Texte intégral
Monsieur le Président,
Monsieur le Directeur général,
Mesdames et Messieurs les Délégués,
Mesdames et Messieurs,
Je suis très honoré de m'adresser, au nom de la France, aux délégations du monde entier réunies à l'occasion de la quarante-deuxième assemblée mondiale et je voudrais féliciter M. CHEN pour son élection à la présidence de cette assemblée. Je tiens aussi à assurer le Directeur général, Monsieur le Docteur NAKAJIMA, ainsi que ses collaborateurs de la considération de toute la délégation française que je conduis, pour la qualité des travaux présentés.
Au moment où les efforts en faveur de la paix n'ont jamais été aussi importants dans le monde – et je salue, Monsieur le Directeur général, le rôle que jouent les organisations des Nations unies – il faut réaffirmer la place de la santé, des besoins de santé et des réponses que nous devons fournir pour que la santé soit un droit pour tous.
La santé est plus que jamais une préoccupation de tous les peuples.
Que ce soit le poids insupportable de grandes endémies ?? le défi des nouvelles maladies ou encore la nécessité de savoir faire bénéficier les hommes des acquisitions de la science et de la médecine, il me parait essentiel de rappeler les efforts à conduire au sein de l'Organisation et par chacun d'entre nous pour atteindre les objectifs que nous avons réaffirmés ensemble à RIGA.
Sur ma proposition, le Gouvernement français vient d'approuver un programme de travail de trois ans pour atteindre ces objectifs :
- Affirmer les droits du malade
La France a pris l'initiative de présenter à la commission des Droits de l'Homme un projet de résolution consacré au thème de la Défense des Droits de l'Homme face aux problèmes de santé. Avec votre aide, Monsieur le Directeur général, ce projet a été adopté par consensus.
Nous souhaitons, en France, donner une portée concrète à cette résolution et la traduire dans notre droit lors d'une prochaine session parlementaire. Deux projets de loi viseront à renforcer l'égalité de l'accès aux soins, le respect du consentement préalable du patient, la qualité de l'information sur les procédures diagnostiques et thérapeutiques pratiquées, l'accès du malade à son dossier médical et de meilleures garanties pour les malades mentaux, notamment lors de leur hospitalisation.
II. – Intensifier la prévention
Développer une politique cohérente et coordonnée de prévention, c'est préserver le "capital santé" de la nation.
Cela suppose l'engagement de tous les acteurs de notre système de santé. Lutte contre le tabagisme ou l'alcoolisme, prévention du SIDA, promotion de l'hygiène du milieu... autant d'enjeux cruciaux pour les années à venir. Faire de la prévention une priorité nationale, c'est adopter une approche globale de la santé.
Le SIDA est un révélateur puissant de cette nécessité puisque la prévention est alors une question de vie ou de mort : c'est pourquoi le Gouvernement français a multiplié par quatre les moyens consacrés à la prévention de cette maladie.
L'évolution de l'épidémie, l'augmentation de transmission hétérosexuelle, les implications du SIDA pour la mère et l'enfant ont des répercussions sanitaires, sociales et économiques qui me conduisent à proposer un bilan complet afin de dégager des stratégies pour faire face à ces difficultés. Je tiens à vous remercier personnellement, Monsieur le Directeur général, d'apporter votre appui à la conférence sur les implications du SIDA pour la mère et l'enfant, conférence qui se déroulera à PARIS, en novembre.
Une action déterminée s'impose par ailleurs pour lutter contre les facteurs de risque générant des affections graves. Dans cet esprit, nous venons de mettre en place un fonds national de prévention. Celui-ci aura un rôle important à jouer dans le financement des programmes prioritaires de prévention, d'information, d'éducation pour la santé et de dépistage.
Un organisme scientifique sera parallèlement créé afin de conseiller les pouvoirs publics et les organismes d'assurance maladie sur les programmes prioritaires à financer sur ce fonds et d'évaluer les résultats et l'impact des actions menées.
Une attention particulière doit être portée au renforcement de la lutte contre le tabagisme et l'alcoolisme. C'est pourquoi la France soutient le programme OMS et le plan européen de lutte contre le cancer.
D'ores et déjà, nous avons pris des mesures législatives pour mieux règlementer la publicité du tabac. Il faut poursuivre, dans la voie d'une meilleure éducation pour la santé, prenant en compte les réalités sociales, culturelles et économiques des populations concernées.
III. – Édifier l'hôpital de demain
L'hôpital s'interroge sur son avenir :
- de récents conflits sociaux ont exprimé, au-delà des revendications catégorielles, le besoin d'un dialogue accru, et, de nombreux pays en ont mesuré la nécessité ;
- l'évolution très rapide que connait l'hôpital se heurte à des rigidités, et à des cloisonnements qu'il faut lever ;
- la place de l'hôpital dans le système de distribution des soins doit être repensée.
Il faut ouvrir l'hôpital sur son environnement. Progressivement, il devra mettre son potentiel technique au service d'un réseau de soins.
Le rôle des pouvoirs publics est donc de favoriser cette évolution en dépassant les cloisonnements et les rigidités actuelles qui font obstacle à une réelle complémentarité des différents acteurs du système de santé.
Il s'agira notamment :
1) de faire évoluer l'hôpital local vers une médecine de proximité et un accueil médicalisé.
2) d'instaurer une meilleure articulation entre le domaine sanitaire et le domaine médico-social, afin notamment de mieux adapter les prestations de soins nécessaires aux personnes âgées ?? atteintes graves maladies et qui souhaitent être traitées à domicile.
3) il est enfin opportun de rapprocher l'hôpital et la médecine de famille par le développement de formules participatives et contractuelles avec les médecins de ville.
IV - Rénover l'exercice de la médecine
Deux principes de base restent pour moi les axes sur lesquels nous devons travailler :
1) l'accès de tous à des soins de qualité reposera sur la réelle généralisation de l'assurance maladie et il m'apparait opportun de réfléchir aux causes de désinsertion des marginaux (migrants, illettrés).
2) lier la prise en charge à l'efficacité thérapeutique : l'évolution des prescriptions pharmaceutiques constatée ne correspond probablement pas entièrement à des réels besoins sanitaires : les comparaisons internationales montrent des volumes de consommations supérieurs en France à ceux de nos principaux partenaires. De plus, à efficacité égale, la prescription tient trop peu compte des coûts des traitements.
La très faible prescription de médicaments génériques en est l'illustration.
Enfin, l'abus ou le mélange de médicaments, dont une des causes est à l'évidence une prescription excessive en médecine ambulatoire, posent un réel problème de santé publique puisque certaines études leur attribuent 10 % des hospitalisations.
Ceci suppose de comparer le coût et l'efficacité des nouveaux médicaments, de bénéficier d'une expertise scientifique indiscutable et acceptée par tous, d'approfondir la concertation avec les industriels pour promouvoir un code de bonne conduite, et de renforcer les échanges d'information et les capacités d'expertises, au niveau international.
Ces préoccupations partagées avec l'Organisation Mondiale de la Santé, nous ont conduits à organiser en octobre à Paris la prochaine conférence des autorités de règlementation pharmaceutique.
V. – Enfin mieux connaître et évaluer pour mieux choisir et décider
Mieux connaitre l'état de santé des populations pour y détecter les facteurs qui l'influencent et pour prendre les décisions nécessaires et adaptées à chaque problème, nous conduit à nous doter de moyens de surveillance et d'analyse. Ces moyens de surveillance et d'analyse permettront de mesurer les conséquences de nos actions.
Assurer une plus grande transparence de notre système de soins par une meilleure connaissance des activités médicales et développer l'évaluation des thérapeutiques et des pratiques soignantes constituent deux axes privilégiés de priorités pour dégager les guider financiers et allouer plus rationnellement nos ressources.
Voilà, Monsieur le Président, les objectifs que nous nous sommes fixés et qui contribuent à la réalisation des buts de l'organisation. Nos préoccupations sont aussi les vôtres.
L'échange de nos expériences est indispensable. La collaboration de la CEE et de l'OMS pourrait être riche de possibilités.
Je m'en voudrais de clore ce propos sans dire solennellement toute l'importance que la France attache à sa coopération avec l'OMS, dans le contexte de relance généralisée et de réorientation que celle-ci connait sous l'impulsion du directeur général. Une approche plus humaniste et plus pragmatique, que s'efforce de promouvoir nécessaire le Dr NAKAJIMA, nous parait la condition nécessaire à la réalisation de cet objectif si simple et en même temps si difficile à atteindre : le droit à la santé pour tous.
Or, l'état économique du monde comporte des situations inacceptables. Comme l'a rappelé le Dr NAKAJIMA "les mesures prises par les pays en voie de développement pour rembourser leur dette extérieure impliquent des restrictions financières. L'inégalité croissante entre riches et pauvres a, elle aussi, des effets déplorables sur la santé dont les premières victimes sont souvent les femmes et les enfants", ces enfants auxquels notre assemblée consacre cette année ses discussions techniques.
En cette année de la commémoration du Bicentenaire de la Déclaration des Droits de l'Homme, il me parait nécessaire de réaffirmer avec une solennité particulière que ce droit à la santé, l'un des plus fondamentaux puisqu'il touche au plus profond de l'être, doit demeurer pour nos sociétés et pour la communauté internationale, une priorité absolue. N'est-elle pas après tout la condition d'un développement humain harmonieux et de la prospérité des nations ? Sa mise en œuvre suppose une volonté commune, mais aussi un souci d'efficacité et une générosité accrus. Mon pays y est déterminé, aux côtés de cette organisation qui est la nôtre, et aux côtés de tous les États ici représentés.
Je vous remercie, Monsieur le Président.