Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec France 2 le 1er mars 2018, sur l'hébergement d'urgence en période de grand froid, la précarité énergétique, les plateformes de locations collaboratives et sur la question de l'euthanasie.

Texte intégral


GUILLAUME DARET
Bonjour à tous. Bonjour Julien DENORMANDIE.
JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.
GUILLAUME DARET
Merci d'être avec nous ce matin. Alors un mot déjà sur la situation météo qui est assez compliquée pour un certain nombre de personnes en France, notamment à Montpellier, dans cette région, près de 30 centimètres de neige. Est-ce que vous avez des informations, est-ce que vous savez combien de personnes sont toujours bloquées dans l'Hérault ?
JULIEN DENORMANDIE
Non, c'est très difficile d'avoir un chiffre précis, ce qui est sûr, c'est que beaucoup de personnes ont dormi dans leur voiture cette nuit.
GUILLAUME DARET
Combien ?
JULIEN DENORMANDIE
C'est très compliqué…
GUILLAUME DARET
On parle de 1.000, 1.200…
JULIEN DENORMANDIE
Je ne m'aventurerai pas sur les chiffres, mais ce qui est sûr, c'est que beaucoup de personnes ont dormi dans leur voiture. Les services de l'Etat, les collectivités ont été pleinement mobilisés. Hier soir, vers minuit, il y avait plus d'une trentaine de centres d'hébergement qui avaient été ouverts. Le reportage que vous avez montré dans votre édition précédente témoigne de cette solidarité, à la fois des collectivités, des services de l'Etat et des habitants.
GUILLAUME DARET
Est-ce que vous appelez les gens, notamment par exemple en Ile-de-France, à rester chez eux si c'est possible aujourd'hui, on sait que ça va être compliqué ?
JULIEN DENORMANDIE
Au moment où je vous parle, il y a 56 départements qui sont en vigilance orange neige et verglas. Donc effectivement, moi, j'appelle à la plus grande vigilance, à la plus grande prudence, à suivre les consignes données par les préfectures, notamment vis-à-vis des automobilistes dans cette période de verglas et de neige, où la circulation est terriblement compliquée.
GUILLAUME DARET
Cette nuit était probablement l'une des plus froides de cet hiver, est-ce que vous pouvez nous dire ce matin encore combien est-ce qu'il y a de départements qui ont activé le plan grand froid ?
JULIEN DENORMANDIE
Il y a 72 départements pour lesquels le plan grand froid est activé. Alors, qu'est-ce que c'est que le plan grand froid ? C'est un système qui permet d'ouvrir plus de places d'hébergement d'urgence pour accueillir les plus démunis, et qui permet également de faire ce qu'on appelle des maraudes, c'est-à-dire les services du SAMU social ou d'autres associations qui vont au contact dans la rue des sans-abri.
GUILLAUME DARET
Vous savez combien de personnes, par exemple, ont été accueillies la nuit dernière ou ces derniers jours ?
JULIEN DENORMANDIE
Aujourd'hui, le dispositif, c'est 150.000 places d'hébergement d'urgence avec effort considérable fait par l'Etat pour ouvrir de plus en plus de places.
GUILLAUME DARET
Personne n'est resté dehors, j'allais dire, contre sa volonté, toutes celles qui ont souhaité trouver une place, elles l'ont trouvée ?
JULIEN DENORMANDIE
Objectivement, c'est un sujet sur lequel il faut avoir beaucoup d'humilité et beaucoup de prudence, vous savez, il est parfois dur d'identifier, d'aller à la rencontre des sans-abri, ce qui est sûr, c'est que depuis jeudi dernier, avec les très basses températures qu'on a connues, notamment en Ile-de-France, depuis jeudi dernier, c'est plus de 1.000 places qui ont été ouvertes en Ile-de-France. J'étais hier soir avec la ministre des Armées au centre de Paris, où des anciens bureaux de l'armée ont été transformés en centres d'hébergement d'urgence, on les a transformés dès lundi dernier pour pouvoir accueillir 150 personnes au centre de Paris, en plus…
GUILLAUME DARET
Julien DENORMANDIE, ce que disent les associations, c'est que, ce qui est très compliqué, parfois, c'est de convaincre les SDF de venir dans ces centres. Est-ce qu'il faut par exemple que la police puisse les arrêter pour les emmener de force pour les protéger, c'est ce qui a été fait notamment dans une ville en Belgique ; c'est une bonne idée ou pas ?
JULIEN DENORMANDIE
Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, ce qui est sûr, c'est que, aujourd'hui, il y a des…
GUILLAUME DARET
Pourquoi ?
JULIEN DENORMANDIE
Parce que, aujourd'hui, il y a des personnes dont c'est le métier, c'est ce qu'on appelle les travailleurs sociaux, ce sont les associations qui vont à la rencontre de ces personnes-là, qui sont formés pour les convaincre, pour trouver les mots justes, pour faire face aux appréhensions que ces personnes peuvent…
GUILLAUME DARET
Mais cela, maintenant, ce n'est pas une question de non-assistance à personne en danger.
JULIEN DENORMANDIE
Et alors, mais, ces personnes-là sont à même de déterminer s'il y a ou non non-assistance à personne en danger, et si elles voient des cas très difficiles, ces personnes appellent, soit, les pompiers, soit le SAMU, pour qu'une prise en charge puisse être faite, mais vous voyez bien les solutions, on est vraiment face à des hommes et des femmes, et les solutions doivent être très appropriées…
GUILLAUME DARET
Alors, il n'y a pas que les SDF qui sont concernés, Julien DENORMANDIE, par cette situation difficile, on l'a vu, il y a aussi un Français sur cinq qui est concerné par ce qu'on appelle la précarité énergétique, qui n'a pas les moyens forcément de payer le chauffage, qui a froid en ce moment, qu'est-ce que vous faites pour ces Français-là ?
JULIEN DENORMANDIE
Mais on ne le dit pas suffisamment, mais au moment où je vous parle, là, il y a effectivement un Français sur cinq qui a froid chez lui, et donc il faut renforcer significativement les moyens, c'est…
GUILLAUME DARET
Concrètement ?
JULIEN DENORMANDIE
Concrètement, c'est 1,2 milliard que l'Etat finance sur la durée du quinquennat pour renforcer les moyens du…
GUILLAUME DARET
Ça, c'est nouveau ? Ça vient de…
JULIEN DENORMANDIE
Ça été voté en décembre dernier, c'est dans le cadre des lois de Finances, pour faire en sorte que l'Agence Nationale de l'Habitat, qui est l'entité qui permet de faire les rénovations, puisse avoir les moyens, pour chaque année, rénover, entre cette agence et entre les bailleurs sociaux, 150.000 logements par an.
GUILLAUME DARET
Est-ce que c'est acceptable ? Un Français sur cinq qui dit : je ne peux quasiment pas me chauffer ?
JULIEN DENORMANDIE
Mais ça n'est absolument pas acceptable. J'étais hier dans les Hauts-de-Seine, à la rencontre d'une famille qui bénéficiait justement de ces moyens mis en place par l'Etat, il s'avère que, pour un pavillon, les travaux étaient de plus de 35.000 euros, avec les subventions de l'Etat, mais aussi des collectivités, le reste à charge à la fin n'était que de 5.000 euros. Et cette personne, c'est le jour et la nuit, l'avant, après travaux. Donc non, la situation n'est pas acceptable, c‘est pour ça que l'Etat, dans le cadre des lois de Finances, dans le cadre du grand plan d'investissement, a mis 1,2 milliard pour renforcer les moyens de l'ANAH, et c'est pour ça, également, qu'on donne des financements aux bailleurs sociaux pour faire la rénovation énergétique.
GUILLAUME DARET
Alors, Julien DENORMANDIE, dans quelques semaines, vous allez présenter un projet de loi sur le logement, nos confrères du Figaro ont révélé, ces derniers jours, qu'aujourd'hui, près de 80 % des annonces à Paris du site AIRBNB – vous savez, cette plateforme qui permet aux particuliers de louer leur domicile – seraient illégales, on sait que, aujourd'hui, normalement, un Français a le droit de louer à Paris 120 nuits maximales. Qu'est-ce que vous allez faire pour encadrer cela ? Est-ce que vous allez nous annoncer de nouvelles mesures, est-ce que vous allez taper plus fort, si j'ose dire ?
JULIEN DENORMANDIE
Les plateformes, ce qu'on appelle les plateformes de locations collaboratives, c'est quelque chose de bien, parce que ça permet à chacun de pouvoir gagner aussi en pouvoir d'achat, de pouvoir visiter des villes à moindre coût, maintenant il y a des règles, ça n'est pas la loi de la jungle, et toutes les plates-formes doivent se conformer à ces règles, aujourd'hui…
GUILLAUME DARET
Qu'est-ce qui va changer ?
JULIEN DENORMANDIE
Aujourd'hui, il y a des règles qui existent, elles ne sont pas suffisamment respectées, et donc dans le projet de loi que nous présenterons, nous allons renforcer les sanctions quand ces règles ne sont pas respectées.
GUILLAUME DARET
Mais sanctions contre les particuliers ou contre les plateformes ?
JULIEN DENORMANDIE
Contre ce qu'on appelle les loueurs qui ne respectent pas les règles et contre les plateformes qui hébergent des annonces qui sont considérées comme illégales, ce sont des sanctions financières, ce sont des sanctions qui visent in fine à faire respecter les règles.
GUILLAUME DARET
Dans quelle mesure ? Dans quelle mesure ces sanctions financières ?
JULIEN DENORMANDIE
C'est plusieurs milliers d'euros à chaque fois qu'une annonce illégale, c'est-à-dire une annonce qui ne respecte pas les quotas de nuitées, se retrouve sur ces plateformes…
GUILLAUME DARET
Ces plateformes, comme AIRBNB, ne semblent pas en avoir grand-chose à faire ces dernières semaines, elles disent : oh ce n'est pas notre problème, vraiment…
JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, moi, je les vois régulièrement, je les ai encore réunies, la plupart d'entre elles, il y a quelques jours à mon ministère, j'ai un dialogue ferme, mais constructif avec eux, ferme, parce que je leur ai dit – comme je vous l'annonce ce matin – on va renforcer les sanctions, notamment les sanctions financières quand les annonces ne sont pas considérés comme légales…
GUILLAUME DARET
Il n'est pas question de les fermer ?
JULIEN DENORMANDIE
Et d'autre part, constructif, parce que, encore une fois, ces plateformes, c'est quelque chose d'utile pour l'ensemble des Français, donc il n'est absolument pas question de les fermer, il est juste question de dire que ça n'est pas la loi de la jungle, il y a des règles, il faut les respecter, et quand on ne les respecte pas, il y a des sanctions.
GUILLAUME DARET
Julien DENORMANDIE, un mot pour terminer sur cette tribune publiée par 162 députés de La République En Marche et du MoDem, qui demandent une loi en faveur de l'euthanasie, est-ce qu'il faut légaliser l'euthanasie en France ?
JULIEN DENORMANDIE
Vous savez que c'est un débat qu'il faut mener de manière apaisée, le président de la République l'a dit, l'a dit dans la campagne présidentielle, l'a redit…
GUILLAUME DARET
Vous, vous y êtes favorable ou pas ?
JULIEN DENORMANDIE
Moi, je pense vraiment qu'il faut le faire avec méthode, il y a la revue en amont des lois de ce qu'on appelle bio éthiques, il faut que le débat soit…
GUILLAUME DARET
Vous avez un avis personnel, non ?
JULIEN DENORMANDIE
Non, moi, je pense qu'il faut mener d'abord la discussion, mener le débat, et en fonction de cette discussion, pouvoir se forger un avis totalement éclairé sur la question.
GUILLAUME DARET
Merci beaucoup Julien DENORMANDIE.
JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 mars 2018