Article de M. Dominique Perben, ministre des DOM TOM, dans "Le Figaro" du 8 septembre 1993, sur les priorités de la politique d'aménagement du territoire pour l'outre-mer, intitulé "Renforcer la cohésion nationale".

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Média : Le Figaro

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Tribune de l'aménagement du territoire

Renforcer la cohésion nationale

Nos deux millions de concitoyens d'outre-mer doivent savoir qu'ils sont une chance pour la France.

Une politique forte d'aménagement du territoire, c'est-à-dire la recherche d'une occupation cohérente de l'espace, a pour but de renforcer la cohésion nationale – en corrigeant les déséquilibres observés, qu'ils s'expriment en termes de démographie, de relations entre zone urbaine et zone rurale, de désenclavement – et de favoriser la compétitivité des territoires respectifs.

L'outre-mer, partie intégrante de la nation, comme l'affirme notre Constitution, est pleinement concerné par la préparation de la loi d'orientation sur l'aménagement du territoire. En arrêtant des mesures qui lui sont spécifiques, le CIAT du 12 juillet, à Mende, l'a bien pris en compte et appelle de notre part des réponses originales.

Mobiliser les efforts

Cette spécificité est telle, au regard des caractéristiques de la métropole, qu'il nous faut imaginer et mettre en œuvre une doctrine particulière qui doit orienter l'action des pouvoirs publics, à chaque niveau – collectivités locales, État, Communauté européenne.

Nos deux millions de concitoyens de l'outre-mer doivent savoir qu'ils sont une chance pour la France, la préparation de la loi d'orientation étant l'occasion de mobiliser les efforts de tous les partenaires.

Les onze millions de kilomètres carrés de superficie océanique, les 625 000 km2 de terres émergées répartis sur quatre océans – Atlantique, Pacifique, Indien et Antarctique – donnent la dimension de l'enjeu, qu'il faut concevoir tant en termes d'économie et de développement humain que de géopolitique à l'échelle mondiale pour la France.

Au-delà de la particularité de chaque département ou territoire, les caractéristiques constantes que j'ai pu observer à l'occasion de mes déplacements récents aux Antilles, Guyane, à la Réunion ou dans le Pacifique sont les suivantes :

a) À l'inverse de ce que connaissent certaines parties du territoire métropolitain, l'outre-mer est confronté à une croissance démographique forte que renforce un "effet frontière" incontournable dû au caractère insulaire de ces régions – à l'exception de la Guyane.

b) Les métropoles locales ont connu un accroissement récent, parfois désordonné et disproportionné, facteur de destruction des équilibres de la société traditionnelle.
c) Le patrimoine foncier agricole est une source de richesse et de stabilité économique et sociale au travers de l'entretien des paysages, des cultures vivrières et des recettes d'exportation qu'il procure : sa préservation est nécessaire ;

d) La pression démographique et l'exiguïté des territoires posent de délicats problèmes d'environnement, dont la maîtrise doit aboutir à une conception raisonnée du développement.

Engagement clé

Il est clair que le "laissez-faire" revient à consacrer l'instauration d'une "pagaille spatiale", qui entraîne l'accroissement des déséquilibres socio-culturels et une déstabilisation des sociétés traditionnelles qui constituent le fondement et la richesse de ces territoires.

L'affirmation d'une politique forte d'aménagement du territoire – qui est un engagement clé du gouvernement –, appliquée à l'outre-mer, conduira ainsi les pouvoirs publics, à l'issue du grand débat national, à dégager des priorités d'actions qui se retrouveront dans tous les programmes d'équipement de ces régions et territoires.

Cette politique ne pourra cependant trouver sa pertinence que dans la mesure où, dans une nation décentralisée, l'État exercera pleinement ses prérogatives en tenant compte des adaptations nécessitées par la spécificité des collectivités de l'outre-mer.

À titre d'exemples, et en s'appuyant sur les mesures déjà décidées par le CIAT du 12 juillet, sous l'autorité de M. Balladur, il faudra rechercher :

1) Une maîtrise de l'urbanisation par la reconquête, en priorité, de friches urbaines en évitant l'accroissement disproportionné de villes déjà saturées, et l'orientation des programmes de logement social vers les communes "de l'intérieur", ou dans les archipels éloignés.

2. Une maîtrise de l'environnement en facilitant, comme l'y autorise maintenant la loi de défiscalisation, la réalisation d'équipements de traitement de l'eau ou des déchets.

3. Un désenclavement, tant interne qu'externe, des régions et territoires d'outre-mer, et notamment dans le cas des archipels, telles la Guadeloupe ou la Polynésie, en facilitant les liaisons inter îles et en optimisant la répartition des activités économiques.

4. Une démarche plus imaginative en matière de développement économique ; ainsi, les télécommunications par satellites et les progrès de l'informatique ouvrent des voies nouvelles comme celle du télétravail, puisque, dans ce cas particulier, le handicap du décalage horaire peut se transformer en atout important.

Ces actions, menées avec persévérance et détermination, sur une longue période, contribueront à un développement économique harmonieux de l'outre-mer, renforçant ses richesses, sa vocation touristique et son intégration dans son environnement régional.