Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec RMC le 4 juin 2018, sur la politique du logement.

Texte intégral


JEAN-JACQUES BOURDIN
Julien DENORMANDIE, bonjour.
JULIEN DENORMANDIE
Bonjour
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce projet de loi Elan, logement est en cours de discussion à l'Assemblée nationale, les nuits sont courtes…
JULIEN DENORMANDIE
Je vous le confirme.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Les députés se plaignent d'ailleurs et nous disent : on examine un projet de loi très important en quelques jours, c'est insuffisant, que leur répondez-vous ?
JULIEN DENORMANDIE
Alors, on examine ce projet de loi en à peu près 10 jours, et c'est vrai que c'est un projet de loi important, parce que ça touche le quotidien des Français, et c'est un projet de loi dans lequel on prend énormément de mesures très fortes, sur le logement social, pour créer de la mobilité, pour faciliter la construction…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement, on ne vote pas une mesure très forte à une heure du matin ou à je ne sais pas, moi, à des heures indues ou un samedi matin, c'est ce que disent les députés, certains députés…
JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, vous avez deux types de fatigue, vous avez la fatigue parce que vous êtes assis et puis que les débats sont longs, mais vous avez un autre type de fatigue, c'est parce que vous débattez avec beaucoup d'énergie, avec beaucoup de force sur des dossiers parfois compliqués, qui demandent beaucoup d'attention. Et moi, je trouve que sur ce projet de loi Elan, il y a de la fatigue, mais c'est de la bonne fatigue, parce qu'on travaille beaucoup et dans un très bon état d'esprit avec tous les députés.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais enfin, ça conteste, certains points sont très contestés, alors, il y en a un qui n'est pas trop contesté et qui a été approuvé hier soir, voté, c'est le nouveau bail mobilité, nouveau bail mobilité, c'est simple, c'est un bail non reconductible, aucun dépôt de garantie ne sera exigé par le propriétaire, le locataire pourra bénéficier de la garantie Visale, c'est un bail de 1 à 10 mois.
JULIEN DENORMANDIE
Exactement, c'est un bail qui a été voté cette nuit, à une heure du matin, après près de 3h de discussions, et qui s'adresse à toutes celles et ceux qui nous écoutent et qui sont ce qu'on appelle en mobilité, c'est-à-dire des étudiants en année de césure, des personnes en formation professionnelle, des personnes très importantes, les saisonniers, toutes ces personnes qui nous écoutent savent bien que c'est souvent la galère pour trouver un logement quand vous avez besoin d'un logement pour uniquement quelques mois. C'est la galère, aujourd'hui, le marché ne propose pas ce type de logement, et donc pour remédier à ça, pour apporter une vraie solution à toutes celles et ceux qui nous écoutent et qui sont en mobilité, on a créé ce bail mobilité, donc un bail de 1 à 10 mois qui a une spécificité énorme, c'est qu'il ne nécessitera pas de dépôt de garantie, donc c'est beaucoup plus de facilités pour le locataire.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà un bon aspect de la loi, d'ailleurs, il y a une majorité, même l'opposition s'est en général prononcée pour ce nouveau bail, en revanche, il y a un gros débat sur la vente de logements sociaux, là, aussi, ça a été voté, la vente de logements sociaux. Concrètement, si j'occupe un logement social, je serais le premier sur la liste pour l'acheter, c'est bien cela ?
JULIEN DENORMANDIE
C'est exactement ça, c'est-à-dire qu'un bailleur social pourra vous proposer d'acheter votre propre logement. Mais pourquoi on fait ça ? Parce que là aussi, beaucoup de personnes qui habitent aujourd'hui dans des logements sociaux désirent devenir propriétaires, et c'est très bien ainsi. C'est ce qu'on appelle le parcours résidentiel, moi, je trouve ça très bien que vous puissiez être un moment locataire, et puis, devenir propriétaire quand vous en avez, soit, l'envie, soit, les moyens…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je ne serais pas le seul à pouvoir acheter ? Qui va pouvoir acheter ces logements sociaux ?
JULIEN DENORMANDIE
Aujourd'hui, chaque année, vous avez déjà 8.000 logements sociaux qui sont achetés, notre objectif, c'est de passer de 8.000 à 40.000, c'est de multiplier par quatre le nombre de ventes de logements sociaux…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Si on est en logement social, c'est qu'on n'a pas les moyens de se loger ailleurs ou d'acheter, et à plus forte raison d'acheter !
JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, près de 80 % de la population française est éligible à un logement social, Il y a également des dispositions d'accompagnement pour que vous puissiez devenir propriétaire, des dispositions financières, des accompagnements.
JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire, est-ce que j'aurais droit à un prêt moins cher, est-ce que j'aurais droit à je ne sais pas…
JULIEN DENORMANDIE
Alors, vous avez le droit à des prêts, ce qu'on appelle des prêts à taux zéro, et même des prêts…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, le prêt à taux zéro, oui…
JULIEN DENORMANDIE
Des prêts de location accession, ce qu'on appelle ces prêts accession. Et donc, oui, il existe des dispositions qui permettent à des personnes souhaitant devenir propriétaires de pouvoir plus facilement avoir accès à cette propriété. Encore une fois, c'est : on est parti de la demande de celles et ceux qui habitent aujourd'hui dans des logements sociaux et qui, de manière tout à fait légitime, désirent devenir propriétaires, et donc, on offre, là aussi, des solutions concrètes…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais peut-être que des spéculateurs vont acheter des logements sociaux, pas chers, donc en se disant : eh bien, je les revendrai ou…
JULIEN DENORMANDIE
Alors, on a mis des garde-fous dans la loi, par exemple, lorsque vous vendez des logements sociaux, les maires pourront avoir un droit de préemption, donc dès lors que les maires qui voient passer ces opérations se disent : hou, là, là, ça, c'est pour de la spéculation, parce que c'est tel et tel organisme, à ce moment-là, les maires pourront préempter s'ils le souhaitent, c'est des garde-fous. Mais surtout, vous savez, c'est trop facile à chaque fois qu'on fait de nouvelles dispositions de dire, ici ou là, attention, imaginez dans tel cas, il pourrait se passer quelque chose de pas vertueux. Dans la vie, il y a toujours des personnes qui font des choses pas vertueuses, elles sont une infime minorité. Il y en a beaucoup d'autres qui souhaitent juste pouvoir devenir propriétaires, faire les choses dans les règles, dans les normes, eh bien, moi, mon boulot, c'est de répondre à leur demande à ces personnes qui sont l'immense majorité, ça n'empêche pas de prendre des garde-fous, je vous les ai indiqués.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous toucherez à la loi SRU qui impose aux communes 25 % de logements sociaux ?
JULIEN DENORMANDIE
Moi, j'ai toujours été très clair dessus. La loi SRU, pour ceux qui nous écoutent…
JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu un amendement d'Aurore BERGE, qui souhaitait qu'on assouplisse un peu cette loi SRU…
JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, les députés ont le droit de proposer tous les amendements qu'ils souhaitent…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Aurore BERGE, La République En Marche…
JULIEN DENORMANDIE
Et puis, j'entends les interrogations qu'il y a sur cette loi, mais la loi SRU, pour que tout le monde comprenne, c'est cette loi qui impose des logements sociaux, cette loi, elle date du début des années 2000, c'est la loi qui a permis de construire des logements sociaux, et aujourd'hui, vous avez à peu près 4 millions et demi de logements sociaux en France. Il y a quasiment 2 millions de ménages qui sont en attente d'un logement social, il manque cruellement des logements sociaux en France, et donc, moi, j'ai toujours été très clair, l'ambition, toute l'ambition de la loi SRU doit être préservée.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Les normes pour la construction, là, j'entends les associations de handicapés qui protestent fortement, fortement, puisque les députés, votre loi mettent fin à l'obligation de rendre 100 % des logements accessibles aux handicapés…
JULIEN DENORMANDIE
On passe de 100 % accessible à 100 % évolutif, ça veut dire quoi, et d'ailleurs ce terme, on l'a défini avec les associations de gens en situation de handicap…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi protestent-elles alors ?
JULIEN DENORMANDIE
Ça veut dire quoi 100 % évolutif ? Vous êtes jeune, vous avez des enfants, vous êtes dans un appartement. Aujourd'hui, par exemple, la salle de bain est une salle de bain, quand l'immeuble est construit, très grande, vous savez, pour pouvoir, si vous êtes en fauteuil roulant, avoir accès à cette salle de bain. Mais quand vous êtes jeune, en bonne santé, avec des enfants, vous avez une salle de bain qui est presque aussi grande que la chambre de vos enfants. Vous n'en avez pas l'utilité. Donc ce qu'on fait, c'est que cet appartement, il sera adapté à chacune des étapes de votre vie, quand vous êtes jeune, avec des enfants, en bonne santé, à ce moment-là, votre salle de bain, elle restera petite, et la chambre de vos enfants plus grande. Et si un jour, vous avez un accident de la vie, au moment où on a construit l'immeuble, au moment où on a construit, on a tout prévu, on a fait ce qu'on appelle le gros oeuvre, pour faire en sorte que, pour adapter le logement, vous n'ayez qu'à décaler des cloisons, qu'à décaler la cloison de la salle de bain pour agrandir la salle de bain. C'est ça le logement évolutif, c'est en fait un logement qui vous accompagne tout au long de votre vie, en fonction de votre état, en fonction d'un d'accident qui a pu vous arriver, en fonction de votre vieillissement. Moi, je suis convaincu que trop souvent, c'était le logement pour lequel les individus devaient s'adapter, moi, je voudrais changer cette physionomie, je pense qu'il faut permettre aux individus de voir leur logement pouvoir évoluer en fonction de leurs propres besoins, donc on passe de 100 % adapté à 100 % évolutif. Là aussi, je pense que c'est une vraie avancée, et encore une fois, je le dis très clairement, ce nouveau type de logement, c'est quelque chose sur lequel nous avons travaillé avec les agences et les associations de personnes en situation de handicap.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alexis KOHLER, visé par une plainte d'ANTICOR, mais la présidence de la République affirme que c'est vous, Julien DENORMANDIE qui a été… vous avez été conseiller auprès de Pierre MOSCOVICI et d'Emmanuel MACRON, qui vous occupez de ces sujets, les deux sujets, c'est : MSC et STX. C'est vrai ou pas ?
JULIEN DENORMANDIE
Oui, alors pour le coup, monsieur BOURDIN, enfin, on parle d'un sujet extrêmement compliqué, qui est le logement, extrêmement important, qui est le logement, je trouve que parler de ce sujet-là, alors qu'on est sur un sujet aussi important pour tous les Français, est un peu décalé. Mais je vais vous répondre, Monsieur BOURDIN. Moi, j'ai travaillé beaucoup avec Alexis KOHLER, Alexis KOHLER fait l'objet de critiques…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, d'une plainte d'ANTICOR…
JULIEN DENORMANDIE
De plainte d'ANTICOR. Bon, Alexis KOHLER, il a respecté l'ensemble, vous savez, on est dans un Etat de droit, où vous avez des commissions qui se réunissent pour savoir si oui ou non quelqu'un a le droit de faire quelque chose, cette commission, elle se prononce, monsieur Alexis KOHLER a respecté l'ensemble des avis de cette commission. Donc j'ai envie de dire : circulez, y a rien à voir, que certains s'amusent, veulent écrire des choses, veulent porter de la suspicion sur untel et untel, ça les regarde, mais, moi, je n'ai absolument pas de temps à passer là-dessus. Je suis sur un dossier ô combien important, le logement !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est vous qui vous occupiez de ces sujets ?
JULIEN DENORMANDIE
Mais moi, j'étais collaborateur d'Alexis KOHLER et collaborateur du ministre pour lequel Alexis KOHLER travaillait. Donc oui, moi, je m'occupais de ces dossiers, effectivement.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Merci Julien DENORMANDIE d'être venu nous voir.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 juin 2018