Déclaration de Mme Naïma Moutchou, ministre des outre-mer, sur la stratégie économique et l'importance des investissements privés ultramarins, Paris le 7 mai 2026.

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Circonstance : Rencontre Cercle de l'Union interalliée

Texte intégral

Monsieur le Président Pascal Lorot,
Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureuse d'être parmi vous aujourd'hui. C'est une rencontre qui dit quelque chose d'important. Voir réunis autour des Outre-mer des responsables économiques de premier plan est un signe qui ne trompe pas.

Pendant longtemps, les Outre-mer ont été regardés comme des territoires à soutenir.

Je crois qu'il faut désormais les regarder comme des territoires où investir.

C'est sans doute l'un des grands changements de regard que notre pays doit enfin assumer.

Parce que les Outre-mer ne sont pas à la marge de la mondialisation. Ils sont exactement à l'endroit où le monde est en train de se réorganiser.

Au XXIe siècle, la souveraineté ne se joue plus seulement sur les frontières terrestres. Elle se joue aussi dans les routes maritimes, les minerais critiques, les câbles sous-marins, les capacités énergétiques, et l'influence régionale.

Et dans chacun de ces domaines, les Outre-mer donnent à la France une profondeur stratégique exceptionnelle.

Présence dans trois océans.

Premier espace maritime mondial.

Implantation au cœur de zones parmi les plus dynamiques de la planète.

En plus des chiffres et des cartes, les Outre-mer sont des territoires d'initiative et d'innovation.

Quand on parle des Outre-mer, on parle du nickel stratégique en Nouvelle-Calédonie.

On parle du spatial en Guyane.

On parle d'économie bleue dans l'océan Indien.

On parle de biodiversité parmi les plus riches du monde.

On parle d'agriculture tropicale, de souveraineté énergétique, de connectivité, de sécurité maritime et d'innovation climatique.

Bref, on parle de secteurs qui seront au cœur des équilibres économiques de demain. Comme je le dis souvent les OM sont aux avant-postes.

Et pourtant, notre modèle économique ultramarin reste encore trop souvent enfermé dans une logique héritée d'un autre temps.

Pendant des décennies, la dépense publique et l'emploi public ont joué un rôle essentiel d'amortisseur social et de stabilisateur économique. C'était nécessaire.

Mais cela ne suffit plus.

Parce qu'aucun territoire ne construit durablement sa prospérité uniquement sur les transferts publics.

La question désormais est simple : comment produire davantage de richesse dans les territoires eux-mêmes ?

Comment faire émerger davantage d'entreprises de taille intermédiaire ?

Comment orienter plus de capitaux privés vers les Outre-mer ?

Comment permettre à une jeunesse talentueuse de créer, d'innover et de rester sur son territoire ?

C'est le sens de l'action que j'ai engagée depuis mon arrivée au ministère.

Je veux le dire très clairement devant vous : l'État doit évidemment continuer à protéger, à accompagner et à compenser certaines contraintes structurelles. Mais il doit aussi redevenir stratège.

Notre responsabilité est de créer les conditions de la confiance économique.

Car aucun investisseur ne vient durablement sur un territoire où les règles changent sans cesse, où les procédures deviennent illisibles et où l'on ne donne pas de perspective stable.

La première attente du monde économique aujourd'hui, ce n'est pas la promesse.

C'est la visibilité.

C'est pourquoi j'ai engagé un travail de refondation de notre stratégie économique ultramarine.

Cette stratégie repose sur une conviction simple : les Outre-mer ne doivent plus être pensés uniquement comme des territoires de compensation, mais comme des territoires de production et d'influence.

Avec le concept "Choose Outre-mer" que j'ai imaginé, je veux organiser à l'automne un rendez-vous où l'on parle enfin des Outre-mer autrement qu'à travers les crises ou les retards. L'idée est simple : mettre des projets sur la table et faire venir ceux qui peuvent les financer, les accompagner ou les développer. Trop souvent, les acteurs économiques se connaissent mal, les décisions se prennent sans les territoires ultramarins ou les projets restent bloqués faute du bon interlocuteur au bon moment. Je veux que ce rendez-vous serve à ça : faire se rencontrer des gens qui, aujourd'hui, ne travaillent pas assez ensemble et remettre les Outre-mer dans le champ normal des décisions économiques françaises.

Cela suppose plusieurs transformations.

D'abord, diversifier davantage les économies ultramarines. Trop de territoires restent dépendants d'un nombre limité de secteurs ou d'importations massives. Cette dépendance fragilise leur résilience économique et sociale.

Nous devons structurer des filières plus solides dans l'énergie, l'agroalimentaire, l'économie maritime, le numérique, les industries adaptées aux contraintes climatiques ou encore la transformation locale des ressources.

Ensuite, il faut fluidifier beaucoup plus fortement le financement des entreprises.

Les entrepreneurs ultramarins parlent souvent des mêmes obstacles : complexité administrative, accès difficile aux fonds propres, coût de l'assurance, lenteur des procédures, manque de lisibilité des dispositifs.

Nous devons entendre cette réalité.

L'argent public ne suffira jamais à lui seul à transformer les Outre-mer.

Nous avons besoin de davantage d'investissement privé, davantage d'ETI, davantage de projets structurants et davantage de passerelles entre les grands groupes, les banques, les collectivités et les entrepreneurs locaux.

C'est aussi pour cela que votre présence aujourd'hui est importante.

Parce qu'il faut reconnecter les Outre-mer aux grands réseaux économiques, financiers et industriels français et européens, de doit être pour vous, pour nous, un sujet stratégique dans la réflexion économique nationale.

Autre priorité majeure : les compétences.

Dans plusieurs territoires, le chômage des jeunes demeure extrêmement élevé alors même que des entreprises peinent à recruter. Cette contradiction est insoutenable.

Le capital humain est la première richesse des Outre-mer.

Nous devons mieux former, mieux accompagner et mieux connecter les besoins économiques aux parcours de formation.

Enfin, il y a un enjeu décisif : l'ancrage régional.

Les Outre-mer français sont au cœur de bassins économiques dynamiques : Caraïbe, océan Indien, Pacifique, Amérique du Sud.

Ils doivent devenir davantage des plateformes françaises et européennes de coopération économique, d'investissement et d'échanges dans leur environnement régional.

Cette ambition suppose aussi de regarder certaines réalités en face.

Je pense à la Nouvelle-Calédonie qui nous rappelle surtout une chose essentielle : il n'y a pas d'économie forte sans stabilité politique. Et il n'y a pas de stabilité durable sans perspective économique.

Avec le Premier ministre, nous avons donc fait le choix d'agir immédiatement avec un Pacte de refondation économique et sociale de plus de 2 milliards d'euros sur cinq ans.

L'objectif est clair : recréer de la confiance, relancer l'investissement, soutenir la filière nickel, moderniser les infrastructures, accompagner la jeunesse et redonner au territoire une trajectoire économique crédible.

Je pense également à Mayotte, où la reconstruction après les cyclones impose non seulement de réparer mais aussi de transformer durablement les infrastructures et le modèle de développement.

Je pense enfin aux Antilles et à la Guyane, où la sécurité est devenue une condition directe de l'attractivité économique.

Il n'y a pas d'investissement durable sans stabilité, sans ordre public et sans prévisibilité.

Face au narcotrafic et à la violence, l'État agit avec détermination. Parce que protéger les populations, c'est aussi protéger l'activité économique et sécuriser les investissements.

Mais cette stratégie ne peut pas être uniquement nationale.

L'Europe a un rôle décisif à jouer.

Dans les prochaines semaines, la Commission européenne présentera un règlement omnibus consacré aux régions ultrapériphériques.

C'est un rendez-vous majeur.

Parce que pendant trop longtemps, certaines normes européennes ont été pensées depuis le continent sans intégrer les réalités concrètes des territoires ultramarins.

Nous voulons changer cela.

La France porte une ligne très claire : adapter les règles européennes aux contraintes réelles des Outre-mer, qu'il s'agisse des aides d'État, du transport, de l'énergie, du financement ou encore du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières.

Notre objectif est simple : faire de l'Europe un levier de puissance et non une contrainte supplémentaire pour les territoires ultramarins.

Mesdames et Messieurs,

Je suis convaincue d'une chose.

La prochaine frontière économique française ne se jouera pas uniquement à Paris, à Lyon ou à Marseille.

Elle se jouera aussi à Nouméa, à Fort-de-France, à Cayenne, à Saint-Denis, à Papeete ou à Mamoudzou.

Et ceux qui l'auront compris tôt auront une longueur d'avance.

Les Outre-mer disposent d'atouts immenses.

Encore faut-il que nous ayons collectivement l'audace de les regarder autrement.

L'État prendra toute sa part.

Mais cette ambition ne pourra réussir qu'avec les entreprises, les investisseurs, les banques, les collectivités, les entrepreneurs et tous ceux qui veulent construire une stratégie économique française plus ouverte, plus maritime, plus régionale et plus souveraine.

C'est cette trajectoire que je vous propose de construire ensemble.


Source https://www.outre-mer.gouv.fr, le 11 mai 2026