Texte intégral
Monsieur le président de la Bibliothèque nationale de France,
Monsieur le directeur du livre et de la lecture, Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
Les hasards du calendrier ajoutent à mon plaisir d’être parmi vous pour clore cette journée de travail : Je ne crois pas en effet qu’un ministre de la culture et de la communication puisse rêver de meilleure préparation, à dix jours de l’ouverture du Salon du livre, mais aussi de la Fête de l'Internet, que de devoir parler des nouvelles technologies de la communication devant des bibliothécaires.
Le rôle de la numérisation dans un partenariat entre établissements culturels était au cœur de vos réflexions. Ce sujet rejoint deux préoccupations majeures du Gouvernement : l'aménagement du territoire, et la diffusion de contenus en français sur les réseaux d'information.
Le programme de la matinée me dispense, je crois, de revenir longuement sur le bilan de l'action de la Bibliothèque nationale de France en faveur de l'aménagement culturel du territoire. Je veux cependant réaffirmer devant vous tout mon attachement en tant que ministre de la culture et de la communication, au développement de relations étroites entre la BNF et les grandes bibliothèques françaises, qu’elles soient municipales ou universitaires.
L'important effort financier consenti par la collectivité nationale pour la construction de la bibliothèque de Tolbiac aurait justifié à lui seul que la BNF participât pleinement au rééquilibrage de l’offre culturelle en faveur des régions. Mais je sais que ce rôle particulier tient à des raisons plus profondes, qui découlent des missions traditionnelles d'une bibliothèque nationale, de l'histoire du patrimoine écrit, graphique et audiovisuel français, et de la compétence des personnels de cet établissement. Je suis convaincue que la BNF a également tout à gagner d'un partenariat fort avec des établissements riches d'un patrimoine unique ou spécialisé dans un domaine de recherche.
Dans ces conditions, je ne peux que me réjouir de voir aujourd'hui les premiers résultats du travail mené au cours de ces dernières années pour consolider et diversifier cette politique de coopération nationale.
Ainsi, la poursuite du partage des acquisitions entre la BNF et ses pôles associés permet de garantir la continuité indispensable à tout accroissement suivi des collections, notamment en matière de périodiques. La refonte progressive du dépôt légal est désormais bien avancée ; je peux vous donner l’assurance que la totalité des collectivités territoriales concernées bénéficieront d’ici la fin de l’an 2000 du renforcement du soutien financier apporté par l’État à la gestion du dépôt légal d'imprimeur en région. Pour illustrer l'ampleur de cet effort, je rappellerai simplement que dès l’an 2000, les subventions pour le dépôt légal régional représenteront plus de sept millions de francs sur le budget de la BNF, alors qu'elles n'atteignaient pas tout à fait un million de francs en 1995.
Le Catalogue collectif de France connaîtra d'ici quelques semaines un premier aboutissement grâce au répertoire national informatisé qui recensera les bibliothèques et centres de documentation français. Certes, comme pour le dépôt légal, ce chantier ne sera achevé qu’en l’an 2000 : il faudra d’ici deux ans enrichir ce répertoire, donner accès aux catalogues informatisés des grandes bibliothèques et ouvrir le système de prêt entre bibliothèques. Mais cette première étape est significative : le Catalogue collectif de France n’est plus un rêve, il devient réalité.
Ces résultats sont encourageants. Ils augurent à eux seuls de profonds changements dans votre travail à l'horizon des deux prochaines années. J'estime cependant qu’ils doivent aussi nous inciter à aller encore plus loin pour atteindre l'objectif qui donnera sa cohérence à ces premières avancées : offrir les collections de vos établissements au plus grand nombre d'usagers qu'ils se trouvent en France ou à l'étranger.
C’est donc bien la fourniture de documents à distance, pour user de votre vocabulaire professionnel, qui doit constituer le cœur de la politique de réseau des bibliothèques. Le développement des nouvelles technologies de la communication nous apporte des outils performants pour y parvenir, même si j'incline à penser que toute la documentation ne circulera pas tout de suite sur le réseau Internet. La fourniture de documents à distance devra sans doute associer, au moins dans un premier temps, des modes encore traditionnels à la transmission électronique.
Le Catalogue collectif de France esquissera un début de réponse technique, en offrant l’accès à distance à 15 millions de notices bibliographiques et une messagerie de prêt pour les bibliothèques de lecture publique. Mais je considère qu'il ne s’agit là que d'un préalable qui doit être complété impérativement par trois autres mesures.
Il est tout d'abord indispensable, Monsieur le Président, que votre établissement crée rapidement un service de fourniture de documents à distance, dont le manque se fait encore plus sentir depuis la fermeture du Centre de prêt de Versailles. Ce service devra utiliser les nouvelles technologies, tout en continuant à recourir à des modes de diffusion tels que la photocopie ou le microforme. Son insertion dans le paysage français de l'information scientifique et technique devra naturellement faire l'objet de discussions préalables avec l'ensemble des partenaires concernés par ce dossier.
Par ailleurs, il est tout aussi nécessaire qu'à côté des bibliothèques universitaires, les bibliothèques municipales d'envergure régionale jouent un rôle essentiel dans ce dispositif national, notamment pour le prêt de documents originaux. La réalisation du programme d'équipement des bibliothèques municipales à vocation régionale comme l’aide apportée par la BNF à la gestion du dépôt légal régional ou à la création de bibliographies régionales, s’inscrivent déjà dans cette perspective. Mais je souhaite que l'État réfléchisse aux moyens complémentaires qu'il pourrait apporter aux grandes villes pour les inciter à se doter de tels services et pour les accompagner dans le fonctionnement d'une activité qui dépasse largement la seule desserte locale.
La troisième mesure concerne la constitution progressive d'une collection numérique représentative du patrimoine des bibliothèques françaises c'est là l'une des contributions du ministère de la culture et de la communication au plan d'action gouvernemental pour la société de l'information.
Vous le savez tous : la France a pris une avance déterminante dans ce domaine grâce à l'action de la BNF. Il faut s'appuyer sur cet acquis pour renforcer la présence de contenus culturels en français sur les réseaux d'information. Le succès du site expérimental Gallica de la BNF, comme celui de l’exposition virtuelle des mille enluminures, démontre que la mise à disposition de corpus de textes et d'images du patrimoine correspond à une réelle attente du public, surtout lorsque cette information est enrichie par les bibliothécaires d'un apparat documentaire de qualité.
Il importe donc que la BNF mette progressivement sur le réseau Internet les autres œuvres libres de droits qui ont été numérisées, même si j'ai bien conscience que les ressources et les calendriers informatiques de l’établissement ne permettent pas d'envisager une communication exhaustive de ces œuvres dès cette année.
Par ailleurs, même s'il me faut rester prudente – toutes les discussions n'étant pas terminées – j'ai bon espoir qu’un programme national de numérisation du patrimoine des bibliothèques municipales puisse être lancé en 1999.
L’état d'avancement des discussions interministérielles menées par la direction du livre et de lecture permet en effet d’envisager un soutien financier de l'État à des opérations de numérisation conduites par les communes. Ces crédits seraient versés dans le cadre de la dotation générale de décentralisation au titre des aides accordées aux communes pour les dépenses d'équipement des bibliothèques municipales.
Au-delà de l'issue de ces discussions d'ordre réglementaire et budgétaire, la réussite de ce programme national me paraît également conditionnée par son insertion harmonieuse au sein des dispositifs existants. Ses objectifs scientifiques et ses normes techniques devront donc être pleinement cohérents avec ceux retenus par la BNF, comme avec le plan de numérisation que le ministère de la culture et de la communication met en œuvre pour les services d'archives, les musées et les autres institutions de conservation.
Enfin, il serait souhaitable que cette harmonisation puisse aussi tenir compte des mesures que mon collègue Claude Allègre pourrait prendre pour développer la numérisation dans les bibliothèques universitaires.
Je viens de vous présenter à grands traits l'évolution souhaitable d'un dispositif réglementaire et budgétaire plutôt austère, j'en conviens. Mais si cette mécanique administrative est nécessaire au bon développement de la coopération entre les bibliothèques, l'essentiel, j'en suis convaincue, n’est pas là.
Il est dans les contacts humains entre professionnels que de telles rencontres permettent de nouer, d’enrichir, de renouveler. C'est dans l'intensité de ces échanges que se mesure la réussite d'une vraie coopération.
J’espère que les ateliers de cet après-midi vous ont permis de faire avancer la réflexion commune, en faisant naître des projets ou en esquissant des pistes de recherche qui n’étaient pas forcément prévues.
Je suis sûre que cette journée aura contribué, si besoin était, à renforcer l'esprit d'unité de votre communauté professionnelle en dépit de la diversité de vos établissements. Soyez assurés que, pour sa part, le ministère de la culture et de la communication soutiendra toujours cet esprit de coopération.