Texte intégral
Q - Le sondage du Parisien révèle-t-il un mouvement de fond ?
R - J'espère en tout cas qu'il va créer un électrochoc. Il faut organiser plus sérieusement la campagne du oui, en démontrant qu'une Constitution est indispensable pour que naisse enfin une démocratie européenne. Elle nous donne le moyen de défendre le modèle social européen dans un monde de plus en plus dur. Comme l'a dit hier le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, le capitalisme international n'a pas besoin de Constitution. Ce sont les syndicats et ceux qu'ils défendent qui en ont besoin ! Nous devons aussi combattre avec plus de force l'idée que, si la France disait non, il serait possible de reprendre les négociations et d'aboutir à un texte plus satisfaisant. C'est un mensonge. Si le non l'emportait en France, il y aurait contagion aux autres pays, et finalement renoncement à l'idée de Constitution. Par voie de conséquence, ce serait la fin de l'Europe politique.
Q - Comment expliquez-vous le fort recul du non parmi les sympathisants de l'UDF ?
R - Depuis des semaines, tous les sondages montrent que l'électorat de l'UDF est le plus mobilisé en faveur de la Constitution européenne. Le oui est monté jusqu'à 85 % dans notre électorat ! Mais c'est aussi un électorat très sensible au social. Or le climat social est de plus en plus lourd. S'il y a eu décrochage ces derniers jours, cela ne peut s'expliquer que par les difficultés sociales qui s'expriment de plus en plus.
Q - Qu'aurait dû faire Jean-Pierre Raffarin ?
R - Je vous rappelle que les difficultés de nombreux Français à boucler leurs fins de mois étaient le thème principal du congrès de l'UDF en janvier. Pour nous, la situation imposait au gouvernement de répondre au malaise de la fonction publique et d'ouvrir au moins des pistes nouvelles dans les entreprises. Dans la fonction publique, puisqu'il apparaît qu'il y avait des marges de manoeuvre, pourquoi ne pas avoir proposé de les utiliser avant la montée des mécontentements ? Pour le privé, nous proposions la généralisation de primes de participation, immédiatement disponibles, sans charges sociales. Nous ajoutions l'alignement de la bonification des heures supplémentaires à 25 % pour tous les salariés, avec déduction de ces 25 % des charges sociales de manière à ne pas pénaliser les entreprises. C'étaient des réponses concrètes et simples, mesurables sur la feuille de paie. Le gouvernement a attendu les manifestations pour explorer ces pistes, et il l'a fait de manière hésitante. D'où un sentiment de grande incertitude qui ne pouvait que nourrir le non.
Q - La polémique autour de la directive Bolkestein n'a-t-elle pas, elle aussi, alimenté le non ?
R - Soyons clairs et soyons fermes. Les pays européens à haut niveau de protection sociale ne doivent pas accepter, et n'accepteront pas, de laisser démanteler leur droit du travail et leur droit social. La France, l'Allemagne, la Belgique l'ont dit clairement. La Constitution le dit aussi. Le principe du pays d'origine, tel qu'il est présenté, ne peut donc pas être accepté. Mais il ne faut pas laisser croire que l'Europe va toujours dans ce sens : je vous rappelle aussi que, depuis 1996, tout personnel d'une entreprise européenne détaché dans un autre pays de l'Union est soumis à la législation du travail du pays d'accueil au bout de huit jours de présence. Cela est notre loi commune et personne n'a jamais proposé de la changer. La "directive services" doit donc être réécrite pour éviter les dérives, et elle le sera.
Q - Chirac, Schöder et Zapatero créent un axe avec Poutine. Est-ce que cela sert l'Europe ?
R - Pour moi, je préférerais d'abord que l'on fasse pression pour la démocratie en Russie comme ailleurs. Nous ne pouvons pas constituer le camp du silence devant ce qui se passe en Tchétchénie. Je préférerais ensuite des démarches européennes communes. La France a des relations bilatérales avec la Russie. C'est bien. Mais s'associer avec certains pays de l'Union, en écarter d'autres, cela évoque une Europe à géométrie variable. La Pologne, par exemple, et les autres pays frontaliers de la Russie doivent penser que l'on fait bon marché de leur opinion. Je préfère l'Europe politique.
Q - Vous critiquez une initiative de Jacques Chirac, mais votre stratégie en faveur du oui est-elle exempte de tout reproche ?
R - N'ayant jamais eu le sentiment que le résultat du référendum était acquis, contrairement à d'autres défenseurs de la Constitution, je n'ai cessé de plaider pour que le camp du oui s'unisse. Le camp du non, en dépit des contradictions et des divergences de fond qui le traversent, n'hésite pas à conjuguer ses forces. Dans le camp du oui, qui est pourtant d'accord sur l'essentiel, c'est chacun chez soi, chacun dans sa chapelle. Il faut une prise de conscience et une organisation sérieuse qui permette de mobiliser les Français au-delà des frontières partisanes traditionnelles.
Propos recueillis par Judith Waintraub
(Source http://www.udf.org, le 22 mars 2005)
R - J'espère en tout cas qu'il va créer un électrochoc. Il faut organiser plus sérieusement la campagne du oui, en démontrant qu'une Constitution est indispensable pour que naisse enfin une démocratie européenne. Elle nous donne le moyen de défendre le modèle social européen dans un monde de plus en plus dur. Comme l'a dit hier le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, le capitalisme international n'a pas besoin de Constitution. Ce sont les syndicats et ceux qu'ils défendent qui en ont besoin ! Nous devons aussi combattre avec plus de force l'idée que, si la France disait non, il serait possible de reprendre les négociations et d'aboutir à un texte plus satisfaisant. C'est un mensonge. Si le non l'emportait en France, il y aurait contagion aux autres pays, et finalement renoncement à l'idée de Constitution. Par voie de conséquence, ce serait la fin de l'Europe politique.
Q - Comment expliquez-vous le fort recul du non parmi les sympathisants de l'UDF ?
R - Depuis des semaines, tous les sondages montrent que l'électorat de l'UDF est le plus mobilisé en faveur de la Constitution européenne. Le oui est monté jusqu'à 85 % dans notre électorat ! Mais c'est aussi un électorat très sensible au social. Or le climat social est de plus en plus lourd. S'il y a eu décrochage ces derniers jours, cela ne peut s'expliquer que par les difficultés sociales qui s'expriment de plus en plus.
Q - Qu'aurait dû faire Jean-Pierre Raffarin ?
R - Je vous rappelle que les difficultés de nombreux Français à boucler leurs fins de mois étaient le thème principal du congrès de l'UDF en janvier. Pour nous, la situation imposait au gouvernement de répondre au malaise de la fonction publique et d'ouvrir au moins des pistes nouvelles dans les entreprises. Dans la fonction publique, puisqu'il apparaît qu'il y avait des marges de manoeuvre, pourquoi ne pas avoir proposé de les utiliser avant la montée des mécontentements ? Pour le privé, nous proposions la généralisation de primes de participation, immédiatement disponibles, sans charges sociales. Nous ajoutions l'alignement de la bonification des heures supplémentaires à 25 % pour tous les salariés, avec déduction de ces 25 % des charges sociales de manière à ne pas pénaliser les entreprises. C'étaient des réponses concrètes et simples, mesurables sur la feuille de paie. Le gouvernement a attendu les manifestations pour explorer ces pistes, et il l'a fait de manière hésitante. D'où un sentiment de grande incertitude qui ne pouvait que nourrir le non.
Q - La polémique autour de la directive Bolkestein n'a-t-elle pas, elle aussi, alimenté le non ?
R - Soyons clairs et soyons fermes. Les pays européens à haut niveau de protection sociale ne doivent pas accepter, et n'accepteront pas, de laisser démanteler leur droit du travail et leur droit social. La France, l'Allemagne, la Belgique l'ont dit clairement. La Constitution le dit aussi. Le principe du pays d'origine, tel qu'il est présenté, ne peut donc pas être accepté. Mais il ne faut pas laisser croire que l'Europe va toujours dans ce sens : je vous rappelle aussi que, depuis 1996, tout personnel d'une entreprise européenne détaché dans un autre pays de l'Union est soumis à la législation du travail du pays d'accueil au bout de huit jours de présence. Cela est notre loi commune et personne n'a jamais proposé de la changer. La "directive services" doit donc être réécrite pour éviter les dérives, et elle le sera.
Q - Chirac, Schöder et Zapatero créent un axe avec Poutine. Est-ce que cela sert l'Europe ?
R - Pour moi, je préférerais d'abord que l'on fasse pression pour la démocratie en Russie comme ailleurs. Nous ne pouvons pas constituer le camp du silence devant ce qui se passe en Tchétchénie. Je préférerais ensuite des démarches européennes communes. La France a des relations bilatérales avec la Russie. C'est bien. Mais s'associer avec certains pays de l'Union, en écarter d'autres, cela évoque une Europe à géométrie variable. La Pologne, par exemple, et les autres pays frontaliers de la Russie doivent penser que l'on fait bon marché de leur opinion. Je préfère l'Europe politique.
Q - Vous critiquez une initiative de Jacques Chirac, mais votre stratégie en faveur du oui est-elle exempte de tout reproche ?
R - N'ayant jamais eu le sentiment que le résultat du référendum était acquis, contrairement à d'autres défenseurs de la Constitution, je n'ai cessé de plaider pour que le camp du oui s'unisse. Le camp du non, en dépit des contradictions et des divergences de fond qui le traversent, n'hésite pas à conjuguer ses forces. Dans le camp du oui, qui est pourtant d'accord sur l'essentiel, c'est chacun chez soi, chacun dans sa chapelle. Il faut une prise de conscience et une organisation sérieuse qui permette de mobiliser les Français au-delà des frontières partisanes traditionnelles.
Propos recueillis par Judith Waintraub
(Source http://www.udf.org, le 22 mars 2005)