérieur et du Gouvernement, de leur réaffirmer notre plein et entier soutien.

Mme la présidente. La parole est à M. Christian Bilhac. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE.)

M. Christian Bilhac. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, le groupe Les Républicains nous demande comment mettre fin à l'explosion de la violence au quotidien. Je ne m'engagerai pas dans une bataille de chiffres, je préfère rappeler une vérité : la violence au quotidien est d'abord intrafamiliale.

Notre pays déplore un nombre élevé de féminicides et de violences envers les femmes – je ne suis pas hors sujet en rappelant cette triste réalité –, dont les victimes collatérales sont les enfants. C'est un tabou, tout comme l'inceste et la pédocriminalité, même si la question s'est invitée lors des récentes élections municipales, avec l'exemple malheureux des services de la petite enfance à Paris.

Ce climat de violences familiales reflète un laisser-faire de la société. Certes, le tabou se fendille, mais, malgré les efforts du législateur pour faire changer les pratiques, nous avons encore du retard, notamment par rapport à l'Espagne, qui consacre 1 milliard d'euros à cette problématique.

Si l'on se place sur le terrain de la sécurité publique, le périmètre de la violence au quotidien est vaste. Victor Hugo aurait dit : " Ouvrir une école, c'est fermer une prison. " C'est la prévention qu'il faut renforcer, monsieur le ministre, par un effort éducatif visant à la réussite scolaire, plutôt que le tout répressif. La prévention doit être la première de nos préoccupations.

Sur les réseaux sociaux, la violence explose. Ils sont les vecteurs privilégiés de la propagation du harcèlement, qui conduit certaines victimes jusqu'au suicide, en particulier en milieu scolaire. En permettant l'anonymat, ces réseaux favorisent le déchaînement d'injures et nourrissent une surenchère de violences aboutissant parfois à des meurtres, comme ceux de Samuel Paty et de Dominique Bernard. Avec les agressions de professeurs par des adolescents, ces derniers mois, une digue a cédé : les établissements scolaires ne sont plus des sanctuaires.

Comment expliquer que certains ne respectent pas les règles du vivre ensemble, que d'autres renient toute incarnation de l'autorité publique, même celle des sapeurs-pompiers, qui se font parfois caillasser pendant leurs interventions ? On entend des réponses toutes faites à ces questions : " c'est la faute des parents " ou encore " nous manquons de places en prison. " On peut les répéter en boucle en sautant sur sa chaise, cela ne réglera pas le problème.

La responsabilité parentale est un impensé de notre politique familiale, qui ne s'est pas adaptée aux évolutions du noyau familial. Aujourd'hui, les familles recomposées ou monoparentales sont sans doute majoritaires. Certains parents ne manquent pas de volonté, mais se trouvent dans l'incapacité d'exercer leur autorité, confrontés qu'ils sont aux épreuves de la vie ; on ne peut l'oublier.

Quant à la construction de prisons supplémentaires, elle nécessiterait des dizaines d'années. En outre, accepter ce postulat, c'est parier sur la progression de la violence plutôt que sur sa baisse.

L'État doit concentrer ses efforts en la matière et ne pas abandonner la sécurité aux communes, dont les budgets sont de plus en plus contraints. La police municipale ne peut pallier les carences de l'État dans le domaine éminemment régalien de la sécurité publique.

J'irai plus loin : Marianne ne doit pas abandonner ses enfants, car un enfant abandonné risque fort d'être adopté, soit par le crime organisé, soit par les réseaux islamistes les plus radicaux.

C'est pourquoi je préconise d'offrir à notre jeunesse, dès l'âge de 3 ans, un accompagnement républicain, car l'école seule ne peut relever ce défi. Dans chaque commune, dans chaque école, doivent être développées des activités périscolaires pour tous, organisées localement, mais financées par la République.

En digne héritier de Clemenceau, je ne suis pas un bisounours : il faut aussi rétablir l'ordre républicain, et ce dès le plus jeune âge. Un acte de violence dans la cour de récréation doit être sanctionné aussitôt par le directeur de l'école ou le principal du collège. De même, les actes d'incivilité ou de petite délinquance doivent pouvoir être punis sur-le-champ par le maire, sans passer par le parquet. Le maire devrait être habilité à prononcer une peine de travaux d'intérêt général sans attendre des mois, voire des années, une comparution devant la justice, laquelle donne souvent lieu à un classement sans suite.

Telles sont, mes chers collègues, les pistes que je souhaitais développer, au nom de mes collègues du groupe du RDSE. Nous privilégions quatre axes principaux d'action publique : la prévention, l'encadrement, la formation et l'éducation. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE. - Mmes Patricia Schillinger et Paulette Matray applaudissent également.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre délégué.

M. Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur Bilhac, je vous remercie de votre intervention. Vous avez évoqué les violences intrafamiliales et les violences scolaires. Dans ces domaines, comme dans les autres, le Gouvernement considère qu'il n'y a pas de fatalité.

D'ores et déjà, beaucoup de choses ont été faites. Des enquêtes systématiques sont effectuées dès qu'il y a de la violence dans le foyer. Nous avons également développé le conventionnement avec les associations, pour faciliter l'accueil des femmes victimes de violences. Les armes impliquées dans les délits constatés ou dénoncés dans ce domaine sont systématiquement saisies. La formation des policiers et des gendarmes sur ces sujets a été renforcée : ils ont tous été formés pour accueillir les victimes dans des conditions dignes.

En matière scolaire, vous avez raison de mettre l'accent sur le travail de prévention qu'il convient de mener à l'intérieur des écoles. Encore faut-il toutefois, pour que celui-ci soit possible, que les écoles soient bien sécurisées.

À cet égard, l'action du Gouvernement a été particulièrement intense au cours de l'année qui vient de s'écouler : 23 000 établissements ont bénéficié d'opérations de contrôles des sacs par la police ; près de 1 000 armes ont ainsi été saisies.

Voilà, mesdames, messieurs les sénateurs, des exemples concrets qui nous montrent que, face à ces phénomènes de violence, il existe des solutions et que nous saurons les trouver ensemble.

Mme la présidente. La parole est à Mme Anne-Sophie Patru. (Applaudissements sur les travées du groupe UC ainsi que sur des travées du groupe RDSE. – M. Cédric Chevalier applaudit également.)

Mme Anne-Sophie Patru. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, lorsque l'on évoque les violences au quotidien, on ne parle pas seulement de chiffres ou de statistiques : des vies sont affectées, des familles traumatisées, des quartiers s'isolent petit à petit.

Selon un sondage, la sécurité est la principale préoccupation de 73% des Français. Nous avons tous entendu nos concitoyens dans nos communes, durant la campagne pour les élections municipales, évoquer leurs craintes, leurs peurs, ces plus ou moins petits délits du quotidien qui paralysent certains d'entre eux et, petit à petit, phagocytent le vivre ensemble. Ces réalités, mes chers collègues, ne sont pas des exceptions : elles sont devenues une partie de la vie de trop de nos concitoyens.

Les incivilités, le narcotrafic, les règlements de compte, les halls d'immeubles transformés en zones de deal, les parcs et les espaces publics occupés par des trafics en tout genre, les rodéos urbains : tous ces phénomènes ne sont plus cantonnés à quelques quartiers dits « sensibles » ; ils gagnent désormais d'autres parties de nos villes et même nos villages, autrefois épargnés.

C'est pourquoi je tiens à saluer l'organisation de ce débat en séance publique sur l'initiative du groupe Les Républicains. Il ne s'agit pas d'un débat comme les autres. Il témoigne de la vigilance constante du Sénat sur des enjeux qui touchent au cœur de la République : la sécurité, la tranquillité publique et la confiance en nos institutions.

Sur ces questions, notre assemblée a pris ses responsabilités. La loi du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic était ainsi issue de nos travaux.

De même, en février, le Sénat a adopté le projet de loi relatif à l'extension des prérogatives, des moyens, de l'organisation et du contrôle des polices municipales et des gardes champêtres. Le groupe de l'Union Centriste l'a soutenu avec conviction, et cela pour une raison simple : il répond à une urgence, celle de redonner aux maires, aux élus de terrain, qui sont les premiers remparts de la République, les moyens concrets de protéger leurs concitoyens.

Grâce à ce texte, les policiers municipaux pourront verbaliser pour usage de stupéfiants, contrôler les véhicules en cas de suspicion de trafic – un outil indispensable pour démanteler les réseaux criminels – et intervenir en soutien à la police nationale, afin de renforcer la présence des forces de l'ordre là où elles sont le plus nécessaires. Ces dispositions sont majeures. Elles montrent que le Sénat sait écouter les territoires et agir en conséquence.

Toutefois, monsieur le ministre, ces avancées ne suffiront pas si les décrets d'application tardent à paraître. Or, force est de constater que nous attendons toujours ceux qui sont relatifs à la loi visant à lutter contre le narcotrafic, un phénomène qui explose dans nos villes et dans nos campagnes, et contre lequel de nombreuses dispositions votées au Sénat montrent leur efficacité. On le voit notamment dans la ville de Rennes, où elles ont été mises en œuvre sur l'initiative du préfet de région, M. Franck Robine. Je pense notamment à la fermeture des commerces liés au trafic ou à l'expulsion de logements sociaux des familles de narcotrafiquants.

Des décrets sont nécessaires ; le nombre de ceux qui ont été publiés est insuffisant. Monsieur le ministre, quand le Gouvernement prendra-t-il tous les décrets d'application de la loi visant à lutter contre le narcotrafic ?

De même, quand le projet de loi relatif à l'extension des prérogatives, des moyens, de l'organisation et du contrôle des polices municipales sera-t-il inscrit à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale ? Par ailleurs, pouvez-vous nous garantir que les décrets d'application de ce texte seront publiés sans délai à l'issue de son parcours législatif, afin que les maires puissent s'emparer sans attendre de ses dispositions et que les polices municipales puissent enfin exercer pleinement leurs nouvelles compétences sur le terrain ?

Toutefois, mes chers collègues, les décrets ne suffiront pas à eux seuls. Nous avons aussi besoin d'une stratégie globale, coordonnée et ambitieuse, pour rétablir la sécurité dans nos territoires et renforcer le fameux continuum de sécurité.

Au-delà de la question des effectifs, qui revient en permanence dans nos débats locaux – nous l'avons encore tous vu récemment, à l'occasion des élections municipales –, une meilleure coordination entre la police nationale et les polices municipales nous semble centrale. L'expérimentation d'un hôtel des polices commun et partagé, telle qu'elle a été mise en œuvre à Cesson-Sévigné ou à Dinard, dans mon département d'Ille-et-Vilaine, est intéressante et me semble susceptible d'être adoptée partout en France à l'avenir.

Enfin, il faut agir sur les causes profondes de ces violences. Oui, la répression est nécessaire, mais elle ne suffira pas. Nous devons aussi investir dans la prévention, l'éducation, la cohésion sociale et la médiation. À Rennes, des associations comme Le Pas de côté ou la Maison des citoyens font un travail remarquable pour accompagner les jeunes en difficulté et les éloigner de la délinquance. Ces initiatives méritent d'être soutenues et amplifiées.

Au-delà des mots, ce sont des vies, des quartiers et la cohésion de notre République qui sont en jeu. La sécurité n'est pas seulement une question de moyens ; c'est aussi une question de volonté politique et je sais que nous la partageons. (Applaudissements sur les travées du groupe UC ainsi que sur des travées du groupe RDSE. – M. Cédric Chevalier applaudit également.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre délégué.

M. Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur. Madame la sénatrice, vous posez une question importante : celle du prolongement des travaux du Parlement une fois que les textes ont été adoptés par les deux assemblées.

Des initiatives parlementaires très puissantes ont abouti ; d'autres sont en cours. Il faut évidemment que les décrets d'application soient publiés. Malheureusement, comme vous l'avez indiqué et comme c'est trop souvent le cas dans notre pays, un certain nombre d'entre eux ne l'ont pas encore été.

Sachez que Laurent Nunez, comme tous les membres du Gouvernement de Sébastien Lecornu, est pleinement déterminé à publier les décrets nécessaires le plus rapidement possible.

Ainsi, la totalité des décrets d'application de la loi du 23 juin 2025, défendue par Gabriel Attal, visant à renforcer l'autorité de la justice à l'égard des mineurs délinquants et de leurs parents, a déjà été publiée. Nous ferons en sorte que ce qui a été possible sur ce texte le soit aussi sur les autres.

Par ailleurs, le texte relatif à l'extension des prérogatives de la police municipale et des gardes champêtres arrivera bientôt à l'Assemblée nationale, mais vous savez comme moi, madame la sénatrice, à quel point le calendrier parlementaire est chargé. Nous nous efforçons de trouver un créneau pour que ce texte important puisse être inscrit très rapidement à l'ordre du jour.

Mme la présidente. La parole est à M. Cédric Chevalier. (Applaudissements sur les travées des groupes INDEP et RDSE. – Mme Patricia Schillinger applaudit également.)

M. Cédric Chevalier. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, à l'heure où notre société est traversée par une montée diffuse et persistante de la violence au quotidien, il nous appartient d'examiner avec responsabilité, dans le cadre de ce débat, l'ensemble des influences susceptibles de façonner les comportements violents, y compris celles qui relèvent du divertissement.

Parmi ces influences, j'évoquerai plus particulièrement les jeux vidéo violents, qui occupent une place qui ne saurait être ignorée. Il serait en effet illusoire de penser qu'un média qui mobilise chaque jour des millions de joueurs, en particulier parmi les plus jeunes, puisse demeurer sans effets sur les réflexes et, à terme, sur les comportements.

Beaucoup de jeunes grandissent de nos jours dans des univers numériques où la violence est non plus seulement représentée, mais pratiquée, répétée, récompensée. Elle s'inscrit dans des mécanismes de réussite qui associent, de manière parfois insidieuse, l'élimination à la progression, la domination à la victoire et la brutalité à l'efficacité. Peu à peu, ces logiques peuvent finir par s'installer comme des normes implicites de comportement.

Mon intention n'est évidemment pas de condamner en bloc une industrie créative ni de jeter l'opprobre sur une pratique culturelle largement répandue. Cependant, il faut reconnaître avec lucidité que l'interactivité propre aux jeux vidéo constitue une rupture avec les médias traditionnels.

En effet, contrairement à ces derniers, où le spectateur observe une violence fictive, le joueur, lui, en devient l'exécutant virtuel. Or ces gestes répétés, banalisés dans l'espace numérique, peuvent finir par perdre de leur gravité dans l'espace réel.

Prenons l'exemple de Grand Theft Auto (GTA), l'un des jeux vidéo les plus emblématiques. Dans cet univers, des actions qui relèvent de l'interdit fondamental – voler, fuir, frapper, tirer – se trouvent intégrées dans une logique de jeu et sont récompensées.

D'autres titres largement diffusés reposent également sur des logiques similaires. Dans le jeu Mafia, dont le nom dit d'ailleurs clairement ce qu'il évoque, le joueur est immergé dans un univers criminel où il doit accomplir des missions qui consistent à s'imposer par la force, la violence et la domination. Dans Call of Duty, l'objectif central est d'éliminer, de manière répétée, ses adversaires, dans des scénarios de combat permanents.

Dans nombre de ces jeux, lorsque l'on active ce que l'on appelle le mode libre ou le mode en ligne, l'expérience change encore de nature : le joueur n'évolue plus seulement face à un scénario, mais il se confronte directement à d'autres joueurs. Des groupes se forment, des alliances se créent et, parfois, de véritables clans s'organisent pour dominer les autres équipes. La compétition devient permanente, l'affrontement direct, tandis que la logique de confrontation se trouve renforcée.

Mes chers collègues, que devient une norme lorsque, des heures durant, elle est contournée sans conséquence ?

Que devient l'interdit lorsque, dans la fiction interactive, il cesse d'être sanctionné pour devenir un moyen de progresser ?

C'est ainsi que s'installe, presque sans que l'on s'en aperçoive, une forme de familiarisation avec la violence, une accoutumance lente, imperceptible, mais dont les effets peuvent être bien réels.

D'ailleurs, cette question du mimétisme de la violence a été évoquée au plus haut niveau de l'État. En 2023, le Président de la République, Emmanuel Macron, soulignait ainsi que certaines images diffusées sur les réseaux sociaux pouvaient conduire à " une forme de sortie du réel " chez les plus jeunes. Il ajoutait : " On a le sentiment parfois que certains d'entre eux vivent dans la rue les jeux vidéo qui les ont intoxiqués. "

Certains objecteront, parfois de manière péremptoire, qu'aucun jeu, pas même GTA, ne saurait à lui seul provoquer un passage à l'acte. C'est probablement vrai. Mais entre la cause directe et l'absence totale d'effet, il existe un espace que nous refusons trop souvent d'explorer : celui de l'imprégnation progressive, celui de l'influence diffuse. Or c'est précisément dans cet espace que se joue l'essentiel. Il convient donc de s'interroger et de rester vigilant.

À cette problématique s'ajoute celle des espaces en ligne où ces jeux prolongent leur influence. GTA n'est pas seulement un jeu : c'est aussi un espace social dans lequel on s'affronte, on échange, on s'exprime – bien souvent sans limite. La violence verbale s'y banalise et l'agressivité peut y devenir une norme.

Ainsi, cette banalisation soulève un enjeu plus large, celui de la santé mentale des jeunes. De nombreux psychologues et professionnels de l'enfance alertent sur l'augmentation du mal-être, de l'anxiété et du sentiment d'isolement chez les adolescents. Les environnements numériques dans lesquels ils évoluent – jeux en ligne, réseaux sociaux et espaces de discussion – sont susceptibles d'accentuer ces fragilités. L'exposition répétée à des univers compétitifs, violents ou fortement conflictuels, combinée à la pression sociale qui s'exerce dans ces espaces, peut contribuer à fragiliser des esprits encore en construction.

Sans prétendre établir un lien mécanique, il est néanmoins de notre responsabilité d'analyser avec sérieux les effets que ces univers peuvent avoir sur l'équilibre psychologique des plus jeunes.

C'est pourquoi la question des environnements numériques dans lesquels ces derniers évoluent ne peut plus être éludée.

À cet égard, je tiens à saluer l'initiative de ma collègue et amie, la députée Laure Miller, auteure de la proposition de loi visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l'utilisation des réseaux sociaux, qui sera prochainement examinée par notre assemblée.

Cette proposition de loi repose sur une conviction simple : les espaces numériques ne sont pas neutres. Ils structurent les comportements, amplifient certaines logiques et peuvent, lorsqu'ils ne sont pas encadrés, favoriser la banalisation de la violence, de l'humiliation et de l'agressivité.

Monsieur le ministre, mes chers collègues, continuer à considérer comme insignifiante cette familiarité croissante avec la violence dans les univers numériques, qu'il s'agisse de certains jeux vidéo ou des espaces sociaux qui les entourent, serait prendre le risque de voir se prolonger dans le réel ce qui a été trop longtemps accepté dans le virtuel.

Sans être la cause unique de la violence, ces environnements peuvent néanmoins en constituer un vecteur, un catalyseur ou un facteur aggravant.

C'est pourquoi le sujet des jeux vidéo et, plus largement, de l'écosystème numérique dans lequel évoluent nos jeunes mérite toute notre vigilance et toute notre réflexion. (Applaudissements sur les travées des groupes INDEP et RDPI. – M. François Bonneau applaudit également.)

Mme la présidente. La parole est à M. Hugues Saury. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Hugues Saury. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, dans nos permanences comme sur le terrain, la même inquiétude revient sans cesse, à savoir l'idée que la violence est partout : insultes qui dégénèrent, rixes filmées, menaces au couteau pour un motif dérisoire, agressions dans les transports, violences contre les soignants, les enseignants, les élus, violences intrafamiliales, etc.

Il ne s'agit pas seulement d'un ressenti. Les chiffres confirment une dynamique préoccupante : en 2025, les tentatives d'homicide ont encore progressé de 5%, comme les violences physiques, tandis que le nombre des refus d'obtempérer routiers a bondi de 11 %.

Ces indicateurs traduisent une banalisation de la confrontation et du passage à l'acte. Nos concitoyens perçoivent très clairement la tendance : les faits sont plus fréquents, plus visibles, et trop souvent sans réponse immédiate.

Les causes sont multiples et s'alimentent entre elles.

Il y a d'abord la pression du narcotrafic. La drogue n'est plus un phénomène marginal : c'est devenu une économie structurée qui conquiert des territoires, recrute des jeunes, impose la loi du silence et fait monter la violence d'intimidation.

Le nombre des infractions liées aux stupéfiants continue d'augmenter. En 2025, la hausse a été de 6% pour l'usage et de 8% pour le trafic.

La concurrence entre les réseaux, la logique des « points de deal » à défendre, la circulation des armes transforment une partie de l'espace public en une zone de tension permanente. Quand le trafic prospère, il diffuse ses codes : la force comme raccourci, la peur comme méthode, l'argent rapide comme horizon.

Ensuite, les réseaux sociaux banalisent et mettent en scène la violence. Filmer une agression, humilier un camarade, provoquer pour " faire des vues " : la violence devient un contenu, parfois un trophée. Le cycle est toxique : exposition répétée, désensibilisation, imitation, escalade.

L'agressivité numérique touche aussi ceux qui incarnent l'autorité publique. Une étude récente de l'Association des maires de France et des présidents d'intercommunalité (AMF) et du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) montre que près d'un maire sur trois a subi au moins une attaque sur les réseaux sociaux en 2025, contre 20% en 2020.

Il faut aussi regarder lucidement la banalisation de la violence dans certains jeux vidéo, lorsque des mineurs y sont exposés sans recul, sans limites et sans accompagnement. Il ne s'agit pas de désigner un bouc émissaire commode ni d'ignorer que, sans doute, la majorité des enfants savent faire la part des choses. Mais lorsque la violence est répétée, récompensée, esthétisée et dépourvue de toute conséquence morale, elle peut brouiller, chez les plus jeunes, la frontière entre le permis et l'interdit, entre le jeu et la réalité, entre le bien et le mal. Chez des enfants fragiles, isolés ou déjà en difficulté psychologique, cette exposition peut altérer les repères, affaiblir l'empathie et déformer la représentation de l'autre.

Vient ensuite la combinaison entre l'immigration et la précarité.

Disons-le clairement : la pauvreté n'excuse rien, et l'immense majorité des personnes immigrées respectent la loi. Mais l'addition des fragilités – chômage, logement indigne, désorganisation familiale, difficultés d'intégration, ghettoïsation, concurrence pour des ressources rares – accroît le sentiment d'abandon, la tension sociale et le risque de dérives. Là où l'État paraît lointain, d'autres normes se substituent : la bande, la loi du plus fort ou l'emprise du trafic.

L'éducation au sens large – celle de la famille d'abord, mais aussi celle dispensée par l'école ou l'environnement – et la perte du respect de l'altérité sont également des causes de violence.

La violence du quotidien prospère quand on n'apprend plus à gérer la frustration, à contrôler l'impulsivité, à résoudre un conflit par la parole, quand l'autorité n'est plus reconnue, quand l'autre est perçu non plus comme un égal en dignité, mais comme un obstacle ou une cible.

Enfin, il faut aussi évoquer la lenteur de l'appareil judiciaire et son corollaire : l'idée d'impunité. Quand la réponse pénale arrive tard, elle perd sa force. Quand les victimes doivent attendre des mois un jugement, elles renoncent. Quand les auteurs des faits récidivent avant d'avoir été jugés, la société se décourage. Il ne suffit pas que la justice soit indépendante, elle doit aussi être rapide, lisible et surtout exécutée.

Face à cette explosion, nous avons besoin d'une stratégie qui repose sur deux piliers : la fermeté répressive et le redressement éducatif. L'un sans l'autre échoue.

Sur le volet répressif, la priorité doit être la certitude de la sanction. Il faut réduire les délais, augmenter le nombre de magistrats, de greffiers et d'enquêteurs, développer des circuits plus rapides pour les violences du quotidien lorsque les faits sont établis, simplifier certaines procédures sans rien céder aux droits de la défense. La rapidité n'est pas un luxe : elle est la condition de la crédibilité.

Il faut ensuite instaurer une graduation claire, mais une ligne ferme : tolérance zéro pour les violences intrafamiliales, contre les agents publics, pour celles qui sont commises en réunion, ou encore pour les violences racistes et antisémites. Chaque acte doit rencontrer une réponse proportionnée, mais inévitable. Les peines doivent être effectives, grâce à un contrôle strict des aménagements et à un suivi sérieux, tandis que la capacité carcérale doit être structurellement suffisante pour accueillir les profils violents et récidivistes.

Par ailleurs, il faut reconquérir l'espace public. Cela implique que la police soit visible et ancrée, qu'elle traite aussi les incivilités répétées, qui empoisonnent la vie et préparent le terrain à la délinquance. La coordination entre la police nationale, les polices municipales, la gendarmerie, mais aussi les opérateurs de transport public, les bailleurs et les services sociaux doit être plus efficace : il convient, en la matière, de passer de l'intention à la réalité.

En outre, il faut frapper le narcotrafic au cœur, pas seulement sur le terrain, mais aussi sur le plan financier, en procédant à des saisies patrimoniales massives, en renforçant la lutte anti-blanchiment, en démantelant les têtes de réseau, en protégeant les témoins, en développant la coopération internationale, en agissant contre le recrutement de mineurs. Casser l'économie criminelle, c'est assécher la violence.

Enfin, il faut reprendre la main sur le numérique. Il faut renforcer les cyberpatrouilles, retirer plus rapidement les contenus violents illégaux diffusés sur internet, accroître la coopération avec les plateformes et développer notre capacité d'identification, quand la loi le permet. La République ne peut pas laisser prospérer des vitrines numériques de la brutalité.

Mais la répression ne suffira pas si nous ne reconstruisons pas les repères.

Le rôle des parents est central. Il convient donc de soutenir la parentalité et de lutter contre le désengagement, de faciliter le repérage précoce des situations difficiles, d'accompagner les familles isolées, de mieux articuler l'action de l'école, des services sociaux et des services de santé. Mais il importe aussi de responsabiliser les parents défaillants, y compris par la sanction. Aider les parents à tenir leur place, c'est protéger les enfants.

Sur les réseaux sociaux, nous devons définir, de manière assumée, des limites protectrices. Il faut contrôler réellement l'accès des mineurs à certains contenus, instaurer des dispositifs de vérification de l'âge robustes, lutter contre les comptes glorifiant la violence, sensibiliser les parents aux risques encourus par leurs enfants.

L'éducation nationale doit redevenir un rempart en permettant l'apprentissage explicite des règles, du respect, de la gestion des conflits, de la responsabilité. Il faut définir un cadre scolaire cohérent. Les sanctions doivent être compréhensibles. Les équipes éducatives doivent bénéficier d'une protection réelle. Les élèves en rupture doivent être pris en charge par l'école avant que la rue ne le fasse à sa place.

J'évoquerai, avant de conclure, un point essentiel : la violence du quotidien, la violence d'ambiance, celle qui ne fait pas toujours la une, mais qui empoisonne la vie de chacun ; celle de l'automobiliste pris à partie pour une place, un klaxon ou un regard ; celle dans les transports publics, faite d'agressivité, d'intimidations, d'injures, de menaces diffuses ; celle à l'encontre des femmes, qui, assignées à la peur dans l'espace public, sont harcelées, suivies, importunées, mais aussi insultées pour une tenue jugée non conforme à des usages inspirés de références religieuses. Cette violence est parfois dite « ordinaire » ; en réalité, elle ne l'est jamais pour ceux qui la subissent.

Voilà qui soulève une question de fond : cette violence est-elle la conséquence d'une dégradation générale du climat social, d'une tension croissante entre les individus, d'un affaissement des règles communes ? Ou bien est-elle aussi l'une des causes de violences plus graves, parce qu'elle banalise l'agression, habitue à l'irrespect, érode les inhibitions et dégrade, jour après jour, les relations humaines ? La vérité est sans doute qu'elle est les deux à la fois : le symptôme d'un dérèglement collectif et l'un des mécanismes qui l'aggravent.

En effet, lorsqu'une société s'habitue aux invectives, aux menaces, aux humiliations et aux passages en force, elle finit par considérer comme normale une brutalité qui ne devrait jamais l'être.

Quand la violence devient un mode banal d'interaction, ce sont la civilité, la confiance et la possibilité même de vivre ensemble qui reculent. Il faut donc traiter cette violence d'ambiance avec le même sérieux que les formes les plus spectaculaires de la délinquance, parce qu'elle en prépare souvent le terrain.

Mes chers collègues, la violence au quotidien n'est pas une fatalité. Elle régresse quand l'État protège, quand la justice répond vite, quand la police tient le terrain, quand le trafic est frappé au portefeuille, et quand les familles, l'école et la prévention reconstruisent les repères.

Notre devoir est simple : rendre à chacun une vie ordinaire sans peur et réaffirmer, concrètement, l'autorité du droit. Cela implique non seulement de punir, mais aussi de protéger, de prévenir, de réparer et de transmettre.

Il faut refaire de la civilité une exigence commune, du respect une règle ordinaire et de la force publique la garantie tranquille de la liberté de tous. C'est à cette condition que nous pourrons restaurer la confiance, retisser les liens humains abîmés et rendre pleinement à la vie collective ce qu'aucune société ne peut perdre sans se fragiliser : l'ordre, la dignité et la paix civile. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre délégué.

M. Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur Chevalier, monsieur le sénateur Saury, le Gouvernement de Sébastien Lecornu – Laurent Nunez comme l'ensemble des ministres – mène une politique de sécurité à la fois sur le terrain – plus de 10 000 agents supplémentaires ont renforcé les effectifs de police depuis 2017 – et dans l'espace numérique.

Outre la proposition de loi de Laure Miller visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, à laquelle vous avez, l'un et l'autre, fait allusion, plusieurs actions concrètes ont également été engagées ces derniers mois et ces dernières années.

Je pense ainsi à la mise en place de la plateforme d'harmonisation, d'analyse, de recoupement et d'orientation des signalements (Pharos), du site cybermalveillance.gouv.fr, et du numéro d'appel unique, le 3018, qui permettent à ceux qui sont victimes ou témoins d'actes de violence ou d'agressions numériques d'alerter sans tarder. Nous parvenons à faire effacer, parfois en quelques heures seulement, des contenus susceptibles de porter préjudice aux Françaises et aux Français concernés.

Mesdames, messieurs les sénateurs, nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir pour améliorer la situation. Toutefois, ces premiers éléments montrent que nous pouvons, ensemble, obtenir de très bons résultats.

Mme la présidente. La parole est à Mme Patricia Schillinger. (Applaudissements sur des travées des groupes RDSE et INDEP.)

Mme Patricia Schillinger. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, au terme de la séquence municipale qui vient de s'achever, un constat s'impose partout sur le terrain : la sécurité du quotidien compte parmi les préoccupations majeures de nos concitoyens.

Dans trop de communes, les élus locaux, les agents municipaux et les habitants sont confrontés à des violences devenues presque ordinaires : tirs de mortier, rodéos urbains, rassemblements illicites, refus d'obtempérer, occupations illégales, intimidations, dégradations, etc. Derrière ces faits, il y a une même réalité : le sentiment d'impunité. Celui-ci fragilise l'autorité publique, mine la confiance dans la parole de l'État et épuise ceux qui, sur le terrain, tiennent encore la République debout.

Ainsi, le nombre des refus d'obtempérer, pour ne parler que d'eux, a augmenté, comme vous l'avez vous-même indiqué, monsieur le ministre, de 11% en 2025 : 28 000 faits ont ainsi été recensés. Ces chiffres disent quelque chose de grave pour notre pays : l'autorité de la règle recule quand la certitude de la sanction s'efface.

Face à cela, le Sénat n'est pas resté inactif, il a pris sa part : il a travaillé sur la lutte contre le narcotrafic, a adopté des textes pour mieux lutter contre les occupations illicites, a avancé sur la question des polices municipales et des gardes champêtres – chacun sait bien que la sécurité du quotidien se joue d'abord au plus près du terrain.

Ces textes vont dans le bon sens, car la sécurité du quotidien ne se décrète pas depuis Paris à coup d'annonces. Elle se construit dans les communes, avec des maires respectés, des forces de sécurité coordonnées, des compétences claires, des moyens adaptés et une réponse pénale réellement exécutée.

C'est là, au fond, le point central. Le problème français n'est pas seulement le niveau théorique des peines ; c'est aussi, trop souvent, la lenteur avec laquelle elles sont prononcées, leur manque de lisibilité et leur faible exécution. Ce qui manque, c'est non pas nécessairement une nouvelle norme, c'est, trop souvent, une réponse effective, comprise et visible.

Vous avez annoncé, monsieur le ministre, un futur texte sur la sécurité du quotidien visant notamment à lutter contre les mortiers, les rave-parties, les rodéos urbains et les refus d'obtempérer. Nous souhaitons savoir quand ce texte sera présenté, selon quelle méthode et avec quelle articulation avec l'autorité judiciaire.

Renforcer les sanctions n'a de sens que si toute la chaîne suit : constatation, interpellation, poursuites, jugement, exécution.

Prenons l'exemple des mortiers. Le droit a déjà été renforcé. Pourtant, chacun voit bien que l'accès à ces produits demeure trop facile, notamment via internet et des circuits de contournement. Là encore, le véritable enjeu n'est pas seulement d'ajouter une interdiction de plus. Il est de combler les failles, de responsabiliser les plateformes, de renforcer les contrôles et d'assécher les filières d'approvisionnement.

Mais je veux aussi le dire clairement : la fermeté républicaine n'a de sens que dans le cadre de l'État de droit. Plus de moyens, oui. Plus de coordination, oui. Plus d'efficacité, oui. Mais jamais au prix de garanties fondamentales écornées.

C'est pourquoi je vous pose une question simple, monsieur le ministre : comment le Gouvernement entend-il à la fois renforcer concrètement la sécurité du quotidien et garantir que les moyens donnés aux forces de l'ordre s'exercent toujours dans le strict respect du cadre républicain ?

Nous parviendrons à mettre fin à l'explosion de la violence au quotidien avec une ligne claire : autorité, proximité, exécution des sanctions, soutien aux élus et aux forces de l'ordre et respect absolu de l'État de droit. L'ordre juste, l'ordre concret, l'ordre tenu : voilà ce que nos concitoyens attendent de nous. (MM. Christian Bilhac, Cédric Chevalier et Ludovic Haye applaudissent.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre délégué.

M. Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur. Madame la sénatrice, vous avez raison de dire qu'il faut une politique équilibrée. C'est ce que le Gouvernement, en particulier le ministre de l'intérieur, souhaite en matière de sécurité.

La sécurité, c'est à la fois une ambition nationale et une mise en application locale. Nous avons vu pendant la crise sanitaire que le couple préfet-maire fonctionne bien ; nous le voyons aussi dans le cadre des conseils locaux et intercommunaux de sécurité et de prévention de la délinquance, des dispositifs qui ont prouvé leur efficacité.

Vous m'avez interrogé sur les textes à venir. Je vous invite – notre débat sera terminé à ce moment-là – à regarder ce soir le journal de vingt heures de TF1, puisque Laurent Nunez, ministre de l'intérieur, y annoncera des mesures concrètes et efficaces, dont certaines sont d'ailleurs issues de réflexions et d'initiatives parlementaires.

Face aux nouveaux aspects de la menace, notamment son caractère protéiforme, il nous faut donner aux autorités l'ensemble des moyens nécessaires pour que force reste à la loi, et cela de façon équilibrée. Ainsi, le Gouvernement entend bien, madame la sénatrice, inscrire son action dans le cadre démocratique de l'équilibre des pouvoirs.

Notre objectif commun est de lutter contre les violences, tout en préservant les fondamentaux de notre démocratie. Ce combat ne peut se mener que dans le respect de l'État de droit, sans quoi nous ne pourrions que dénaturer la démocratie. Je sais que, tous ensemble, nous partageons cette exigence.

Mme la présidente. La parole est à M. Hussein Bourgi. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)

M. Hussein Bourgi. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, nos collègues du groupe Les Républicains ont choisi d'inscrire à notre ordre du jour un débat portant sur la question suivante : comment mettre fin à l'explosion de la violence au quotidien ?

Cette question est légitime, car la sécurité a été au cœur du débat de la campagne des élections municipales. La demande de sécurité, ancienne et récurrente, se situe au cœur des préoccupations des Françaises et des Français. Partout en France, dans les communes, qu'elles soient urbaines ou rurales, une réalité s'impose à nous : la multiplication des incivilités, la montée du sentiment d'insécurité et notre incapacité, depuis de trop nombreuses années, à endiguer le fléau des atteintes aux biens et aux personnes.

Faut-il pour autant parler d'explosion de la violence ? Je ne le pense pas. Il ne faut pas alimenter la psychose. Il faut, au contraire, dire simplement la vérité, montrer les domaines dans lesquels nous avons obtenu des résultats et ceux dans lesquels nous constatons une stagnation ou un recul.

Il faut surtout parler aux Françaises et aux Français des fléaux nouveaux, comme le narcotrafic, qui s'impose de plus en plus dans notre société et contre lequel nous menons de concert une guerre – je vous renvoie à cet égard aux travaux de la commission d'enquête du Sénat et à la proposition de loi qui a été votée ici à l'unanimité.

Je souhaite, pour ma part, soulever la question de la montée des violences à l'égard des plus fragiles et des plus jeunes d'entre nous, en évoquant les violences qui surviennent en milieu scolaire.

Ces violences prennent des formes multiples : violences physiques d'abord – coups, bousculades –, violences verbales ensuite – insultes, humiliations, moqueries –, violences psychologiques, enfin, avec les menaces et le harcèlement. Ces violences peuvent être sexistes, sexuelles, racistes, antisémites, homophobes. Elles peuvent viser tel ou tel trait morphologique ou physique des adolescents, des enfants.

Jusqu'à il y a quelques années, ces violences se déroulaient exclusivement dans l'enceinte et autour des établissements scolaires. Désormais, elles ont aussi lieu dans les transports en commun et dans les cars de ramassage scolaire.

Elles se prolongent de manière exponentielle dans l'espace numérique, le cyberharcèlement poursuivant les victimes jusque dans leur intimité, jusque dans leur foyer familial. Le cyberharcèlement a donc lieu vingt-quatre heures sur vingt-quatre ! Les victimes n'ont plus droit au répit. Elles sont traquées, acculées ; parfois, elles craquent et mettent fin à leurs jours.

Les chiffres sont sans appel : en moyenne, plus d'un enfant par classe est confronté au fléau du harcèlement scolaire ; deux élèves par classe sont victimes de violences à caractère sexuel. Ce n'est donc ni marginal ni conjoncturel, c'est structurel.

Face à cela, la première réponse devrait être évidente : il faut renforcer l'encadrement humain. La prévention de la violence passe d'abord par la présence d'adultes en nombre suffisant et aux compétences adaptées : enseignants, personnels de vie scolaire, conseillers principaux d'éducation, mais aussi infirmiers scolaires, médecins scolaires, psychologues.

Or, sur ce point, le constat est sévère. En 2025, nous comptions un médecin scolaire pour 13 000 élèves, une infirmière pour 1 300 élèves, un psychologue pour 1 500 élèves. Autrement dit, notre société demande à l'école de tout réparer, de tout prévenir, de tout accompagner sans lui en donner les moyens.

Face à cette situation, quelles réponses sont apportées ?

D'un côté, on en appelle – à juste titre – aux parents et à leur responsabilité. Le ministre de l'éducation nationale a récemment rappelé dans un courrier la nécessité de leur implication. Personne ne conteste cette évidence, mais il serait trop facile de considérer que seules les familles sont responsables. L'État ne peut pas se défausser de ses propres responsabilités, voire, parfois, de ses carences et insuffisances.

De l'autre, on agite des solutions essentiellement sécuritaires : présence policière accrue, fouille des sacs, portiques à l'entrée des établissements.

Soyons clairs, personne ne conteste ces mesures, surtout pour lutter contre les intrusions et les risques d'attentat terroriste ou d'enlèvement. Certaines situations exigent, certes, des réponses fermes, y compris policières et judiciaires, mais réduire la politique scolaire à une logique de contrôle et de suspicion serait une erreur, car la violence ne vient pas de nulle part : elle naît et s'enracine dans des fragilités sociales, un manque d'accompagnement, un défaut de prévention. Elle prospère là où l'État s'est progressivement retiré.

La sécurité à l'école, comme dans la société, est une exigence légitime, mais elle ne se décrète pas à coups d'annonces : elle se construit patiemment, en traitant les causes profondes, en investissant dans l'humain, en redonnant à nos services publics les moyens d'agir.

Monsieur le ministre, pour lutter contre le cyberharcèlement, l'antisémitisme ou la haine en ligne, il faut donner des moyens à l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) et aux services qui gèrent la plateforme Pharos et le site cybermalveillance.gouv.fr.

Il faut aussi, et surtout, mener une action concertée à l'échelle européenne pour coordonner l'action de l'ensemble des pays membres de l'Union européenne et réguler les plateformes, qui ne veulent pas toujours entendre les messages que les gouvernements nationaux leur adressent.

Nous avons donc besoin d'agir à l'intérieur de notre pays, en accordant des moyens supplémentaires à Pharos ou à l'Arcom, mais nous devons également mener une action supranationale à l'échelle européenne.

J'évoquerai à présent la délinquance des mineurs, qui s'enracine et prend corps majoritairement dans l'échec scolaire.

De plus en plus d'enfants sont appâtés par l'argent facile. Les narcotrafiquants les embrigadent comme hommes de main pour faire le guet et livrer la drogue à domicile. L'ubérisation du narcotrafic est à l'œuvre et fait des ravages, en entraînant des adolescents à peine sortis de l'enfance dans la spirale de la délinquance.

Or il suffit d'échanger avec les services de la protection judiciaire de la jeunesse pour constater qu'ils travaillent à flux tendu et dans des conditions particulièrement difficiles. L'État ne leur donne plus les moyens humains qui permettraient un suivi personnalisé digne de ce nom afin d'éviter aux primodélinquants de s'enfoncer et de s'enraciner dans la spirale de la récidive.

Enfin, j'évoquerai le fléau des violences intrafamiliales, qui touchent principalement les femmes. Le décompte morbide du nombre de féminicides vient régulièrement nous rappeler qu'il y a urgence à agir pour sauver des vies.

Il est aussi urgent d'agir pour prendre en charge les enfants, victimes collatérales et invisibles de ces violences conjugales et intrafamiliales, témoins muets de ces drames qui se déroulent dans le huis clos familial.

Si les dispositifs de prise en charge des femmes victimes se multiplient, on ne peut que regretter que cela ne soit pas encore suffisamment le cas pour les enfants. On manque cruellement de travailleurs sociaux et de permanences associatives dans les gendarmeries et les commissariats de police.

Monsieur le ministre, il existe, en la matière, des zones blanches : ce sont les territoires ruraux, où il n'y a pas toujours une association en mesure d'assurer la permanence que nous appelons tous de nos vœux.

Il existe finalement une France à deux vitesses : celle des métropoles et celle du monde rural et des zones de montagne.

Dans la première, les ministères de l'intérieur et de la justice peuvent passer des conventions avec de nombreux opérateurs afin que des permanences soient assurées.

Dans la seconde, il n'existe pas d'opérateurs et de permanences. Pourtant, ces dernières ont autant d'utilité que dans les métropoles ; elles en ont même davantage du fait d'un facteur aggravant, l'isolement : la victime a alors tendance à s'enfermer dans le silence, à subir, et à ne pas faire valoir ses droits.

J'en conviens, un tel dispositif a un coût financier, mais il est sans commune mesure avec le coût humain, lorsque des enfants de pères violents reproduisent eux-mêmes ces violences une fois devenus adultes.

Avant de conclure, je souhaite évoquer, monsieur le ministre, l'avis particulièrement sévère et critique que vient d'adopter la commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) sur le plan national pour l'égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT.

M. Rachid Temal. Ah !

M. Hussein Bourgi. La CNCDH parle d'absence de coordination interministérielle et de dispositions inopérantes ; elle formule 127 recommandations.

Monsieur le ministre, je ne vous demanderai pas de répondre aujourd'hui, ici et maintenant, à cet avis critique ni de commenter les 127 mesures proposées, mais il nous faut avancer sur ce sujet, comme sur la question de la haine en ligne qui vise nos compatriotes de confession, de culture ou de patronyme juif.

Nous avons besoin d'une action résolue de l'État et d'une coordination interministérielle. On ne peut se satisfaire de mesurettes ! Ce n'est pas une critique, c'est une demande, un vœu que je formule devant vous aujourd'hui.

Évoquer la violence, ou plutôt les violences, et traiter ces sujets avec sérieux, ce n'est ni flatter les peurs ni faire des propositions simplistes. La responsabilité avec laquelle nous avons traité ce sujet aujourd'hui nous dicte de regarder la réalité en face et d'y répondre avec gravité. Je pense pouvoir dire que, ce soir, nous nous sommes efforcés, chacun et chacune, de le faire avec sérieux, responsabilité et gravité. (Applaudissements sur les travées du groupe SER. – MM. Christian Bilhac et Cédric Chevalier, ainsi que Mme Patricia Schillinger applaudissent également.)


- Conclusion du débat -

Mme la présidente. En conclusion de ce débat, la parole est à M. le ministre délégué.

M. Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur. Madame la présidente, mesdames les sénatrices, messieurs les sénateurs, je voudrais d'abord remercier le groupe Les Républicains d'avoir inscrit ce débat à l'ordre du jour du Sénat.

Chacun a pu faire remonter les préoccupations du terrain et développer, de manière d'ailleurs assez convergente, sa vision de la sécurité.

Il existe une série de violences protéiformes qui est susceptible, finalement, de n'épargner personne. Cette violence doit toutefois être relativisée, car, ensemble, grâce à l'action du Gouvernement et aux propositions des parlementaires, nous avons d'ores et déjà obtenu, ces dernières années, des résultats significatifs, par exemple dans les transports en commun – j'en ai parlé –, où les vols et violences ont reculé et sont à leur plus bas niveau depuis dix ans.

Partout où elle frappe, partout où elle s'introduit, que ce soit à l'école, dans les prisons, dans la rue ou dans les foyers, la violence est illégitime. Elle n'a nulle part sa place, nous sommes tous mobilisés pour la combattre et l'engagement du Gouvernement de Sébastien Lecornu, en particulier de Laurent Nunez, ministre de l'intérieur, est total.

Nos forces de l'ordre font un travail particulièrement difficile en faisant preuve d'un grand professionnalisme ; nous devons les soutenir de manière résolue.

Nous devons aussi soutenir l'ensemble des acteurs de terrain, des préfets jusqu'aux maires et présidents de collectivités locales, dans les territoires ruraux comme urbains.

Nous avons ainsi mis en place le dispositif Villes de sécurité renforcée pour qu'aucun centimètre carré de la République ne puisse être considéré comme une zone de non-droit.

Cette responsabilité est commune à la police, à la justice et à tous les acteurs de la prévention. Ces dernières années, au travers des textes que nous avons adoptés ensemble, nous avons pu apporter des améliorations tout à fait concrètes.

Je pense en particulier à la loi relative au renforcement de la sûreté dans les transports, dont l'initiative revient à Philippe Tabarot.

Je pense aussi à la loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic, issue des travaux menés par Jérôme Durain et Étienne Blanc dans le cadre d'une commission d'enquête du Sénat.

Je pense enfin à la loi visant à renforcer l'autorité de la justice à l'égard des mineurs et de leurs parents, dont l'initiative revient à Gabriel Attal.

Beaucoup reste à faire, cela a été dit, et je sais que nous examinerons ensemble, dans les prochains mois, d'autres textes. D'ailleurs, des annonces seront faites ce soir – je l'ai dit –, lors du journal de vingt heures, concernant le projet de loi visant à renforcer la sécurité au quotidien : il s'agira de donner des outils concrets aux forces de l'ordre, aux préfets et aux élus pour renforcer les dispositifs existants.

Je n'oublie ni le projet de loi relatif à l'extension des prérogatives, des moyens, de l'organisation et du contrôle des polices municipales et des gardes champêtres, que vous avez eu l'occasion d'examiner et de compléter, ni la proposition de loi de Charles Rodwell visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d'attentat.

Ces mesures concrètes vont s'ajouter à toutes les autres initiatives parlementaires que vous prendrez dans les mois qui viennent.

Les violences constituent une atteinte intolérable à la dignité et aux fondements mêmes de notre démocratie et de notre République. Les personnes qui en sont victimes ressentent une forme de révolte et notre réponse commune doit être à la hauteur de cette révolte. Je sais que nous avons cette ambition en partage.


Source https://www.senat.fr, le 5 mai 2026