Pour atteindre les objectifs de la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC3), la Direction générale du Trésor (DGT) analyse les bénéfices de la décarbonation de l'économie française et les moyens de la financer dans une publication d'octobre 2026.
Un coût du réchauffement climatique estimé à 8,5 points de PIB
Comme le constate la note de la DGT, "Atteindre l’objectif de réduction des émissions de 50% d'ici 2030 par rapport à 1990 [comme inscrit dans la SNBC3] nécessiterait une baisse moyenne des émissions de 5% par an de 2026 à 2030 par rapport à leur niveau de 2025, contre 2,5% en moyenne sur 2024 et 2025".
Toutefois, sur la période de 1990 à 2024, certains secteurs ont largement baissé leurs émissions de gaz à effet de serre :
- l’énergie (-60%) ;
- l’industrie (-56%) ;
- les bâtiments (-40%).
En revanche, d'autres secteurs comme l’agriculture et la sylviculture ou le traitement des déchets affichent un bilan plus modeste (-17% et -8%), voire une stagnation (transports).
Le bilan territorial de réduction des émissions de la France est plutôt favorable comparativement aux voisins européens (5,6 tonnes de CO2 par habitant en France contre 7 tonnes en moyenne dans l'Union européenne). Il l'est plus encore par rapport aux États-Unis ou à la Chine dont les taux d'émission par habitant sont deux à trois fois supérieurs (respectivement 17,4 tonnes de CO2 par habitant et 11 tonnes de CO2 par habitant).
À trajectoire constante de réduction des émissions au niveau mondial, le réchauffement climatique pourrait atteindre +3 °C à l'horizon 2100 par rapport à l'ère préindustrielle. En France, où les effets du réchauffement sont plus intenses que dans la moyenne des pays, il atteindrait +4 °C.
Un réchauffement climatique de +2° C au niveau mondial en 2050 se traduirait, au niveau national, par une perte de 8,5 points de PIB selon une étude du Network for Greening the Financial System.
Doubler les investissements bas-carbone
Malgré les efforts de réduction des émissions carbone au niveau national, les investissements bas-carbone restent inférieurs aux investissements carbonés (102 milliards d’euros contre 107 milliards en 2024).
Pour tenir les objectifs de la SNBC3 pour 2030, la DGT estime qu'il faudrait diminuer d’au moins un tiers les investissements carbonés et doubler les investissements bas-carbone.
Dans le secteur public, ces investissements bas-carbone pourraient par exemple se traduire par la rénovation énergétique du parc immobilier, en incluant l’électrification du parc de véhicules.
La DGT suggère encore que l’action publique recoure à des transferts budgétaires (bonifications de prêts, prêts à taux zéro, subventions ciblées, dispositifs MaPrimeRenov’…).
Évoquant les outils qui permettraient d'agir davantage en faveur de la décarbonation comme une intensification des normes ou de la tarification carbone, l'étude identifie néanmoins deux freins majeurs :
- les limites de la capacité des ménages à supporter le coût de la transition écologique (équipement en véhicules électrique, en pompes à chaleur...) ;
- les risques de fuite carbone vers d’autres pays (pris en compte par le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières).