Texte intégral
Le garde des Sceaux a écrit à Jacques Boutet pour s'élever contre la manière dont les chaînes donnent la parole au député de Marseille sans contrepartie pour les autorités judiciaires.
Pierre Méhaignerie a peu apprécié – le mot est faible – que le 30 juin, jour où Bernard Tapie a été mis en examen, TF1 et France 2 lui offrent plus de quinze minutes d'antenne sans qu'il soit possible d'obtenir la même facilité pour les autorités judiciaires. Le garde des Sceaux a donc écrit le 4 juillet à Jacques Boutet, président du CSA, pour s'élever contre cette manière de faire. Il n'a jusqu'alors pas reçu de réponse.
Voici la lettre envoyée par Pierre Méhaignerie :
Monsieur le Président,
Je me permets d'attirer votre attention sur le point suivant :
TF1 et France 2, le jeudi 30 juin à 20 heures aux journaux télévisés, ont accordé chacune plus de quinze minutes à M. Bernard Tapie, à l'occasion de sa mise en examen précédée par la délivrance d'un mandat d'amener.
Je suis soucieux de la liberté d'information des chaînes de télévision.
Je suis non moins soucieux du bon fonctionnement de la justice et de la recherche de la vérité.
Que M. Bernard Tapie utilise les arguments qu'il croit les plus utiles à sa défense fût-ce au détriment de la vérité paraît dans l'ordre naturel des choses.
Que les journaux télévisés lui prêtent complaisamment, abondamment et fréquemment leur antenne me paraît plus dangereux, si les informations données sont inexactes ou mensongères.
La brève apparition du substitut du procureur de la République sur France 2 au cours de la même émission n'a rien changé à la perception des faits.
Aussi, au nom de l'équilibre de l'information, il m'a paru nécessaire de faire vendredi un communiqué de presse de trois minutes enregistré pour les trois chaînes.
J'ai constaté avec regret, qu'en dehors d'une reprise, de quelques phrases par France 2, il n'a pas été diffusé à la télévision la mise au point qui me paraissait indispensable pour donner aux téléspectateurs une plus juste perception des événements relatés.
Le bon fonctionnement d'une démocratie passe par la confiance des citoyens dans la justice. Si au nom de la liberté d'information seules les personnes mises en examen, et disposant d'une notoriété certaine, peuvent s'exprimer, il est évident que la mission de la Justice et la confiance que lui porte l'opinion sont gravement mises en cause. Je ne peux l'accepter.
En effet, les institutions judiciaires ne peuvent déjà, dans le cadre légal qui leur est imposé par la loi, s'exprimer que dans des limites strictes. Mais supprimer purement et simplement la parole aux autorités judiciaires provoque un déséquilibre de l'information voire une désinformation.
Je compte sur votre soutien, Monsieur le Président pour que l'information soit plus équilibrée dans l'intérêt de tous, et je vous prie d'accepter l'expression de mes sentiments choisis.