Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, avec Radio Classique le 4 octobre 2017, sur la politique du logement, l'impôt sur la fortune et sur les relations entre le gouvernement et les syndicats.

Texte intégral


GUILLAUME DURAND
Jacques MEZARD, bonjour.
JACQUES MEZARD
Bonjour.
GUILLAUME DURAND
Vous êtes notamment chargé du logement dans le gouvernement d'Edouard PHILIPPE, qui donne un grand entretien à Libération ce matin, qui assume la politique qu'il mène, bien évidemment, et qui considère que s'il y a des difficultés et des oppositions c'est tout à fait normal. Avant de parler avec vous de la situation politique et notamment du logement nous allons aborder l'affaire des Républicains. Guillaume LARRIVE était notre invité tout à l'heure, Guillaume TABARD est maintenant ici en direct.
(…) Billet de Guillaume TABARD.
GUILLAUME DURAND
D'abord bienvenue, c'est la première fois que vous venez sur l'antenne de Radio Classique et de Paris Première, cette affaire de président des riches elle transite aussi par le logement, dont vous êtes évidemment le tenant dans le gouvernement d'Edouard PHILIPPE. Est-ce que dans ce domaine, alors qu'il y a beaucoup d'associations qui hurlent après la baisse des APL, on dit, ou on peut vous dire, ou vous adresser cette question : est-ce que vous êtes, en matière de logement justement, un ministre qui fait la part belle aux propriétaires et à ceux qui sont les plus fortunés ?
JACQUES MEZARD
Je crois que nous menons équilibrée, et ce que nous avons fait, ce que nous mettons en place par exemple sur le logement d'abord, c'est-à-dire pour le logement des sans-abri, avec des mesures qui ont été annoncées, et qui ont été saluées, d'ailleurs, par la grande majorité des associations qui ont participé à ce travail, en est la démonstration.
GUILLAUME DURAND
Est-ce qu'on peut les rappeler ces mesures, parce que tout le monde ne les a pas en tête ?
JACQUES MEZARD
C'est l'engagement de construire, pendant ce mandat, 10.000 places de pensions de famille, 40.000 places d'intermédiation locative, c'est le fait d'éviter de passer forcément par l'hébergement d'urgence mais d'avoir une politique qui permet à ceux qui sont sans logement d'être immédiatement pris en place par des structures partenariales, et, nous avons, là-dessus, beaucoup travaillé, beaucoup annoncé, c'est un exemple parmi d'autres.
GUILLAUME DURAND
Pardonnez-moi, je vais vous poser une question qui va vous paraître un peu vulgaire, est-ce que la baisse des APL ce n'était pas une connerie ? C'est vulgaire, mais c'est direct.
JACQUES MEZARD
Ecoutez, je me suis exprimé là-dessus, c'est une mesure budgétaire, je n'en dirai pas plus, je n'ai pas considéré – mais d'ailleurs d'autres l'ont dit, et en particulier le Premier ministre – que c'était une mesure intelligente. Il peut toujours y avoir des couacs dans une politique, dont acte.
GUILLAUME DURAND
Anerie politique, voulais-je dire ?
JACQUES MEZARD
Je viens de donner la réponse.
GUILLAUME DURAND
Sur la politique du logement, globale, en France il y a effectivement un manque considérable de constructions, les zones tendues tout le monde les connaît, ce sont les grandes zones urbaines, est-ce que là aussi il est possible de faire quelque chose qui maintienne une sorte d'équilibre social et qui en même temps relance le logement qui, en France, est en panne ?
JACQUES MEZARD
Alors, le logement n'est pas totalement en panne, puisque…
GUILLAUME DURAND
Je parle des zones tendues là.
JACQUES MEZARD
Oui, mais y compris sur les zones tendues, et en particulier dans l'Ile-de-France, depuis un certain nombre de mois, il y a une augmentation de la production, dont acte. Il faut aller plus loin, il faut donner aux constructeurs les moyens d'avoir une libération des fonciers et de leur permettre d'avoir un processus de construction plus simple, faire une pause normative, voire, dans un certain nombre de cas, faciliter les règles de construction, ce qui est l'objet de la stratégie logement que nous avons présentée et dont je note, d'ailleurs, qu'un certain nombre d'acteurs de la construction ont salué les grandes orientations. Donc, ça c'est extrêmement important, de pouvoir faciliter, dans ce pays, la construction. Nous avons des situations un peu atypiques sur le plan de l'accumulation normative, nous avons une situation atypique aussi par rapport au nombre de recours, il y a plus de 30.000…
GUILLAUME DURAND
On aurait pu aussi libérer l'ISF sur l'immobilier, ça aurait peut-être poussé les gens à…
JACQUES MEZARD
Il y a eu des engagements de campagne, le président de la République a fixé…
GUILLAUME DURAND
Non, mais ne soyez pas timide.
JACQUES MEZARD
Non, non, mais, le président de la République…
GUILLAUME DURAND
Parce que la plupart des gens, quand le président de la République veut qu'effectivement il y ait un transfert vers les entreprises du capital des Français, vous connaissez la France, vous avez été sénateur avant d'être ministre pendant des années, c'est des Balzaciens les Français, dès qu'ils ont 3 sous de côté c'est un appartement, une maison, etc. Donc, pour relancer l'immobilier, il faudrait peut-être supprimer l'ISF sur l'immobilier.
JACQUES MEZARD
Déjà, la mesure que nous avons annoncée, en ce qui concerne les zones tendues, pour permettre la libération du foncier me paraît quelque chose d'important, puisque jusqu'en 2020, sur des cessions de terrains à bâtir c'est un abattement allant de 100 % à 70 % sur les plus-values, donc c'est un geste fort, c'est un geste qui poussent qui, jusqu'ici, avaient plutôt intérêt à retenir, à garder les terrains constructibles, à les mettre sur le marché parce que nous en avons besoin. Vous l'avez dit, dans ce pays il y a une demande de logement, il y a une demande de logement forte, il est nécessaire que nous puissions faire face à cette demande.
GUILLAUME DURAND
Julien DENORMANDIE est convoqué, si je puis dire, dans un congrès qui va avoir lieu demain, et il est attendu un petit peu au tournant par les organisations, par les collectifs multiples et variés, justement, de droit au logement, par les organismes HLM aussi, qui parfois ne sont pas tout à fait d'accord avec cette politique. Est-ce que c'est le point faible du gouvernement le logement ?
JACQUES MEZARD
Non.
GUILLAUME DURAND
Point plus compliqué, faible.
JACQUES MEZARD
C'est un dossier compliqué, où nous constatons quoi ? Depuis des années, ce n'est pas nouveau, dans ce pays, un besoin de logements qui est, vous l'avez rappelé, extrêmement fort, une situation à la fois législative, fiscale, extrêmement compliquée, des efforts des contribuables qui sont conséquents, puisque l'addition c'est 41 milliards par an à l'heure actuelle, et en face de cet effort insuffisamment de constructions dans le pays. Donc, bien sûr, quand on essaie, et c'est plus qu'un essai, nous avons la volonté de faire évoluer les choses, y compris dans des domaines où pratiquement rien ne s'était passé jusqu'ici, eh bien il y a des résistances, c'est logique, c'est la tradition française, mais il est nécessaire d'avancer. Donc, le logement, ce n'est pas le point faible, nous avons la nécessité d'aller vers des réformes structurelles, mais ce que je souhaite personnellement c'est que nous y allions dans la concertation et je n'ai jamais cessé cette concertation.
GUILLAUME DURAND
Question, est-ce que vous avez le sentiment qu'un front syndical est en train de… on a l'impression que du côté de MELENCHON, ces derniers temps, il n'y a qu'à voir les images de François RUFFIN hier à WHIRLPOOL…
JACQUES MEZARD
Il était beaucoup plus calme.
GUILLAUME DURAND
Il était beaucoup plus calme que d'habitude, visiblement la reprise de WHIRLPOOL l'exaspère profondément, il aurait préféré un clash total. MELENCHON il a été extrêmement calme l'autre jour, face au Premier ministre Edouard PHILIPPE, mais est-ce que ce n'est pas les syndicats, c'est-à-dire Force Ouvrière, et maintenant la CFDT, qui vont reprendre la bataille de la contestation sur la loi Travail et reprendre l'accusation qui circule partout, c'est-à-dire celle qu'on avait déjà apposée à Nicolas SARKOZY et qu'on colle maintenant à Emmanuel MACRON, président des riches ?
JACQUES MEZARD
Non. Ce pays, et je viens de le dire, a besoin de transformations. J'étais hier à Amiens, j'accompagnais le président de la République, effectivement j'ai vu les propos de monsieur RUFFIN. Cette reprise est une réussite, elle n'était pas forcément attendue, et elle est réussie parce qu'il y a eu la concertation entre les salariés, très attachés à leur entreprise, et puis un repreneur sachant prendre des risques, accompagné par l'Etat. Donc, c'était un élément très constructif, très positif, et je comprends bien que ceux qui n'ont qu'une envie, c'est que ça ne marche pas, soient déçus que ça marche.
GUILLAUME DURAND
Vous pensiez, quand vous étiez sur le terrain hier, que c'était justement le problème de RUFFIN, il aurait souhaité que cette reprise ne fonctionne pas.
JACQUES MEZARD
C'est le sentiment que j'ai pu avoir, maintenant… Il était très clair que nous étions face à quelque chose qui n'était pas forcément habituel, c'est-à-dire des salariés très attachés à leur entreprise, avec des compétences évidentes, un repreneur qui a bien travaillé avec eux pour lancer sa reprise, et quelque chose qui marche. Et il y a beaucoup de choses, quand même, qui marchent en France, eh bien il y a une partie, c'est dans la tradition malheureusement, mais c'est comme ça, c'est la démocratie, de gens qui préféreraient que ça ne fonctionne pas.
GUILLAUME DURAND
Mais est-ce que vous avez le sentiment que sur le front social, puisqu'Edouard PHILIPPE assume ce matin dans Libération la politique qui est menée, mais considère que cette politique va poser évidemment un certain nombre de problèmes, est-ce que vous n'avez pas l'impression que finalement l'épisode MELENCHON étant un petit peu passé, c'est maintenant les syndicats qui vont reprendre le front et la bataille, CFDT, Force Ouvrière, et que MAILLY soit forcé d'aller manifester par sa base ?
JACQUES MEZARD
Les syndicats ont un rôle important. Il est nécessaire, à la fois, parce que c'est la tradition de ce pays et la tradition démocratique à la fois, il faut qu'ils redeviennent, parce qu'ils ne l'ont pas toujours été, une force de proposition, une force de concertation, et en même temps ils ont des revendications qui remontent de leur base, qui sont légitimes. Mais il faut qu'on prenne l'habitude, dans ce pays, parce que nous sommes quand même très atypiques, par exemple en Europe, qu'il y ait, au-delà de la revendication systématique, une volonté systématique de concertation, quitte à ce qu'il y ait des désaccords, quitte à ce qu'il y ait des manifestations…
GUILLAUME DURAND
La concertation a eu lieu, c'est au terme de la concertation qu'il y a désaccords.
JACQUES MEZARD
Mais, il y a des désaccords, suite à la concertation, mais au-delà de ça je pense que, par rapport à ce qui se passe sur les ordonnances travail, on sent, et je sens comme élu de terrain, dans l'opinion, une volonté de changement et de transformation, de libérer l'économie. Alors, bien sûr, il faut que ça se fasse en respectant les droits des salariés, mais je crois que les ordonnances, à ce niveau-là, vont dans le bon sens.
GUILLAUME DURAND
Il n'y a pas de colère des territoires ? Gérard LARCHER vient d'en parler, « le gouvernement n'entend pas », dit-il sur France 2, « la colère des territoires. »
JACQUES MEZARD
Ecoutez, nous sortons d'une élection sénatoriale, les territoires et les élus locaux, j'en suis un, depuis deux quinquennats ont subi une série à la fois de réformes sur lesquelles ils n'avaient pas été forcément concertés, des baisses de dotations considérables, et il y a un climat effectivement de méfiance, ou en tout cas ils ont besoin d'être rassurés, ce que je comprends. Mais, nous avons annoncé qu'il n'y aurait pas de baisse de dotations, c'est quand même quelque chose d'assez nouveau, et je connais bien mes collègues élus locaux, ils ont besoin qu'on les écoute et ils ont aussi la nécessité d'avoir une lisibilité sur le quinquennat par rapport aux intentions du gouvernement, et c'est ce vers quoi nous allons.
GUILLAUME DURAND
Merci beaucoup. Gérard LARCHER était donc sur France 2 ce matin, je voulais citer quand même la phrase que je venais d'évoquer avec vous, Jacques MEZARD était en direct sur l'antenne de Radio Classique. Merci, bonne journée.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 octobre 2017