Texte intégral
ÉLIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Maud Bregeon
BRUCE TOUSSAINT
Vous êtes porte-parole du Gouvernement, ministre en charge de l'énergie. D'abord alerte sur la croissance de l'économie française, selon l'INSEE, 0,4%, plus 0,4 seulement. Cette année, le Gouvernement avait déjà réduit sa prévision à 0,7, mais il va falloir encore la baisser.
MAUD BREGEON
Roland Lescure, ministre de l'économie, s'exprimera tout à l'heure. Ce qui est certain, c'est qu'on traverse des crises successives depuis maintenant près de neuf mois. D'abord la crise au Moyen-Orient, la fermeture du détroit d'Ormuz qui impacte considérablement l'économie mondiale, qui impacte l'économie française, qui impacte le quotidien de nos concitoyens avec les prix à la pompe, on en parlait tout à l'heure. Et puis les derniers mois d'été, la canicule, les sécheresses qui, là encore, impactent par exemple le rendement agricole. C'est très dur pour bon nombre de nos agriculteurs et d'ailleurs on a décidé de les aider. Donc voilà, sans dévoiler ce que dira mon collègue tout à l'heure, il est certain qu'il faut intégrer des crises qu'on ne pouvait pas prévoir, puisqu'on ne pouvait pas prévoir la crise au Moyen-Orient notamment en début d'année.
ÉLIZABETH MARTICHOUX
Donc, vous en tiendrez compte. Tout à l'heure, effectivement, le Gouvernement donnera sa prévision de croissance qui sera réduite à la baisse, vraisemblablement 0,5% prévoient Les Échos. Ces causes extérieures, cela dit, et la canicule, les pays voisins, n'ont pas le même impact négatif. Parlons un mot du déficit, il sera aussi impacté l'objectif du déficit français à 5,1 ou 5%, il sera impacté aussi. On aura un déficit plus important.
MAUD BREGEON
Là encore, vous savez, je laisserai le ministre de l'économie en parler. Ce que je peux vous dire c'est que notre objectif c'est de tenir la dépense. Il y a des causes extérieures. Les causes extérieures, on ne les maîtrise pas complètement et donc on fait avec, on s'adapte. Mais en revanche, la dépense française doit être tenue et elle sera tenue. C'est pour ça que je donne juste cet exemple, que les aides sur les agriculteurs qui ont été annoncées il y a quelques jours, 1,3 milliard, seront compensées par des efforts dans d'autres ministères. Donc, on tient une logique de rigueur et de sérieux vis-à-vis des comptes publics parce que c'est l'argent des Français.
ÉLIZABETH MARTICHOUX
Alors, la logique qu'on verra, on n'a pas encore le détail, vous nous le donnerez sans doute un peu plus tard, l'inflation de 1,1% va tout de suite venir sur le prix des carburants. Je rappelle que vous êtes chargée de l'énergie au gouvernement. Certains prévoient très vite un litre à 2,50. Vous avez des prévisions ? Vous savez jusqu'où peut monter le prix du litre d'essence, vous devez travailler sur des hypothèses, rapidement ?
MAUD BREGEON
Oui, depuis le début de cette crise, je me refuse à faire des prévisions à horizon quelques semaines parce que tout ça est extrêmement dépendant, on le voit encore une fois de ce qu'il se passe au Moyen-Orient, des décisions, des déclarations même de Donald Trump par exemple.
ÉLIZABETH MARTICHOUX
Les experts disent que le détroit d'Ormuz n'est pas prêt d'être encore débouché, si je puis dire.
MAUD BREGEON
Je dis, soyons extrêmement prudents sur les prévisions à horizon quelques semaines.
ÉLIZABETH MARTICHOUX
Alors, Michel-Édouard Leclerc, il y a une semaine, exactement d'ailleurs, a expliqué que si les prix continuent de monter, comme le prévoient certains, beaucoup même, les pouvoirs publics, je cite, seront obligés de diminuer un peu la taxation sur les carburants. Est-ce que vous devrez, est-ce que vous envisagez de diminuer la taxation sur les carburants ?
MAUD BREGEON
Ce n'est pas le choix que nous faisons. Nous avons fait un choix constant depuis le début de cette crise, en nous adaptant évidemment à l'évolution de la situation, c'est d'une part être aux côtés des secteurs d'activité, des entreprises, des artisans, des commerçants les plus exposés. On l'a fait avec les agriculteurs, avec les pêcheurs, avec le BTP, avec les transports et j'ai annoncé une prolongation de ces aides de deux mois à hauteur de 70 millions d'euros par mois jusqu'à la fin octobre et ensuite d'être aux côtés des Français les plus précaires qui travaillent, qui utilisent leur voiture tous les jours, pour qui le prix de l'essence ou du diesel est une problématique quotidienne. Et là encore, je le dis parce qu'il y a 1,5 million de Français qui ont droit à cette aide de 100 Euros et qui ne l'ont pas encore demandé et donc je leur dis ce matin, vous y avez droit, c'est un vrai coup de pouce. Allez la demander, c'est facile.
ÉLIZABETH MARTICHOUX
Diminuer les taxes pour faire baisser les prix directement à la pompe, ça n'est pas inévitable ? Vous y viendrez tôt ou tard ou vous dites, bon, vous êtes au bout de ce que le Gouvernement peut donner ?
MAUD BREGEON
Je crois que la bonne solution, c'est des aides, encore une fois, ciblées, destinées à ceux qui en ont le plus besoin. Pourquoi ? Vous parliez tout à l'heure du contexte international et économique difficile, de la baisse de la croissance à venir probablement. Ça nous amène à une nécessité de sérieux budgétaire. Je ne veux pas dépenser aujourd'hui l'argent que nous n'avons pas et qui nous amènerait demain à devoir augmenter les impôts.
ÉLIZABETH MARTICHOUX
Mais avec un prix à 2,50…
MAUD BREGEON
Je vais vous dire autrement, Élizabeth Martichoux, je ne veux pas prendre dans la poche des Français à gauche ce qu'on leur reprendrait à droite. Et donc il faut aussi, et c'est particulièrement le cas lorsque vous êtes en responsabilité, regarder la situation économique et budgétaire avec lucidité et donc faire des choix.
ÉLIZABETH MARTICHOUX
Plafonner, bloquer les prix, ça non plus ?
MAUD BREGEON
Alors ça, c'est une illusion d'optique. Bloquer les prix, ça vous amène directement à des situations de pénurie parce qu'on comprend bien lorsque les distributeurs ne peuvent plus s'approvisionner, ne peuvent plus acheter au prix du marché parce que le prix de vente serait inférieur au prix du marché, alors ils sont dans l'incapacité de s'approvisionner et donc ça crée des situations de pénurie. D'autres pays européens ont essayé de le faire il y a quelques années, ça s'est très mal passé.
ÉLIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce que vous dites aux Français, ce matin, qui ne sont pas bénéficiaires des aides, parce qu'elles sont très ciblées, et qui, pour aller travailler, doivent faire 30-40 kilomètres par jour et qui ne peuvent pas supporter le prix du carburant ? Qu'est-ce que vous leur dites ce matin ? De rouler moins ? D'aller en bicyclette ? De renoncer à travailler ?
MAUD BREGEON
Vous savez, je suis contre toute posture morale ou infantilisante. Les Français font déjà des efforts. Et je leur dis d'abord que je sais à quel point c'est difficile. Les prix du carburant ont massivement augmenté et ce depuis longtemps. Nous, on sera, encore une fois, aux côtés de ces entreprises, de ces Français les plus en difficulté, nous ne les laisserons pas tomber. J'ai annoncé que dans le budget de 2027, le chèque énergie, c'est un autre dispositif entre 150 et 277 euros pour 4,2 millions de Français seraient reconduits. Et puis, dans quelques semaines, démarrera le débat budgétaire. Nous, on a un cap, un cap à tenir : pas d'augmentation d'impôts. Mais ça je crois que ça va aussi dans le sens des Français qui aujourd'hui ont des difficultés à boucler les fins de mois. Et ce sera un grand moment de vérité, Élizabeth Martichoux ; nous verrons au sein de l'Assemblée nationale qui vote davantage de hausse d'impôts pour les Français et qui s'y oppose. Nous, nous nous y opposerons.
ÉLIZABETH MARTICHOUX
Alors, une équation budgétaire qui est extraordinairement difficile, Yaël Braun-Pivet hier, elle n'est pas fan du 49.3, si je peux dire, le recours au 49.3, la Présidente de l'Assemblée, mais elle a dit que ce serait mieux. Et vous ? Hypothèse ?
MAUD BREGEON
Personne n'est fan du 49.3.
ÉLIZABETH MARTICHOUX
Pour faire voter et passer le budget.
MAUD BREGEON
Moi, je demande une chose simple. Sur quel budget, sur quel compromis, on peut avoir des discussions sur la procédure budgétaire ? Le 49.3, j'entends certains parler des ordonnances.
ÉLIZABETH MARTICHOUX
Les ordonnances.
MAUD BREGEON
Sur quel texte ? Sur quel compromis ? Personne ne fera l'économie d'un compromis. Et j'ajoute une chose, ce n'est dans l'intérêt d'aucun parti politique, d'aucun parlementaire et d'aucun Français de priver la France d'un budget pour l'année prochaine.
ÉLIZABETH MARTICHOUX
Juste une question, je vous demande une seconde et on y reviendra plus tard. Le prix du gaz, plus 6,3% au 1er octobre, après plus 5% récemment. Le Gouvernement va intervenir sur cette hausse qui est annoncée par la Commission de régulation de l'énergie ou pas ? Est-ce que vous allez intervenir ?
MAUD BREGEON
D'abord, expliquer juste en deux mots aux Français d'où ça vient. 20% du GNL circulait par le détroit d'Ormuz. C'est un impact, encore une fois, direct de ce qui se passe ailleurs. On continue avec les aides qu'on a déjà annoncées. Je vous ai parlé du chèque énergie. On réfléchira bien sûr si nécessaire à d'autres dispositifs. Et j'ajoute quand même que la solution de long terme, c'est l'électrification, c'est la transition énergétique. J'annoncerai la deuxième phase du plan d'électrification début octobre parce que structurellement, sur le long terme, c'est la meilleure manière de ne plus être dépendant des prix fixés par les autres.
BRUCE TOUSSAINT
Il nous reste 30 secondes pour le "j'y crois, je n'y crois pas", dernière séquence de cette interview. Des propositions et vous nous dites si vous y croyez ou pas. Céline Dion qui pourrait rapporter près d'un milliard de retombées économiques. J'y crois, je n'y crois pas, Maud Bregeon ?
MAUD BREGEON
J'y crois, en tout cas je veux y croire.
BRUCE TOUSSAINT
Bien.
ÉLIZABETH MARTICHOUX
Emmanuel Macron qui dissout avant la présidentielle. J'y crois, je n'y crois pas ?
MAUD BREGEON
Je n'y crois pas, mais c'est sa prérogative.
BRUCE TOUSSAINT
La proposition d'Édouard Philippe qui fait beaucoup parler depuis hier soir de décaler la prise de fonction du futur Président de la République à septembre pour lui permettre de consulter, de se reposer un peu, dit-il ?
MAUD BREGEON
Je n'y crois pas parce que la question ne se pose pas.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 septembre 2026