Depuis plus de trente ans, la stratégie française pour aller vers le plein emploi repose sur une réduction massive du coût du travail au niveau du salaire minimum. Cette politique a été progressivement étendue à des niveaux plus élevés, jusqu’à 3,5 SMIC pour certains dispositifs. Le Conseil d'analyse économique (CAE), dans une note publiée le 16 juin 2026, recommande une politique plus ciblée sur certains publics prioritaires et plus structurelle en particulier concernant la formation ou encore les mobilités.
Des effets sur l'emploi avérés ?
La politique d’allégement de cotisations au niveau du salaire minimum a nettement réduit le coût du travail minimum. Il a été à près de 60% du salaire médian au début des années 1990, mais de seulement 44,2% en 2023. C’est le deuxième niveau le plus bas parmi les pays de l’Union européenne à 27 (UE-27).
Cette stratégie s’est accompagnée d’un soutien au revenu disponible à travers des dispositifs tels que la prime pour l’emploi, puis la prime d’activité. Le profil du système socio-fiscal français en est sorti transformé : en 2023, le revenu disponible au niveau du salaire minimum, exprimé en pourcentage du salaire médian, s’élève à 71,9% en France. La moyenne des pays de l’UE-27 est à 63,4%. En Allemagne, il est légèrement au-dessus de 50%.
Mais cette politique de réduction du coût du travail au niveau du SMIC, tout en maintenant un revenu disponible élevé, conduit à un paradoxe comme le souligne le CAE dans sa note : "en réduisant le coin fiscal total, c’est-à-dire l’écart entre le coût pour l’employeur et le niveau du SMIC, on a augmenté le coin fiscal marginal, c’est-à-dire le coût pour l’employeur d’une augmentation du salaire net et du revenu net disponible".
Pour une politique d'emploi plus ciblée et plus accompagnée
Les allègements de cotisations au niveau du SMIC ont eu l’effet d’une subvention et ont rendu le salaire minimum plus attractif pour les employeurs, par ailleurs confrontés à ce coin fiscal marginal élevé. Sur le long terme, le nombre de salariés au SMIC a augmenté : 8,6% en 1991 contre 12,4% en 2025, avec un pic à 17,3% en 2023 sous l’effet de la forte inflation en 2022-2023.
- 74 milliards d’euros : effort public de la politique de réduction des cotisations employeur en 2026 (sans prise en compte des créations d’emplois induites par les allègements).
- Source : Conseil d’analyse économique, Les notes n° 91, juin 2026.
En s’appuyant sur des analyses internationales, le CAE souligne qu’une stratégie principalement centrée sur la réduction générale de cotisations sociales demande d’être adaptée au contexte :
- dans les années 1990, il y avait un chômage de masse et un coût du SMIC élevé ;
- aujourd’hui, le coût du SMIC est plus bas et les difficultés d’accès à l’emploi sont concentrées sur les jeunes et les seniors. Le taux d’emploi dans ces deux populations est en France inférieur à la moyenne européenne.
Face à cette situation, le CAE formule deux recommandations :
- passer à une approche plus ciblée sur les publics prioritaires (jeunes et séniors) ;
- accompagner ces mesures par une politique structurelle sur la formation, l’éducation, le logement et les mobilités.