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Vie publique
L'essentiel de Vie publique
Le temps de travail et les congés payés
Numéro 37 - Vendredi 1er mai 2026

Instaurés en 1936, les congés payés ont permis aux travailleurs de bénéficier pour la première fois de périodes de repos rémunérées. Cette avancée a profondément transformé la société, favorisant l’émergence des loisirs et du tourisme. Aujourd’hui encore, elle constitue un pilier du modèle social français. La réduction du temps de travail a continué sa progression jusqu’à la réforme des 35 heures. Toutefois, de nombreux aménagements et dérogations marquent une tendance vers davantage de flexibilité. 

Pourquoi on en parle ? 

Cette année marque les 90 ans des congés payés en France. Si certains fonctionnaires bénéficiaient déjà de ce droit depuis un décret de Napoléon III de 1853, c'est en 1936 que le gouvernement du Front populaire généralise les congés payés à tous les salariés. Issus de négociations lors des grandes grèves ouvrières, les accords de Matignon du 7 juin 1936 sont suivis de deux grandes lois, promulguées les 20 et 21 juin 1936 : les salariés bénéficient désormais de 15 jours de congés payés par an et d’une durée légale de travail de 40 heures par semaine sans perte de salaire. 600 000 Français partent en vacances dès l'été 1936. Ils seront près de 2 millions en 1937. Mais ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que le phénomène prendra toute son ampleur.  

Une baisse historique du temps de travail 

Depuis le milieu du XIXe siècle, la durée annuelle du travail a baissé dans tous les pays développés. En France, cette baisse résulte d’un ensemble de facteurs économiques, sociaux et politiques :

  • le progrès technique et les gains de productivité ont entraîné d'importantes réductions du temps de travail ; 
  • les luttes sociales ont joué un rôle majeur. À partir du XIXe siècle, plusieurs lois réduisent la durée du travail des enfants, puis des femmes. Les ouvriers s'organisent et forment des syndicats pour obtenir de meilleurs conditions de travail et de vie. Vers 1900, la journée de travail des adultes est réduite à 10 heures, puis à 8 heures en 1919. La réduction du temps de travail fait partie des revendications syndicales pendant les mouvements sociaux du printemps 1936. Le passage à la semaine de 40 heures vise à la fois à combattre le chômage par un partage du travail et à libérer du temps pour les loisirs ;
  • les transformations de la nature des emplois (progression du salariat, montée du travail à temps partiel) ont contribué à la baisse de la durée annuelle du travail. Accompagnant le déclin de l’emploi agricole, le taux de salarisation (rapport du nombre de salariés au nombre de personnes ayant un emploi) est passé de 65% en 1950 à près de 90% aujourd'hui, selon une étude de l'Insee.
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heures
LE CHIFFRE CLÉ

C’est la durée moyenne annuelle de travail des salariés à temps complet en 2024 en France, selon l'Insee. Elle était d'environ 3 000 heures en 1840. En un peu plus d’un siècle, le temps de travail a ainsi été divisé par deux. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la demande de travail est forte et les durées annuelles dépassent encore largement les 2 000 heures au début des années 1950. La baisse du temps de travail s’accélère à partir de la fin des années 1960. 

Durée annuelle du travail par salarié à temps complet de 2003 à 2024
Source : Insee, enquêtes Emploi 2003 à 2024 - Champ : France hexagonale jusqu'en 2014 et France hors Mayotte à partir de 2014, ensemble des salariés à temps complet, âgés de 15 ans ou plus.
Des 40 heures aux 35 heures : la grande bascule 

Entre le milieu des années 1970 et des années 2000, la durée annuelle de travail a diminué de 350 heures (-17%) en moyenne en France, notamment sous l’effet des lois sur la réduction du temps de travail. Cela représente environ une heure de travail en moins par jour, d'après la Dares. La baisse la plus importante a eu lieu entre 1975 et 1983 (-145 heures). Pour lutter contre le chômage croissant, le gouvernement de Pierre Mauroy prend une série de mesures sociales en 1982 qui renouent avec la tradition du Front populaire. Une ordonnance du 16 janvier 1982 fait passer la durée légale du travail de 40 à 39 heures par semaine et généralise la cinquième semaine de congés payés. Une seconde baisse se produit entre 1991 et 2003 (-210 heures). Le gouvernement de Lionel Jospin décide par deux lois en 1998 (loi Aubry I) et 2000 (loi Aubry II) de réduire la durée légale du travail à 35 heures par semaine. Les entreprises peuvent maintenir la semaine de 39 heures, mais doivent payer des heures de travail supplémentaires à leurs salariés. Celles-ci sont dans un premier temps plafonnées à 130 heures par an. La loi prévoit un allègement des cotisations patronales pour les entreprises, à condition qu'elles s’engagent à maintenir ou à créer des emplois. 

Un assouplissement des 35 heures 

Depuis 2000, la durée du temps de travail est restée stable. Plusieurs réformes sont venues assouplir le cadre des 35 heures. En 2002, un décret facilite le recours aux heures supplémentaires en relevant le contingent annuel de 130 à 180 heures par salarié, puis à 220 heures en 2004. La loi Fillon de 2003 instaure une majoration de salaire pour rendre les heures supplémentaires plus attractives pour les salariés, une loi de 2005 élargit le forfait jours aux non-cadres et le compte épargne temps (CET) permettant de stocker des jours de congé. Enfin, la loi El Khomri de 2016 prévoit notamment que la durée maximale du temps de travail puisse être augmentée par accord collectif. 

LES MOTS DANS L'ACTU
Durée légale du travail

Cela correspond au nombre d’heures de travail fixé par la loi comme référence pour un salarié à temps complet. En France, cette durée est de 35 heures par semaine (ou 1 607 heures par an). Les heures effectuées au-delà sont considérées comme des heures supplémentaires, donnant lieu à une majoration de salaire ou à des jours de repos appelés jours RTT (réduction du temps de travail). Des conventions ou accords collectifs peuvent prévoir une durée inférieure ou supérieure, on parle de « durée conventionnelle ».

Durée de travail effective

Il s'agit du temps durant lequel le salarié est à la disposition de son employeur et se conforme à ses directives sans pouvoir vaquer librement à ses occupations personnelles (article L3121-1 du code du travail). La mesure du temps de travail effectif permet de déterminer les heures supplémentaires, les congés payés et le salaire du salarié. Le temps de travail effectif est distinct du temps de présence dans l’entreprise et ne doit pas dépasser 10 heures par jour, sauf dérogations particulières.
 

Comment mesurer le temps de travail ? 

Le temps de travail peut s’exprimer selon plusieurs échelles de temps :

  • à la semaine, ce qui permet de distinguer les heures légales des heures supplémentaires. Ces dernières donnent au salarié un droit à une rémunération plus élevée (taux horaire majoré) ou à des jours de repos compensatoires ; 
  • à l'année, ce qui permet de prendre en compte les congés ainsi que le travail intermittent (alternance de période travaillées et non travaillées, par exemple avec les emplois saisonniers) ;
  • ou encore à l'échelle d’une vie : si la durée annuelle tend à diminuer, le relèvement de l’âge de départ à la retraite engendre un mouvement inverse d'augmentation du temps travaillé. 
De grandes disparités entre les travailleurs 

Si la durée légale de travail est de 35 heures par semaine, la durée effective est plus élevée pour de nombreux travailleurs, selon les dernières données de l'Insee. En 2024, la durée habituelle du travail des salariés à temps complet est de 39,9 heures. Une partie des cadres salariés sont soumis au forfait jours (leur travail n’est pas calculé en heures hebdomadaires mais en nombre de jours par année). Ainsi, parmi les salariés, les cadres déclarent, en moyenne, les durées les plus longues (40,4 heures). Les 35 heures ne concernent pas les travailleurs indépendants (agriculteurs, artisans, commerçants, chefs d’entreprise...) qui ont une durée habituelle de travail largement supérieure, notamment les agriculteurs (52,6 heures).

Durée habituelle hebdomadaire du travail par catégories socioprofessionnelles en 2024
Source : Insee, enquête Emploi 2024 - France hors Mayotte, personnes vivant dans un logement ordinaire, âgées de 15 ans ou plus en emploi.
Le temps partiel, reflet des inégalités sur le marché du travail 

Outre la baisse de la durée légale du travail instaurée par la loi, la progression du travail à temps partiel (durée de travail inférieure à 35 heures par semaine) a aussi joué un rôle dans la diminution du temps de travail. La part de salariés à temps partiel dans l’emploi a presque triplé, passant de 7% dans le milieu des années 1970 à plus de 17% en 2024. Il concerne aujourd’hui un peu plus de 4 millions de salariés (environ un salarié sur six). Accompagnant la féminisation du salariat, il concerne les populations les plus éloignées du marché du travail (les femmes, les jeunes, les étrangers et les moins diplômés). Un million de salariés à temps partiel sont dans une situation de temps partiel contraint (faute d'obtenir un temps plein) qui les expose à des conditions d’emploi et de travail défavorables, à des rémunérations plus faibles et à un risque accru de pauvreté. Les secteurs les plus concernés sont l’aide et les soins à domicile, les services à la personne, la propreté, la restauration rapide et la grande distribution. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) en 2024 vise à améliorer les conditions de travail des personnes à temps partiel en assouplissant l’utilisation des heures complémentaires, tout en garantissant des droits renforcés pour les salariés. Le travail à temps partiel recule depuis 2017.

Plus de travail en horaires atypiques 

La flexibilité des horaires s’est intensifiée avec la mise en place de la réduction de la durée du travail à 35 heures. La modulation du temps de travail a contribué au développement des horaires dits atypiques, comme le travail le dimanche ou de nuit. Ils concernent d’abord les ouvriers et les employés, mobilisés pour assurer la continuité des services, et plus ponctuellement les cadres. Si le principe du repos le dimanche est prévu en droit du travail, de nombreuses dérogations permettent le travail dominical, essentiellement dans l’hébergement et la restauration, l’agriculture et la santé. En 2024, 24,2% des personnes en emploi ont travaillé au moins un dimanche sur quatre semaines consécutives. Près de 40% des indépendants ont travaillé au moins un dimanche sur quatre et 21,7% des salariés. Les boutiques et supermarchés sont de plus en plus souvent ouverts le week-end et les métiers de livreur ou de chauffeur se développent hors des horaires classiques de travail. Ainsi, selon une étude de l'Institut de recherche pour le développement (IRD), le temps de travail moyen des livreurs de repas à domicile s'élève à 63 heures par semaine en moyenne avec un revenu horaire moyen brut inférieur à 6 euros. 

10 dates sur la réduction du temps de travail
La semaine en 4 jours à l’essai 

L’aménagement du temps de travail réparti sur 4 jours est expérimenté en France depuis 2023. Environ 10 000 personnes sont concernées dans le secteur privé et les administrations. Il s’agit de travailler sur 4 jours sans réduction du temps de travail. Pour 35h par semaine, le salarié travaillera 8h45 par jour sur 4 jours au lieu de 7h par jour sur 5 jours. Selon une étude du Crédoc de 2024, pour les salariés concernés, la semaine en 4 jours est perçue comme une opportunité de disposer de plus de temps personnel ou familial et d'aller vers un meilleur équilibre de vie. L’extension journalière des horaires de travail peut présenter des inconvénients (surcharge de travail, réorganisation parfois compliquée...), mais aussi des avantages en termes de service aux usagers ou aux clients, en permettant d’offrir des plages horaires élargies. En matière d'égalité femmes-hommes, travailler 4 jours permettrait aux femmes à temps partiel de retrouver une rémunération à la hauteur d’un temps plein tout en continuant à bénéficier d’une journée libérée.

Les 35 heures, un débat qui divise 

D'après une étude de l'Insee de 2005, le passage aux 35 heures a permis de créer environ 350 000 emplois. Le coût pour l'État des allégements de charges patronales spécifiquement lié aux 35 heures est estimé à 12 milliards d'euros par an. Les économistes ont des avis partagés sur la baisse du temps de travail. Certains économistes dénoncent « l’illusion » de la réduction du temps de travail. Selon eux, les créations d’emplois entre 1998 et 2000 ne sont pas liés au passage aux 35 heures mais plutôt aux baisses de cotisations sociales. Ils critiquent le coût élevé de ces aides financières pour les finances publiques. Les économistes favorables à la réduction et au partage du temps de travail soulignent au contraire le nombre de créations d’emploi et l’amélioration de la productivité et des conditions de vie des salariés. 

La courte vie du ministère du Temps libre

À son arrivée à l’Elysée en mai 1981, François Mitterrand crée le ministère du Temps libre. André Henry devient le premier et dernier ministre du Temps libre de la République. Création des chèques-vacances et des Maisons du temps libre dans les communes... Les mesures mises en place visent une « démocratisation des vacances » soutenue par le Premier ministre Pierre Mauroy. Le ministère reposait sur trois réformes d'ampleur : la retraite à 60 ans, la cinquième semaine de congés payés et le passage aux 35 heures. 

Ce ministère disparaît lors du remaniement du 23 mars 1983.

Travailler le 1er mai ? 

Le 1er mai, fête des travailleuses et des travailleurs est un jour férié, chômé et payé depuis 1948, inscrit dans le code du travail. Une proposition de loi sénatoriale du groupe Ensemble pour la République (EPR) visant à permettre aux salariés de certains établissements (boulangeries, fleuristes par exemple) de travailler le 1er mai a été adoptée par le Sénat le 3 juillet 2025. Opposée à ce projet, la gauche dénonce une régression sociale et une attaque au droit au repos. Le 10 avril 2026, la proposition de loi a été rejetée par l'Assemblée nationale en première lecture. Le Premier ministre a renoncé à convoquer une commission mixte paritaire chargée de trouver un accord sur un texte final. Le 17 avril 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a déclaré qu'un projet de loi serait présenté prochainement par le gouvernement pour autoriser l’ouverture des boulangeries-pâtisseries artisanales et des fleuristes artisanaux le 1er mai et clarifier les conditions d’emploi des salariés. La loi pourrait être applicable dès le 1er mai 2027.

L'extrait de la Doc'
Le saviez-vous ?

En 2023, selon l'OCDE, le nombre d'heures travaillées par actif occupé était en France de 1 500. C'est moins que la moyenne de l'OCDE (1 742) et que certaines économies avancées (entre 1 632 et 1 799 heures pour les États-Unis, l'Espagne et l'Italie), plus qu'en Allemagne (1 343) ou qu'aux Pays-Bas (1 413) et comparable au Royaume-Uni (1 524).

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