Texte intégral
M. François Bayrou - J'ai cru que M. Hollande allait terminer son discours sans s'exprimer sur les vraies raisons de cette motion de censure. Heureusement, les derniers paragraphes ont éclairé l'Assemblée (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF et plusieurs bancs du groupe UMP).
Car la vraie nature de l'exercice imposé à cette assemblée n'a échappé à aucun observateur.
(" Très bien ! " sur plusieurs bancs du groupe UMP)
Il ne s'agit pas d'une motion de censure : une telle motion n'aurait aucune chance d'être adoptée et aucun fait nouveau, aucun événement ne la justifierait.
Il ne s'agit pas de défendre une motion de censure, mais de poser une rustine sur la campagne électorale fatiguée du PS ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF et sur plusieurs bancs du groupe UMP)
M. Julien Dray - Où est l'UDF ? A droite !
M. François Bayrou - Monsieur Dray, je suis à vous dans une minute ! Un peu de patience.
M. Julien Dray - On sait où sont les grenouilles de bénitier. Rendez-nous Lecanuet !
M. François Bayrou - Ce n'est nullement qu'il n'y ait pas lieu de débattre. L'avenir du pays est en jeu. Mais ce n'est pas le problème du PS, qui ne cherche qu'à atteindre sa cible.
Or quelle est la cible du PS ? Est-ce le Gouvernement ? La précarité de l'emploi ? L'extrême droite ?
Non, la cible du PS, comme l'ont montré des déclarations de MM. Ayrault, Dray, Hollande, c'est l'UDF ! Voilà où en est le PS! (Interruptions sur les bancs du groupe socialiste).
M. Julien Dray - Ce sont des propos indignes.
M. François Bayrou - Monsieur Dray, nous allons mettre les montres à l'heure.
M. Julien Dray - Cessez ces attaques personnelles !
M. François Bayrou - Parce que j'ai parlé de montres ?
Monsieur Dray, quand vous m'avez traité de " grenouille de bénitier ", c'était une attaque autrement plus personnelle et grave.
Voilà où en est un parti qui a subi, en 2002, une de plus grandes humiliations de l'histoire : un rejet, un désaveu comme on en trouve peu d'exemples ! (Interruptions sur les bancs du groupe socialiste). Un parti qui, depuis, n'a renouvelé ni ses idées, ni aucun de ses dirigeants : ceux-ci s'observent avant la bataille et se remobilisent enfin, en attendant les légions barbares ! On pense au couplet de La Marseillaise :
" Entendez-vous dans les campagnes
" Mugir ces féroces soldats ? "
Il est temps, en effet, qu'un sang impur abreuve nos sillons. Qu'est-ce qui suscite pareille mobilisation ? Rien n'est plus dangereux, pour les tenants de l'ordre ancien, que l'émergence d'une force nouvelle.
Entre l'opposition et le parti du Gouvernement, il y a comme une connivence. Elle ne se manifeste guère à haute voix, mais le peuple français sait aussi entendre les silences. Cette connivence est apparue avec l'adoption de la loi électorale qui visait à instituer le bipartisme en France, ce qui arrangerait bien certains ! (Protestations sur les bancs du groupe socialiste) De même, quand le débat s'est engagé sur l'allocation spécifique de solidarité, il a fallu des semaines pour que le PS accepte de se préoccuper du sujet.
Cette connivence a une raison : la certitude qu'entre les uns et les autres, le pouvoir peut se partager. Entre l'une et l'autre des deux forces qui occupent le pouvoir en France depuis vingt-cinq ans, il existe une alliance de fait. L'une et l'autre, à défaut de pouvoir le monopoliser, se satisfont de l'occuper une fois sur deux ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF ; interruptions sur les bancs du groupe socialiste)
Pourquoi ces hurlements ? Parce que mes propos vous gênent (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF). Mais beaucoup de citoyens se détournent de vous et recherchent d'autres solutions.
D'une certaine manière, les erreurs du Gouvernement ne sont pas graves pour le PS : elles font basculer, pense-t-il, les bataillons d'électeurs qui lui permettront de revenir au pouvoir dans trois ans. Il serait donc grave qu'une autre voix s'élève (Interruptions sur les bancs du groupe socialiste). C'est pourtant ce que les Français attendent. Ils veulent qu'on leur parle le langage de la vérité. L'inconvénient, pour vous, c'est que cela vous empêcherait de revenir au pouvoir (Interruptions sur les bancs du groupe socialiste).
Lionel Jospin - un nom qui devrait vous inviter au silence -, Lionel Jospin qu'on voit beaucoup ces temps-ci s'en était aperçu dans une tribune célèbre du Monde.
Laurent Fabius a repris son analyse quelques semaines plus tard. Le service des études du PS a préparé une note de dix pages contre l'ennemi irréductible.
Je veux dire au PS que des millions de Français ont besoin de s'exprimer. Au moment des élections, ils auront à dire quelque chose au Gouvernement. Ils ne lui diront pas de s'en aller, mais ils lui diront qu'il doit changer, que la confiance est compromise... (" Ah ! " sur les bancs du groupe socialiste) ...qu'à trop tirer sur le fil, à la fin il rompt, que résoudre la question sociale ne consiste pas à punir les chômeurs mais à leur offrir du travail.
Quand vous allez, comme nous, comme les élus de l'UMP, sur les marchés, vous entendez les citoyens vous dire : " Les politiques on n'y croit plus ! ". Ils mettent tout le monde dans le même sac.
Quand, dans une démocratie, la confiance a disparu, le pire est à craindre. L'abîme qui s'est ouvert sous nos pieds le 21 avril 2002 peut s'ouvrir encore. C'est pourquoi il faut s'attaquer aux vraies questions (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF). La démocratie dans ce pays, c'est une vraie question. Le rôle du Parlement, la représentation, ce sont de vraies questions.
Nous avons accepté que le Parlement se transforme en chambre d'enregistrement, où tout est joué d'avance, où les amendements ne sont même plus reçus, où le vote n'est plus personnel (Interruptions sur les bancs du groupe UMP). Et maintenant, les ordonnances !
M. le Président - Vous devriez venir plus souvent à l'Assemblée. On ne peut pas l'attaquer ainsi. Vous verriez qu'on y accepte beaucoup d'amendements ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP ; rires sur bancs du groupe socialiste)
M. François Bayrou - Monsieur le Président, puisque vous intervenez dans le débat (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF) souffrez que l'on vous dise ceci : il n'est pas normal que la réforme la plus importante dont nous ayons à délibérer, celle de la sécurité sociale, soit, nous annonce-t-on, décidée par ordonnances, sans que l'Assemblée dispose du droit d'information et de décision (Interruptions sur les bancs du groupe UMP ; applaudissements sur les bancs du groupe socialiste). Souffrez que de la tribune un parlementaire conséquent vous le dise ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF ; exclamations sur les bancs du groupe UMP)
M. Pierre Lellouche - Ce sont des ordonnances qui ont créé la sécurité sociale !
M. François Bayrou - Quand on décide de procéder par ordonnances sur un sujet aussi grave, cela signifie que la politique se déshabille de son pouvoir au profit du technocratique ! Nous en avons assez souffert (Interruptions sur les bancs du groupe UMP ; exclamations sur les bancs du groupe socialiste). Quand l'ambiance devient aussi chaude, c'est qu'il se passe ici des choses intéressantes !
Plusieurs députés socialistes - Censure ! Censure !
M. François Bayrou - Nous avons un très grave problème de démographie médicale, dû aux numerus clausus successifs, et à la décision de réduire de plusieurs milliers le nombre de médecins français en leur accordant des indemnités conséquentes. Ces mesures prises par ordonnances, auxquelles aucun politique ne s'est intéressé ont conduit notre système médical dans une grave impasse (Exclamations sur les bancs du groupe UDF ; interruptions sur les bancs du groupe UMP). Tant pis si ce rappel gêne !
L'Assemblée, pour une fois, entendra des mots qui ne sont pas convenus à l'avance (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF ; exclamations sur les bancs du groupe UMP). Dans notre République, les contre-pouvoirs sont une vraie question. Les nominations au Conseil constitutionnel nous ont offert cette semaine un spectacle auquel nous sommes habitués depuis longtemps : elles ont été faites en fonction des liens d'amitié (Vives interruptions sur les bancs du groupe UMP), et ce n'est pas une honte de le dire.
Plusieurs députés socialistes - Censure ! Censure !
M. François Bayrou - Une nouvelle fois les journaux ont écrit que dans ce qui devrait être le plus haut lieu de l'impartialité la droite détenait sept sièges, contre deux pour la gauche. La conception que se fait un certain nombre d'entre vous de ce que devraient être ces instances et ces contre-pouvoirs, c'est que comme dans d'autres pays, leur impartialité devrait être garantie par l'accord donné par la majorité et par l'opposition à ces nominations (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF).
La justice fait question dans notre pays. Autre question, les commissions d'enquête. Une commission d'enquête sur la canicule vient de remettre son rapport. On sait maintenant que l'immense majorité des 15 000 morts de l'été dernier serait encore vivante (Vives protestations sur les bancs du groupe UMP). Quand une commission d'enquête sur un tel drame rend ses conclusions, on serait en droit d'attendre que des décisions soient prises et des changements fondamentaux apportés pour que le pays sente que l'enquête est suivie d'effets. Combien de fois la Cour des comptes a fait l'expérience de dénonciations demeurées sans suite ! (Interruptions sur les bancs du groupe UMP) La connivence existant entre les puissants et les initiés chaque fois qu'ils sont mis en cause creuse le gouffre qu'on dénonçait entre France d'en haut et France d'en bas.
M. Jean-Pierre Grand - C'est le discours du Front national !
M. François Bayrou - Ce n'est pas le discours de l'extrémisme (" Si ! " sur les bancs du groupe UMP), c'est celui d'un républicain qui voudrait que son pays change ! Quand la gauche était au pouvoir, vous teniez les mêmes discours que les miens ! Maintenant que vous êtes au gouvernement, vous les avez oubliés et ils ont repris de l'autre côté. C'est la République qui est en jeu ! C'est la démocratie qui est en question ! (Interruptions sur les bancs du groupe UMP) Vous ne pouvez pas vous en désintéresser ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF) Il faut de la conséquence ! (Interruptions sur les bancs du groupe UMP) Je veux défendre ici, au contraire du parti socialiste, l'esprit de réforme. La réforme est vitale pour notre avenir. Aucun homme politique ne se comporte en homme d'Etat s'il le nie. Nous avons avec le temps laissé l'Etat s'alourdir.
Comment alors réformer en étant juste ? La contrepartie de la réforme ne peut pas être la précarité croissante, ni la baisse d'impôts pour les plus favorisés. Cela ne peut pas être le déficit croissant, que tous les Français paieront, ni la mise en cause des ultimes garanties accordées aux chômeurs en fin de droits. Il y a eu là une faute du Gouvernement...
M. Jean-Pierre Grand - Vous n'avez plus qu'à adhérer au PS !
M. François Bayrou - ...et nous sommes alors montés en première ligne pour la combattre. Il n'est pas nécessaire d'adhérer au PS pour dire que supprimer aux chômeurs en fin de droits 13,49 par jour n'était pas une mesure de justice (Interruptions sur les bancs du groupe UMP ; exclamations sur les bancs du groupe socialiste).
Mme Martine David - Tout cela, vous l'avez voté !
M. François Bayrou - Il n'est pas nécessaire d'être dans l'opposition pour dire que le sort réservé aux plus faibles des intermittents (Vives protestations sur les bancs du groupe UMP) n'était pas la justice ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF)
M. André Schneider - Et vous, ce n'est pas de la démagogie ?
M. François Bayrou - Il n'est pas juste de s'opposer à la réforme, mais l'esprit de justice consiste à l'expliquer au pays et à l'équilibrer par l'exercice de la solidarité nationale.
La réforme ne peut pas être uniquement comptable. Il s'agit d'une démarche stratégique, qui n'hésite pas à sanctuariser les dépenses qui répondent à de véritables priorités. Ainsi l'éducation, la recherche devraient bénéficier du soutien ininterrompu de nos gouvernements, comme aux Etats-Unis (Exclamations sur les bancs du groupe UMP). Nous croyons en effet que le Gouvernement, jusqu'à présent, n'a pas réalisé l'équilibre entre réforme, justice et lisibilité. Le pays ne pourra obtenir cette politique nouvelle que par le vote du 21 mars, un vote qui ne soit pas un retour en arrière, qui ne se borne pas, comme le souhaite l'opposition, à faire tomber le Gouvernement.
Nous ne voulons pas la chute du Gouvernement ! (Exclamations sur les bancs du groupe UMP) Nous voulons que le Gouvernement entende le pays ! Nous voulons, comme le pays, que le Gouvernement soit juste et qu'il assume un projet devant les Français (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste).
C'est pourquoi nous ne voterons pas votre censure (Mêmes mouvements). Nous garderons notre liberté de parole et nous continuerons à proposer à notre pays une voie nouvelle qui oblige les deux partis dominants à se réformer, à se poser les questions qui fâchent, à admettre le pluralisme, à faire de force ce qu'ils n'ont pas voulu faire de bon gré, à regarder l'intérêt du pays et non pas le leur en fonction de la prochaine alternance. Cette démarche dérange, on le voit bien. Tant mieux ! Vient un moment où il faut déranger l'ordre établi, l'ordre trop usé, pour que l'avenir prenne un autre visage. (Mmes et MM. les membres de l'UDF se lèvent et applaudissent ; exclamations sur les bancs du groupe UMP).
(source http://www.udf.org, le 4 mars 2004)
Car la vraie nature de l'exercice imposé à cette assemblée n'a échappé à aucun observateur.
(" Très bien ! " sur plusieurs bancs du groupe UMP)
Il ne s'agit pas d'une motion de censure : une telle motion n'aurait aucune chance d'être adoptée et aucun fait nouveau, aucun événement ne la justifierait.
Il ne s'agit pas de défendre une motion de censure, mais de poser une rustine sur la campagne électorale fatiguée du PS ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF et sur plusieurs bancs du groupe UMP)
M. Julien Dray - Où est l'UDF ? A droite !
M. François Bayrou - Monsieur Dray, je suis à vous dans une minute ! Un peu de patience.
M. Julien Dray - On sait où sont les grenouilles de bénitier. Rendez-nous Lecanuet !
M. François Bayrou - Ce n'est nullement qu'il n'y ait pas lieu de débattre. L'avenir du pays est en jeu. Mais ce n'est pas le problème du PS, qui ne cherche qu'à atteindre sa cible.
Or quelle est la cible du PS ? Est-ce le Gouvernement ? La précarité de l'emploi ? L'extrême droite ?
Non, la cible du PS, comme l'ont montré des déclarations de MM. Ayrault, Dray, Hollande, c'est l'UDF ! Voilà où en est le PS! (Interruptions sur les bancs du groupe socialiste).
M. Julien Dray - Ce sont des propos indignes.
M. François Bayrou - Monsieur Dray, nous allons mettre les montres à l'heure.
M. Julien Dray - Cessez ces attaques personnelles !
M. François Bayrou - Parce que j'ai parlé de montres ?
Monsieur Dray, quand vous m'avez traité de " grenouille de bénitier ", c'était une attaque autrement plus personnelle et grave.
Voilà où en est un parti qui a subi, en 2002, une de plus grandes humiliations de l'histoire : un rejet, un désaveu comme on en trouve peu d'exemples ! (Interruptions sur les bancs du groupe socialiste). Un parti qui, depuis, n'a renouvelé ni ses idées, ni aucun de ses dirigeants : ceux-ci s'observent avant la bataille et se remobilisent enfin, en attendant les légions barbares ! On pense au couplet de La Marseillaise :
" Entendez-vous dans les campagnes
" Mugir ces féroces soldats ? "
Il est temps, en effet, qu'un sang impur abreuve nos sillons. Qu'est-ce qui suscite pareille mobilisation ? Rien n'est plus dangereux, pour les tenants de l'ordre ancien, que l'émergence d'une force nouvelle.
Entre l'opposition et le parti du Gouvernement, il y a comme une connivence. Elle ne se manifeste guère à haute voix, mais le peuple français sait aussi entendre les silences. Cette connivence est apparue avec l'adoption de la loi électorale qui visait à instituer le bipartisme en France, ce qui arrangerait bien certains ! (Protestations sur les bancs du groupe socialiste) De même, quand le débat s'est engagé sur l'allocation spécifique de solidarité, il a fallu des semaines pour que le PS accepte de se préoccuper du sujet.
Cette connivence a une raison : la certitude qu'entre les uns et les autres, le pouvoir peut se partager. Entre l'une et l'autre des deux forces qui occupent le pouvoir en France depuis vingt-cinq ans, il existe une alliance de fait. L'une et l'autre, à défaut de pouvoir le monopoliser, se satisfont de l'occuper une fois sur deux ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF ; interruptions sur les bancs du groupe socialiste)
Pourquoi ces hurlements ? Parce que mes propos vous gênent (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF). Mais beaucoup de citoyens se détournent de vous et recherchent d'autres solutions.
D'une certaine manière, les erreurs du Gouvernement ne sont pas graves pour le PS : elles font basculer, pense-t-il, les bataillons d'électeurs qui lui permettront de revenir au pouvoir dans trois ans. Il serait donc grave qu'une autre voix s'élève (Interruptions sur les bancs du groupe socialiste). C'est pourtant ce que les Français attendent. Ils veulent qu'on leur parle le langage de la vérité. L'inconvénient, pour vous, c'est que cela vous empêcherait de revenir au pouvoir (Interruptions sur les bancs du groupe socialiste).
Lionel Jospin - un nom qui devrait vous inviter au silence -, Lionel Jospin qu'on voit beaucoup ces temps-ci s'en était aperçu dans une tribune célèbre du Monde.
Laurent Fabius a repris son analyse quelques semaines plus tard. Le service des études du PS a préparé une note de dix pages contre l'ennemi irréductible.
Je veux dire au PS que des millions de Français ont besoin de s'exprimer. Au moment des élections, ils auront à dire quelque chose au Gouvernement. Ils ne lui diront pas de s'en aller, mais ils lui diront qu'il doit changer, que la confiance est compromise... (" Ah ! " sur les bancs du groupe socialiste) ...qu'à trop tirer sur le fil, à la fin il rompt, que résoudre la question sociale ne consiste pas à punir les chômeurs mais à leur offrir du travail.
Quand vous allez, comme nous, comme les élus de l'UMP, sur les marchés, vous entendez les citoyens vous dire : " Les politiques on n'y croit plus ! ". Ils mettent tout le monde dans le même sac.
Quand, dans une démocratie, la confiance a disparu, le pire est à craindre. L'abîme qui s'est ouvert sous nos pieds le 21 avril 2002 peut s'ouvrir encore. C'est pourquoi il faut s'attaquer aux vraies questions (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF). La démocratie dans ce pays, c'est une vraie question. Le rôle du Parlement, la représentation, ce sont de vraies questions.
Nous avons accepté que le Parlement se transforme en chambre d'enregistrement, où tout est joué d'avance, où les amendements ne sont même plus reçus, où le vote n'est plus personnel (Interruptions sur les bancs du groupe UMP). Et maintenant, les ordonnances !
M. le Président - Vous devriez venir plus souvent à l'Assemblée. On ne peut pas l'attaquer ainsi. Vous verriez qu'on y accepte beaucoup d'amendements ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP ; rires sur bancs du groupe socialiste)
M. François Bayrou - Monsieur le Président, puisque vous intervenez dans le débat (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF) souffrez que l'on vous dise ceci : il n'est pas normal que la réforme la plus importante dont nous ayons à délibérer, celle de la sécurité sociale, soit, nous annonce-t-on, décidée par ordonnances, sans que l'Assemblée dispose du droit d'information et de décision (Interruptions sur les bancs du groupe UMP ; applaudissements sur les bancs du groupe socialiste). Souffrez que de la tribune un parlementaire conséquent vous le dise ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF ; exclamations sur les bancs du groupe UMP)
M. Pierre Lellouche - Ce sont des ordonnances qui ont créé la sécurité sociale !
M. François Bayrou - Quand on décide de procéder par ordonnances sur un sujet aussi grave, cela signifie que la politique se déshabille de son pouvoir au profit du technocratique ! Nous en avons assez souffert (Interruptions sur les bancs du groupe UMP ; exclamations sur les bancs du groupe socialiste). Quand l'ambiance devient aussi chaude, c'est qu'il se passe ici des choses intéressantes !
Plusieurs députés socialistes - Censure ! Censure !
M. François Bayrou - Nous avons un très grave problème de démographie médicale, dû aux numerus clausus successifs, et à la décision de réduire de plusieurs milliers le nombre de médecins français en leur accordant des indemnités conséquentes. Ces mesures prises par ordonnances, auxquelles aucun politique ne s'est intéressé ont conduit notre système médical dans une grave impasse (Exclamations sur les bancs du groupe UDF ; interruptions sur les bancs du groupe UMP). Tant pis si ce rappel gêne !
L'Assemblée, pour une fois, entendra des mots qui ne sont pas convenus à l'avance (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF ; exclamations sur les bancs du groupe UMP). Dans notre République, les contre-pouvoirs sont une vraie question. Les nominations au Conseil constitutionnel nous ont offert cette semaine un spectacle auquel nous sommes habitués depuis longtemps : elles ont été faites en fonction des liens d'amitié (Vives interruptions sur les bancs du groupe UMP), et ce n'est pas une honte de le dire.
Plusieurs députés socialistes - Censure ! Censure !
M. François Bayrou - Une nouvelle fois les journaux ont écrit que dans ce qui devrait être le plus haut lieu de l'impartialité la droite détenait sept sièges, contre deux pour la gauche. La conception que se fait un certain nombre d'entre vous de ce que devraient être ces instances et ces contre-pouvoirs, c'est que comme dans d'autres pays, leur impartialité devrait être garantie par l'accord donné par la majorité et par l'opposition à ces nominations (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF).
La justice fait question dans notre pays. Autre question, les commissions d'enquête. Une commission d'enquête sur la canicule vient de remettre son rapport. On sait maintenant que l'immense majorité des 15 000 morts de l'été dernier serait encore vivante (Vives protestations sur les bancs du groupe UMP). Quand une commission d'enquête sur un tel drame rend ses conclusions, on serait en droit d'attendre que des décisions soient prises et des changements fondamentaux apportés pour que le pays sente que l'enquête est suivie d'effets. Combien de fois la Cour des comptes a fait l'expérience de dénonciations demeurées sans suite ! (Interruptions sur les bancs du groupe UMP) La connivence existant entre les puissants et les initiés chaque fois qu'ils sont mis en cause creuse le gouffre qu'on dénonçait entre France d'en haut et France d'en bas.
M. Jean-Pierre Grand - C'est le discours du Front national !
M. François Bayrou - Ce n'est pas le discours de l'extrémisme (" Si ! " sur les bancs du groupe UMP), c'est celui d'un républicain qui voudrait que son pays change ! Quand la gauche était au pouvoir, vous teniez les mêmes discours que les miens ! Maintenant que vous êtes au gouvernement, vous les avez oubliés et ils ont repris de l'autre côté. C'est la République qui est en jeu ! C'est la démocratie qui est en question ! (Interruptions sur les bancs du groupe UMP) Vous ne pouvez pas vous en désintéresser ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF) Il faut de la conséquence ! (Interruptions sur les bancs du groupe UMP) Je veux défendre ici, au contraire du parti socialiste, l'esprit de réforme. La réforme est vitale pour notre avenir. Aucun homme politique ne se comporte en homme d'Etat s'il le nie. Nous avons avec le temps laissé l'Etat s'alourdir.
Comment alors réformer en étant juste ? La contrepartie de la réforme ne peut pas être la précarité croissante, ni la baisse d'impôts pour les plus favorisés. Cela ne peut pas être le déficit croissant, que tous les Français paieront, ni la mise en cause des ultimes garanties accordées aux chômeurs en fin de droits. Il y a eu là une faute du Gouvernement...
M. Jean-Pierre Grand - Vous n'avez plus qu'à adhérer au PS !
M. François Bayrou - ...et nous sommes alors montés en première ligne pour la combattre. Il n'est pas nécessaire d'adhérer au PS pour dire que supprimer aux chômeurs en fin de droits 13,49 par jour n'était pas une mesure de justice (Interruptions sur les bancs du groupe UMP ; exclamations sur les bancs du groupe socialiste).
Mme Martine David - Tout cela, vous l'avez voté !
M. François Bayrou - Il n'est pas nécessaire d'être dans l'opposition pour dire que le sort réservé aux plus faibles des intermittents (Vives protestations sur les bancs du groupe UMP) n'était pas la justice ! (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF)
M. André Schneider - Et vous, ce n'est pas de la démagogie ?
M. François Bayrou - Il n'est pas juste de s'opposer à la réforme, mais l'esprit de justice consiste à l'expliquer au pays et à l'équilibrer par l'exercice de la solidarité nationale.
La réforme ne peut pas être uniquement comptable. Il s'agit d'une démarche stratégique, qui n'hésite pas à sanctuariser les dépenses qui répondent à de véritables priorités. Ainsi l'éducation, la recherche devraient bénéficier du soutien ininterrompu de nos gouvernements, comme aux Etats-Unis (Exclamations sur les bancs du groupe UMP). Nous croyons en effet que le Gouvernement, jusqu'à présent, n'a pas réalisé l'équilibre entre réforme, justice et lisibilité. Le pays ne pourra obtenir cette politique nouvelle que par le vote du 21 mars, un vote qui ne soit pas un retour en arrière, qui ne se borne pas, comme le souhaite l'opposition, à faire tomber le Gouvernement.
Nous ne voulons pas la chute du Gouvernement ! (Exclamations sur les bancs du groupe UMP) Nous voulons que le Gouvernement entende le pays ! Nous voulons, comme le pays, que le Gouvernement soit juste et qu'il assume un projet devant les Français (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste).
C'est pourquoi nous ne voterons pas votre censure (Mêmes mouvements). Nous garderons notre liberté de parole et nous continuerons à proposer à notre pays une voie nouvelle qui oblige les deux partis dominants à se réformer, à se poser les questions qui fâchent, à admettre le pluralisme, à faire de force ce qu'ils n'ont pas voulu faire de bon gré, à regarder l'intérêt du pays et non pas le leur en fonction de la prochaine alternance. Cette démarche dérange, on le voit bien. Tant mieux ! Vient un moment où il faut déranger l'ordre établi, l'ordre trop usé, pour que l'avenir prenne un autre visage. (Mmes et MM. les membres de l'UDF se lèvent et applaudissent ; exclamations sur les bancs du groupe UMP).
(source http://www.udf.org, le 4 mars 2004)