Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, sur la campagne destinée à la préparation des entreprises au passage à l'euro et notamment sur la charte artisans-commerçants-services, Paris, le 16 février 2001.

Intervenant(s) :

  • Laurent Fabius - Ministre de l'économie, des finances et de l'industrie

Circonstance : Signature de la charte artisans-commerçants et présentation de la campagne Passage à l'euro destinée aux entreprises à Paris, le 16 février 2001

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Texte intégral

Après le 31 décembre 2001, dans un peu plus de dix mois, tous les paiements scripturaux se feront en euros, et seulement en euros. Dans un an et un jour exactement, après le 17 février de l'année prochaine, les paiements en espèces, qui auront démarré au 1er janvier en euros, se feront seulement en euros.
Où en est-on aujourd'hui de l'état de préparation de nos entreprises à ce grand changement ? Pour l'apprécier, je vais me référer au dernier baromètre sur la préparation des entreprises au passage à l'euro que le MINEFI a mis en place avec l'IFOP, qui sera en ligne sur le site Internet euro du ministère d'ici la fin de la matinée, puisque nous misons sur la transparence.
Les entreprises sont plus nombreuses qu'auparavant à avoir commencé à préparer leur passage à l'euro, notamment celles qui emploient entre 10 et 49 salariés, mais elles sont encore 42%, en moyenne parmi toutes celles ayant moins de 500 salariés, à déclarer ne pas avoir commencé leur préparation. C'est un chiffre encore insatisfaisant, même si c'est une moyenne, avec des situations différentes selon la taille des entreprises concernées : elles sont par exemple 20% à répondre ainsi négativement dans la catégorie des 10 à 49 salariés mais 46% dans celle des 1 à 9 salariés.
Ces pourcentages sont à éclairer par les réponses aux questions de l'Eurobaromètre de la Commission européenne, qui porte sur les seules entreprises de 1 à 250 salariés. On y apprend que si 39% des entreprises françaises déclarent avoir établi un plan pour leur passage à l'euro, elles sont 9% seulement à qualifier ce plan de plan détaillé, ce qui est un chiffre insuffisant pour permettre à chacun d'apprécier avec justesse d'une part l'ampleur de la tâche, qui varie selon la taille et le secteur d'activité et, d'autre part, la durée nécessaire à ce passage.
La conséquence en est une sous-évaluation du temps d'adaptation. Une enquête, publiée le mois dernier, réalisée auprès de plus de 80 entreprises artisanales déjà engagées dans ce travail, conduit à la conclusion suivante : "la préparation technique à la monnaie unique ne doit certes pas être dramatisée" mais "le temps d'adaptation moyen, de l'ordre de trois mois, confirme la nécessité d'anticiper la préparation". Encore s'agit-il ici d'entreprises artisanales : les entreprises de l'échantillon comprenaient en moyenne 6 ou 7 salariés.
Or, que constate-t-on dans le baromètre sur ce sujet ? Plus du tiers des entreprises entre 1 et 500 salariés estiment qu'il leur faut 1 mois ou moins pour préparer à l'euro l'ensemble de leurs activités. Il y a là une sous-estimation qui est la conséquence de l'absence encore trop fréquente d'un diagnostic portant sur les différentes fonctions concernées dans l'entreprise, et d'une liste complète des tâches à accomplir.
Cependant, pour être pleinement objectif, cette situation face aux retards s'améliore. Le nombre des entreprises qui disent ne pas vouloir se préparer et attendre ce qui va se passer diminue continûment. Il était de 28% en mars 2000 lorsque nous avons commencé ce baromètre avec l'IFOP, pour passer à 24% puis 20% et aujourd'hui 17%.
Deuxième indice d'amélioration : les domaines d'actions où les entreprises disent avoir rencontré ou penser rencontrer des difficultés. Elles ne sont par exemple plus que 12% à mentionner la comptabilité -deux fois moins qu'en mars 2000- mais plus de 20% évoquent la tarification et la perception pour leurs clients des changements de tarifs, ce qui veut dire que le rôle "pédagogique" des entreprises vis-à-vis de leurs clients commence à être bien perçu.
C'est dans ce contexte, comme je vous l'avais indiqué et quelques jours après la première phase de notre campagne générale avec Lise, qui a été bien accueillie, que nous commencerons lundi notre campagne à la radio à destination des entreprises. Elle sera puissante et durera dix jours, jusqu'au 28 février. Elle sera suivie d'annonces dans environ 50 titres de la presse écrite économique et professionnelle au cours des mois de mars et d'avril.
Elle s'adresse à toutes les entreprises qui n'ont pas encore pris la mesure de ce que représente leur passage à l'euro, quelle que soit leur taille ou leur secteur d'activité pour les inciter vigoureusement à le faire.
Nous avons choisi non pas de nous adresser différemment à divers types d'entreprise en espérant que chacune finisse par se reconnaître mais de parler des différents domaines concernés par le passage à l'euro. Il y aura donc cinq types de messages qui seront diffusés, aussi bien à la radio que dans la presse professionnelle. Ils porteront sur les logiciels, la comptabilité, l'adaptation des tarifs, la paie et la formation du personnel. Ceci permet de faire référence aux principaux "chantiers" qui sont à ouvrir.
On peut d'ailleurs projeter à l'écran quelques unes des cinq annonces de presse telles qu'elles pourront être vues, après d'ultimes adaptations techniques, à partir du mois de mars.
Ceux d'entre vous qui le souhaitent pourront recevoir le fac-similé de ces annonces un peu avant leurs premières insertions.
Les dirigeants d'entreprises que cette campagne interpelle prennent tous les jours des décisions qui engagent l'avenir, et qui l'engagent de manière positive, comme la situation économique actuelle ou le bon moral des ménages le montrent. Il ne s'agit donc en aucun cas de se substituer à eux pour leur donner des conseils de bonne gestion. Car c'est bien de bonne gestion qu'il s'agit. Le premier article du code monétaire et financier proclame : "La monnaie de la France est l'euro. Un euro est divisé en cent centimes". Tenir ses comptes, établir ses prix ou ses devis, payer ses salariés dans la monnaie de son pays, cela relève d'une bonne gestion.
Il est du devoir de l'Etat et donc, au premier chef, du devoir du ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie d'inciter, d'entraîner et de se projeter en avant car le retard des uns créerait la gêne, l'encombrement ou la désorganisation des autres. Ma tâche est de faciliter le changement.
Le sujet est d'autant plus important que l'effet d'entraînement vertueux qui, au second semestre, grâce notamment à la mise à disposition des chéquiers en euros, à l'adaptation complète des terminaux de paiement et à l'affichage des prix avec l'euro prédominant, devra conduire naturellement à l'introduction des pièces et des billets au début 2002, suppose que les entreprises se soient adaptées de manière anticipée pour aider à ce que cet effet se déclenche.


J'ai indiqué que notre objectif est de nous adresser à toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. Il est aussi de leur rappeler que le processus doit être engagé avec leurs partenaires habituels : les experts-comptables, les centres de gestion agréés, les sociétés de conseils, les banques, les organismes professionnels et consulaires notamment, que je remercie pour leur action.
A cet égard, il faut compléter le dispositif mis en place dans la Charte signée le 19 juillet 2000 avec les principaux partenaires professionnels des PME. François Patriat et moi-même nous signerons donc tout à l'heure la Charte de mobilisation pour la préparation à l'euro des petites entreprises du commerce, de l'artisanat et des services, avec nos nombreux partenaires que je tiens à saluer et à remercier sans attendre ce moment.
Pour une partie de ces entreprises, c'est chez elles que s'effectue la plus grande partie des paiements en monnaie fiduciaire. Les ordres de grandeur sont particulièrement éloquents. Il se règle tous les jours en France environ 100 millions de transactions en espèces. Il s'agit des véritables transactions, entre deux personnes, et non pas de l'utilisation de pièces dans des distributeurs automatiques. Si l'on met en regard les paiements par chèque, en excluant ceux que l'on envoie à distance, c'est un rapport de 10 à 1 qui caractérise la fréquence d'utilisation des pièces et les billets d'une part, et des chèques d'autre part. C'est pour cela que l'introduction des pièces et des billets en euros est nécessaire pour que la monnaie euro devienne ce qu'elle n'est pas encore : quotidiennement visible et partout présente.
Sur ces 100 millions de transactions, environ 30 millions s'effectuent dans les 62 000 points de vente où s'exerce l'une au moins des activités de marchands de journaux, de diffuseurs de jeux de la Française des jeux ou de buralistes. C'est considérable. Et c'est aussi le cas pour d'autres professions du commerce ou de l'artisanat.
Nous avons décidé d'en tenir compte en retenant la proposition que l'UPA devienne membre du comité national de l'euro.
Après avoir actualisé au cours du mois prochain le guide destiné aux PME, déjà diffusé à un million d'exemplaires, nous éditerons avec l'appui des professionnels un Nouveau guide destiné aux artisans, aux commerçants et aux sociétés de services, à deux millions d'exemplaires.
Nous adapterons également à la spécificité des préoccupations des entreprises aussi bien le site Internet que le numéro vert du MINEFI.
Je voudrais terminer en disant aux journalistes combien le rôle de la presse est important. Par vos enquêtes, par les témoignages que vous recueillez ou les dossiers que vous constituez, vous mettez une information considérable à la disposition de vos lecteurs ou auditeurs. On aimerait d'ailleurs entendre aussi parler des entreprises de presse auxquelles vous appartenez comme autant d'entreprises confrontées à leur préparation à l'euro ou encore à la recherche d'un nouveau prix pour leurs publications. Depuis le mois dernier, les lecteurs qui souscrivent des abonnements pour un an sont acheteurs des futurs journaux tout en euros de 2002. Que leur dites-vous par avance, quelle politique de prix ou d'arrondi est mise en place ? C'est un clin d'oeil ! Il y a, vous le voyez, beaucoup de choses à faire, à dire, à échanger aussi. L'échange d'informations et d'expériences, directement ou bien au travers des partenaires de l'entreprise qui auront chacun connu de nombreux cas et des situations variées, c'est cela aussi qu'il faut développer, c'est cela que nous voulons encourager. Cela confirme notre approche : "l'euro, c'est plus facile ensemble".

(source http://www.minefi.gouv.fr, le 20 mars 2001)