Texte intégral
Monsieur le Président,
Messieurs les Présidents de section,
Mesdames,
Messieurs,
Je voudrais d'abord vous dire que je suis très heureux d'avoir finalement pu répondre à votre invitation, dans cette région, monsieur le président, qui nous est chère.
J'en suis heureux et pour deux raisons.
D'abord, parce que votre assemblée générale est un rendez-vous important pour le monde de l'élevage et pour ses filières. Je n'avais pu être présent l'année dernière, et je ne puis vous donner aucune garantie pour l'année prochaine. Je souhaitais donc ne pas manquer ce rendez-vous à Toulouse.
Mais j'en suis surtout heureux parce que c'est pour nous deux, chacun à sa place, l'occasion de nous retrouver dans un discours que nous devons adresser à la filière, et dont je peux dire, après vous avoir entendu, qu'il est très largement commun.
Comme vous, monsieur le Président, je dis ici qu'il ne faut pas faire preuve de je ne sais quelle frilosité ou je ne sais quel attentisme. Nous avons les moyens d'être offensifs, que l'on compte sur nous pour ne pas s'en priver.
Je me souviens, à mon arrivée, de la grande inquiétude qui régnait dans les différentes filières alors que le pré-accord de Blair House était dans tous les esprits.
En dépit des aménagements substantiels que nous avions pu à l'époque obtenir, des voix s'élevaient et disaient que ces accords ouvraient une ère de déclin inexorable de l'agro-alimentaire français.
Ces mauvais augures ont eu maintenant un peu plus d'un an pour se rendre compte qu'ils se trompaient.
Les agriculteurs, leurs organismes, leurs filières, appuyés par le gouvernement ont maintenu et encore développé le potentiel de production français, les revenus et les emplois correspondants et j'entends bien que la France poursuive dans cette voie.
Aujourd'hui, ce que je dis de la France, je le dis aussi de l'Europe.
En allant déposer le mémorandum que vous connaissez à Bruxelles puis en le défendant devant mes collègues au Conseil des ministres, j'ai voulu bien faire comprendre que l'attitude trop frileuse de la commission était tout à fait incompatible avec notre volonté politique.
Je compte sur un changement d'esprit de leur part à l'heure de la compétition acharnée, on ne peut accepter de restreindre la combativité de son propre camp dans des réductions sordides, à la petite semaine et presque en cachette, de restitutions, de budgets, ou, tout simplement de liberté de manœuvre dans l'utilisation de nos droits de production.
Face à une attitude incompréhensible qui viserait à réduire nos quotas, et à imposer des jachères, je dis à la commission qu'elle doit, au contraire, tout faire pour permettre d'utiliser au mieux nos quotas et diminuer, bien sûr, la jachère.
Je me suis battu :
– pour que l'on nous ne supprime pas de droits à produire des bovins mâles ;
– pour que l'on nous ne réduise pas nos quotas laitiers ;
– pour qu'on augmente nos restitutions par exemple en porcs avec les opérations Russie I, Russie II, Russie III.
J'ai bien senti que cette attitude pouvait agacer au niveau de la commission. Aujourd'hui il faut pourtant que l'Europe ait sur les marchés mondiaux, la même pugnacité que la France sur le marché européen.
Prenons l'exemple du porc, secteur qui traverse une grave crise, et dans lequel les producteurs auraient eu de très bonnes raisons de céder au renoncement.
Je leur ai dit à quel point je pensais que le maintien, et même l'augmentation, du potentiel de production français devait être préservé. J'ai joint le geste à la parole, comme vous le savez, en exploitant au mieux toutes les marges que me laissait la réglementation communautaire.
On me reproche d'avoir même légèrement dépassé ces marges.
Mais je dois bien constater que depuis que j'ai cette politique, la France a atteint puis probablement dépassé les 100 % d'auto-suffisance. Cette politique a fait de la France un pays exportateur. Ses exportations se sont matérialisées notamment au Japon. Vous savez bien d'ailleurs, que j'avais même prévu d'y être en personne aujourd'hui même pour y accompagner nos entreprises.
Suis-je satisfait de cette politique ? Oui ! Elle a permis à la fois le maintien de producteurs dans différentes régions de France, mais aussi le maintien des emplois industriels et commerciaux correspondants à cette production.
J'ajoute qu'exporter de la viande de porc au Japon ce n'est pas seulement intéressant pour la filière porc. C'est une porte que nous avons ouverte sur des marchés, où notre présence est parfaitement justifiée par nos capacités, même si avant notre pénétration beaucoup n'y croyaient même pas.
C'est un exemple significatif qu'il y a, dans l'offensive, des alternatives efficaces à la politique de repli.
Je voudrais aussi revenir sur le secteur de la viande bovine dont vous avez très bien parlé dans votre intervention.
On ne peut que souscrire à vos propos lorsque vous évoquez le marché, devenu intégré au plan européen, de la viande bovine.
Notre troupeau fournit une matière première qui est consommée dans l'Europe entière, c'est-à-dire le jeune bovin. Ce que nous produirons chez nous en la matière c'est autant de valeur ajoutée de gagnée.
La négociation que j'ai conduite sur le plafond de primes spéciales aux bovins mâles laisse une marge de manœuvre dans ce domaine dont je compte bien que les producteurs sauront l'utiliser.
Je ne perds pas de vue, en effet, l'intérêt qu'il y a à produire chez nous la valeur ajoutée que représente la production de cette viande, que ce soit pour nos engraisseurs ou pour les entreprises qu'ils fournissent.
Nous avons aussi je crois le même avis sur la production de veaux de boucherie.
La production française de veaux de boucherie doit être encouragée. Il faut lutter contre les distorsions de concurrence qu'elle subit en ne faisant appel, elle, qu'à des produits naturels.
Au plan communautaire, il faut aussi la conforter car elle est un facteur d'équilibre évident pour le marché de la viande bovine, comme du reste pour le marché du lait.
Enfin, et toujours dans le secteur bovin, je suis aussi soucieux et vous le savez bien monsieur le Président, de maintenir, si je peux me permettre cette expression, la source d'approvisionnement de cette filière. C'est pourquoi je prône la consolidation de notre troupeau de vaches allaitantes. Vous savez l'effort que j'ai initié dans ce domaine, avec le programme de restructuration bovine.
Je reviendrai tout à l'heure sur ce programme très important. Auparavant je voudrais rappeler l'importance que j'attache à notre troupeau de vaches allaitantes.
Indispensable au maintien d'une activité sur l'ensemble du territoire, ce troupeau de vaches allaitantes est appelé à jouer un rôle proportionnellement de plus en plus important dans l'approvisionnement en viande bovine.
C'est pourquoi nous devons veiller à faire de ce troupeau le plus compétitif d'Europe.
Dans ce but, j'ai choisi vous le savez un système de transfert de droits à primes gratuit, et donc plus compétitif que celui de nos voisins et j'ai décidé la réduction des charges pour les éleveurs, dans le cadre de ma politique de modernisation.
Dans le même temps, le Gouvernement a, comme vous le savez, décidé l'augmentation de la prime à l'herbe. S'agissant de la prime au maintien du troupeau de vaches allaitantes, qui est passé l'année dernière de 750 F à 958 F, je puis vous préciser aujourd'hui que son montant sera porté au mois de mars prochain à 1 077 F par vache soit une augmentation supplémentaire de 12,5 %.
L'objectif de ce programme est, vous l'avez bien compris, de faire d'un élevage traditionnel et indispensable à la valorisation de notre territoire, un élevage moderne et compétitif.
Lorsque nous aurons abouti, nous aurons fait dans ce secteur un travail considérable.
Il y a de nombreuses conditions à cela, je ne l'ignore pas.
En tout premier lieu, il faudra bien sûr permettre l'émergence de structures de production plus grandes, donc plus sûres et plus à même de s'adapter aux exigences de la demande.
C'est l'objet principal de ce programme, et j'attends comme premier résultat une augmentation sensible de la taille des troupeaux.
En deuxième lieu, il faudra que cet accroissement de taille coïncide avec une meilleure technicité des éleveurs.
Il est clair pour tous les spécialistes de l'élevage bovin que j'ai consultés, que l'extensification, et, plus généralement l'augmentation de la taille des troupeaux peut présenter un intérêt économique certain. Mais ils sont tout aussi unanime pour dire que ceci n'est vrai que si l'éleveur est capable de faire face à la complexité accrue que représente la gestion d'un grand effectif.
C'est pourquoi il est tout à fait souhaitable que nos éleveurs de vaches allaitantes puissent bénéficier d'un appui technique spécifique et de bon niveau. Cet appui technique qui profitera des travaux conduits par l'institut de l'élevage et de l'INRA, certains de vos groupements sont déjà en mesure de le dispenser, et je m'en réjouis.
J'ai souhaité que tous les éleveurs bénéficiaires du programme de restructuration soient prioritaires pour le suivi en appui technique, qu'ils soient d'ailleurs adhérents de groupements ou d'associations.
Je compte donc sur le dynamisme et sur les capacités de vos organisations pour réussir au mieux entre les besoins qui se créeront en appui technique, et l'appui que vous serez capables de dispenser.
À cet égard, je voudrais vous confirmer que je ne suis pas sourd à vos remarques sur les modalités d'agrément des associations.
Je crois que personne ne souhaite une surenchère à la baisse du travail effectué par les organisations.
Je m'explique : prenons le cas d'une association, ou d'un groupement, qui travaille correctement. Ce groupement, cette association, ont des frais relativement élevés, du fait de la qualité des services qu'ils rendent aux éleveurs.
Or un organisme qui travaille bien peut être concurrencé par un autre organisme qui travaille nettement moins bien, mais qui est éligible aux mêmes procédures de soutien. Dès lors, la nécessité de réduire les frais peut conduire à un nivellement par le bas de l'organisation.
J'ai donc demandé au directeur de la production et des échanges de me faire des propositions en matière reconnaissance des associations et des groupements.
Je ne crois pas qu'il faille tout remettre en cause dans le système actuel, mais il me semble souhaitable de vérifier qu'en effet l'agrément des associations, comme la reconnaissance des groupements, obéissent bien à des critères pertinents avec nos objectifs en matière de marché.
Ce que j'ai dit pour les bovins vaudra, bien entendu, pour les ovins, secteur qui m'est cher et pour lequel nous avons encore du travail.
Dès le congrès de la FNO, j'avais annoncé le déblocage d'une somme de 30 millions de francs pour améliorer sensiblement les conditions de commercialisation de nos ovins, et lancer ainsi la réorganisation de cette filière.
Comme à chaque fois que débute un nouveau contrat de plan, des négociations interviennent entre les régions et l'État, entre les administrations et la profession. Ce delà nécessaire et utile a malheureusement pour conséquence de retarder la mise en œuvre des crédits d'orientation.
L'office, qui par ailleurs a montré, avec la gestion des restitutions à l'export, qu'il était capable de réduire ces délais d'instruction et de paiement va tout mettre en œuvre pour accélérer ces procédures.
J'ai notamment demandé au directeur de l'office d'accélérer la mobilisation des crédits d'orientation qui vont être consacrés à la filière ovine. Il y a en effet de bonnes idées dans ce secteur. Je fais notamment allusion à celles dont le président Martin m'a entretenu en matière d'identification du produit tout au long de la filière, jusqu'au consommateur, il faut maintenant passer aux actes.
Soyez assuré par ailleurs, et toujours en ce qui concerne le secteur ovin, que je défendrais, comme je l'ai fait dans le mémorandum, une gestion, vigilante et sans faille du contingent d'importation néo-zélandais, dont je suis convaincu qu'il faut le préciser par un sous-contingent « viandes fraîches ».
Ainsi, en maîtrisant la concurrence importée, en gérant au mieux, c'est à dire de façon quasi-gratuite mais souple, les droits à prime ovin, et en organisant mieux la différenciation et la commercialisation de l'agneau français, nous pouvons rendre à cette filière de solides perspectives d'avenir.
Mais pour cela la volonté, si forte soit-elle, d'un ministre ne saurait suffire. J'attends aussi de vos organisations qu'elles relèvent les véritables défis qui sont ceux de vos filières bovine et ovine dans les années à venir : ceux de la rationalisation de l'aval qui devra nécessairement accompagner les restructurations de l'amont.
Conscient de cette nécessité, j'ai fait en sorte que soient maintenus par rapport à l'année passée les crédits budgétaires qui permettront au ministère de l'Agriculture d'accompagner cette évolution.
Comme vous le savez, le niveau général des primes d'orientation agricoles permettra en 1995 de continuer à aider les investissements industriels des entreprises agro-alimentaires. Mais j'ai voulu de manière générale que les aides aux investissements soient concentrées, dans cette période où il nous est nécessaire de nous adapter à l'évolution générale des marchés internationaux, sur les secteurs les plus proches de la production agricole.
D'autre part, dans le domaine de la viande, les entreprises sont également confrontées à la nécessité de s'adapter à de nouvelles conditions en matière d'hygiène, le respect des normes communautaires étant un impératif pour les prochaines années.
Ceci va se traduire pour vos entreprises par des besoins importants en investissements.
L'union Européenne de son côté a fixé les règles d'éligibilité aux interventions du FEOGA qui permettront le cumul des interventions nationales et communautaires pour les investissements des entreprises agro-alimentaires.
Compte tenu des surcapacités dans le secteur, nous ne pourrons aider que les investissements d'abattage entrepris dans le cadre d'une restructuration sectorielle se traduisant par une diminution de 20 % des capacités.
Dans la même optique, la France poursuivra l'adaptation de son réseau d'abattoirs publics à l'évolution prévisible de la production et de la consommation de viande bovine.
La procédure d'indemnisation des fermetures d'abattoirs publics sera par conséquent maintenue en 1995. L'État y consacrera 56 millions de francs.
Au total, si l'on annule les crédits de modernisation des abattoirs, les primes d'orientation agricoles relatives aux investissements d'abattage et de découpe et les procédures d'indemnisation des fermetures d'abattoirs publics, le secteur de la viande est celui qui bénéficiera, de très loin, de la plus grande part de crédits de politique industrielle du ministère de l'Agriculture.
Notre politique est résolue : elle consiste à faciliter à tous les niveaux l'adaptation de votre secteur à un environnement caractérisé par des exigences de commercialisation en pleines modifications.
Les exigences de la commercialisation de viande aujourd'hui ont imposé et continuent d'induire des améliorations considérables de l'hygiène, de la qualité des produits et de la régularité de l'approvisionnement.
Cette tendance continue de s'affirmer et la modernisation de l'agriculture, qui est en marche, que j'entends favoriser par un projet de loi cette automne. Cette modernisation passera par une évolution de l'aval.
En renforçant le rôle du CSO, j'ai souhaité consolider ce lien nécessaire entre les productions et leur aval. Il me paraît opportun que le CSO puisse se saisir de ces questions pour me proposer des modalités de modernisation des secteurs de la transformation et de la mise en marché.
En observant le processus qui a conduit à la formation et à l'essor des entreprises qui composent votre fédération, on est frappé de voir la volonté dont ont fait preuve les professionnels, qui ont voulu prendre en main la commercialisation de leurs produits.
Aujourd'hui, la place des organismes que vous fédérez n'est plus contestée. Le dynamisme dont ils vont faire preuve sera, j'espère intact lui aussi.
J'ai apprécié, aujourd'hui, monsieur le Président, l'attitude offensive que vous avez prise aux noms de vos coopératives.
J'espère vous avoir convaincu que cette attitude était aussi la mienne, et que, pour cette raison notamment, c'est ensemble dans la même résolution que nous allons pouvoir poursuivre nos travaux.