Déclaration de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer, à "France Info", le 8 septembre 2004, sur le service minimum dans les transports en commun.

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Média : France Info

Texte intégral

Q- O. de Lagarde : Vous avez une grosse journée...
R- G. de Robien : Ce n'est pas un dossier explosif - j'entendais votre annonce... Pourquoi explosif ? Il ne s'agit pas de remise en cause du droit de grève. Au contraire, il s'agit de l'organiser. En fait, il s'agit de donner des moyens supplémentaires, il s'agit de donner du temps supplémentaire aux partenaires sociaux pour dialoguer. Ce n'est pas de l'explosif ; c'est, au contraire, des rapports humains.
Q- D'abord, est-ce que vous avez vraiment la volonté d'aboutir à quelque chose ? Cette histoire de service minimum, la droite en parle quand même depuis des années, et jusqu'à présent, elle n'a jamais osé franchir le pas...
R-- Nous parlons mais nous agissons. Le service public, cela nous semble essentiel. C'est tout à fait important d'assurer quand même aux usagers, qui payent des billets, qui payent des abonnements, qui ont besoin d'aller travailler, qui ont besoin d'aller se faire soigner, qui ont besoin de se faire enseigner Il nous paraît essentiel que même en cas de grève, il y ait un certain nombre de lignes qui continuent à fonctionner de façon à ce que l'essentiel soit assuré. Et pour arriver à cela, il faut évidemment discuter, se concerter avec les partenaires sociaux, avec les représentants des usagers, avec les employeurs des grandes entreprises de transport ou des moins grandes entreprises de transport. Et comme ils sont tous pénétrés du sens du service public, je suis sûr que non seulement ce n'est pas explosif, mais que c'est un bien commun dont on va essayer de trouver le chemin.
Q- Cela n'explosera pas aujourd'hui en tout cas. Aujourd'hui, vous commencez à discuter. Discuter, c'est très bien, mais quand est-ce que vous allez trancher ? Quand envisagez-vous de conclure ?
R-D'abord, quand j'aurai écouté tout le monde. La moindre des choses, c'est de savoir écouter des organisations syndicales parce que ce sont elles qui font, qui agissent dans les transports, que ce soit à la SNCF, à la RATP, que ce soit les transports publics de voyageurs. Je veux écouter les usagers parce que ce sont eux aussi que l'on défend et que l'on préserve par la qualité du service public. Et je voudrais écouter quand même les responsables des entreprises de transport pour savoir si c'est possible, en cas de grève, d'organiser certaines lignes qui représentent des services essentiels dans une ville, dans une agglomération ou dans le pays.
Q- Vous allez les écouter, mais on sait ce qu'ils vont vous dire. Ils vont vous dire que le service minimum, c'est forcément un coup de canif dans le droit de grève. Et le droit de grève, c'est un droit constitutionnel...
R-Oui mais ils vont me dire qu'ils sont très attachés au service public, que le service public, c'est toute leur vocation ; c'est pour cela qu'ils sont rentrés dans le service public, qui à la SNCF ou qui dans une entreprise de transport de voyageurs, en bus, en car ou autre chose. Et ces deux notions-là, l'attachement au service public pour les autres - une sorte de vocation - et en même temps, le respect du droit de grève - de toute façon, c'est inscrit dans la Constitution, donc ils ne risquent rien -, ces deux principes-là [...] peuvent être conciliés par des moyens supplémentaires pour éviter que les préavis de grève systématiquement entraînent des grèves parce que le dialogue est insuffisant. Et quand il y a grève, et puisque je vous garantis qu'on gardera évidemment le droit de grève, organisons-le, tout simplement dans le respect des usagers.
Q- Et vous ne craignez pas tout de même que ce projet de loi - il y aura une loi sans doute - ne mette le feu aux poudres et nous promette un automne de feu ?
R-Pourquoi voulez-vous que le respect du droit de grève mette le feu aux poudres ? On est entre gens - j'imagine - tous intelligents et soucieux de faire évoluer le pays vers une organisation plus moderne, plus fiable. On est tous soucieux de ne pas faire supporter à des gens, quelquefois même les plus fragiles, les conséquences les plus rudes de la grève lorsque celle-ci se déclenche - et de toute façon, il y aura toujours des grèves. Donc comment adoucir cela ? Comment respecter les usagers, notamment les plus faibles, pour que ce droit de grève s'exerce et qu'il ne soit pas attentatoire aux libertés fondamentales des citoyens ?
(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 8 septembre 2004)