Interview de M. Richard Ferrand, ministre de la cohésion des territoires, à Europe 1 le 18 mai 2017, sur la composition du gouvernement et la mise en oeuvre du projet présidentiel, notamment en matière d'aménagement du territoire et de logement.

Texte intégral

FABIEN NAMIAS
Bonjour Richard FERRAND.
RICHARD FERRAND
Bonjour.
FABIEN NAMIAS
Effectivement, dans deux heures et demie maintenant, vous entrerez dans le salon Murat pour votre premier Conseil des ministres. Vous avez bien dormi ?
RICHARD FERRAND
Peu, mais bien.
FABIEN NAMIAS
Qu'est-ce qu'on ressent, là, comme ça, à quelques heures, c'est la première fois, vous n'avez jamais été ministre, de se retrouver autour de cette table, c'est de l'émotion, c'est du stress, c'est de la fierté ?
RICHARD FERRAND
C'est essentiellement de l'émotion, et puis, le sentiment d'avoir été honoré de la confiance du Premier ministre et du président de la République, une confiance qu'il va maintenant falloir, à mon tour, honorer, puisque je sais combien le président de la République a la culture du résultat, et combien il faut se mettre au travail sans tarder.
FABIEN NAMIAS
Est-ce que le président de la République vous a confié ce qu'il dirait en ouverture de ce premier Conseil des ministres de ce gouvernement ?
RICHARD FERRAND
Non, il lui est arrivé de me confier ce qu'il allait dire quand il était candidat, maintenant, il est président. Donc les choses ont changé.
FABIEN NAMIAS
Il n'y a que quatre anciens ministres dans le gouvernement. Si on ajoute le chef de l'Etat, donc ça fera cinq sur vingt-quatre qui auront participé à un gouvernement, qui se retrouveront, vous vous retrouverez tout à l'heure dans l'histoire de notre République, c'est l'une des équipes qui a le moins d'expérience politique, il ne s'agit pas de compétences, mais d'expérience politique. N'est-ce pas un handicap ?
RICHARD FERRAND
Pas du tout. D'abord, ce gouvernement, c'est le gouvernement de la promesse tenue, promesse du renouvellement, elle est tenue. Promesse du dépassement des clivages, elle est tenue. Promesse de la parité, elle est tenue. Promesse de l'efficacité par le recours à des compétences et par un alliage entre l'expérience, la nouveauté, l'expérience politique et la compétence, elle est tenue.
FABIEN NAMIAS
Et c'est un gouvernement durable, c'est un gouvernement qui est fait pour être reconduit au lendemain des élections législatives ?
RICHARD FERRAND
Le président de la République a eu plusieurs fois l'occasion de dire que, il souhaitait que le gouvernement qu'il nomme puisse continuer le plus longtemps possible à faire son travail.
FABIEN NAMIAS
Tous les commentateurs, ce matin, soulignent que la politique économique, industrielle, fiscale de notre pays sera dirigée par des hommes qui sont issus de la droite, le Premier ministre évidemment, Edouard PHILIPPE, mais aussi Bruno LE MAIRE et Gérald DARMANIN, qui seront tous les deux les pilotes du ministère de l'Economie et du Budget à Bercy. Est-ce que ça signifie que le projet économique de la campagne d'Emmanuel MACRON peut être amendé, par exemple, je prends la hausse de la CSG, qui est au programme d'Emmanuel MACRON, c'est les deux hommes actuels, les ministres de l'Economie s'y sont opposés, est-ce que ce sera maintenu ?
RICHARD FERRAND
Je crois qu'il faut changer de lunettes, nous l'évoquions, pour bien lire ce qui se passe. Ce qui se passe, c'est que, il y a un projet présidentiel, qui est celui qu'a porté Emmanuel MACRON, et un gouvernement qui est là pour mettre en oeuvre le projet présidentiel, dans le cadre de pratiques et de visages renouvelés, et il est clair que la ligne, c'est la base sur laquelle le président a été élu…
FABIEN NAMIAS
Le projet, rien que le projet, ceux qui ont dit pendant la campagne : nous sommes hostiles à la hausse de la CSG ou alors : nous sommes pour la suppression totale de l'ISF, devront défendre le projet ? Là, je parle, encore une fois, de Bruno LE MAIRE et Gérald DARMANIN, qui piloteront l'économie du pays ?
RICHARD FERRAND
Non, mais, vous savez, nous avons tous une certaine culture politique qui fait que le seul juge, c'est le suffrage universel. Donc un homme public, quel qu'il soit, s'incline devant la décision du suffrage universel. Donc on sait quel a été le projet choisi par les Françaises et les Français, et le rôle des ministres, sous l'autorité du Premier ministre, c'est de le mettre en oeuvre.
FABIEN NAMIAS
Est-ce que ces hommes, et Bruno LE MAIRE notamment, qui est candidat à sa réélection pour les législatives, feront campagne pour En Marche, et donc aux côtés d'Edouard PHILIPPE qui – j'imagine – dirigera la campagne des élections législatives ? En gros, ils ne font plus campagne pour Les Républicains, ils font campagne pour la majorité qui soutient le gouvernement ?
RICHARD FERRAND
Eh bien, et ce, d'autant que, si j'ai bien compris, ils ont été exclus du parti Les Républicains, qui précisément est encore installé dans cet archaïsme, qui fait qu'il ne comprend pas que l'intérêt du pays passe devant l'intérêt des partis, bon, c'est ce que ce gouvernement démontre, chacune et chacun a pris des risques pour servir le pays. C'est cela qu'il faut saluer. Et c'est cela que les Français salueront, et c'est cela que les Français voudront soutenir en donnant une majorité à l'Assemblée nationale.
FABIEN NAMIAS
Mais aujourd'hui, ces hommes, Edouard PHILIPPE, Gérald DARMANIN, Bruno LE MAIRE font partie de la République En Marche ?
RICHARD FERRAND
Eh bien, en tout cas, ils sont en marche avec le président de la République, oui.
FABIEN NAMIAS
Vous êtes ministre de la Cohésion des territoires, cette élection a révélé une fracture très nette dans le pays, l'examen des cartes est éclairant, les grandes villes ont majoritairement voté Emmanuel MACRON, les petites agglomérations, les zones rurales ont davantage voté Marine LE PEN. Comment comptez-vous réduire cette fracture ?
RICHARD FERRAND
Eh bien, écoutez, il faut clairement se dire que dans un certain nombre de nos territoires, parce que des politiques publiques sont défaillantes, pas seulement d'ailleurs celles menées par l'Etat, il y a un sentiment parfois d'abandon. Il y a un sentiment de déclassement. Moi, je viens, vous savez, du Finistère intérieur, aux confins des trois départements, le sud des Côtes d'Armor, le Nord du Morbihan, et l'Est du Finistère, et sur ce territoire, nous avons mené des politiques publiques très volontaristes, avec la région, les départements, pour justement apporter des réponses. Et je crois donc qu'il faut muscler l'action publique pour, en quelque sorte, convaincre, comme l'a dit le président de la République devant madame la maire de Paris, dimanche dernier, c'est qu'aussi vrai que Paris est un territoire qui fait rayonner tout ce que la France a de bon, il faut que chaque commune, chaque département, chaque région puissent devenir un territoire d'excellence. C'est ça mon boulot !
FABIEN NAMIAS
Vous citez « communes, départements, régions », vous conserverez le découpage, en fait, le redécoupage d'ailleurs, qui est récent, territorial actuel ? Vous n'y toucherez pas ?
RICHARD FERRAND
Ce qui a été dit, c'est que nous faciliterons des rassemblements institutionnels, là où ce sera possible, et sur la base du volontariat. Regardez, Lyon, le département du Rhône et Lyon, la métropole ont trouvé un accord pour faire en sorte que sur le territoire de la métropole, au fond, les compétences départementales soient exercées par la ville. Bon, il y a partout des choses pertinentes à faire, si ailleurs, on dit : une assemblée régionale suffit pour porter l'action publique avec des métropoles sans besoin des départements, il faudra le regarder. Ailleurs, le département est le principal moteur de l'action publique. Donc si vous voulez, ne faisons pas… perdons cette habitude de donner les règles de manière abrupte, sans concertation, à partir des chambres parlementaires. Laissons émerger les propositions du terrain pour trouver ensemble les solutions les plus efficaces. Il faut recommencer, il faut plutôt commencer à prendre l'habitude de se dire qu'il faut travailler avec celles et ceux qui font.
FABIEN NAMIAS
Vous avez en charge, dans votre portefeuille, la Cohésion des territoires, on l'a dit, la ville, mais aussi le logement. Le logement ne figure pas dans les intitulés de ce gouvernement, c'est un loupé ?
RICHARD FERRAND
Pas du tout, parce que c'est moi le ministre du Logement.
FABIEN NAMIAS
Oui, mais ça n'est pas écrit dans les… on verra quels sont les décrets d'attribution, mais dans la liste qui a été publiée hier, ça ne figure pas, c'est remarqué, c'est remarqué notamment par la fondation Abbé PIERRE qui, ce matin, dit : on est inquiet, on est dans l'incompréhension. Son délégué général d'ailleurs, Christophe ROBERT, demande à vous rencontrer rapidement, vous allez le recevoir ?
RICHARD FERRAND
Bien sûr. Donc je crois que la seule question qui s'est posée, c'est que derrière le terme cohésion des territoires, certains se sont demandés qu'est-ce qu'il y avait, et donc c'est au fur et à mesure de la passation des pouvoirs, d'abord, auprès de monsieur BAYLET, qui avait en charge l'aménagement du territoire, et puis, de madame COSSE, qui avait la responsabilité du logement, et monsieur KANNER, qui avait la responsabilité de la ville, que les gens ont pris la mesure que derrière cohésion des territoires, il y avait aménagement du territoire, collectivités locales, logement et ville.
FABIEN NAMIAS
L'une – pour rester sur la question du logement – l'une des mesures phares d'Emmanuel MACRON, pendant la campagne, ça a été d'annoncer la suppression de la taxe d'habitation pour 80 % des foyers. Quand est-ce que cette suppression sera effective, si toutefois le projet est maintenu ?
RICHARD FERRAND
Eh bien, écoutez, d'abord, on va commencer à ouvrir la concertation avec évidemment les associations d'élus, et singulièrement des maires, et c'est à partir du budget de 2018 que, progressivement, cette mesure se mettra en oeuvre. Donc il va falloir…
FABIEN NAMIAS
Donc dès l'année prochaine, progressivement, c'est-à-dire qu'il va y avoir un échelonnement de la suppression de cette taxe ?
RICHARD FERRAND
C'est ce qui figurait dans le programme d'Emmanuel MACRON. Donc on va d'abord ouvrir un dialogue, parce que cette mesure a pu inquiéter des maires qui…
FABIEN NAMIAS
Elle n'a pas été comprise par les maires en grande majorité…
RICHARD FERRAND
Mais, elle a été très bien comprise par les citoyens, mais je veux quand même vous dire pourquoi, je veux le répéter ici…
FABIEN NAMIAS
Rapidement, parce qu'il y a encore quelques questions à vous poser…
RICHARD FERRAND
Aujourd'hui, un couple à revenu égal avec deux enfants, dans le coeur de Paris, va payer 7 ou 800 euros à logement de taxe d'habitation, 1.200 euros à Saint-Denis de La Réunion ou à Limoges, et 1.500 euros à Argenteuil, c'est un impôt d'injustice territoriale. Donc il faut absolument redonner du pouvoir d'achat, casser cet impot injuste, et travailler avec les collectivités locales pour leurs ressources…
FABIEN NAMIAS
Et ce sera effectif dès l'année prochaine, vous nous le confirmez ce matin ?
RICHARD FERRAND
Progressivement, ai-je dit…
FABIEN NAMIAS
Sujet fort d'aménagement du territoire, l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, l'écologiste Nicolas HULOT figure en bonne place, il est très haut dans l'ordre protocolaire de ce gouvernement, il y était hostile à cet aéroport, y a-t-il un compromis ? Cet aéroport verra-t-il le jour, oui ou non ?
RICHARD FERRAND
Mais le président de la République a clairement décrit plusieurs fois la méthode qu'il entendait employer, 1°) : respecter le référendum, la consultation qui a eu lieu. 2°) : organiser une médiation pour se faire une dernière opinion sur l'ensemble du dossier. 3°) : trancher.
FABIEN NAMIAS
Vous êtes candidat aux législatives, le Premier ministre annonce à l'instant, confirme ce qui était dit, ceux qui sont battus aux législatives devront démissionner, ça vous paraît être une règle injuste, vous êtes menacé par cela ?
RICHARD FERRAND
Pas du tout, pas du tout, je suis menacé comme toutes celles et tous ceux qui briguent des suffrages, mais c'est une tradition républicaine, je l'approuve totalement, et je considère qu'un ministre qui serait battu aux élections, il est normal qu'il ne puisse plus être dans les effectifs.
THOMAS SOTTO
Merci beaucoup Richard FERRAND d'être venu. Premier ministre qui dit également à l'instant : le coeur du programme du gouvernement sera le programme de MACRON, avec une forme de souplesse et de discussions, ce qui est à peu près la même chose que ce que vous avez dit ici-même…
FABIEN NAMIAS
Absolument, vous êtes en ligne avec le président alors… le Premier ministre…
THOMAS SOTTO
Merci beaucoup Fabien, et à demain.Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 mai 2017