Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, sur le projet politique, la stratégie et les valeurs défendues par l'UMP, Lyon le 23 février 2006.

Intervenant(s) :

  • Nicolas Sarkozy - Ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP

Circonstance : Réunion publique de l'UMP à Lyon le 23 février 2006

Prononcé le

Texte intégral

Mes chers amis,
Je vais vous parler franchement, parce que dans l'aventure qui est la nôtre, une aventure collective, il n'y a pas de place pour la petitesse des sentiments.
Quand on s'engage, c'est totalement. La politique n'est pas quelque chose que l'on vit à moitié. Les convictions ne sont pas des choses que l'on porte les jours impairs pour les oublier les jours pairs.
Quand on a décidé de mener un combat, on y pense à chaque minute de sa vie et parce que l'on y pense, parce que l'on y met le prix et qu'on lui donne tout ce que l'on a le mieux, et alors, peut-être, a-t-on une chance d'être compris et entendu par les Français.
Lorsque vous m'avez confié la responsabilité de diriger notre mouvement, pour que les choses soient très claires et simples, ce n'est pas parce que notre mouvement était dans une situation telle que c'était gagné d'avance.
Beaucoup de questions se posaient et la première d'entre elles : est-ce que les Français sont encore intéressés par la politique ?
Mon premier diagnostic est de dire que la France ne souffre pas de trop de politique mais de pas assez de politique, c'est-à-dire d'un manque de courage de responsables politiques qui ne cessent de s'excuser d'avoir des convictions et de les oublier une fois aux responsabilités dans un gouvernement.
À force de tous dire la même chose, nous avons fini par décourager une part, chaque jour grandissante, de nos concitoyens, qui se sont dit : à quoi sert-il de se déplacer, puisqu'ils disent la même chose, pensent la même chose et, surtout, parce qu'ils se sont tous mis d'accord pour faire le moins possible après que nous leur avons confié les responsabilités du gouvernement ?
Regardons-nous bien en face, je ne le dis pas pour critiquer qui que ce soit, car il va de soi que, dans ce constat, je me mets pleinement.
La première des fautes de la droite est de n'avoir cessée de s'excuser, depuis trente ans, de ne pas être la gauche. Mais, il y en a une seconde, nous avons oublié, pendant tant d'années, de dire qui nous étions et ce que nous voulions.
Je me souviens de tant de ces congrès du mouvement gaulliste, auquel j'ai appartenu depuis mon plus jeune âge, où nous étions très diserts pour dire ce que nous n'étions pas où que nous n'étions plus. Nous l'étions beaucoup moins pour dire ce que nous étions.
J'en ai vu qui se disaient ni de droite, ni de gauche, ni du centre. À force d'être nulle part, on s'est trouvés dans des sphères de l'intelligence si hautes que l'oxygène est si rare et les électeurs si peu nombreux ?
Tant de fois, j'ai vu des électeurs nous dire, à nous tous : ce ne sont pas les autres qui nous séduisent, c'est vous qui nous désespérez, à force d'un comportement que nous ne comprenons plus, parce que vous avez une vision de la France qui ne correspond pas à ce qu'elle est.
À partir de ce seul constat, j'ai proposé à l'UMP que nous refassions de la politique. Parce qu'y a-t-il de plus noble que la politique ?
Celle qui consiste à défendre ses idées, à fixer une ligne, fut-elle minoritaire, à se battre sur cette ligne pour qu'elle devienne
majoritaire, à convaincre ses amis puis le pays et à être jugé sur ses résultats.
J'ai tant vu et entendu des personnes se demander où nous voulions aller et poser la question. Aujourd'hui, la situation est simple : un Français sur deux ne vote plus et trois tsunamis politiques : Le Pen au second tour de la présidentielle, rien que cela ; 55 % des Français qui disent non à l'Europe, rien que cela ; et en 2004, 20 régions sur 22 perdues par la droite, rien que cela !
Tout cela nous commande de changer en profondeur notre façon de faire de la politique, de vivre de la politique, de parler de politique et de porter nos convictions politiques.
Si nous avions tout gagné, alors je vous dirais de continuer, comme avant. Alors, face à cette interrogation, je ne sais pas, bien sûr, si j'ai la vérité, mais j'essaie au moins de faire de l'UMP une grande force politique populaire.
Alors, cela passe par quoi ?
Voilà que j'avais préparé un discours, et bien je vais le mettre de côté parce que lorsque l'on est avec tant d'amis, je salue notamment ceux qui sont dans les deux autres salles pleines, on se doit de parler avec le c?ur et pas avec un texte.
Je vais donc vous parler très librement parce qu'après tout, déjà en 2005 j'avais envie de dire ce que je pense, cela s'est aggravé en 2006 et les Français attendent de nous de l'authenticité et un devoir de
vérité.
Premièrement, je voudrais avoir ici, à Lyon et dans cette région, une réflexion sur l'unité et la division, parce que j'ai entendu beaucoup de bêtises proférées en leur nom.
Bien sûr, je veux l'unité et le rassemblement, mais pas au nom du silence dans les rangs. Trop de fois, j'ai vu dans nos formations politiques le silence s'imposer comme un a priori.
L'unité basée sur le silence, l'absence de débat et la seule discipline, cette unité factice, je n'en veux pas. Je préfère une
formation politique qui débat, qui échange, où tout le monde n'est pas d'accord parce que cela correspond à la diversité de la France, plutôt qu'une formation politique qui meurt d'ennui parce que l'on n'a pas le droit d'y débattre et parce que l'on a posé comme un postulat que les sujets importants étaient tabous. Il n'y a pas de sujets tabous à l'UMP sous ma présidence.
J'ai vu de fameux débats où nous n'avons pas osé assumer nos différences. Par exemple, nous avons eu un débat en 2002 sur le rythme du changement. J'étais de ceux qui pensaient, et ce n'est pas pour autant que j'ai raison, que les changements doivent se faire tous en même temps, au début d'une législature et non à la fin, parce que ce que nous ne faisons pas au début nous ne le ferons pas à la fin. Ce débat, nous ne l'avons pas mené jusqu'à son terme et nous en avons payé
les conséquences.
Nous avons eu des débats sur la politique de l'immigration et, je le dis comme je le pense, c'est parce que les partis républicains n'ont pas eu le courage de parler de ces questions sensibles et importantes que les extrémismes de tous bords et de tous poils se sont saisis de sujets que nous n'avions pas eu le courage d'assumer devant l'opinion publique. Voilà la réalité des choses.
La France, elle-même, n'a pas fini de payer le débat tronqué du second tour de 2002, où la présence de Jean-Marie Le Pen a empêché la France de trancher les questions du montant des dépenses publiques, du nombre de fonctionnaires, de la réforme de l'éducation nationale, de réforme des cotisations sociales et de la question du droit du travail. Nous n'avons pas pu mener ces débats et les faire trancher par les Français parce que Le Pen présent au second tour n'a pas permis de faire ce
débat démocratique, en profondeur, dont le pays avait besoin.
Ce débat est d'autant plus nécessaire que nous avons affaire à la gauche la plus archaïque d'Europe. Voilà des gens extraordinaires !
Le congrès du Mans : trois jours pour sortir deux idées, au moins une journée inutile ! Les deux idées : renationalisation d'EDF et SMIC à 1500 euros, s'il faut deux jours pour proposer cela, je leur propose deux matinées, cela devrait suffire !
Ce qui veut dire que nous ne pourrons pas avoir de débat démocratique avec la gauche française parce que, malheureusement, elle n'est pas tournée vers la modernité et vers le vaste monde. Cela nous met dans une responsabilité d'autant plus grande, et je m'adresse notamment aux parlementaires qui sont présents, puisque le débat démocratique ne peut pas avoir lieu en profondeur avec l'opposition républicaine, il faut qu'il ait lieu à l'intérieur de nos formations politiques. C'est une évidente nécessité.
Je voudrais prendre un exemple, peut-être l'un des plus sensibles : l'Europe. J'étais de ceux qui pensent que l'Europe est faite pour protéger et je suis malheureux de voir que cette Europe est aujourd'hui source d'inquiétude pour les Français.
Pourquoi cette source d'inquiétude ? Parce que nous n'avons pas posé une question essentielle : l'Europe est-elle une idée ou doit-elle avoir une frontière ?
Je pense qu'il n'y a pas d'Europe sans frontières et que tous les pays n'ont pas vocation à l'intégrer, ce que pose clairement le problème de la Turquie. Non pas parce que la Turquie serait un pays musulman, ou ne serait pas un très grand pays.
À partir du moment où elle n'a plus de limites, l'Europe à 25 a déjà tellement de difficulté à fonctionner, je ne veux pas que l'on vienne me dire que les autres ont besoin de l'Europe car, si à force de faire entrer les autres nous détruisons l'idée européenne, nous n'aurons rien apporté à la stabilité du monde.
Ce débat, nous l'avons eu entre nous. J'ai dit qu'il n'était pas anormal qu'il y ait des désaccords sur cette question et qu'il ne
fallait pas les dramatiser. Les désaccords n'étaient d'ailleurs pas à un niveau médiocre de la République. J'ai voulu vous donner la parole, le mouvement politique a voté et vous avez décidé que la place de la Turquie était celle de partenaire privilégié de l'Europe et non pas à l'intérieur de l'Europe. C'est cette ligne politique qui a triomphé dans notre formation, le débat a eu lieu, il n'y a pas eu de drame et je parle sous le contrôle de Bernard Accoyer. Ceci parce que nous avons laissé chacun s'exprimer. Il n'y a pas eu de division entre nous.
Je veux aujourd'hui poser la question : si nous, UMP, n'avions pas pris cette position, alors à quel niveau aurait été le non au moment du referendum ? Et il aurait été trop tard pour verser des larmes de crocodiles sur la montée du non dans notre pays alors même que l'on avait cherché à affoler un certain nombre de nos compatriotes avec une ouverture européenne sans limites ni frontières.
Ce débat-là, en d'autres temps, on se serait posé la question de l'avoir ou de ne pas l'avoir. Tout le monde en aurait parlé, sauf nous.
J'ai voulu que nous en parlions parce que je crois qu'un débat que l'on mène, que l'on assume et que l'on fait trancher par une majorité et une minorité est un débat qui ne divise pas mais qui grandit et élargit la formation politique qui a eu le courage de l'avoir. Voilà ce que je souhaite pour la formation politique qui est la nôtre.
Je voudrais prendre un autre exemple encore plus sensible : les élections présidentielles. J'en reçois des conseils, de ceux qui me disent de ne pas en parler, de ne pas y penser et de faire comme si cela n'intéresse pas? Mes chers amis, je n'ai pas cette conception du Français. Les Français savent que j'y pense, donc j'y pense !
Dans un peu plus de 13 mois, il y aura un rendez-vous présidentiel et législatif. Toutes les familles en parlent, ne trouvez-vous pas curieux que le seul endroit où l'on n'en parlât pas soit la formation politique majoritaire dans notre pays ? Si nous ne parlons pas de politique, si nous ne réfléchissons pas à la politique, si nous ne préparons pas les échéances politiques alors qui les préparera, qui y réfléchira et qui en parlera ?
Là encore, quel est le problème si nous en parlons ? Qu'il y ait plusieurs ambitions dans notre formation est une bonne nouvelle. Je veux porter la franchise comme valeur politique cardinale. Je ne peux pas dire aux Français que la concurrence est bonne pour eux et pas pour moi !
Je suis président d'une formation non pas pour en exterminer les talents mais, au contraire, pour les faire grandir, les attirer parce que l'on ne réussit pas seul, parce que l'on a besoin de tous. Mon rôle de président de l'UMP n'est pas d'en faire une secte, un clan, une petite chapelle, mais d'en faire la grande formation politique de la droite et du centre où tous les talents pourront s'épanouir, se révéler, s'exprimer.
Au bout du compte, vous me jugerez, non pas sur ma capacité à tuer les autres, comme tant de fois j'ai vu faire dans la politique, mais, au contraire, à susciter de nouvelles équipes, à trouver des partenariats avec des femmes et des hommes dont pourtant je partage un certain nombre de désaccords.
Il n'est pas de chef qui ait peur d'avoir des talents à ses côtés.
C'est parce que nous aurons des talents nombreux dans notre famille que nous pourrons assurer la victoire de nos idées.
La multiplicité des talents dans une formation politique est moins un problème que l'unicité? Franchement, nous n'aurons jamais assez de talents, j'en vois tellement qui n'en n'ont pas assez?
De ce point de vue, j'ai voulu fixer une règle, une procédure et une date, ce sera janvier 2007. Chacun d'entre vous aura la chance de pourvoir désigner celui ou celle qui nous conduira au combat présidentiel. Cela s'appelle respecter les adhérents d'un grand mouvement politique populaire.
À partir de ce moment-là, il n'y a pas et il n'y aura jamais de candidat obligé. Je le dis parce que c'est l'honnêteté qui m'amène à le dire, ce n'est parce que vous avez voté pour moi comme président de notre mouvement, que, le moment venu, quiconque parmi vous sera obligé de le faire si jamais j'ai été candidat. Celui ou celle qui nous conduira au combat présidentiel devra le mériter par son énergie, son talent, sa capacité à poser, incarner et faire triompher une
alternative.
Quand le moment sera venu, chacun d'entre vous, qui avez fait le geste d'adhérer à une formation politique, pourra dire -en manifestant par un vote la désignation de celui ou celle qui vous conduira- : au moins, à l'UMP, ils m'ont respecté. Ils m'avaient promis de me demander mon opinion, ils l'ont fait, parole tenue.
Voilà un grand changement dans la vie politique française !
À Lyon, et dans cette région, disons les choses comme elles sont, ce n'est pas la gauche qui a gagné, mais la droite qui a perdu, minée par ses divisions, ses haines, ses coups bas et ses détestations.
Il ne s'agit pas de savoir la faute à qui ou la faute à quoi, il s'agit de se tourner vers l'avenir, mais sans naïveté, en se rappelant ce qui s'est passé.
Ma fierté de ce soir, c'est bien sûr le nombre, l'enthousiasme, mais j'ai aussi une autre fierté. Ici, je n'ai pas partagé les combats de tout le monde, mais je suis fier de voir la droite et le centre lyonnais réunis dans son intégralité. Avec des personnalités comme Michel Noir, Henri Chabert ou Dominique Perben pour nous conduire, avec des amis de Charles Millon, du RPR, de DL, du centre, avec des hommes et des femmes dont il me plaît de dire que si vous vous êtes opposés dans le passé, il n'y aura pas de succès si vous ne savez pas vous additionner dans l'avenir. Vos divisions n'ont conduit qu'à une seule chose : la victoire de messieurs Collomb et Queyranne.
Voilà la réalité des choses : Soit nous gagnerons ensemble, soit nous perdrons ensemble.
Je ne demande à personne de renier ses convictions et ses amitiés. Je ne demande à personne de faire semblant de s'aimer.
Je dis simplement que, dans une famille politique comme la nôtre, on peut avoir des préférences, on n'a pas le droit d'avoir des adversaires.
Dans une famille comme la nôtre, chacun ayant le droit de donner son opinion, une fois que la majorité s'est prononcée, on se rassemble sur la ligne majoritaire.
Dans une famille comme la nôtre, à partir du moment où, à Lyon, il y a désormais Dominique Perben pour incarner notre combat, nous sommes tous derrière Dominique ! Voilà la martingale gagnante.
Il n'y a pas d'humiliation ni de gagnant, il y a une équipe et une famille. Ce que l'on va faire à Lyon et dans cette région, on le fera dans la France entière. La France est multiple, elle est diverse et la seule façon de rassembler cette France, c'est de savoir nous-mêmes gérer cette diversité et de la porter.
Je voudrais dire un mot de notre identité politique, sujet qui me passionne même s'il est déraisonnable d'ailleurs. J'ai eu ce débat avec un certain nombre de responsables de notre mouvement et beaucoup parmi vous ont pensé que les projets politiques n'intéressaient personne. Je ne suis pas de cet avis, les idées politiques passionnent les Français.
Les projets politiques, c'est l'honnêteté politique. Si l'on n'a pas d'idées, pas de convictions et pas de projet alors il faut faire autre chose que de la politique. Un parti politique sans projet est une coquille vide, un cartel électoral pour satisfaire des ambitions momentanées qui ne sont pas à la hauteur des défis du pays.
J'ai voulu que nous repensions l'idéologie, le programme ?

(Coupure de cassette)

Je n'ai pas compris pourquoi il serait élégant d'être de gauche et dégradant d'être de droite. Là, il faut vraiment se donner du mal pour me l'expliquer. Il est vrai que j'ai une particularité : même jeune, je n'ai jamais été de gauche. Le complexe gauchiste ne m'a jamais tenté.
Je n'ai pas l'intention de m'excuser de défendre des idées qui, nulle part dans le monde, à aucune époque de l'histoire l'humanité, n'ont provoqué de dictatures, de drames ou de persécutions. Aucune autre famille politique que nous ne peut le dire !
Je n'ai pas plus l'intention de recevoir de leçons du Parti communiste français ou des socialistes en la matière. Les idées que nous défendons sont des idées au nom desquelles jamais on a torturé et bafoué la liberté dans le monde. J'aimerais que l'on réfléchisse parfois à cela.
Tant de fois, j'ai vu un certain nombre de nos portes paroles s'excuser d'être ce qu'ils étaient, s'excusant de perdre un combat que, de toutes manières, ils avaient décidé de ne pas engager.
Je veux dire avec la même force qu'ayant participé à décomplexer la droite française, je ne serai pas celui qui la caricaturerait.
Je veux que les choses soient claires entre nous et j'ai besoin d'un codicille : Vous êtes libres de ne pas avoir mes idées, mais je suis moi-même libre d'être libre par rapport aux vôtres. Je ne suis pas un président de formation politique dont on doit attendre qu'il se mette sur le plus petit dénominateur commun pour ne dire que des choses tellement consensuelles que personne ne les retient.
Ce n'est pas moi qui fixe seul la ligne politique de notre mouvement, mais je veux la liberté de prendre des initiatives pour élargir notre mouvement parce que je ne veux pas que le mouvement que je préside soit simplement celui des chefs d'entreprises, des agriculteurs, des commerçants, des artisans et des professions libérales. Si nous ne sommes que cela, nous perdrons les élections. Nous ne pouvons pas gagner si une majorité ne nous a pas rejoint.
Tant de fois, j'ai vu les fonctionnaires de l'Education nationale se tourner vers la gauche, non pas parce ses idées étaient séduisantes, souvenez-vous Allègre, mais tout simplement parce que nous, droite républicaine française, n'avions pas, dans notre projet politique, fait une place pour ces millions d'hommes et de femmes, proches de nous, et qui ne comprenaient pas que nous les écartions de notre projet politique.
Je crois profondément en la famille et j'ai une idée sur elle, comme vous. Mais je ne veux pas que nous soyons fermés aux évolutions de notre société pour écarter de nous les plus jeunes, ceux qui connaissent des difficultés et ceux qui aspirent à d'autres modèles d'organisation.
Je ne veux pas faire à la gauche le cadeau de la modernité et de l'ouverture, alors que nous-mêmes, porteurs de l'idée de liberté, devons comprendre que tout le monde ne veut pas vivre dans les mêmes conditions, au même rythme et au même moment. Je veux une droite ouverte et pas fermée !
Parce que je crois que le mariage doit être réservé aux couples hétérosexuels, parce qu'une famille, c'est un homme et une femme, alors je veux que le statut fiscal du PACS ne soit pas vécu comme une injustice pour ceux dont la sexualité est une identité beaucoup plus qu'un choix. Cela s'appelle respecter des minorités parce qu'elles sont parfaitement respectables et doivent pouvoir se voir garantir et reconnaître le même droit que les autres.
Trop souvent nous avons fait preuve de conformisme intellectuel. Nous n'avons pas été assez vigoureux pour défendre nos idées traditionnelles et nous n'avons pas assez réfléchi aux idées d'aujourd'hui. Car, enfin, qui peut croire que c'est avec les idées d'il y a cinquante ans que nous allons diriger la France des trente ans qui viennent ?
Les principales propositions du projet législatif que je présenterai, vous les voterez. Parmi elles, je souhaite qu'il y en ait qui soient marquantes.
Je veux par exemple poser la question des acquis sociaux. Acquis social, le mot est prononcé et déjà on sent la tension dans la salle ?
va-t-il oser ?
Je connais la pensée unique, celle qui consiste à dire le mot social à toutes les phrases pour mieux l'oublier dans toutes les idées. Je connais ces discours qui scandent cohésion sociale, fracture sociale, promotion sociale, politique sociale et qui, à l'arrivée, n'ont fait que décrire une virtualité en oubliant une réalité.
Je souhaite que l'UMP soit la formation politique qui lutte contre les injustices, en ayant choisi le mouvement. Mais je veux que nous ayons un débat sur ce qu'est un acquis social et ce qui n'en est pas.
Par exemple, est un acquis social le fait de pouvoir être indemnisé lorsque l'on se retrouve au chômage, mais n'est pas un acquis social de bénéficier d'un minimum social et de ne pas être obligé, en contrepartie, d'exercer une activité afin de rendre à la collectivité une partie de la solidarité qui vous a été manifestée. Ce n'est pas un acquis social mais une lâcheté politique de ne pas exiger en contrepartie du minimum social une activité pour chacun.
C'est un acquis social de faire rembourser ses dépenses de médicaments et de santé. Ce n'est pas un acquis social mais une lâcheté de ne pas obliger, dans un pays qui compte des millions de chômeurs et 500 000 offres d'emplois non satisfaites, de permettre à un chômeur indemnisé de refuser indéfiniment une offre d'emploi qu'on lui propose.
Le service public à la française est un acquis social et une fierté, mais c'est une lâcheté de ne pas imposer un service minimum lorsque le monopole prend ses usagers en otage.
Ainsi, nous choisirons ensemble un certain nombre de sujets.
J'ai osé demander que l'on réfléchisse aux ZEP. Voilà encore un mot, zone d'éducation prioritaire, et chacun de considérer que c'est un succès. Jamais l'école n'a été aussi inégalitaire, jamais il n'y a eu si peu d'enfants d'ouvriers accédant aux formations longues, jamais la promotion sociale n'a si peu fonctionné. Pourtant, qui remet les ZEP en cause ? Cela fait 26 ans qu'elles existent. 2 enfants de moins par classe, 22 au lieu de 24.
Dire que c'est un échec, ce n'est en rien reprocher aux enseignants, merveilleux de dévouement, c'est simplement remettre en cause un système absurde. Les ZEP consistent à dire que 20 % de nos enfants doivent être aidés, alors qu'à l'intérieur des ZEP, des enfants sont en réussite scolaire et, surtout, cela présuppose l'idée que les autres 80 % n'ont pas besoin d'être soutenus, alors qu'il existe de l'échec scolaire, y compris dans des milieux sociaux favorisés. L'échec scolaire peut toucher toutes les familles et pas seulement celles qui sont défavorisées.
La politique sociale, de mon point de vue, ne doit pas être réservée aux seuls exclus de la société. Il est des classes moyennes, celles qui sont toujours trop riches pour être pauvres et trop pauvres pour être riches, celles qui sont toujours trop aisées pour bénéficier des subventions et pas assez pour éviter les augmentations. On peut avoir un emploi, une famille, un logement, une voiture, avoir du mal à joindre les deux bouts à la fin du mois et se poser la question de la promotion sociale et de l'avenir de ses enfants.
Quelle politique sociale avons-nous à proposer aux familles et aux classes moyennes de notre pays ?
Qu'il me soit permis de prendre un exemple d'une droite fascinée par les idées de la gauche.
Concernant le logement, voilà un fameux débat. Il semble que le but de la vie soit d'habiter en HLM et que la seule politique possible soit de couvrir la France de HLM. En région parisienne, 12 millions d'habitants, échec de l'urbanisme à l'Est, voilà que le réflexe consiste à dire : ce qui n'a pas marché à l'Est, on va également ne pas le faire marcher à l'Ouest. Ce qui a été une erreur dans les années 60 à l'Est, on va en faire une erreur dans les années 2000 à l'Ouest.
Comme si le rêve de nos enfants était d'avoir un jour un HLM ? Non, le rêve de nos enfants est de pouvoir accéder à la propriété privée parce que nous sommes dans un pays où les banques ne prêtent qu'à ceux qui n'en ont pas besoin. Pourquoi veut-on rester en HLM ?
Parce que l'on attend des années avant d'avoir un appartement, puis, quand on l'a, on sait que l'on ne peut pas en sortir parce qu'on ne vous prêtera pas l'argent pour acheter l'appartement qui vous permettrait d'assurer la promotion sociale de votre famille.
Plutôt que de suivre l'exemple de la gauche, il faut de la mobilité à l'intérieur des HLM, qu'ils soient réservés à ceux qui en ont besoin et que l'on puisse, comme dans les pays anglo-saxons, être propriétaire de son logement. Je me souviens quand j'étais jeune, je me disais : si un jour je suis propriétaire du studio dans lequel j'habite, rien ne pourra m'arriver.
Le rêve de l'accession sociale à la propriété, voilà un engagement politique qui doit être le nôtre.
Je voudrais aller plus loin en posant la question des droits de succession. Voilà une question sur laquelle ont été dites bien des bêtises.
Il va maintenant falloir s'excuser que ses parents et grands-parents n'aient jamais été au RMI, même pas une petite période de chômage !
Quand on a la chance d'avoir eu des parents qui ont travaillé toute leur vie, il faudrait encore que l'on s'excuse qu'ils veuillent donner le fruit de leur travail à leurs enfants ou petits-enfants ?
Mais quel est le sens de la vie ? Ce n'est pas de travailler pour soi mais pour ses enfants, pour que ceux-ci aient une vie moins dure que la vôtre, qu'ils puissent commencer un peu plus haut que vous n'avez vous -mêmes commencé. Quelle est la fierté d'un père ou d'une mère ? C'est de se dire quand on est devenu un peu plus âgé : je te donne ce que j'ai construit, je te le donne, c'est le fruit de mon travail.
Alors, quand on a travaillé et payé des impôts toute sa vie, on devrait pouvoir donner à ses enfants le fruit de sa vie de travail en franchise d'impôts sur les successions, pour les petites et moyennes successions.
Vient l'argument de l'égalité des chances et de la redistribution des revenus. Absurde. L'égalité des chances, ce n'est pas interdire aux enfants de parents qui ont toujours travaillé de profiter de leur travail, mais c'est donner autant de chance au fils et à la fille d'une famille dont les parents n'ont rien à laisser, qu'au fils et à la fille d'une famille dont les parents ont quelque chose à laisser.
Je ne le dis pas pour des raisons de compétition fiscale, mais parce que je crois à la famille. Qu'est-ce que croire en la famille, si au moment où celle-ci donne aux enfants le produit d'une vie de travail, l'Etat se sert à nouveau alors que les impôts ont été payés tout au long de la vie ?
Ce n'est pas la récompense du travail.
Je souhaite que nous puissions réfléchir sur nos valeurs. Quelles sont -elles ?
Le travail n'est pas un gros mot, c'est une valeur d'émancipation et c'est le chômage qui est une valeur d'aliénation. Le travail est ce qui vous a permis, aux uns et aux autres, d'être ce que vous êtes devenus.
Le travail permet la libération de la personne, de l'individu et de la société. Le travail n'est pas un crime, un défaut. Il n'y a pas la vie d'un côté et le travail de l'autre.
Est-ce agréable de vivre lorsque l'on est au chômage ? lorsque son travail est un calvaire parce qu'il ne vous intéresse pas ?
Il n'y a aucune opposition entre la vie professionnelle et la vie familiale. Le travail est un droit parce que je considère que l'on ne peut faire vivre sa famille debout que du produit des revenus de son travail et non pas des revenus de l'assistance.
Si l'on croit à ces idées, on accepte l'idée que lorsqu'on travaille davantage que les autres, il est normal de gagner davantage que les autres.
L'égalité républicaine, ayons le courage de porter cette idée, ne consiste pas à donner le même diplôme à chacun, mais à donner le diplôme à celui qui travaille et à ne pas le donner à celui qui ne travaille pas. Parce que donner le même diplôme à tout le monde, c'est être injuste à l'endroit de celui qui a travaillé et c'est être permissif à l'endroit de celui qui n'a rien fait. Voilà des valeurs qui ne sont pas nôtres.
On a encore l'impression que les idées socialistes ont fait florès, que par moments les seules choses qu'on nous propose c'est d'arriver tous en retard plutôt que quelques-uns arrivent à l'heure.
L'égalité républicaine, c'est de donner à celui qui prend davantage de risques, celui qui travaille plus, un peu plus.
Bien sûr, il existe un problème de pouvoir d'achat dans notre pays. Ce problème est gigantesque et je pense d'abord aux fonctionnaires parce qu'il y a de petits salaires pour de grosses responsabilités et un gros travail. Je ne connais qu'une façon d'augmenter le pouvoir d'achat : laisser à ceux qui veulent travailler davantage le pouvoir de le faire, pour gagner plus, voilà la seule leçon possible. D'ailleurs, je ne vois pas pourquoi nous ne ferions pas pour les salariés du public ce que nous avons fait pour ceux du privé.
C'est l'occasion pour moi de m'expliquer sur les 35 heures. Je comprends parfaitement que nombre de Français aient envie de ne travailler que 35 heures, personne ne le leur reproche. Mais c'est tout de même une idée originale que d'avoir voulu absolument empêcher ceux qui veulent travailler plus pour gagner davantage de pouvoir le faire.
Que ceux qui veulent être aux 35 heures y restent, mais que ceux qui veulent travailler davantage ne soient pas découragés de le faire. Il est des hommes et des femmes qui veulent davantage gagner d'argent pour avoir une meilleure école pour leurs enfants, un plus grand appartement et un train de vie qui corresponde mieux à leurs aspirations.
Ces idées-là, c'est nous qui allons devoir les porter et les défendre.
Hier, avec Dominique, nous défendions la politique scolaire. Je ne partage pas la vision, de tant de gens, d'un ministère de l'Education nationale « inréformable ». Il ne l'est que pour ceux qui ont décidé de ne pas le réformer. Il faudra dire au moment de l'élection présidentielle ce que nous voulons faire et il faudra le faire, non pas en reprochant aux enseignants mais en les aimant et en posant un certain nombre de questions.
J'ai également fait débat avec la carte scolaire, je veux m'en expliquer devant vous. La carte scolaire, aujourd'hui, ne s'applique qu'à ceux qui n'ont pas les relations pour en sortir. C'est devenu un élément structurant de l'inégalité sociale. Elle n'est appliquée que pour celui qui ne connaît personne et créé la ségrégation sociale.
Je souhaite que l'on donne de l'autonomie à chaque enseignant et à chaque établissement. À quoi sert-il de dire que l'on aime les enseignants, qu'on les respecte et leur imposer à tous la même méthode d'enseignement ? Je souhaite que, dans notre pays, les enseignants soient évalués non pas sur leur méthode et leur capacité à l'appliquer, mais sur les résultats qu'ils obtiennent.
Qui ne connaît cette institutrice admirable, ce professeur dont on se souvient vingt ou trente ans après qui, à force d'expérience, a adapté sa propre méthode, ses propres trucs parce qu'il aime ses élèves et que l'expérience lui a fait obtenir cette connaissance. Va-t-on l'empêcher d'enseigner sous prétexte que la circulaire n°2496 dit qu'il faut enseigner comme ceci plutôt que comme cela ? Je suis pour la valorisation de l'expérience, pour la valorisation du mérite, pour faire confiance aux enseignants dans notre pays et non pas leur dicter leur conduite.
L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur la Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de la Princesse de Clèves? Imaginez un peu le spectacle.
Nous, élus, savons que les concours sont devenus très difficiles pour un homme ou une femme de quarante ans, qui veut progresser, qui a une famille, qui élève ses enfants, qui a un boulot et qui, en plus, le soir venu et le week-end doit préparer un concours.
Nous ne sortons pas, en France, du système scolaire fondé sur le bachotage qui fait que l'on joue sa vie entre 18 et 22 ans, où, si l'on ne réussit pas les grands concours, on est bloqué dans sa promotion parce que l'on ne reconnaît que les grands concours et que l'on ne valorise pas l'expérience.
Cela je n'en veux plus, ce n'est pas la France généreuse à l'endroit de tout le monde.
Je demande également que le tiers des places dans la fonction publique soit valorisé par l'expérience et par le mérite pour un certain nombre de fonctionnaires qui ont travaillé toute leur vie et qui méritent de passer au grade supérieur sans qu'on leur impose l'humiliation de concours universitaires, qu'ils sont incapables s'assumer parce qu'ils se dévouent trop longtemps à leur travail.
Finalement, ceux qui réussissent sont ceux qui sont toujours en formation et jamais aux guichets de l'administration. Je souhaite que cela change aussi.
Je le dis d'ailleurs à la fonction publique, ce fameux statut? Silence ! nous parlons du statut de la fonction publique ! Vous avez prononcé le mot et déjà vous imaginez des millions de gens dans la rue.
Ceci est l'imagination d'une vieille France, de la France d'avant, moi je vous parle de la France d'après, celle qui comprendra que l'on ne peut pas rester immobile.
Ce statut de la fonction publique qui prétend protéger tout le monde finit par une chose : pénaliser chacun. Dans chaque administration, et j'ai eu la chance au cours de ma carrière politique de diriger parmi les deux plus grandes d'entre elles, celles des finances et de l'intérieur, je rencontre des fonctionnaires admirables de dévouement qui me disent : moi, j'aime mon métier, j'en fais plus que les autres parce que cela me passionne, mais j'ai l'impression que tout le monde
s'en moque.
À quoi cela sert-il de se donner du mal, d'être la secrétaire toujours prête à rester quand il y a un problème, lorsqu'il y a une catastrophe et qu'il faut venir le dimanche pour en réparer les dégâts, puisque, de toute manière, personne ne vous en remerciera et qu'à la fin de votre carrière on ne sera pas payé plus en ayant fait davantage qu'en en ayant fait moins ?
C'est ce système déresponsabilisant que je ne veux plus dans la France d'aujourd'hui. C'est cela la France d'après.
Je me tourne vers l'ancien Garde des Sceaux. Quand il y a eu l'assassinat de madame Crémel, une jeune femme de 42 ans laissant une petite fille de 11 ans, assassinée par un sinistre tueur qui avait déjà tué une femme, j'ai assisté à son  enterrement, sa fille était à mes côtés. Les yeux pleins de larmes, elle m'a dit : monsieur Sarkozy, pourquoi a-t-on libéré cet homme ? Je n'ai pu lui répondre.
Quand je suis sorti, j'ai dit et j'assume mes propos : le juge qui a libéré sans réfléchir doit expliquer pourquoi il l'a fait et rendre compte de sa responsabilité. Que n'ai-je alors entendu, à moi tout seul, je semblais mettre en cause l'indépendance de la justice !
Je crois en l'indépendance de la justice, mais je crois aussi qu'il n'est pas de pouvoir sans responsabilité. La contrepartie du pouvoir, c'est la responsabilité de ce pouvoir. Quand on exerce ce pouvoir, on en est responsable.
Quelques mois après, il y a eu Outreau. Je n'ai pas compris que la justice, dans son ensemble, s'excuse parce je ne crois pas à la responsabilité collective, je lui préfère la responsabilité individuelle. C'est trop facile de dire que tout le monde est
responsable parce qu'alors personne n'est coupable. Je me demande ce que viennent faire les 5800 magistrats remarquables qui ne se sont pas occupés de cette affaire ? Ceux qui doivent répondre de leur responsabilité sont ceux qui se sont occupés de l'affaire Outreau.
On m'a dit que les victimes seraient indemnisées. Comme si l'on pouvait indemniser quelqu'un qui a passé trois années en prison pour rien. Mais surtout qui va les indemniser ? C'est nous.
Je demande que l'action récursoire soit systématiquement engagée, c'est-à-dire que le magistrat au nom duquel l'Etat se trouverait condamné pour une faute professionnelle, devrait être appelé à payer sur ces deniers personnels une partie de la condamnation de l'Etat, cela s'appelle la responsabilité individuelle.
Quand un panneau de basket s'effondre dans la cour d'une école, c'est le maire qui est traîné devant la correctionnelle et personne ne trouve cela anormal. Je ne crois pas pourtant que tous les maires vissent eux -mêmes les panneaux de basket? Quand dans un journal un article dépasse les règles de la liberté, c'est le directeur de la publication qui est condamné même si ce n'est pas lui qui a signé l'article. Quand un médecin commet une erreur, non volontaire, c'est lui qui se trouve condamné, au sens où l'assurance prévoit une franchise qui le responsabilise.
Il n'y a pas deux systèmes de responsabilité en France, mais un seul : celui qui a le pouvoir est responsable. Celui qui est responsable doit assumer ses responsabilités.
Les chantiers sont immenses et je voudrais terminer par cela. Entre nous, qu'est-ce qui est en cause ? Deux choses.
D'une part, la maladie de la droite française qui croit utile de changer de formation politique à chaque fois que son leader change. Une pratique qui n'existe nulle part ailleurs dans le monde. Lorsque monsieur Kohl est parti, monsieur Schaeuble a pris sa suite et la CDU est restée la CDU. Lorsque monsieur Aznar est parti, le Parti populaire est resté Parti populaire et Mariano Rajoy le préside. Lorsque Margaret Thatcher est partie, John Major a pris la présidence et le Parti conservateur est resté le Parti conservateur.
Il faut que nos formations politiques de la droite et du centre républicains deviennent des partis adultes, c'est-à-dire qu'ils ne
lient pas leur destin à la seule qualité et au seul destin d'un seul homme, mais qu'ils portent des idées, des valeurs et soient
suffisamment majeurs pour penser à l'avenir et pas simplement au présent.
Ainsi, je veux installer durablement l'UMP dans le paysage politique français. Le Parti socialiste a connu François Mitterrand, connaît François Hollande même si ce n'est pas tout à fait la même chose ? mais reste le Parti socialiste. Nous devons apprendre à créer ainsi les structures d'une formation politique.
De plus, nous, nous devons accueillir tous les Français, dans leur immense diversité.
Je pense au monde de la culture trop souvent détourné de nous, non pas parce que la gauche les séduit mais qu'avons-nous à leur dire ? Quel est leur sentiment ?
J'ai proposé que le ministère de la Culture soit aussi le ministère de l'Education nationale pour que les arbitrages rendus ne le soient pas au détriment des enseignements artistiques et de la culture dans notre pays. Que veut dire être un grand pays de culture si l'on n'est pas capable de porter un message culturel auprès des artistes ? C'est à nous d'y réfléchir.
Nous avons eu André Malraux, Michel Guy, il est peut-être temps de penser une politique culturelle qui ne soit pas simplement celle du patrimoine même s'il a une importance considérable.
Je pense aussi au sport. Le ministère du Sport devrait être également celui de la Santé, parce que le sport, ce ne sont pas deux lignes à la fin d'un programme, ce sont des valeurs, une attitude, une éthique et un élément structurant de la vie d'un individu et pas simplement des jeunes.
Oui, mes chers amis, nous ne pouvons pas continuer à changer les intitulés des ministères au gré des gouvernements, changer de ministre ? en 4 ans, 4 ministres de l'Education nationale - et changer les ministères pour avoir même eu le ridicule quelque temps d'un ministère du Temps libre?
Un pays de 250 millions d'habitants, les Etats-Unis, compte 15 ministres et le ministre des Finances s'appelle le secrétaire d'Etat au Trésor qu'il s'agisse des Républicains ou des Démocrates ! Un pays comme l'Italie compte également 15 ministres, l'Espagne en a 16 avec le président du Conseil, l'Allemagne, avec ses 82 millions d'habitants, en
a moins de 20 ?
La question est clairement posée de savoir pourquoi change-t-on les intitulés des ministères ? Je souhaite d'ailleurs que les ministères ne soient pas organisés en fonction des administrations, mais en fonction des problèmes que nous avons à résoudre. Nous ne pouvons pas continuer ainsi.
À partir de ce moment-là, nous accueillerons chez nous tous les Français, de toutes origines et de toutes qualités.
Alors, Dominique, tu t'es lancé dans le combat de Lyon et tu sais combien je te soutiens. Je me suis moi-même lancé dans cette affaire extraordinaire de redonner des lettres de noblesse à la politique, de refaire aimer la politique, de refaire considérer la politique.
Tant de fois, des Français qui nous écoutent se disent : Mon Dieu, celui-là ce qu'il dit, y croit-il au moins ? Et ça, c'est dans le meilleur des cas? quand on comprend ce que l'on dit, parce que ce n'est pas toujours le cas? et d'ailleurs heureusement parce que parfois, il n'y a rien à comprendre !
Je voudrais que l'UMP soit la formation politique qui prenne des risques. L'autre jour, un de mes amis, qui m'aime beaucoup, m'a dit : Nicolas, fais attention à ton tempérament, c'est ton pire adversaire.
Je le lis également parfois sous la plume de ceux qui m'aiment moins.
Mais si mon tempérament était apaisé, quelle carrière aurait-je eue ?
Si moi-même j'étais un stratège, quel chemin aurais-je parcouru avec un si piètre tempérament et si peu de qualités de stratège ?
Je crois profondément que lorsque l'on rentre sur le central de Roland Garros, le jour de la finale, la meilleure façon d'arroser les bâches est de jouer petit bras. Je crois profondément que lorsque l'on a choisi un grand dessein, une grande ambition, une grande aventure, on n'a pas le droit de refuser de prendre des risques. Les risques font partie de la vie et si l'on ne veut pas en prendre, c'est que l'on ne veut pas vivre. Et si l'on ne veut pas vivre, ce n'est alors pas la peine de faire de la politique.
Si c'est pour gérer de petits avantages et de petites prébendes, organiser des petits arbitrages, avoir une petite aventure, une
médiocre destinée, faire en sorte de n'aller ni trop loin, ni pas assez, que cela ne soit ni trop froid, ni trop chaud, ne pas être aimé mais ne pas être détesté et ne gêner personne? Si c'est pour que l'on ne change rien, alors, il faut changer le président de l'UMP !
Si vous êtes satisfaits de ce qu'est la France d'aujourd'hui et si vous pensez que le vaste monde a tort, que nous, nous avons raison, et que nous devons continuer, alors, il faut changer le président de l'UMP.
Si vous pensez que la France est un souvenir, une mélancolie, une histoire, alors, nous ne sommes pas d'accord parce que pour moi la France a vocation à l'exemplarité.
Pour moi, la France est un pays à nul autre pareil. Par moments, j'ai l'impression qu'elle s'est un peu assoupie sur son histoire glorieuse et qu'elle a du mal à regarder l'avenir qui lui appartient.
Il me fait mal de voir l'Espagne être devenue en 25 ans un très grand d'Europe et me demander si la France en fait toujours partie? cela me fait mal de voir la Grande-Bretagne des années 70 qui était un pays qui ne comptait plus, devenir un grand pays du monde. Je me dis que la France doit finir de payer d'avoir eu deux septennats de François Mitterrand et cinq ans de Lionel Jospin. Voilà ce qui est en cause.
Voilà la problématique posée.
Alors oui, je vous le dis comme je le pense, si la politique consiste à dire que la fatalité existe, que l'on ne peut rien contre le chômage, contre la croissance molle, contre l'immigration, contre l'insécurité, il n'est pas la peine d'avoir consacré nos vies à la politique.
D'ailleurs, au point où j'en suis? il faut que je sois gentil.
Les socialistes ont été parfaitement cohérents sur un seul point : la sécurité. Ils n'avaient rien promis, ils n'ont rien tenu. Je veux leur rendre hommage, solennellement? Honnêtement, vous n'attendiez rien d'eux, ils ne vous ont pas déçus ! De ce point de vue, ils n'ont pas changé non plus.
Moi, je ne crois pas à la fatalité, je crois à la volonté.
Je crois qu'un pays comme le nôtre a tous les talents pour redresser la tête.
Je crois que la place de la France, c'est la première.
Je crois que l'exemplarité se mérite, non pas par son histoire mais par la capacité que l'on a à embrasser l'avenir.
Je crois que nos idées sont justes.
Je crois que nous sommes le parti du changement, du mouvement.
Je crois que le nouveau parti conservateur, c'est le Parti socialiste : je ne pense rien, je ne crois en rien, je ne dis rien !
Je veux que vous croyiez en tout, que vous disiez et pensiez sur tout.
Je veux que vous soyez des amoureux de la France.
Je veux que vous soyez amoureux du débat d'idées.
Je veux que chacun d'entre vous se dise, en nous rejoignant, qu'il va vivre une aventure passionnante.
Je veux que les élus et les militants se disent : 2007, avec une législative, une présidentielle et dans la foulée des municipales, une sénatoriale et des cantonales, c'est une chance d'aller à la rencontre des Français.
Je veux que ceux qui prennent des responsabilités se disent que c'est un honneur.
Je veux que ceux qui s'engagent aient la foi chevillée au corps.
Je veux que l'on aille à nos congrès avec la chair de poule et que l'on se dise qu'il va s'y passer quelque chose. Tant de foi, je me suis rendu à des réunions de mon propre mouvement en me disant : la barbe !
Il était écrit dans la presse 3 jours auparavant qu'il ne s'y passerait rien, on n'était pas déçus, il ne s'y passait vraiment rien.
Oui, mes chers amis, je veux retrouver l'ambiance qu'il y avait au sein de nos formations politiques, il y a quelques années, où l'on arrivait en se disant que nous allions entendre de grands discours et peu importe si en haut, ils ne s'aimaient pas tous, au moins, il y avait de grands débats et de vrais choix.
Finalement, le chemin que je vous propose est celui de la passion pour la France, la seule France qui compte, la France d'après !
Merci à tous.

Source http://www.u-m-p.org, le 7 mars 2006