Communication de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la jeunesse et des sports, sur les orientations de la politique du sport pour les jeunes, en Conseil des ministres le 8 septembre 1993.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Circonstance : Réunion du Conseil des ministres le 8 septembre 1993

Texte intégral

Longtemps considérée comme un loisir privilégié, l'activité sportive change aujourd'hui de nature. Dans une société en proie aux tensions sociales, à la crise de l'emploi, au doute sur ses valeurs fondamentales, le sport prend, aux yeux des jeunes, rang parmi les références stables et essentielles. Sondages et enquêtes montrent que, malgré les excès de toute nature largement médiatisés, les moins de 25 ans placent le sport comme une de leurs deux ou trois valeurs positives.
 
Cette attitude doit conduire à une nouvelle approche du rôle du sport dans la société, particulièrement à l'égard des jeunes, et, par voie de conséquence, à de nouvelles orientations de l'action des pouvoirs publics.

I. – Le sport élément de cohésion

À côté de l'éducation proprement dite, le sport a aujourd'hui un rôle essentiel à jouer dans la formation des jeunes à la vie sociale et économique.

A. – L'activité sportive contribue indiscutablement à la prévention en matière de santé publique et plus spécifiquement contre la toxicomanie et l'alcoolisme ; elle fait prendre conscience de son corps, de ses exigences et incite au dépassement de ses limites, ce qui est incompatible avec de nombreuses déviances.

Le sport, dans un monde où l'agressivité grandit, est aussi un facteur de tolérance et d'intégration. Dans une équipe, le but est commun au-delà des différences d'origine. La fin du match scelle la réconciliation, marque la complicité ou l'amitié.

Enfin, la pratique sportive est la première initiation concrète à la règle juridique. Le coup de sifflet marque à la fois l'autorité de l'arbitre, substitut du juge, et la transgression de la règle, succédé de la loi.

B. – Au-delà même de ce rôle intégrateur dans la vie sociale, le sport est le seul lieu aujourd'hui où les plus jeunes approchent la notion de compétitivité, caractéristique du monde économique. Pour des raisons pédagogiques diverses, l'école a écarté largement les idées de classement, de prix, et a atténué le rôle des notes. Lorsqu'ils sont confrontés à la concurrence économique et à la sélection pour l'emploi, les jeunes n'ont d'autre expérience des exigences de la compétition que le sport.

Ces considérations sur le rôle du sport comme élément de formation guident les orientations de l'action des pouvoirs publics.

II. – Les orientations

Une politique du sport pour les jeunes doit s'adresser à tous les jeunes, et prendre en compte leur préoccupation majeure : l'emploi.

A. – Tous les jeunes, cela signifie non seulement ceux qui ont des difficultés sociales et culturelles – on prend en effet de plus en plus conscience du rôle « récupérateur » du sport – mais aussi tous ceux que l'avenir angoisse et à qui il faut rendre confiance.

1. Cela veut dire s'occuper des jeunes du monde rural comme de ceux des villes. Faute d'animation locale, les premiers risquent de venir grossir les banlieues et les quartiers difficiles.

C'est pourquoi l'action du Ministère de la Jeunesse et des Sports accompagnera les grands défis de l'aménagement du territoire. Seront aidés, en partenariat avec les collectivités locales et les associations, les projets locaux d'équipements et d'animation sportive.

En 1994, un effort budgétaire de 60 MF accompagnera les actions de développement sportif.

Dans cet état d'esprit, à titre d'exemple de petites actions possibles, les équipements de vestiaires-douches démontables des Jeux Olympiques d'Albertville viennent d'être offerts aux collectivités locales petites et moyennes qui voulaient compléter leurs installations.

En milieu urbain, dans le cadre du plan de relance de la politique de la ville, il est prévu de compléter les petits équipements sportifs de proximité. Cette action s'accompagne de la volonté de développer la responsabilisation des utilisateurs en posant comme condition de mise en place de ces installations l'existence d'un groupe ou association, chargé de leur utilisation et de leur entretien. Par ailleurs, il apparaît indispensable d'accompagner les actions par l'encadrement d'animateurs, aujourd'hui trop peu nombreux comme l'estime aussi le ministre d'État, ministre de la Ville.

2. Le rôle formateur du sport légitime sa vocation à s'adresser à tous les jeunes dès leur plus jeune âge, en prenant en compte les diverses activités, notamment scolaires, des jeunes.

a) Ceci explique la politique des 2 ou 3 demi-journées d'activités sportives par semaine. Elle est déjà mise en œuvre, je l'ai constaté, dans nombre de communes surtout petites ou moyennes. Il conviendra de la développer dans le cadre du partenariat avec les collectivités locales, moteur indispensable de ces actions, et en liaison avec les responsables de l'Éducation nationale. Un nouveau budget de 5 MF y sera consacré.

b) C'est aussi dans cette perspective formatrice que les diverses catégories d'actions liées à l'aménagement du temps de l'enfant, financées par le seul ministère de la Jeunesse et des Sports au titre de l'État, devront être non seulement poursuivies et développées dans leur finalité, mais aussi réaménagées pour une meilleure coordination et une compréhension simplifiées par les partenaires intéressés, collectivités, parents, enseignants, associations.

3. Pour les jeunes qui pratiquent de façon intensive le sport, et afin d'écarter les réticences des parents craignant qu'un tel choix n'hypothèque l'avenir professionnel de leurs enfants, diverses mesures d'accompagnement scolaire et professionnel sont prévues, dont les ménagements de cursus scolaires permettant de concilier objectifs sportifs de haut niveau et poursuite d'études de qualité.

4. Certains n'ont pas la chance des autres. L'aide aux associations permettant aux jeunes handicapés l'accès à la pratique sportive sera sensiblement réévaluée.

Ainsi, c'est véritablement pour tous les jeunes que le Ministère de la Jeunesse et des Sports entend apporter sa contribution à la construction d'une société où chacun se sentirait plus à l'aise.

B. – Rien en ce sens ne peut se faire néanmoins si on occulte la préoccupation majeure des jeunes aujourd'hui leur devenir professionnel. Le Ministère de la Jeunesse et des Sports entend lui aussi apporter sa contribution à l'œuvre commune.

1. Par ses créations d'emplois

Le sport est de très loin le secteur de notre pays regroupant le plus grand nombre d'associations (150 000 associations – 12 millions de licenciés – 24 millions de pratiquants). C'est par là-même un important gisement d'emplois.

Les possibilités d'emploi sont multiples, qu'elles soient liées aux sports nautiques, mécaniques ou de montagne, ou qu'elles concernent la gestion et la maintenance des équipements, l'entretien des sites forestiers, de montagne, d'eau vive, et la sécurité.

Le dispositif expérimental « Profession Sport » s'étant révélé concluant, il pourra, sous réserve de quelques aménagements, dans le cas de petites communes ou associations, servir de support à des créations d'emplois impossibles sans ce soutien financier et cette coordination.

Cette opération sera étendue à l'ensemble du pays. En fonction des besoins et des demandes de nos partenaires élus et associatifs, les secteurs d'intervention de ces animateurs et éducateurs seront diversifiés.

2. Dans le domaine de la formation des cadres sportifs, le ministère de la Jeunesse et des Sports est responsable du dispositif des brevets d'État d'éducateur sportif. Une rénovation et une modernisation de ce système est aujourd'hui engagée.

De même, certaines formations professionnelles peu prisées des jeunes, – (bâtiment, mécanique) – peuvent prendre un attrait et une actualité renouvelés dès lors qu'on les lie à des pratiques ou des équipements sportifs, en ajoutant une petite spécialisation.

Enfin, l'apprentissage sera ouvert pour la première fois, dans le domaine des métiers du sport. Il s'agit de faciliter l'insertion professionnelle dans le secteur sportif de jeunes, souvent en situation d'échec scolaire, et pour qui les formations classiques du ministère de la Jeunesse et des Sports se rapprochent trop de l'école. Dès 1993, dans 10 départements-test choisis en liaison avec le ministère du Travail, des contrats seront proposés. Ils déboucheront en deux ans sur 10 000 emplois.

Cette démarche correspond à une attente des jeunes comme des entreprises, notamment en assurant des débouchés sur le plan local à une main-d'œuvre autochtone.

Une nouvelle politique du sport pour les jeunes, c'est donc une grande ambition : donner à l'activité sportive une fonction structurante, la mettre au service du développement global de notre société, et apporter à la jeunesse un message d'espoir à la mesure des valeurs sportives.