Interview de Mme Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement, ministre déléguée chargée de l'énergie, à France Info le 6 mai 2026, sur la hausse du prix des carburants, les mesures d'aides, Total et les annulations de vols.

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Média : France Info

Texte intégral

ALIX BOUILHAGUET
Bonjour Maud BREGEON.

JEAN-BAPTISTE MARTEAU
Bonjour.

ALIX BOUILHAGUET
On va largement parler et revenir sur les carburants. Mais juste un mot de cette information que nous avons eue : ce cargo français qui aurait été la cible de missiles au large de Dubaï. Ça se serait passé hier. Ce sont les médias américains qui relaient cette information. Est-ce que vous en savez davantage ?

MAUD BREGEON
Je ne peux pas vous le confirmer ce matin. Si en revanche c'était réellement avéré, ce serait évidemment absolument inadmissible.

ALIX BOUILHAGUET
Donc pas d'infos supplémentaires ?

MAUD BREGEON
Pas d'infos supplémentaires. Je ne doute pas que nous vous les transmettrons dans les heures à venir.

ALIX BOUILHAGUET
Ce conflit en Ukraine qui s'enlise et avec lui, forcément, des conséquences énergétiques pour les Français, avec des prix qui s'emballent. Hier, Sébastien LECORNU a affirmé qu'il allait falloir "changer d'ampleur et d'échelle" en laissant entendre qu'il y aurait de nouvelles mesures d'aides. Déjà, vous nous le confirmez : vous préparez de nouvelles mesures d'aides ? Ce sera quand, et concrètement ce sera quoi ?

MAUD BREGEON
Alors oui, nous travaillons à de nouvelles mesures d'aides. Et nous travaillons à de nouvelles mesures d'aides parce que la situation est grave et difficile pour beaucoup de Français. On le voit autour de nous, on le voit dans nos circonscriptions : les parlementaires font face chaque semaine à des Français qui ont du mal à faire le plein, pour qui l'augmentation des prix est devenue un problème, pour certains une angoisse quotidienne. Face à ça, je voudrais quand même le rappeler, on a dès les premiers jours de la crise fait le choix, d'une part, d'être aux côtés des secteurs d'activité les plus exposés. Pourquoi ? Parce que quand on parle des agriculteurs, quand on parle des pêcheurs, derrière ce sont des emplois, et donc ce sont des salaires. On a ensuite fait le choix d'être aux côtés des plus précaires : le chèque énergie, d'une part, qui a été versé automatiquement à 700 000 personnes de plus - 150 euros en moyenne -, et une aide pour les gros rouleurs, trois millions de Français, qui sera versée en juin. Nous avons pour autant dit depuis le départ que nous allions adapter nos mesures au fur et à mesure de l'évolution d'un conflit dont ni vous ni moi ne maîtrisons où il en sera dans quelques semaines. Force est de constater que la situation aujourd'hui dure, elle dure pour les Français. Et donc nous travaillons à de nouvelles mesures d'aides pour les Français, pour une partie des Français qui ne sont pas aujourd'hui touchés par les mesures déjà mises en place.

ALIX BOUILHAGUET
Lorsque Sébastien LECORNU dit "changer d'ampleur et d'échelle", ça veut dire qu'on va passer de mesures ciblées à des mesures plus généralisées ?

MAUD BREGEON
Alors on aura l'occasion de l'exprimer dans les jours à venir. Il n'y aura pas de mesures généralisées au sens où on l'a connu en 2022-2023, pour une raison très simple : nous ne sommes pas dans la même situation. Pour autant aujourd'hui, entre les Français qui sont concernés par les aides déjà mises en place et ceux qui ont, malgré tout, des difficultés, on voit bien qu'il y a une marge, on voit bien qu'il y a besoin d'être à leurs côtés. Et nous l'avons toujours dit : on ne laissera pas tomber les Français qui travaillent et les Français les plus modestes.

ALIX BOUILHAGUET
Ça veut dire quoi de manière extrêmement concrète ? On parle de secteurs, de nouvelles aides, notamment pour les taxis. Est-ce que vous pouvez nous confirmer cette information ?

MAUD BREGEON
On parle des Français qui travaillent, on parle des Français qui roulent beaucoup, on parle des Français pour qui faire le plein est devenu une problématique de tous les jours. Et moi je vous le dis, en tant que ministre de l'Énergie, ce qui compte pour moi - on en parlera avec la question de TOTAL tout à l'heure probablement -, ce qui compte pour moi c'est le pouvoir d'achat des Français. Et on a aujourd'hui des gens pour qui les fins de mois sont durement impactées par la hausse des prix du gasoil et de l'essence.

ALIX BOUILHAGUET
On peut dire que ça peut concerner les taxis, ça peut concerner les infirmiers libéraux par exemple ?

MAUD BREGEON
Encore une fois, je le dis, ce sera précisé dans les jours à venir. Mais on garde notre objectif, on garde notre cap : les Français qui travaillent, les Français qui roulent beaucoup et les Français les plus modestes. En tout cas pour ceux pour qui faire son plein est le plus difficile. Il faut aussi se dire les choses : enfin, il y a des Français pour qui c'est plus dur que d'autres, tout le monde n'est pas logé à la même enseigne quand les prix du carburant augmentent.

ALIX BOUILHAGUET
Sur la méthode, notamment sur les gros rouleurs - qui concernent effectivement, vous l'avez dit, trois millions de salariés -, est-ce que vous pourriez agir sur le plafond de revenus ? C'est-à-dire qu'il n'y ait plus de plafond du tout, sans condition de revenus pour octroyer cette aide ?

MAUD BREGEON
Sur le plafond des revenus, pardonnez-moi.

ALIX BOUILHAGUET
Oui, vous savez, il y a un plafond de revenus pour pouvoir toucher cette aide quand on es …

MAUD BREGEON
Écoutez, là, encore une fois, tout ça va être précisé. Moi ce que je vous donne, c'est notre objectif : ne jamais lâcher les Français qui travaillent et qui en ont besoin, et la manière d'y arriver : avancer pas à pas, adapter les dispositifs autant que nécessaire et être en priorité aux côtés des gens. Je dis "qui travaillent". Pourquoi je dis "qui travaillent" ? Parce qu'on a, dans beaucoup de territoires ruraux notamment, des Français qui font dix, vingt, trente, quarante kilomètres pour aller au travail le matin, pour emmener leurs enfants à l'école.

ALIX BOUILHAGUET
Donc ceux-là, on peut les rassurer ce matin.

MAUD BREGEON
Et pour qui faire le plein n'est pas un luxe.

ALIX BOUILHAGUET
Le PS, on l'a encore entendu hier, dénonce des "profiteurs de crise" et pointe notamment TotalEnergies. Aujourd'hui, TotalEnergies, à travers son patron Patrick POUYANNÉ, dit : "Nous on est le bouc émissaire".

MAUD BREGEON
Je pense qu'entre le tout noir ou tout blanc, il y a toujours un juste équilibre à trouver. Est-ce que TOTAL doit redistribuer aujourd'hui une partie de ses bénéfices aux Français comme il le fait - et comme il le fait, pardonnez-moi, uniquement en France -, avec les plafonds mis en place sur le gazole et sur l'essence ? La réponse est évidemment oui. Je vous renvoie à ce que dit…

ALIX BOUILHAGUET
Sébastien LECORNU, il dit qu'il faut un "plafonnement généreux". Qu'est-ce que ça veut dire un plafonnement généreux ? Je rappelle qu'aujourd'hui, TotalEnergies fait le litre d'essence à 1,99 euro. Est-ce que "plus généreux" c'est aller plus bas ? C'est aller jusqu'où ?

MAUD BREGEON
Un plafond généreux, c'est un plafond qui est réellement avantageux pour les Français eu égard à l'évolution du prix du baril de Brent, qui aujourd'hui - ça ne vous aura pas échappé - est extrêmement haut, autour de 115 dollars. Voilà ce que nous disons. Ensuite, je voudrais préciser deux choses…

ALIX BOUILHAGUET
Mais c'est combien concrètement ? Quand c'est déjà plafonné à 1,99 euro…

MAUD BREGEON
Pardonnez-moi, on n'est pas dans une économie administrée. Nous, notre demande, elle est simple : TOTAL, les activités de TOTAL et les bénéfices de TOTAL doivent en partie bénéficier au pouvoir d'achat des Français. C'est ce qui est fait aujourd'hui avec le plafonnement. Et nous, nous souhaitons que ce plafonnement dure, parce qu'il est bénéfique…

ALIX BOUILHAGUET
Qu'il dure, mais qu'il descende encore ?

MAUD BREGEON
Je voudrais, pardonnez-moi, terminer mon point. Deux choses : d'une part, TOTAL paie des impôts en France. C'est faux de dire l'inverse. La contribution de TOTAL au budget de l'État, c'est de deux milliards.

ALIX BOUILHAGUET
C'est deux milliards. Est-ce qu'il faut qu'ils en paient plus ?

MAUD BREGEON
Deuxièmement, TOTAL est implantée dans environ 70 pays. Ce plafond n'est mis en place qu'en France. Donc, pourquoi je vous dis ça ? Parce que c'est, au fond, facile de tomber dans le TOTAL bashing. TOTAL, c'est l'entreprise française qu'on adore détester. Mais avoir un grand pétrolier dans un moment de crise, où on pourrait avoir des problématiques sur les volumes, c'est un outil de souveraineté et c'est un outil d'indépendance important.

ALIX BOUILHAGUET
Donc, un plafonnement généreux... vous ne me dites pas, est-ce que c'est descendre encore plus le plafond ? C'est-à-dire aujourd'hui, je le rappelle, 1,99 euro. Est-ce qu'il faut que TOTAL fasse encore un petit effort sur ce plafonnement ?

MAUD BREGEON
Quand vous allez dans certaines stations-service, vous voyez que le prix de l'essence ou le prix du gasoil est bien supérieur au chiffre que vous venez de citer. Et donc, un plafond généreux, c'est un plafond qui est réellement avantageux pour les Français par rapport à ce que seraient le prix de l'essence et du diesel sans ce plafond, tout simplement. Maintenant, ce n'est pas à moi, excusez-moi, je ne suis pas porte-parole de TotalEnergies. Je ne suis pas Patrick POUYANNÉ, ça ne vous aura pas échappé. Et donc je ne dirai pas au centime près quel est le plafond qui doit être mis. On demande à ce que ce plafond dure, et on demande à ce que ce plafond soit, effectivement, généreux pour les Français.

ALIX BOUILHAGUET
Un mot encore sur la taxation, la tentation plus exactement, d'une taxe sur les superprofits, parce qu'on voit que ça refait surface à nouveau à gauche. Dans le quotidien Sud Ouest, Patrick POUYANNÉ est catégorique : en cas de surtaxe, fini le plafonnement dont on parle. Donc qu'est-ce que vous dites ce matin ? Parce que le Premier ministre a quand même dit que le débat était ouvert. Est-ce que vous écartez complètement cette idée de surtaxe ? Ou est-ce qu'effectivement le débat est posé ?

MAUD BREGEON
Non, les débats sur la fiscalité des entreprises de manière générale, et notamment en période exceptionnelle, en période de crise quand c'est difficile pour les Français, sont par définition ouverts. Et l'Assemblée nationale, le Sénat sont là pour ça. Mais à court terme - je le redis, à court terme -, moi ce qui m'intéresse, c'est combien les Français paient lorsqu'ils vont à la station-service et qu'ils font leur plein d'essence ou de diesel. Et donc le plafonnement de TOTAL doit durer, parce qu'il permet des pleins moins chers pour les Français. C'est aussi simple que ça.

ALIX BOUILHAGUET
On va avancer, il nous reste très peu de temps. Je voudrais aussi qu'on parle du kérosène. Vous rencontrez aujourd'hui les compagnies aériennes. Qu'est-ce que vous pouvez dire ce matin à ceux qui souhaitent prendre l'avion cet été ? Déjà, vous leur dites : "Attention, il vaut mieux éviter de le faire" ?

MAUD BREGEON
Je dis qu'à l'heure où on se parle, il n'y a pas de problème de pénurie sur le kérosène, ni en France ni ailleurs, dans les grands aéroports internationaux. Pour autant, on voit encore une fois que la crise dure. Et donc on rencontrera cet après-midi, avec Roland LESCURE et Philippe TABAROT, les compagnies aériennes pour faire le point avec elles sur leurs difficultés éventuelles à venir en termes de volume, mais également sur la question des prix. Depuis le début de la crise, je vous donne un chiffre : le prix du kérosène a doublé. On voit que ça amène un certain nombre de questions : est-ce que les vols sont bien maintenus ? Est-ce que les billets augmentent ou pas pour les Français ?

ALIX BOUILHAGUET
Ça, vous n'en avez pas la garantie pour l'instant ? Ceux qui ont déjà leurs billets ne sont pas sous le coup d'une possible annulation ?

MAUD BREGEON
Tout ça sera discuté avec les compagnies cet après-midi. Aujourd'hui, les quelques annulations qui ont été enregistrées ici ou là représentent une part infime. Je crois que pour AIR FRANCE, pour ne prendre que cet exemple, c'est moins de 1% de l'ensemble des vols qui sont programmés.

ALIX BOUILHAGUET
Un tout dernier mot, juste, sur VOLOTEA qui augmente désormais le prix du billet alors que les voyageurs ont déjà payé leur trajet. Le ministre des Transports a reconnu qu'il y avait "un trou dans la raquette". Comment on empêche ces réajustements ?

MAUD BREGEON
Ça fera l'objet des conversations de cet après-midi, parce que derrière, c'est la capacité des Français à prendre les moyens de transport qui est en jeu dans une période, on le sait, où c'est particulièrement important, notamment pour les familles.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 mai 2026