Interview de M. Pascal Clément, ministre chargé des relations avec l'Assemblée nationale, dans "Le Quotidien de Paris" du 29 septembre 1993, sur les rapports gouvernement majorité et l'activité parlementaire.

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Le Quotidien : Au début de cette session parlementaire, ne craignez-vous pas que la majorité – peut-être parce qu'elle est pléthorique – ne soit tentée de malmener le gouvernement, à propos du plan emploi, du Gatt ou du budget ?

Pascal Clément : Il faut, me semble-t-il, établir une distinction entre les votes eux-mêmes – et je n'ai aucun doute quant au soutien que les deux groupes de la majorité accordent au gouvernement d'Édouard Balladur – et la manière dont nous parviendrons au résultat.

Le Quotidien : Vous redoutez un déluge d'amendements protestataires ?

Pascal Clément : De la part de la majorité, il y aura des amendements constructifs mais certainement pas un déluge. Ainsi le rapporteur Denis Jacquat et le président de la commission Michel Péricard ont accepté soixante amendements sur les 275 qui avaient été déposés. Quant à l'opposition, elle a déjà précisé qu'elle chercherait plus la quantité que la qualité.

Le Quotidien : La compétition entre RPR et UDF est-elle de nature à provoquer au sein de la majorité une surenchère parlementaire à l'occasion des grands débats de cette session ?

Pascal Clément : Je ne crois pas à une surenchère entre les deux formations de la majorité, et je ne la crains pas. L'union est acquise dans les esprits et elle se traduit, au Parlement, par une cohésion sans faille des élus au moment des grands scrutins. Il peut y avoir néanmoins des surenchères entre telle ou telle personnalité. Mais le clivage n'est pas entre le RPR et l'UDF, d'autant moins que l'on trouve aujourd'hui, des tenants de thèses différentes de celles défendues par le gouvernement dans les deux familles politiques.

Le Quotidien : Le premier débat, celui sur la loi quinquennale pour l'emploi, est peut-être le plus dangereux pour le gouvernement. Comment comptez-vous désamorcer la grogne prévisible d'une partie des députés ?

Pascal Clément : Ce texte très important a fait l'objet d'un intense travail de préparation. Le Premier ministre, lui-même, s'y est personnellement et longuement impliqué, en recevant, une journée entière, les partenaires sociaux. Michel Giraud a reçu, de son côté, les différents intervenants des groupes de la majorité. Les parlementaires sont tout à fait informés sur ce que pensent accepter le Premier ministre et le ministre de l'Emploi. Ils savent aussi que le gouvernement est prêt à examiner favorablement toute amélioration d'origine parlementaire qui ne remettrait naturellement pas en cause l'équilibre du projet.

Le Quotidien : Concernant le vote de la loi de finances, ne pensez-vous pas que les parlementaires pourraient mener dans le débat une offensive de harcèlement ?

Pascal Clément : Je crois que les élus de la majorité sont parfaitement conscients de la situation dans laquelle se trouve notre pays et de l'état de nos finances publiques. Pour cette raison, je ne pense pas que la discussion budgétaire puisse déraper. Il y a toutefois un point sur lequel nous devons nous montrer vigilants. Je m'attends, en effet, à ce que les parlementaires expriment des observations au sujet des dotations de l'État aux collectivités locales.

Le Quotidien : Une fois de plus, on constate que les propositions de loi sont réduites à la portion congrue. Est-ce la meilleure façon de revitaliser le Parlement ?

Pascal Clément : Des propositions de loi touchant à des sujets essentiels seront inscrits à l'ordre du jour de cette session d'automne (alors que le temps consacré obligatoirement à la discussion budgétaire ne permet pas de multiplier les débats sur les autres textes). Et ainsi, le gouvernement décidera très probablement d'inscrire la proposition de loi concernant la réforme des faillites et la liquidation judiciaire. Ce texte qui devrait assouplir notre arsenal juridique dans le cadre de la lutte pour l'emploi a été élaboré par quatre nouveaux élus, tous praticiens expérimentés du droit des affaires. Jérôme Bignon, député RPR de la Somme, Philippe Houillon, député UDF du Val-d'Oise, ancien bâtonnier, Xavier de Roux, député UDF de la Charente-Maritime, et Jean-Pierre Philibert, député UDF de la Loire. Le travail très approfondi qu'ils ont mené en commission des lois, augure bien d'un débat de haute qualité, dont le mérite revient ainsi aux parlementaires eux-mêmes.