Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, sur l'institution de la préfecture de police de Paris et les fonctions de préfet de police, à Paris le 22 juillet 2015.

Intervenant(s) :

Circonstance : Cérémonie d'installation de M. Michel Cadot, préfet de police de Paris, dans la cour de la préfecture de police, à Paris le 22 août 2015

Prononcé le

Temps de lecture 15 minutes

Texte intégral

Monsieur le Préfet de Police,
Madame la Maire de Paris,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs les préfets,
Mesdames et Messieurs les directeurs,
Mesdames et Messieurs,
C'est avec un plaisir empreint d'une certaine gravité que je m'exprime aujourd'hui devant vous, dans cette cour ô combien symbolique du 19 août.
Avec plaisir, bien sûr, car l'arrivée d'un nouveau chef à la tête de la Préfecture de Police est toujours un événement particulier, à la fois pour cette vénérable institution et pour le ministre de l'Intérieur lui-même, dans la mesure où une confiance mutuelle doit présider à nos relations au service de la sécurité de nos concitoyens.
Avec une certaine gravité, ai-je ajouté, car la fonction de Préfet de Police est l'une des charges les plus éminentes et les plus prestigieuses de la République – l'une des plus difficiles aussi. L'une de celles que l'on ne peut donc confier qu'à des femmes ou à des hommes dont on sait par avance qu'ils seront à la hauteur de la tâche et qu'ils accompliront leur mission avec une efficacité, une intelligence et un dévouement exceptionnels.
C'est la raison pour laquelle je suis heureux qu'il me revienne aujourd'hui d'installer le préfet Michel CADOT dans ses nouvelles fonctions, à la tête de cette belle institution qu'est la Préfecture de Police.
Servir l'Etat est une mission parmi les plus nobles qui soient. Elle implique bien des sacrifices, et commande que nous fassions preuve, nous qui avons fait ce choix, de rigueur, de fermeté, de droiture morale et de souci permanent de l'intérêt général. Nous devons avoir la lucidité de comprendre que nous sommes au service de quelque chose de plus grand que nous. La légitimité qui est la nôtre, nous n'en sommes que les dépositaires et les gardiens éphémères, soit que nous ayons été élus, soit que nous ayons été nommés. Nous devons avoir la lucidité de comprendre que nous passerons, mais que l'Etat, lui, demeurera.
Telles sont les exigences auxquelles doivent se plier tous ceux – à la Préfecture de Police comme ailleurs – dont le rôle est de garantir l'autorité et la continuité de l'Etat en toutes circonstances, même et surtout quand elles sont contestées. Car jamais nous n'accepterons qu'en République la violence se substitue au droit. C'est le contraire de l'idée que je me fais de la France et de l'universalité des principes qu'elle incarne.
Dans un monde où bien des repères s'effacent, où s'étiolent bien des valeurs, nous avons le devoir de défendre les principes qui nous permettent de vivre en société : l'Etat, l'Etat de droit, les principes de la République. Telle est notre mission, notre noble mission, que nous devons accomplir sans faiblir ni faillir.
Cette cour du 19 août, où nous nous tenons en cet instant, nous le rappelle avec force, si nous l'avions oublié. Car c'est ici en effet que fut lancée, le 19 août 1944, l'insurrection du peuple de Paris contre l'occupant nazi. C'est ici que 167 policiers tombèrent pour la libération de la patrie. Et, désormais, dans notre mémoire, cette cour du 19 août sera également associée au sacrifice des trois policiers qui, les 7 et 8 janviers derniers, ont perdu la vie, victimes de la barbarie terroriste, alors qu'ils accomplissaient leur devoir de protection des Français. C'est en effet ici même que la République tout entière rassemblée leur a rendu hommage.
Les valeurs qui les animaient étaient celles des femmes et des hommes d'août 1944. Elles sont aussi les nôtres et doivent continuer de donner sens à notre action.
A mes yeux, la Préfecture de Police est donc un rempart de la République et de l'Etat, et seul un grand serviteur de l'Etat et un grand républicain peut être nommé à sa tête. C'est le cas de Michel CADOT, qui, je le sais, saura se montrer digne de ses plus éminents prédécesseurs – je pense à Charles LUIZET, nommé par le général de GAULLE à la Libération ; je pense à Maurice GRIMAUD et à Jacques LENOIR ; je pense, plus près de nous,  Philippe MASSONI, à Pierre MUTZ, à Michel GAUDIN et bien sûr à Bernard BOUCAULT, que je tiens à saluer chaleureusement pour l'action exemplaire qu'il a su conduire au cours de ces trois dernières années.
Chacun d'entre eux a su incarner l'intérêt général sans jamais céder aux passions ni à la démagogie, et tout en demeurant fidèle à la doctrine républicaine et à une conception exigeante du service public. Chacun d'entre eux a par ailleurs su réformer la Préfecture de Police chaque fois qu'il était besoin, pour l'adapter aux nouveaux enjeux de sécurité auxquels notre pays a dû faire face au cours de son histoire récente. Telle est désormais la mission qui vous incombe, Michel CADOT, et je ne doute pas une seconde que vous saurez la remplir avec rigueur et efficacité.
Sachez, Mesdames et Messieurs, que la détermination du Gouvernement à combattre la délinquance et à faire respecter les lois de la République, à Paris comme partout en France, ne faiblira jamais. Où qu'ils vivent, quelles que soient les formes de délinquance auxquelles ils sont confrontés, nos concitoyens ont tous droit à la même tranquillité et à la même sécurité.
L'arrivée de Michel CADOT à la tête de la Préfecture de Police symbolise précisément notre ferme volonté de faire monter en puissance, dans la continuité de ce qui a été entrepris avec succès par son prédécesseur, notre stratégie de lutte contre la délinquance et la criminalité en région parisienne, tout en tenant compte des nouvelles menaces auxquelles nous devons faire face.
Homme de caractère et d'autorité, homme d'action et de décision, vous étiez, Michel CADOT, tout à fait indiqué pour exercer de telles fonctions. Toute votre carrière, riche et éminente à plus d'un titre, vous y préparait. Car, si, par ses compétences et son champ d'action, la Préfecture de Police est une institution unique au sein de notre architecture administrative, elle n'en est pas moins un élément central de l'institution préfectorale, qui est elle-même l'armature de notre République.
Or, cette institution préfectorale, vous la connaissez parfaitement, vous qui avez été préfet de département, notamment dans la Meuse et dans le Maine-et-Loire, ainsi que préfet de région à Limoges, à Rennes et à Marseille – poste que vous occupiez avant d'être nommé à Paris. Vous avez donc exercé vos fonctions dans des territoires très différents, en métropole comme d'ailleurs outre-mer, puisque vous avez été également préfet de la région Martinique, où vous avez fait de la lutte contre la délinquance l'une de vos priorités.
Homme de terrain, vous n'avez pas pour autant négligé l'administration centrale, puisque vous avez dirigé avec bonheur la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR) où vous avez démontré vos talents de négociation.
J'ajoute que votre goût pour l'action et pour la décision, votre pragmatisme et votre calme à toute épreuve, vous ont conduit à occuper à plusieurs reprises des fonctions de directeur de cabinet ministériel, notamment au ministère de l'Intérieur auprès de Michèle ALLIOT-MARIE.
J'ai moi-même pu admirer l'impressionnant sang-froid, la très grande rigueur et la très grande réactivité, ainsi que la parfaite capacité d'organisation dont vous savez faire preuve, y compris dans les situations les plus dramatiques – je pense bien sûr à la gestion des conséquences du crash de l'Airbus de la compagnie « GermanWings », qui, le 24 mars dernier, a coûté la vie à 150 personnes. Je n'oublierai jamais l'efficacité avec laquelle vous avez immédiatement su répondre à une telle situation de crise et déployer le dispositif nécessaire permettant d'apporter aux familles des victimes le soutien dont elles avaient besoin en de pareilles circonstances.
D'une manière générale, vous êtes, Michel CADOT, un parfait connaisseur des enjeux de sécurité contemporains. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, en 2013, vous avez été nommé à Marseille, où, comme vous le savez, ces enjeux ne sont pas minces. En vous confiant aujourd'hui les rênes de la Préfecture de Police, la République exprime à nouveau la très grande confiance qu'elle n'a jamais cessé de vous témoigner.
Je sais que toutes les qualités que je viens d'évoquer, la très riche expérience que j'ai brossée à grands traits, vous permettront d'exercer avec succès vos nouvelles fonctions. Ces qualités et cette expérience vous seront en effet très utiles pour accomplir les missions qui sont désormais les vôtres à Paris et dans son agglomération, ainsi que dans l'ensemble de la région Ile-de-France, qui ne compte pas moins de 12 millions d'habitants.
Pour relever un tel défi, vous pourrez bien sûr compter, au quotidien, sur l'engagement et le très grand professionnalisme des personnels de la 6Préfecture de Police. Je veux d'ailleurs profiter de l'occasion qui nous réunit pour exprimer à l'ensemble des policiers, des fonctionnaires de l'Etat, des personnels relevant des administrations parisiennes et des militaires de la Brigade de Sapeurs-pompiers de Paris, toute ma reconnaissance et ma plus profonde gratitude pour l'action qu'ils mènent au service de nos concitoyens. Je connais leurs talents, leurs compétences, leur grande valeur – et je sais que vous pourrez vous appuyer sur eux en toute confiance pour atteindre les objectifs qui vous ont été assignés.
Vous avez ainsi pour mission de poursuivre dans le même esprit l'action conduite depuis 2012 par votre prédécesseur Bernard BOUCAULT, et de continuer la modernisation des modalités d'action et d'organisation de la Préfecture de Police. A cet égard, quatre priorités devront structurer le cadre de votre action.
La première est celle de la lutte sans relâche que nous devons mener contre le phénomène terroriste, d'une nature et d'une ampleur que nous n'avions jamais connues jusqu'à présent, comme les attentats de janvier nous l'ont malheureusement démontré. Cette action devra bien sûr s'inscrire dans le cadre plus général du dispositif antiterroriste mis en place par le Gouvernement dès le mois d'avril 2014 et successivement renforcé par l'adoption de la loi du 13 novembre 2014 qui a doté l'Etat de moyens juridiques nouveaux pour entraver l'action et la propagande des organisations terroristes, et par celle de la loi sur le renseignement qui a fixé un cadre légal moderne et cohérent d'action pour nos services de renseignement. Je rappelle aussi que, dans le cadre de ce dispositif global, nous dotons nos services de moyens humains et matériels supplémentaires.
Parce que la menace terroriste demeure à un niveau élevé, l'Ile-de-France reste soumise à la posture Vigipirate « Alerte attentat ». Vous devrez donc veiller à ce que soient appliquées les prescriptions de la circulaire du 1 er juillet 2015 relative au renforcement de notre dispositif opérationnel de lutte et de prévention. En matière d'antiterrorisme, en effet, la Préfecture de Police joue un rôle majeur, tant par ses services spécialisés de renseignement et de police judiciaire que par son réseau de sécurité publique.
La deuxième priorité est celle de la lutte au quotidien contre toutes les formes de délinquance, à Paris comme en Ile-de-France. J'ai à cet égard adressé le 23 février dernier à tous les préfets une note d'orientation sur leurs priorités d'action en 2015 pour la sécurité et la lutte contre la délinquance. Vous aurez pour mission de la faire appliquer avec la plus grande détermination. Je pense tout particulièrement à la lutte contre les trafics de stupéfiants, dont l'issue détermine toutes les autres, qu'il s'agisse de la lutte contre le trafic d'armes ou contre le blanchiment d'argent. J'attends donc que vous organisiez la montée en puissance de notre action en la matière.
En effet, les phénomènes d'enkystement, dans certains quartiers parisiens comme dans les départements de la petite couronne, de foyers de délinquance doivent retenir toute votre attention, en vous appuyant certes sur les zones de sécurité prioritaires (ZSP) déjà créées, mais également en évaluant l'efficacité des postures opérationnelles et la réalité des partenariats entre les différents services concernés.
Par ailleurs, vous devrez affirmer la fonction zonale de la Préfecture de police et vous montrer attentif aux contraintes des départements de la grande couronne, en particulier pour l'appui aux préfets en matière de sécurisation des quartiers sensibles, de lutte contre les trafics et l'économie souterraine, de prévention des violences urbaines et de sécurisation des transports en commun.
Le renforcement de la contribution de la Préfecture de Police à la lutte contre l'immigration irrégulière constituera le troisième axe de votre action. En la matière, une coopération plus efficace et plus fluide doit être mise en place avec la Direction centrale de la Police aux frontières (DCPAF) : l'agglomération parisienne est en effet le nœud des principales voies de communication du pays et concentre de nombreuses filières d'immigration clandestine. Vous devrez donc veiller à mettre en place une coordination opérationnelle ambitieuse, dont nous savons qu'elle est nécessaire.
Ce domaine d'action, hautement sensible comme vous le savez – et qui par là même nécessite à la fois doigté et fermeté – implique aussi les services de la direction de la police générale, tant en ce qui concerne le volet administratif de la lutte contre l'immigration irrégulière qui doit être intensifiée, que la réforme de la politique publique de l'asile qui doit être mise en œuvre dans les meilleures conditions – la loi réformant notre système d'asile venant tout juste d'être adoptée par le Parlement.
Enfin, le quatrième et dernier axe prioritaire de votre action concerne la modernisation des structures et de l'organisation de la Préfecture de Police, condition nécessaire pour que les trois premiers objectifs soient pleinement atteints.
A cet égard, je n'ignore pas les fortes contraintes qui ont pesé sur le niveau des effectifs, et que le Gouvernement corrige depuis 2012. Or, l'augmentation des recrutements – dont bénéficiera bien sûr la Préfecture de Police – ne peut constituer la seule réponse à une telle situation. Il est donc devenu nécessaire, pour fluidifier les relations avec la Direction générale de la Police nationale (DGPN), d'élaborer un effectif de référence, comme en est doté la Direction centrale de la Sécurité publique (DCSP). Il n'existe aujourd'hui aucun indicateur similaire sur le ressort de l'agglomération parisienne : il est plus que temps d'en mettre un en
place.
J'attends également de vous que vous étudiiez toutes les voies et moyens permettant de déployer, sur le terrain, le maximum de personnels actifs.
C'est ainsi que nous rationaliserons notre répartition des personnels sur la voie publique. A cet égard, il s'agira d'expertiser attentivement la pertinence et l'efficience de l'organisation des fonctions support – parfois redondante entre les directions et les services du secrétariat général pour l'administration –, des états-majors ou du maillage territorial des services.
J'attends également que vous fassiez en sorte d'approfondir les liens de partenariat qui existent entre la Préfecture de Police et les différentes directions du ministère de l'Intérieur afin que nous puissions tous gagner en efficacité, notamment dans la lutte contre les nouvelles formes de terrorisme et de criminalité.
Dans le même esprit, la Préfecture de Police doit s'ouvrir plus largement aux compétences de fonctionnaires issus d'autres directions, de façon à favoriser le brassage des cultures professionnelles et leur enrichissement mutuel. C'est un objectif majeur de gestion des ressources humaines.
C'est le même souci qui doit vous conduire à resserrer les liens opérationnels entre la direction centrale de la police judiciaire et la Direction régionale de la Police judiciaire (DRPJ) de Paris.
Enfin, à Paris et dans la zone de défense et de sécurité, le partage des missions régaliennes entre le Préfet de Police, d'une part, et le Préfet de la région d'Ile-de-France, Préfet de Paris, d'autre part, exige que ces deux autorités collaborent étroitement à la mise en œuvre cohérente des politiques publiques décidées par le Gouvernement. Je vous demande donc de vous assurer de la parfaite coordination de vos actions sur tous les sujets qui appellent votre mobilisation conjointe, à Paris comme à l'échelle de la région. Je pense notamment aux questions liées à l'hébergement d'urgence, à la gestion de l'asile et des phénomènes migratoires, à l'organisation des transports comme à leur sécurité – notamment dans le cadre du Grand Paris.
D'une manière générale, votre action se déploiera dans un cadre institutionnel caractérisé par l'écoute, le dialogue et la coopération – avec la population, les acteurs locaux et bien entendu les élus. Je pense en premier lieu à la Mairie de Paris et au Conseil de Paris, mais aussi aux maires d'arrondissement et à ceux des villes de l'agglomération parisienne.
J'ai toute confiance en vous, Monsieur le Préfet de Police, et en l'ensemble de vos services, pour mener à bien les missions que le Gouvernement vous a fixées, au service de la collectivité parisienne, au service de l'Etat et au service de la République.
Je vous remercie.Source http://www.interieur.gouv.fr, le 3 août 2015