Texte intégral
JÉRÔME CHAPUIS
Mais tout de suite sur France Info, la ministre de la Santé dévoile de nouvelles mesures pour la santé mentale des jeunes. Bonjour Stéphanie RIST.
STÉPHANIE RIST
Bonjour Jérôme CHAPUIS.
JÉRÔME CHAPUIS
Merci d'être sur France Info ce matin. La santé mentale, grande cause nationale pour la deuxième année consécutive. L'accès aux soins reste la question clé et on va en parler avec vous. Vous souhaitez, Stéphanie RIST, accélérer la prise de rendez-vous en cas de crise pour des élèves dans le cadre scolaire ?
STÉPHANIE RIST
Oui. Alors l'année 2025 a été la grande cause lancée par l'engagement du Premier ministre Michel BARNIER, que je remercie, et qui a permis, je le crois, de lever les tabous, de retirer la honte liée aux problèmes de santé mentaux. Toute la société s'est engagée, que ce soient les professionnels, les associations, les parlementaires… l'ensemble des ministres s'est engagé sur ce sujet de la grande cause. Pour répondre à votre question, avec le ministre Édouard GEFFRAY qui, lui aussi, est très engagé pour améliorer la santé mentale des jeunes, nous allons proposer et annoncer cet après-midi que chaque jeune qui sera repéré, détecté comme ayant un trouble éventuel de santé mentale, pourra avoir une espèce de" coupe fil" pour obtenir un rendez-vous dans les 24 à 48 heures avec un professionnel de santé : psychologue, psychiatre ou pédopsychiatre, qui pourra le prendre en charge. Le prendre en charge plus tôt, c'est vraiment important.
JÉRÔME CHAPUIS
C'est une procédure d'urgence qui va fonctionner comment ? Qui va décider ?
STÉPHANIE RIST
Alors, vous savez qu'il y a des professionnels de santé dans l'Éducation nationale, que ce soient les infirmières scolaires, les médecins scolaires ou les psychologues scolaires. Donc, quand il y en a et qu'ils repèrent un élève, il pourra être mis en contact avec les professionnels de santé de ville de son territoire, et ainsi permettre un rendez-vous dans les 24 à 48 heures. Pour le cas où c'est l'enseignant qui détecte, le directeur de l'établissement où il n'y a pas forcément une infirmière scolaire disponible dans l'établissement, dans ces cas-là, il y aura une organisation sur le territoire des professionnels de santé entre eux qui permettra d'obtenir un rendez-vous dans les 24 à 48 heures.
JÉRÔME CHAPUIS
Alors, ça pose la question des moyens. À mes côtés, bonjour Anne-Laure DAGNET.
ANNE-LAURE DAGNET
Bonjour.
JÉRÔME CHAPUIS
Quelques chiffres avec vous pour donner la mesure des difficultés, notamment concernant les moyens liés à la santé mentale en France.
ANNE-LAURE DAGNET
Oui. Ce sont des chiffres un peu affolants. Ils sont issus de la grande enquête de la Fédération hospitalière de France qui est parue en avril. Plus d'un Français sur deux présente des signes d'anxiété. Les adolescents sont particulièrement affectés, les jeunes filles surtout. Les hospitalisations pour tentative de suicide des adolescents de dix à quatorze ans ont bondi de plus de 100 % en cinq ans depuis le Covid. Et pourtant, l'accès aux soins reste très difficile. La pédopsychiatrie a perdu un tiers de ses effectifs en dix ans. Près de huit jeunes sur dix confrontés à des troubles psychiques ont du mal à se soigner à cause des délais d'attente interminables. Et parfois, il est juste impossible d'obtenir un rendez-vous, surtout chez un psychiatre.
JÉRÔME CHAPUIS
Alors, Stéphanie RIST, quand vous entendez ces chiffres en tant que ministre de la Santé, on se rend bien, nous, compte qu'il ne suffit pas d'annoncer, comme vous le faites ce matin sur France Info, ce "coupe fil" ou ce rendez-vous en 24-48 heures. Il faut des professionnels en face. Comment on fait ?
STÉPHANIE RIST
Alors évidemment, il ne s'agit pas que d'une annonce, sinon ça ne serait pas responsable de ma part. Il y a, comme je l'ai dit avec la grande cause 2025, eu une activation et une mobilisation de l'ensemble des professionnels, et notamment sur les organisations. Il y a le Service d'accès aux soins que nous avons mis en place il y a plusieurs années pour les médecins généralistes, la possibilité d'avoir un médecin dans les 24 à 48 heures quand on n'a pas de médecin traitant. De la même façon, et certains territoires sont déjà organisés comme cela, mais nous voulons le diffuser. De la même façon, en s'organisant différemment, on arrive à libérer des créneaux pour de l'urgence, parce qu'il n'est pas normal que des jeunes aient…
JÉRÔME CHAPUIS
Mais ce n'est pas seulement une question d'organisation, il y a un problème de manque, notamment, par exemple, d'infirmières dans le cadre scolaire. Vous allez en recruter ?
STÉPHANIE RIST
Il y a plusieurs manques. Vous savez que la démographie médicale elle est, suite à un numerus clausus qui a effectivement dans des difficultés. Malgré tout, nous avons augmenté, on a doublé le nombre de psychologues depuis 2020, on a augmenté de presque 10 % le nombre de psychiatres formés. En 2020, il y avait trois chefs de clinique en pédopsychiatrie ; nous en avons cinquante qui sont formés et nous continuons évidemment à augmenter, avec l'augmentation liée à la suppression du numerus clausus, le nombre de médecins formés. Vous avez raison de la même façon pour les infirmières. Ce qui est important, c'est que sur les territoires, les professionnels de l'éducation et les professionnels de santé se coordonnent pour s'organiser et libérer des temps qui permettront d'avoir ces rendez-vous dans les 24 à 48 heures.
JÉRÔME CHAPUIS
Alors je me retourne vers vous, Anne-Laure DAGNET, parce qu'on va élargir. Vous êtes allée à la rencontre des professionnels qui sont confrontés à cette crise. On peut parler de crise du milieu psychiatrique en France.
ANNE-LAURE DAGNET
Oui, des professionnels en souffrance parce qu'ils sont submergés par le nombre de malades dans les salles d'attente. Il n'y a pas assez de lits en aval pour les hospitaliser. Et J'ai rencontré Étienne, qui travaille à l'hôpital Sainte-Anne, spécialisé en santé mentale, qui est infirmier aux urgences psychiatriques.
ÉTIENNE, INFIRMIER AUX URGENCES PSYCHIATRIQUES DE L'HÔPITAL SAINTE-ANNE
On n'a pas la capacité de faire notre travail comme on souhaiterait le faire, et du coup, on ressent un sentiment de honte. En fait, quand on revient chez nous, on a une sensation de honte face aux patients, face à leur famille, vis-à-vis surtout des conditions d'accueil. Les patients dorment sur des matelas qu'on a volés à droite à gauche, avec juste un drap dessus, le matelas posé à même le sol en salle d'attente. La salle d'attente, c'est un grand endroit où tout le monde peut circuler, il n'y a aucune possibilité de les installer ailleurs. Et du coup, ce sont quand même des conditions d'accueil qui sont très indignes. On se pose la question du sens de ce qu'on fait. Est-ce que c'est bien-traitant, en fait, de faire ça ? Nous, actuellement, on trouve qu'il n'y a pas les conditions réunies pour permettre d'être bien-traitant et de faire des soins de la meilleure qualité possible.
ANNE-LAURE DAGNET
Il y a des personnels à l'hôpital Tenon, à Bichat - c'est toujours à Paris, aux urgences psychiatriques - qui décrivent les mêmes conditions. Qu'est-ce que vous leur répondez ? Ils réclament des ouvertures de lits pour qu'on puisse hospitaliser ces malades.
JÉRÔME CHAPUIS
Stéphanie RIST.
STÉPHANIE RIST
C'est pour ça aussi que nous devons repérer beaucoup plus tôt. Parce que quand on repère plus tôt les jeunes - ou les moins jeunes d'ailleurs -, quand on repère des troubles psychiatriques plus tôt, on évite des hospitalisations. Nous avons donc à faire cette bascule. C'est ce que j'aurai l'occasion de présenter cet après-midi dans le cadre des mesures 2026 pour la grande cause nationale. Nous devons repérer plus tôt, agir plus vite, parce que la prise en charge d'un jeune tôt, dans ses signes de troubles de santé mentale évitera d'arriver à l'hospitalisation. Je ne nie pas les difficultés, je connais l'état du système de santé, mais en agissant plus tôt, on évitera des hospitalisations.
JÉRÔME CHAPUIS
Et d'ailleurs, à propos d'hospitalisation, Stéphanie RIST, on va évoquer un autre sujet qui tient beaucoup à coeur aux familles, parce qu'on parle de la dignité des patients cette fois. Cela tient aussi à cœur, Anne-Laure DAGNET, je me tourne, à nouveau, aux professionnels, aux psychiatres, qui réclament la fin de ce qu'on appelle la contention, autrement dit de la camisole de force.
ANNE-LAURE DAGNET
Oui, alors, le plus souvent, ce sont des sangles. On attache le patient sur un fauteuil, sur un lit, parfois plusieurs jours, quand il est très agité et que les équipes sont débordées et n'arrivent plus à faire autrement. Et les professionnels, psychiatres, infirmiers, dénoncent cette contention. On réclame sa suppression depuis très longtemps et on peut faire autrement, j'ai pu le constater. Moi, je suis allée en reportage à l'hôpital Édouard-Toulouse, à Marseille, dans les quartiers nord. Et là, les équipes ont été formées, elles entourent dès qu'il y a un début de crise, elles entourent le patient, restent calmes et lui proposent d'aller dans ce qu'on appelle un "salon d'apaisement" où il y a de la musique, des sons un peu doux. Il est isolé. Si ça ne suffit pas, si le patient est hors limites, on le met en salle d'isolement. Là, il y a un lit, des toilettes, mais il n'est pas attaché, il n'est pas bourré de médicaments – ça, ça appelle la camisole chimique. Donc c'est possible. Mais le secret, c'est le nombre de personnels. Dans cet hôpital, il y a cinq soignants pour un patient. Dans d'autres hôpitaux, c'est plutôt quinze patients pour un soignant.
JÉRÔME CHAPUIS
Stéphanie RIST, sur cette question très délicate de la contention, de la camisole de force, en quelque sorte, qu'est-ce que vous répondez aux familles et aux professionnels ?
STÉPHANIE RIST
On sait que cette contention, elle est très traumatisante. Elle est traumatisante pour les familles, elle est traumatisante pour le patient lui-même et notamment chez les jeunes. Nous devons - et je l'annonce aujourd'hui - avoir cette volonté politique forte de faire que dans notre pays, il n'y ait plus de contention en 2030. Nous devons aller vers la zéro contention en 2030. C'est possible. Vous l'avez dit, il y a des équipes engagées. Déjà, un établissement sur dix en France est engagé dans ce processus, que ce soit à Marseille, à Bordeaux ou à Lyon. Il y a des pays, la Norvège ou l'Espagne sont à plus de 90 % de diminution de leur contention. Ça prend du temps. Je dis aux équipes…
JÉRÔME CHAPUIS
C'est pour ça que vous dites : "2030, il faudra plus de personnels, et donc il faut en former, cela va prendre au moins quatre ans".
STÉPHANIE RIST
Ce n'est pas uniquement une question de nombre de professionnels : il faut un nombre de professionnels adapté, des locaux adaptés et il faut surtout une formation de toute l'équipe. La formation elle passe de l'aide-soignante au médecin. Toute l'équipe qui va autour de ce patient doit être formée. Donc ça prend du temps, donc évidemment ce n'est pas du jour au lendemain, mais nous devons avoir cet engagement collectif. C'est, vous l'avez dit, de la dignité humaine. Ce sont des recommandations de la Haute Autorité De Santé, parce qu'on sait que ça peut entraîner des troubles dans les suites mentaux encore plus forts. Donc, nous devons nous engager à cette zéro contention. C'est une volonté politique forte que je porte.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 juin 2026