Déclaration de M. Jean Puech, ministre de l'agriculture et de la pêche, sur la crise des pêches françaises et des chantiers navals et sur l'impact des pêches sur la diversité biologique des espèces, Les Sables d'Olonne le 24 septembre 1993.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Jean Puech - Ministre de l'agriculture et de la pêche

Circonstance : Cérémonie de baptême d'un navire océanographique d'exploration scientifique de la mer Méditerranée construit par l'IFREMER par le chantier OCEA

Texte intégral

Madame,
Monsieur le commissaire,
Messieurs les parlementaires,
Monsieur le président directeur général de I'IFREMER,
Monsieur le président du Comité national des pêches,
Messieurs les présidents des comités locaux régionaux,
Messieurs les présidents des organisations de producteurs,
Mesdames, Messieurs,

En acceptant d'être la marraine de ce navire de recherche qui va bientôt quitter le port des Sables d'Olonne pour les rivages de la méditerranée, vous avez honoré non seulement l'Institut français pour la recherche et l'exploitation de la mer (IFREMER) mais aussi son homologue italien l'Institut central pour la recherche scientifique et technologique appliquée à la mer, qui construisant ensemble ce navire pour poursuivre des recherches communes augurent d'une coopération scientifique accrue entre les quatre pays méditerranéens de la Communauté économique européenne.

Soyez en remerciée.

Je voudrais également, Monsieur le commissaire vous exprimer à nouveau toute ma gratitude pour votre venue aux Sables d'Olonne qui a permis ce matin une rencontre avec les professionnels de la pêche.

Sa densité et sa haute tenue sont à souligner. Elle a permis, j'en suis persuadé d'avoir un éclairage plus précis, plus complet mais aussi plus humain sur les dures crises qui affectent les pêches françaises et européennes.

Assister au baptême d'un navire est toujours une cérémonie chargée d'émotion pour les marins, parce que tous nous ressentons qu'il s'agit d'une nouvelle vie qui commence.

C'est également un moment chargé d'émotion pour le chantier naval qui voit partir le fruit de son travail.

Je voudrais à cette occasion souligner la qualité de cette réalisation ainsi que son caractère innovant comme s'est plu à le faire Monsieur Papon, président directeur général d'IFREMER.

Le type de navire – un catamaran, le choix du matériau, l'aluminium, la mise en commun du savoir-faire du chantier naval et la technologie de l'Ifremer, des adaptations technologiques inédites, font de ce navire une réelle nouveauté et préfigure sans doute de futurs réalisations qui bénéficieront de l'expérimentation acquise sur l'Europe.

Le savoir-faire du chantier OCEA n'est plus à démontrer dans le domaine de la pêche et la construction des catamarans.

Sa réputation est désormais acquise. Mais ce chantier quel que soit la qualité de ses fabrications subit, comme d'autres la répercussion de la crise de la pêche. 

En effet, monsieur le commissaire la conjoncture particulièrement difficile que traverse ce secteur n'a pas seulement les conséquences que l'on connaît sur les marchés ou la situation financière des entreprises de pêche, elle a également des conséquences sur le secteur amont, la construction et la réparation navale. Les carnets de commande de ces entreprises, qui certes cherchent à se diversifier dans leurs productions, comme les chantiers OCEA, sont aujourd'hui hélas fort peu remplis parce que les armements, repoussent le renouvellement de leur outil de travail ou en diffèrent l'entretien, la réparation ou la modernisation. 

La crise sans précédent que connaissent aujourd'hui les pêches françaises, confrontées à la fois aux problèmes de ressources et à la désorganisation des marché frappe l'ensemble de la filière halieutique française et européenne. 

Des réponses rapides et efficaces sont aujourd'hui attendues par l'ensemble des professionnels en ce qui concerne notamment le marché.

Le rapport demandé à la Commission, lors du dernier conseil des ministres des pêches à Luxembourg, devra répondre à cette attente et présenter conformément à la déclaration adoptée à l'unanimité "une analyse critique des mécanismes de gestion des marchés et de sauvegarde existants".

Pour ma part, je considère qu'il convient : de rendre plus opérationnels, plus permanents et plus efficaces les mécanismes de protection en cas de perturbation du marché ; de réviser les clauses de sauvegarde qui existent dans l'ensemble des accords qui abaissent les tarifs douaniers sur les produits de la mer.

Cela suppose un système d'observation, existant dans l'ensemble des états membres, capable d'informer la Commission en temps réel afin qu'elle prenne immédiatement les mesures qui s'imposent.

C'est cela la préférence communautaire, la liberté des échanges commerciaux avec les pays tiers ne doit pas empêcher la communauté de protéger son marché lorsqu'il est perturbé.

La compétitivité et l'amélioration de la situation des entreprises passent également par une démarche axée sur la valorisation des produits.

Cela nécessite en premier lieu une adaptation des outils portuaires, et en particulier des halles à marée. Tel est le cas ici en Vendée ou l'ensemble des ports a parfaitement compris la nécessité de procéder à des investissements certes lourds mais indispensables.

Indispensables parce que la réglementation elle-même a évolué. Les normes sanitaires européennes engagent en effet l'ensemble de filière.

Indispensables parce qu'ils permettent de vendre le meilleur produit possible, sans rupture dans la chaîne du froid et dont les conditions d'hygiène sont optimales.

À ces efforts financiers de tous – collectivités territoriales, gestionnaires des ports, communauté économique européenne – l'État contribue d'une manière non négligeable. Je suis heureux d'annoncer ici que le taux de subvention de l'État vient en effet de passer à 15 % pour l'ensemble des criées vendéennes.

En second lieu la valorisation implique une démarche qualité visant le produit lui-même et sa reconnaissance par le consommateur. C'est toute la démarche du FIOM et des politiques de labellisation et de certification qu'il développe.

Enfin, la promotion de certaines espèces n'est pas à négliger. Ainsi la campagne qui a été menée en août dernier sur le merlu, espèce particulièrement pêchée aux Sables d'Olonne.

Je ne voudrai pas oublier de souligner également le succès de la "caravane du poisson" dont la réalisation a été possible grâce au concours de la Communauté européenne.

En revenant quelques instants à notre réunion de ce matin, j'évoquerai quelques points qui me paraissent essentiels et notamment la pêche au thon au filet maillant dérivant.

On a beaucoup parlé et beaucoup écrit sur cette pêche, l'accusant de tous les maux en faisant d'ailleurs un "amalgame" entre les excès de la pratique de la pêche du thon dans le pacifique et la pêche germonière pratiquée par des navires de pêche artisanale.

L'étude concernant l'impact de cette pêche sur les populations de mammifères marins doit très prochainement être communiquée à la Commission. Sa phase opérationnelle vient de se terminer il y a quelques jours, mais les premiers éléments scientifiques en ma possession font état de prises accessoires marginales qui ne menacent en rien l'espèce elle-même, c'est-à-dire la richesse, la diversité et l'équilibre écologique.

Il ne me paraîtrait donc pas raisonnable de vouloir restreindre une pêche dont l'importance socio-économique est déterminante.

D'une manière plus générale de telles considérations économiques et sociales doivent toujours être présentes à l'esprit lorsqu'on envisage une nouvelle réglementation.

Notre responsabilité est en effet d'adapter des règles pour gérer et conserver la ressource afin de permettre aux pêcheurs de continuer à en vivre, et non pas de prendre des mesures qui entraîneraient la disparition des emplois de ce secteur.

En conclusion, je rappellerai que :

La recherche halieutique européenne, comme un récent rapport de la commission l'a démontré offre un tissu remarquable des structures d'expertises diverses dans leur approche, leur sensibilités, leurs technicités, mais elle suppose sans doute une meilleure coopération entre équipe de recherche des états membres et une meilleure harmonisation des recherches nationales.

La création d'outils communs que sont les navires de recherche participe à cette démarche ; le coût de ces investissements l'impose à mon sens.

L'Europe préfigure cette coopération, par son partenariat avec l'Italie.

Le navire de recherche Halieutique de demain, poursuivra à n'en pas douter, cette voie.

Mais pour l'instant, et comme il est de tradition souhaitons à ce navire et à son équipage.

Bon vent et bonne mer