Interviews de M. François Patriat, secrétaire d'Etat aux PME, au commerce, à l'artisanat et à la consommation, à "RTL", à "France Inter" et dans "Le Parisien" le 9 janvier 2002, sur les hausses de prix constatées depuis le passage à l'euro, sur les mesures de transparence, de contrôle et de sanction lorsqu'il y a délit.

Texte intégral

RTL
"Pas de dérapage des prix", c'est toujours le discours officiel ?
- "Je reprends les éléments que vous avez pris. Pour les fruits et légumes qui montent aujourd'hui, par exemple, c'est l'affaire du froid.
On est d'accord, on l'a dit hier.
- "Pour le pain, nous l'avions dit avant ; nous avons reçu les boulangers qui nous ont expliqué ; ils sont venus à plus de modération. Il y a des services dans lesquels aujourd'hui, effectivement, il y a des dérapages, c'est vrai."
Lesquels ?
- Vous avez cité le cas du café, les arrondis sur certains prix psychologiques que les clients connaissent bien."
Par exemple le café-comptoir à un euro, ça a été la tentation...
- "Elle est réelle, elle est relevée et nous engageons aujourd'hui la neuvième vague de contrôle des prix. Quand le Gouvernement dit aujourd'hui qu'il n'y a pas d'inflation liée au passage à l'euro - c'est ce que dit aussi la Banque européenne, les responsables européens -, c'est vrai globalement, ce qui n'empêche pas dans certains secteurs, des tendances à vouloir faire un arrondi supérieur mais qui reste marginal dans l'ensemble du panier de la ménagère et dans l'ensemble des 20 000 produits que nous avons relevés sur 2 000 points de vente."
Vous dites que vous allez faire une nouvelle vague de contrôle mais que voulez-vous contrôler ? Les prix sont libres en France, si quelqu'un veut augmenter, il le peut.
- "Il est vrai que les prix sont libres. Pour les soldes aujourd'hui, je viens d'aller dans les grands magasins, c'est une vraie réussite, tout se passe bien techniquement, psychologiquement, il n'y a pas de files d'attente pour le paiement, tout est bien organisé et les soldes sont une vraie fête très prisée par les Français qui montrent aujourd'hui leur volonté de poursuivre leur consommation. Ce que nous pouvons faire sur les prix, ce que nous faisons déjà, c'est la transparence. Et quand il y a délit, sanctionner ; quand il y a délit sur le double affichage, sur la non-conversion, il y a sanction. Quand il y a dérapage, nous le dénonçons. Nous l'avons dénoncé au mois d'août, ce qui a tout de suite ramené ces secteurs de service qui avaient dérapé à une vraie réalité. J'entends, après avoir rencontré les consommateurs, rencontrer les secteurs qui montrent aujourd'hui des dérapages tels que ceux que vous avez annoncés."
Par exemple, le secteur des distributeurs automatiques. Il y a eu des arrondis hallucinants !
- "Non. Vous avez cité les parcmètres, aujourd'hui non. C'est justifié si on pense à Paris..."
C'est une politique à Paris, on baisse d'un côté, on monte de l'autre.
- "Non... Et ailleurs, il y a des villes encore où n'ose pas passer les parcmètres à l'euro. Donc, les gens ne paient même pas les parcmètres aujourd'hui. Il n'y a pas de verbalisation."
Prenons les distributeurs automatiques de boissons, qui constituent une dépense non négligeable pour les salariés dans les entreprises. On est passés de 2,50 francs la boisson à un demi-euro tout à coup. C'est une augmentation considérable !
- "Mais elle va être sanctionnée par les clients eux-mêmes, qui vont sanctionner les distributeurs de boissons ! C'est ce qui va se faire. Il y a de l'eurovigilance de la part du Gouvernement."
Donc, vous reconnaissez vous-même que vous ne pouvez pas faire grand chose !
- "Non... Je reconnais simplement que dans une période où il n'y a pas de contrôle de prix, l'inflation en France, en 2000 et en 2001 est inférieure à 1,5 %."
Peut-être que le café-machine n'est pas dans la liste ?
- "Si, il y a le café dedans avec tous les produits de première nécessité, de consommation courante qui sont dans la liste. Ca veut dire que nous reconnaissons qu'il y a des tentatives parfois d'arrondis qui ne sont pas profitables aux clients. J'entends ce que disent les consommateurs, et je vais moi-même rencontrer les responsables de ces acteurs pour leur dire : attention, vous jouez contre vous, contre l'économie, vous allez perdre vos clients. La consommation risquerait de tomber dans ces secteurs et vous en seriez les premiers à en pâtir. Donc, globalement, pas de hausse des prix à l'euro."
Il y a un certain secteur qui a arrondi, celui des cafés-restaurateurs. Ils vont venir dans votre bureau, vous allez les convoquer ou les inviter à venir vous voir. Ils vont vous dire : oui, mais on a le problème de TVA, le passage aux 35 heures, donc ne nous cherchez pas des noises sur ce sujet-là...
- "Ils n'ont pas leur TVA baissée de 1 point, et elle a baissé dans les secteurs privilégiés que le Gouvernement a ciblé et qui ont bien réussi. Alors, ils vont nous parler des 35 heures et ils n'y sont pas passés. Donc, qu'ils ne disent pas aujourd'hui qu'ils doivent augmenter leurs prix alors qu'ils passent aux 35 heures, ils n'y sont pas passés. C'est ce qu'avaient dit les boulangers au mois d'août et ils sont revenus sur cette affirmation. La réalité de la hausse du pain au mois d'août était due à une hausse de la farine, à une hausse du gaz à l'époque. Depuis, il y a eu une vraie modération sur le pain. Je vous rappelle quand même, pour le consommateur aussi, que le pain depuis 1997, n'a pas augmenté de plus 5,2 %."
Quand vont prendre fin les accords que vous avez signés avec les grandes enseignes, avec les supermarchés, qui, on l'a noté, ont plutôt baissé leurs prix.
- "Vous avez dit qu'ils ont arrondis à la baisse. Très grande fiabilité aussi dans l'ensemble des commerces que j'ai pu visiter ces jours derniers quant à la conversion et quant à l'arrondi."
C'est un accord qui est signé jusqu'à quand ?
- "Il y a un accord du 1er novembre au 31 mars. Et j'ai rencontré les responsables de la distribution qui m'ont dit avoir engagé des négociations très sérieuses, d'une grande vigilance vis-à-vis des producteurs pour qu'il n'y ait en aucun cas de hausse des prix à partir du 1er mars mais que cette tendance à la stabilité qui est facteur de consommation et qui est profit pour l'ensemble de la population, soit poursuivie."
(Source http://Sig.premier-ministre.gouv.fr, le 10 janvier 2002)
France-Inter
Vos services ont mis en place un dispositif particulier pour ces soldes ?
- "Pour les soldes, nous avons préparé, dès le mois de décembre, les références. C'est-à-dire qu'il y a eu des contrôles multipliés, importants, extrêmement sérieux pour voir les prix, pour relever les prix comme l'ont fait d'ailleurs certains consommateurs que j'ai vu ce matin dans les grands magasins et aujourd'hui nos services vérifient la réalité de la baisse, du taux de la baisse du prix et du bon affichage."
De très nombreuses associations de consommateurs signalent aujourd'hui des hausses de prix, essentiellement chez les petits commerçants, mais des hausses de prix. Est-ce que les services de la répression des fraudes signalent ces hausses de prix ?
- "Il y a deux choses : il y a les soldes, qui fonctionnent plutôt bien, qui démarrent très bien avec un taux de paiement en euros dans les grands magasins qui dépasse maintenant les 90 %. Bon, pour les soldes, ça fonctionne plutôt bien. Pour les hausses de prix, là encore, nous lançons aujourd'hui une nouvelle vague de contrôles, très importante, avec des agents supplémentaires sur l'ensemble des prix. Globalement, si on prend l'indice INSEE, c'est vrai qu'il n'y a pas de hausse des prix liée à l'euro mais il y a des dérapages, j'en conviens et nous le reconnaissons, notamment dans le domaine des services. Je pense aujourd'hui, pour l'avoir constaté moi-même, à la restaurations, aux cafés, qui sont des prix symboliques. Vous avez vu que sur le pain - cela avait été le prix symbolique au mois d'août - aujourd'hui, il semble y avoir au contraire un vrai ralentissement, malgré quelques exceptions. Mais nous allons les rendre transparents. Vous savez qu'il n'y a plus de contrôle des prix, sauf s'il y a une volonté de malversations sur le double affichage et sur la conversion. Ça n'est pas pénal. Nous allons rendre cela transparent et je vais moi-même rencontrer les responsables de ces secteurs - comme je rencontrerai les consommateurs la semaine prochaine - pour les rappeler à la modération, pour leur dire qu'ils jouent contre leur économie, contre leur clientèle, contre leur activité et qu'il faut qu'ils soient modérés. Je considère que cela a déjà marché en août et septembre, puisque nous avons eu un indice des prix très bas en novembre et décembre et une très bonne consommation. Il ne faut pas casser la consommation par des comportements qui ne sont pas louables."
F. Patriat, pourquoi ne pas avoir imposé l'obligation du double affichage dans un premier temps ?
- "Pour l'euro, c'est la règle du ni-ni. Moi, j'ai pu constater ce matin qu'il y avait 4 affichages ; quatre affichages, c'est très bien : l'ancien prix en francs, en euros, le nouveau francs/euros + le taux de baisse. Je crois que le client est bien informé et qu'il le regarde et qu'il le sait. Imposer le double affichage, vous savez, il est à 98% et 100% en grande distribution et à + de 80% dans le commerce, globalement par ailleurs. Donc, ça veut dire qu'on y est déjà. Les récalcitrants qui ne le font pas, ils le font à leur détriment, parce que les clients sont exigeants aujourd'hui, ils ont des repères en euros, ils retiennent mieux les prix en euros. Ceux qui ne veulent pas le faire aujourd'hui sont soupçonnés par leurs clients soit de malversations, soit de n'être pas eux-mêmes au courant, ce qui les place eux-mêmes en porte-à-faux."
Une question d'un auditeur de France Inter sur le site. Il nous demande : est-ce que l'affichage "les soldes ne sont ni repris ni échangés" est légal ?
- "Oui, il est légal."
Est-ce que vous pensez qu'effectivement on va voir le franc "assécher" comme on dit, dans les deux semaines, que les soldes vont contribuer à sortir les billets du bas de laine des Français ?
- "Les gens que nous avons pu rencontrer ce matin disent qu'ils viennent soit dépenser leurs derniers francs, soit dépenser des francs qu'ils avaient gardé volontairement pour les soldes. Donc, nous avons une remontée des francs très importante, même plus importante que prévue et le taux de paiement en euros est aujourd'hui très élevé, ils est au-delà des espérances. Donc, effectivement, encore une semaine, une très bonne semaine de soldes plus trois semaines de soldes encore ensuite - telles que nous les avons souhaitées - et je pense que, à la mi-janvier, on aura déjà fait remonter le maximum de francs."
(Source http://Sig.premier-ministre.gouv.fr, le 10 janvier 2002)