Discours de M. Claude Evin, ministre de la solidarité, de la santé et de la protection sociale, sur la prévention des maladies cardio vasculaires et le parcours du cœur, Paris le 19 mai 1989.

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Intervenant(s) : 
  • Claude Evin - Ministre de la solidarité, de la santé et de la protection sociale

Circonstance : Assemblée générale annuelle de la Fédération française de cardiologie à l'hôpital Necker à Paris le 19 mai 1989

Texte intégral

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie de bien vouloir m'accueillir parmi vous.

Cette rencontre se situe à un moment où trois événements ont lieu à peu près à la même date : l'inauguration d'un nouvel appareil de coronarographie dans le service de cardiologie de votre président, la date de l'assemblée générale annuelle de la Fédération Française de Cardiologie, enfin, le Parcours du Cœur de dimanche prochain.

Ces trois événements ont chacun une signification, un message qui concerne l'ensemble de la population française. Permettez-moi de faire cette paraphrase : rien de ce qui est du domaine de la Santé ne m'est étranger. La pathologie cardiovasculaire moins qu'une autre, en raison de son poids de souffrance et de mortalité et aussi par son retentissement social, ne peut me laisser indifférent.

Vous venez de me montrer, Monsieur le Président, l'un des plus récents et l'un des plus performants appareils de coronarographie de notre pays.

Même pour un non médecin, il est tout à fait évident que cet instrument apporte une précision très remarquable en détaillant les contours artériels et autorise toutes les stratégies qu'elles soient médicales, chirurgicales et même les techniques de dilatation des artères coronaires que vous souhaitez développer.

Je suis particulièrement sensible au fait que grâce au progrès combiné de la radiographie et de l'informatique, des médecins puissent proposer à leurs malades un maximum de sécurité dans ce type d'examen qui n'avait pas au début la réputation d'être parfaitement anodin, et peuvent ainsi offrir une alternative thérapeutique à la chirurgie cardiaque grâce aux séances de dilatation des rétrécissements des artères coronaires.

Ce premier point mérite d'être souligné, car j'ai d'abord le souci de veiller à la sécurité des patients. J'ai le souci également de leur assurer le droit aux informations qui les concernent et concernent leur santé. Il est normal qu'ils sachent la date de l'examen et de ses résultats. Il y a un problème d'information dans nos hôpitaux.

J'ai engagé un important travail sur les droits généraux des malades. Il me parait essentiel de promouvoir et de développer les droits des malades et de réactualiser les relations des usagers avec le système de santé. J'ai l'intention de déposer un projet de loi sur ce thème en 1990.

Un effort permanent de formation sur ce point, notamment auprès de vos jeunes collaborateurs, collaborateurs, me parait essentiel. Le progrès médical doit aller de pair avec l'information des malades.

Comme j'ai eu l'occasion de le dire au conseil des ministres du 12 avril dernier, les grandes orientations de la politique de santé du Gouvernement de ces trois prochaines années, comporte un volet de développement de la prévention.

Il ne suffit pas de réparer les dégâts, il faut aussi en traiter les causes. Votre fédération travaille déjà dans ce sens depuis très longtemps. Je suis partisan d'une médecine globale. La maladie coronarienne est une maladie dite de civilisation où les facteurs d'environnement tiennent une grande place avec des habitudes individuelles et collectives qu'il est difficile de modifier. L'individu comme le corps social répugnent aux interdits. Et pourtant, comme la Fédération Française de Cardiologie, j'ai l'intention de m'occuper des besoins des bien-portants, s'il y a des malades qui s'ignorent, beaucoup ignorent ce qu'il faut faire pour garder une bonne santé.

Votre fédération s'est donnée pour objectifs : d'abord et avant tout d'informer, ensuite de favoriser la recherche et enfin de développer la rééducation après un accident cardiaque ou après la chirurgie.

Je me réjouis et je vous félicite du travail que vos associations régionales accomplissent sur le terrain dans ces trois directions avec les cardiologues et avec les bénévoles non médecins qui forment les clubs "Cœur et Santé".

La Fédération Française de Cardiologie a été reconnue d'utilité publique depuis 1977 et mon prédécesseur a fait figurer les maladies cardio-vasculaires en 1986 comme une grande cause nationale. Elle sensibilise l'opinion publique et attire l'attention des pouvoirs publics, sur la gravité et l'étendue de la maladie athéromateuse. Ce qui me préoccupe, c'est de savoir que la maladie touche surtout des hommes jeunes de 40 à 50 ans, qu'elle ne semble pas diminuer dans notre pays, alors qu'elle régresse, en particulier aux États-Unis, et qu'elle occupe la première place dans les causes de décès. L'infarctus du myocarde touche 200 000 personnes en France chaque année et provoque 60 000 décès.

Comme pour les accidents de la route, on ne peut accepter que cette maladie soit considérée comme une fatalité. Sa prévention n'est pas simple et il n'est pas facile d'agir sur le court terme.

J'ai l'intention de développer la prévention qui a pu paraitre parfois négligée auparavant. Je veux développer une politique cohérente et coordonnée de prévention. J'ai de évidemment besoin de l'engagement des acteurs de santé, en particulier des cardiologues et des généralistes.

J'ai demandé aux professeurs Dubois, Got, Grémy, Hirsch et Tubiana de me faire des propositions qui serviront de base au plan d'action de santé qui entre autres, visera à renforcer la prévention du tabagisme, les programmes nutritionnels et d'hygiène de vie, et le dépistage précoce des maladies cardio-vasculaires et des personnes particulièrement exposées.

Un fonds national de prévention relevant du régime général de la Sécurité sociale vient d'être mis en place. Son statut a été publié au Journal Officiel du 19 mai. Il a pour rôle de financer des programmes prioritaires de prévention, d'information, d'éducation sanitaire et de dépistage.

Ces programmes seront définis par un organisme scientifique pluridisciplinaire chargé de conseiller les pouvoirs publics et les caisses, et d'évaluer les résultats et l'impact des actions menées.

Déjà sur le tabagisme dont le rôle sur le développement des maladies cardio-vasculaires, des cancers et des maladies respiratoires est bien établi, j'ai fait adopter un texte de loi destiné à corriger les abus de la publicité à la dernière session parlementaire. Il y a trois jours, le 16 mai, à Bruxelles, les ministres de la Santé des pays de la communauté européenne, se sont mis d'accord pour réduire à moins de 15 mg le taux de goudrons contenu dans les cigarettes d'ici à 1992 et à moins de 12 mg en 1997. Nous avons décidé un étiquetage d'information sur les paquets de cigarettes.

La Fédération Française de Cardiologie a créé les parcours du cœur. Chaque année depuis 1977, dans toute la France, vous mobilisez des centaines de milliers de participants à la marche, à la course à pied, au vélo, à la natation ou à la gymnastique, sans esprit de compétition. Votre objectif est de redonner à tous, surtout pour les non pratiquants, grâce à cette démarche pédagogique, une motivation pour modifier un style de vie qui soit plus actif, au moins pendant les temps de loisir. Vous cherchez moins à développer le sport, qu'à reconnaitre les exigences du corps, trop négligé par la mécanisation, corps qui a besoin d'entrainement pour développer et maintenir forme, souplesse, endurance, ainsi que les exigences de l'esprit qui y trouve détente et délassement. Je suis persuadé du bien-fondé de l'utilité du parcours du cœur comme message de santé accessible à tous.

Voilà pourquoi, j'ai décidé de donner mon patronage et d'encourager la participation de tous les Français à venir dimanche prochain là où sont organisés les Parcours du Cœur, c'est à dire dans 1 200 communes de France et 80 départements de métropole, et des DOM-TOM. Moi-même, j'ai l'intention de participer à l'un des Parcours du Cœur organisé en Loire atlantique dimanche prochain.

Je me réjouis que cette manifestation continue à se développer avec l'aide des membres de la Fédération Française de Cardiologie et des clubs Cœur et Santé, des responsables du secrétariat à la Jeunesse et aux Sports, des bénévoles et des élus de centaines de communes, jusque dans les plus petites d'entre elles.

Comptez sur moi pour l'aider et l'encourager, comptez sur moi pour associer et développer les efforts de la Fédération Française de Cardiologie aux actions de prévention et de promotion de la Santé.