Déclaration de Mme Naïma Moutchou, ministre des outre-mer, sur l'état du système de santé ultramarin, Paris le 21 mai 2026.

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Circonstance : Visite au salon Santexpo 2026

Texte intégral

Monsieur le Président de la Fédération Hospitalière de France, cher Arnaud,
Mesdames et messieurs les Directeurs, 
Mesdames et messieurs les professionnels de santé, 
Mesdames et messieurs,

Je suis très heureuse d’être parmi vous aujourd’hui, dans un contexte où les questions sanitaires nous rappellent à quel point les Outre-mer sont en première ligne des grands défis contemporains.

Quand Ebola réapparaît en Afrique centrale et que des dispositifs de vigilance sont immédiatement renforcés à Mayotte, on voit bien que les Outre-mer ne sont pas à côté des grandes crises du monde. Ils sont souvent parmi les premiers à y être confrontés.

Risques épidémiques, tensions climatiques, vulnérabilités démographiques, accès aux soins : ces territoires nous obligent à penser autrement, à agir plus vite, à adapter nos réponses au réel.

Et c’est précisément le sens du sujet qui nous réunit aujourd’hui.

On parle souvent des Outre-mer à travers leurs difficultés. Elles existent. Personne ne les nie. L’éloignement, l’insularité, les pénuries de professionnels, les risques climatiques, les pathologies chroniques : vous les connaissez mieux que personne.

Mais je veux partir d’un autre point. Dans ces territoires, la contrainte n’a jamais été une excuse pour renoncer. Elle a souvent été le point de départ d’une autre manière de faire.

C’est cela que je veux dire devant vous : les Outre-mer ne sont pas seulement des territoires où l’on compense des fragilités. Ce sont aussi des territoires où l’on invente. Où l’on adapte. Où l’on teste des solutions qui, demain, pourront inspirer l’ensemble de notre système de santé.

Dans un monde marqué par les crises climatiques, les tensions géopolitiques, les fragilités d’approvisionnement, les besoins de proximité et la révolution numérique, les Outre-mer sont au cœur des défis du XXIe siècle.

Ils donnent à la France une profondeur stratégique considérable. Par leurs océans, leurs routes maritimes, leurs coopérations régionales. Mais aussi par leur capacité à penser autrement les politiques publiques.

Et la santé en est l’un des exemples les plus forts.

Car dans les Outre-mer, l’innovation sanitaire n’est pas toujours spectaculaire. Elle ne prend pas toujours la forme d’une grande rupture technologique. Très souvent, elle naît du terrain. D’un besoin immédiat. D’un patient trop éloigné. D’un service trop fragile. D’une urgence climatique. D’un professionnel qui refuse de dire : “on ne peut pas faire”.

Elle est médicale, bien sûr. Mais elle est aussi organisationnelle, territoriale et humaine.

Le nouveau CHU de Guadeloupe en est une illustration. Concevoir un établissement capable de fonctionner dans un environnement exposé aux risques sismiques et cycloniques, ce n’est pas seulement construire un hôpital. C’est penser la continuité du soin dans des conditions extrêmes.

À La Réunion et en Polynésie, les dispositifs de climatisation par eau de mer profonde montrent aussi cette capacité à articuler santé, climat, énergie et innovation. Là encore, ce ne sont pas des gadgets technologiques. Ce sont des réponses très concrètes à des contraintes très réelles.

En Guyane comme à Mayotte, l’hôpital ne peut pas être pensé comme dans l’Hexagone. Il doit organiser à la fois les soins spécialisés, les premiers recours, l’aller-vers, parfois sur des territoires immenses, parfois dans des communes isolées, parfois face à une pression sanitaire exceptionnelle.

Aux Antilles, la chlordécone a obligé les acteurs de santé à travailler autrement : prévention, suivi des patients exposés, recherche, médiation, cartographie des risques, lien avec les familles et les territoires.

Là encore, la réponse sanitaire ne peut pas être purement technique. Elle doit tenir compte de l’histoire, de la confiance abîmée, des réalités sociales.

C’est là que l’on voit une chose essentielle : dans les Outre-mer, la santé ne peut jamais être pensée hors sol.

On ne soigne pas de la même manière dans l’immensité guyanaise, dans l’archipel guadeloupéen, dans les communes de Mayotte, à La Réunion, en Polynésie, en Nouvelle-Calédonie ou à Saint-Pierre-et-Miquelon.

Ce n’est pas une faiblesse. C’est une leçon.

Une leçon pour tout notre système de santé : partir du réel, adapter les organisations, faire confiance aux acteurs, décloisonner, rapprocher le soin du patient.

Je pense aussi aux coopérations qui se construisent entre hôpitaux, professionnels libéraux, ARS, collectivités, associations, chercheurs, médiateurs et outils numériques.

En Guadeloupe, le déploiement de la télésurveillance de l’insuffisance cardiaque, avec les cardiologues hospitaliers et libéraux, les infirmiers et les acteurs de la e-santé, montre bien ce que peut être une innovation utile. Une innovation qui ne remplace pas le soin, mais qui le rapproche. Qui limite les ruptures de prise en charge. Qui sécurise les parcours.

C’est cela, pour moi, la bonne innovation : celle qui répond à une réalité humaine.

Frantz Fanon, médecin et psychiatre martiniquais, avait profondément compris que soigner, ce n’est jamais seulement traiter une pathologie. C’est comprendre une personne, une histoire, un environnement, une société.

Cette intuition résonne fortement dans les Outre-mer. Elle doit aussi nous inspirer collectivement.

Je veux donc vous dire ma conviction : les Outre-mer ne doivent pas être regardés comme des périphéries sanitaires. Ils doivent être regardés comme des laboratoires de solutions, des territoires d’exigence, des territoires d’innovation, des territoires où l’on apprend parfois plus vite parce que le réel ne laisse pas le choix.

Et je veux saluer très directement celles et ceux qui rendent cela possible.

Les soignants. Les directeurs d’hôpitaux. Les cadres de santé. Les personnels administratifs et techniques. Les ARS. Les élus locaux. Les associations. Les chercheurs. Les étudiants. Les médiateurs. Tous ceux qui, chaque jour, tiennent le système debout et le font avancer.

Les Outre-mer ne manquent ni d’idées, ni de talents, ni d’audace. Ils demandent qu’on les regarde pour ce qu’ils sont : non pas seulement des territoires à soutenir, mais des territoires capables d’éclairer l’avenir.

C’est tout le sens de cette table ronde.

Je vous remercie


source https://www.outre-mer.gouv.fr, le 9 juin 2026