Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, en réponse à une question sur le rejet par le Sénat du projet de loi de ratification de la Charte européenne des langues régionales, à l'Assemblée nationale le 28 octobre 2015.

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Circonstance : Question au gouvernement posée par M. Jean-Jacques Urvoas, député (SRC) du Finistère, à l'Assemblée nationale le 28 octobre 2015

Texte intégral

Monsieur le Président, votre question a trait à un sujet essentiel : la conception que nous nous faisons de la nation, à la fois de sa richesse et de son unité.
La France, du fait de son histoire, rassemble sur ses territoires métropolitains et ultramarins des cultures, des paysages et des langues diverses. La France, c'est cette somme de singularités, et c'est ce qui, je le crois comme vous, fait sa force.
La France, c'est bien sûr la République, qui place au-delà de tous les particularismes l'idéal de citoyens libres et égaux en droits. Ce sont ces deux principes qui doivent nous guider : respect de la diversité et défense acharnée de la citoyenneté - et vous savez combien ces principes me tiennent à coeur.
(...)
Au moment où notre pays a besoin d'écrire une histoire qui reconnaît toutes les histoires, de partager un destin commun et un idéal ambitieux qui fait place à tous nos concitoyens, je regrette et je déplore ce qui est une faute de la droite sénatoriale. Ce débat nous aurait permis de montrer combien s'opposer aux langues régionales, c'est envoyer, comme vous l'avez très bien dit, un message de défiance à tous nos concitoyens, de Bretagne, du Pays basque, de Provence, de Corse, d'Alsace ou des Antilles. Un message de défiance aussi envers ceux qui parlent alsacien, catalan, occitan, breton ou créole. Défiance à l'égard de tous ceux qui veulent faire vivre leur histoire et leur tradition, et tout cela au nom de la République ! Quel contresens ! C'est au contraire cette vision étriquée, petite, rabougrie qui affaiblit la République.
C'est le refus de la diversité qui stigmatise beaucoup de nos concitoyens, comme si le lien qui les unit à cette République en était moins fort. Eh bien non, et je veux le dire clairement : la ratification de la charte des langues régionales n'est pas un danger pour notre langue. Ce n'est pas un danger pour notre cohésion sociale et encore moins pour l'unité de notre territoire.
(...)
La France est un grand pays, notamment par sa langue. Il est hors de question de la remettre en cause et de la menacer. Au contraire, nous devons tout faire pour la promouvoir et la faire rayonner, car elle porte aussi nos valeurs dans le monde.
Alors ayons confiance en nous-mêmes. Je sais que la majorité a confiance en la France, dans son unité et dans sa diversité, et, monsieur le président, nous poursuivrons ce combat.
Source http://www.gouvernement, le 2 novembre 2015