Texte intégral
ADRIEN GINDRE
Bonjour Aurore Bergé.
AURORE BERGÉ
Bonjour.
ADRIEN GINDRE
Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé donc cette nuit un accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. Il doit être signé vendredi si tout se passe bien. En tant que ministre d'un Gouvernement qui doit, depuis quatre mois, gérer les conséquences en France, est-ce que vous êtes soulagée de cette annonce ?
AURORE BERGÉ
Écoutez, il faut que ça permette évidemment une réouverture inconditionnelle du détroit d'Ormuz. Je pense que les Français l'attendent parce que tout cela a eu des conséquences sur leur vie quotidienne, sur la question des prix de l'énergie, sur la question des prix de l'essence, notamment avec des risques de renonciation de certains Français à des sorties, à des vacances, à des déplacements. Donc il y a un enjeu évidemment de stabilité régionale, singulièrement pour le Liban. Et puis il y a un enjeu très concret que malheureusement les Français et beaucoup d'autres à travers le monde ont eu à subir ces derniers mois.
ADRIEN GINDRE
Sur la réouverture d'Ormuz, on sait que la France avait dit qu'elle était prête à participer à sa sécurisation. On en parlera d'ailleurs à 13h avec le chef de l'État qui sera l'invité du journal Le TF1 avec Marie-Sophie Lacarrau. Mais je sens dans votre propos quand même encore un peu de prudence, de méthode.
AURORE BERGÉ
Parce qu'on attend encore une fois que les éléments soient totalement définitifs et conclus, donc libération inconditionnelle, donc le fait qu'il n'y ait pas de droit de péage notamment. Le Président de la République s'exprimera en effet à votre propre micro à 13h. Mais je pense qu'il vaut mieux toujours un peu de prudence sur ces sujets-là parce que je crois que les Français attendent qu'il y ait des conséquences très directes et positives pour eux.
ADRIEN GINDRE
Aujourd'hui à 16h, vous recevrez également dans votre périmètre, avec le chef du Gouvernement, Sébastien Lecornu, les députés qui sont à l'origine d'une proposition de loi très large sur la question des violences faites aux femmes et aux enfants. Ils parlent de loi dite intégrale et ils réclament son examen dès le mois de septembre. Est-ce que vous y êtes favorable ?
AURORE BERGÉ
Alors on va essayer de travailler et travailler avec méthode surtout. On a et je crois les Français réalisent depuis quelques jours aujourd'hui l'ampleur des violences qui sont les violences faites à nos enfants, 160 000 enfants qui, chaque année, subissent des violences sexuelles. Et il faut le rappeler, ces violences sexuelles ont d'abord lieu, même si c'est dur à entendre et dur à dire, d'abord lieu au sein même de la famille. C'est la question de l'inceste dont on parle. Et donc on a une révolution culturelle qui est en train de se produire. C'est pour ça que je parlais moi de #MeToo des enfants, parce que les enfants ont peu souvent la parole dans notre société. Mais les enfants devenus adultes qui ont subi l'inceste, eux, parlent, parlent depuis des années. Et donc on a besoin aujourd'hui de les protéger encore mieux que ce que nous faisons.
ADRIEN GINDRE
Mais quand vous parlez de travailler avec méthode, ça veut dire pas forcément avec cette loi-là, dans ce calendrier-là ?
AURORE BERGÉ
Ça veut dire que déjà on a un projet de loi qui était dédié à la protection de l'enfance, vous le savez, qui sera examiné à partir du 15 juillet à l'Assemblée nationale. C'était prévu bien avant le drame que notre pays a eu à connaître ces dernières semaines. Et on a dit que dans le cadre de ce projet de loi, il y a certaines choses qu'on pourrait faire de manière supplémentaire, notamment sur la question de la sanction des auteurs, quelque chose à laquelle je suis très attachée de longue date, à la fois parce que nous savons que ceux qui sont passés à l'acte, ceux qui ont violé, l'ont rarement fait une seule fois, sauf qu'aujourd'hui, ils ne sont condamnés qu'à un seul titre. Je pense que dire aux Français que quelqu'un qui a violé plusieurs enfants doit pouvoir passer sa vie en détention est absolument essentiel. Et puis, on a beaucoup de propositions. On a une proposition de loi dite intégrale. On reçoit, avec Sébastien Lecornu, avec le Premier ministre, aujourd'hui même, celles et ceux qui se sont engagés sur ce texte. On a eu plusieurs commissions d'enquête à l'Assemblée nationale, au Sénat. J'ai moi- même, en tant que ministre, coordonné le travail du Gouvernement pendant six mois avec les parlementaires sur le sujet. Donc, il faut remettre tout ça à plat pour agir vite.
ADRIEN GINDRE
Vous ferez le tri dans tout ça ?
AURORE BERGÉ
Ça, c'est une certitude, agir vite, des éléments qui passent par la loi. Beaucoup de choses qui ne passent pas par la loi. Pourquoi ? Quand on parle de formation, par exemple, de l'ensemble des professionnels au contact de nos enfants pour apprendre à détecter les signaux, apprendre à les reconnaître, apprendre à signaler. Quand on parle de prévention, tout cela, c'est des choses supplémentaires qui doivent pouvoir être faites même sans loi.
ADRIEN GINDRE
Juste une précision. Vous dites qu'il faut aller vite. Le Gouvernement a demandé une enquête administrative pour faire la lumière sur ce qui a dysfonctionné dans l'affaire Lyhanna. On avait compris que les premières conclusions seraient rendues ce vendredi 19 juin. Hier, dans la presse, on disait finalement lundi 22 juin. Est-ce que vous savez quelle date ?
AURORE BERGÉ
Entre le 19 et le 22, vous voyez bien que ça va aller très vite. Ça, c'est de toute façon des enquêtes administratives qui sont à la fois celles du ministère de la Justice, ministère de l'Intérieur, ministère de l'Éducation nationale. Et encore une fois, ce qu'on dit, c'est quoi ? L'objectif, ce n'est pas de chercher des boucs émissaires. C'est de comprendre là où ça a dysfonctionné, où ça a dysfonctionné, pour que ça n'arrive plus.
ADRIEN GINDRE
Mais est-ce que vous considérez, comme le disait hier Marine Le Pen, qu'il y a une responsabilité politique ? Elle a dit d'ailleurs à nouveau : "Gérald Darmanin aurait dû présenter sa démission". Est-ce que la responsabilité politique, la responsabilité d'un ministre, entre en ligne de compte dans un cas comme celui-ci ?
AURORE BERGÉ
Je ne vois pas ce que la démission de Gérald Darmanin changerait sur ce sujet. Au contraire, on a besoin que les ministres fassent leur travail. On a besoin que les parlementaires fassent leur travail. Vous savez, encore une fois, c'est la première fois que j'entends le Rassemblement national s'exprimer sur la question de la protection des enfants. Je ne les ai jamais entendus prendre la parole sur ce sujet. Donc tant mieux si aujourd'hui tous les parlementaires sont à bord. Moi, il y a quelques mois, j'avais porté la question de l'imprescriptibilité. C'est-à-dire garantir que des enfants qui ont subi le crime d'inceste puissent toujours dans leur vie avoir accès à la justice. Qu'on ne leur dise pas, au moment où ils sont prêts à parler : "C'est trop tard". Le Rassemblement national s'y est opposé. La France insoumise s'y est opposée. Donc tant mieux s'il y a des choses qui font évoluer. Ce serait bien que ce ne soit pas uniquement parce que malheureusement on a un drame qui le commande. Mais tant mieux, encore une fois, si tout le monde aujourd'hui est à bord sur la question de la protection des enfants et des femmes victimes de violences sexuelles.
ADRIEN GINDRE
Vous parlez des idées. Hier, Édouard Philippe, président d'Horizons, qui est candidat à la présidentielle, a fait une proposition. Ouvrir le débat, dit-il, sur la possibilité pour les parents d'interroger la police pour savoir si un adulte qui est en contact avec leur enfant a ou pas des antécédents judiciaires. Il prend l'exemple sur une loi britannique, dit-il. Est-ce que vous êtes favorable à cette idée ?
AURORE BERGÉ
Oui, pourquoi pas ? Parce que je crois qu'on s'interroge forcément en tant que parent sur à qui confie-t-on nos enfants. Et là-dessus, c'est vrai qu'on dispose de très peu d'informations. Donc est-ce que c'est par des tiers ? Parce qu'en général, on passe aussi par des entreprises qui recommandent évidemment que des personnes puissent y travailler. Mais en tout cas, avoir accès à un extrait de casier judiciaire, je pense que quand on veut travailler auprès des enfants, la responsabilité commande qu'évidemment, on ait un extrait de casier judiciaire vierge et qu'en tout cas, il n'y ait rien en matière de violence, et singulièrement en matière de violence faite aux enfants.
ADRIEN GINDRE
Ce week-end, on a, dans un autre dossier, appris que deux nouvelles plaintes avaient été déposées contre Patrick Bruel. Je rappelle que la semaine dernière, il a été mis en examen pour viol et agression sexuelle, notamment. Il n'est plus réapparu depuis ces mises en examen. Alors, je rappelle qu'il est bien sûr présumé innocent. Est-ce que, de votre point de vue, il doit pouvoir, malgré tout, poursuivre sa vie d'artiste en donnant des concerts, des représentations de théâtre ?
AURORE BERGÉ
Là, de toute façon, on a aujourd'hui une instruction judiciaire qui est ouverte. Il est mis en examen dans quatre plaintes. Il est sous statut de témoin assisté dans quatre autres. De nouvelles plaintes, aujourd'hui, vont être examinées. Je crois que les conditions, elles ne sont pas réunies, ni pour la société, ni pour lui, de continuer à se produire sur scène. Ce qui est important, c'est que… Parce que je sais que ça a pu interpeller, par exemple, de dire pourquoi il y a eu plusieurs juges d'instruction. Il n'y a pas plusieurs juges d'instruction parce que c'est monsieur Patrick Bruel. Il y a plusieurs juges d'instruction parce qu'on parle de dizaines de plaintes qui ont été formulées sur des questions de viol ou d'agression sexuelle. Ce qui veut dire que la justice, et heureusement, prend très au sérieux ces plaintes, prend très au sérieux cette affaire, non pas parce qu'il est connu, mais parce qu'on parle de plusieurs dizaines de victimes potentielles qui auraient subi des violences sexuelles. Et donc, c'est ça, évidemment, qui doit aussi changer dans la société. C'est que, quand les victimes parlent, on accepte de les entendre, de les écouter, et que, par principe, on ne présuppose pas que les victimes auraient intérêt à mentir. Je n'ai jamais connu une femme qui, parce qu'elle a porté plainte pour violences sexuelles, a vu sa carrière progresser, au contraire. Elles ont le courage de le faire et je pense qu'il faut les respecter.
BRUCE TOUSSAINT
Merci, Aurore Bergé. Merci, Adrien Gindre.
AURORE BERGÉ
Merci à vous.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 juin 2026