Interviews de M. Jack Lang, président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale et membre du bureau national du PS, à RTL les 17 et 29 juin 1997, sur les orientations du gouvernement, notamment en ce qui concerne l'Union économique et monétaire, la durée du travail, les allocations familiales et la justice sociale.

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Date : Mardi 17 juin 1997
Source : RTL/Edition du soir

J.M. Lefèbvre : Vous voici depuis ce matin président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Vous êtes satisfait, je pense ?

J. Lang : Oui, je suis très heureux d’avoir accédé à cette présidence, succédant à l’éminent président M. V. Giscard d’Estaing, qui a conduit avec beaucoup de compétence les travaux de cette commission pendant plusieurs années.

J.M. Lefèbvre : Vous vous êtes beaucoup engagé pendant la campagne législative, vous étiez un des « mousquetaires » de L. Jospin, et pourtant vous n’avez pas eu de portefeuille ministériel. Vous avez été un peu déçu ?

J. Lang : Je suis fier et heureux d’avoir contribué à d’autres à cette victoire. Je suis comblé quand je constate les idées pour lesquelles je me suis battu sont aujourd’hui au pouvoir. Ce Gouvernement est un bon Gouvernement, mais mon absence du Gouvernement est une péripétie. On peut être utile et efficace pour son pays à travers d’autres fonctions, notamment celle de président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. D’autant plus, qu’il faut se rendre que la configuration nouvelle qui s’ouvre aujourd’hui va conférer au Parlement, un rôle très important, comme jamais il ne l’a eu dans le passé.

J.M. Lefèbvre : Vous n’en voulez pas à L. Jospin de ne pas vous avoir donné de portefeuille ?

J. Lang : Mais absolument pas ! Ces considérations me sont absolument étrangères. Et j’entends travailler avec mon imagination, mon enthousiasme, éventuellement mon esprit critique, mais surtout mon esprit constructif, à la réalisation du programme d’action pour lequel je me suis battu ave cœur pendant un mois et demi.

J.M. Lefèbvre : Justement, votre esprit quel analyse fait-il du départ du Gouvernement ? C’est un bon départ ?

J. Lang : C’est un bon départ. Je crois que les premiers gestes accomplis sont des gestes positifs qui montrent au pays que nous voulons changer la politique pour changer de politique.

J.M. Lefèbvre : Vous attendez quoi de la déclaration de politique générale de jeudi du Premier ministre ?

J. Lang : Je souhaite qu’une partie de nos engagements puissent, à travers un calendrier, être exprimés, explicités, par le Premier ministre. En particulier, je crois que le volet du renouveau de la démocratie, pour lequel j’avais travaillé à sa demande, occupera une place importante. Il est souhaitable de changer profondément les relations entre les citoyens et le pouvoir. De même, j’espère que nous aurons pour l’éducation, une vision audacieuse, et que nous sommes prêts à engager des réformes profondes, radicales, qui rénoveront nos structures d’éducation, les programmes et la pédagogie.

J.M. Lefèbvre : Il n’y aurait pas de session extraordinaire, selon ce qu’a dit D. Vaillant, au mois de juillet. Les députés socialistes seraient un peu…

J. Lang : Nous verrons bien ; il appartient au Gouvernement de saisir, s’il le souhaite, le Parlement de projets de loi concrets. Simplement, le Gouvernement se met au travail. Le Parlement, c’est légitime, qui vient d’être élu – l’Assemblée nationale – souhaite aussi travailler. Je crois qu’il faut se réjouir que les députés demandent non pas à aller en vacances, mais à travailler avec cœur à la transformation de la politique nationale. Et je crois qu’il y a différents modes de coopération, de travail, qu’on peut imaginer. Pas seulement à travers l’élaboration de lois, mais aussi à travers une présence positive et active.

J.M. Lefèbvre : Venons-en au Sommet d’Amsterdam : vous êtes surpris que certains socialistes n’aient pas encore fait la ligne de partage entre le PS et le Gouvernement ? (J.M. Lefebvre fait allusion aux déclarations de P. Moscovici, ce matin sur RTL, Ndlr).

J. Lang : Je n’ai pas de commentaire particulier. J’ai été nouveau ministre, et il y a parfois quelques faux-pas que l’on peut commettre ici ou là, mais tout cela ce sont des péchés véniels. Il ne faut pas y attribuer beaucoup d’importance. Et il est normal que, dans une première époque, il puisse y avoir ici ou là, une petite erreur d’expression. Et nul n’en est exempt.

J.M. Lefèbvre : Aujourd’hui les commentaires sont partagés et nuancés après l’accord sur le volet social et emploi du pacte du stabilité…

J. Lang : D’abord, je remarque que la cohabitation – et je l’avais dit pendant la campagne – est une bonne chose pour la politique internationale, et notamment européenne du pays. Les deux grandes familles de pensée qui traversent et animent la Gaulle traditionnelle, se retrouvent pour soutenir d’un même pas, d’un même mouvement et d’une même voix, notre politique nationale à l’extérieur. Et la politique de la France ne s’exprime pas seulement d’une voix unique, mais aussi d’une voix plus riche et plus fortes parce qu’elle est nourrie des deux grandes traditions nationales.

J.M. Lefèbvre : J. Chirac fait passer ses idées à L. Jospin.

J. Lang : Non, je crois qu’ici nous avons assisté à quelque chose qui, à mon avis, est très positif pour le pays : deux hommes d’État, originaires de deux familles de pensées différentes – J. Chirac et L. Jospin – ont fait prévaloir l’intérêt supérieur su pays sur telle ou telle considération partisane. Et c’est bon pour la France, pour l’Europe.

J.M. Lefèbvre : Oui, mais enfin, le prix à payer a quand même été des tiraillements avec les Allemands. Est-ce que le jeu en valait la chandelle ?

J. Lang : Non, s’il y a eu tiraillements c’est parce que, précisément, il y a eu une volonté politique nouvelle. En quelques jours, en huit jours, un premier pas a été franchi, qui a permis d’entrouvrir une porte jusqu’alors cadenassé. Vous le savez, le pacte de stabilité et d’actions en faveur de l’emploi.

J.M. Lefèbvre : Oui mais, il n’y a pas beaucoup d’argent ; les Allemands ne veulent pas débloquer…

J. Lang : C’est un commencement ; et notre pays a fait entendre tout haut, ce que d’autres pays pensaient tout bas. Je crois que c’est un premier pas qu’il faut saluer. D’autres pas seront à accomplir. Et en particulier, il ne suffit pas d’ailleurs de réclamer une politique pour l’emploi, encore faut-il avoir une vision nouvelle du développement économique futur. Moi j’aimerais que l’Europe, comme la France, fondent davantage la recherche d’emplois nouveaux sur la créativité, et notamment industrielle et technologique.

J.M. Lefèbvre : La Conférence intergouvernementale, les modifications pour l’élargissement, ça avance assez peu.

J. Lang : Ne préjugeons pas, puisque les chefs d’État et de gouvernement sont encore en délibération. Mais d’après ce que l’on sait le nouveau Traité sera, disons, un Traité modeste. Ce n’est pas une découverte, ce n’est pas une nouveauté. C’est dès le départ qu’il a été conçu comme un Traité minimal ou un Traité minimaliste. De même qu’il existe un art minimal, il existe parfois des textes internationaux minimaux, minimalistes. Et c’est plutôt nos partenaires qui, jusqu’à présent, ont été timorés. Et je crois qu’il faudra là encore, à partir de ce qui sera accompli cette nuit – qui sera un changement ; trop modeste, mais un changement – il faudra rendre d’autres initiatives. Car je crois qu’on ne peut pas se contenter du développement actuel de l’Europe. Il faut redonner âme, vie, souffle à l’Europe. Nous en sommes encore loin. Il faut qu’en particulier les jeunes Européens puissent se retrouver à travers la construction européenne. Et je souhaite que notre Gouvernement, qui a déjà accompli le premier pas, le premier progrès, puisse reprendre le bâton de pèlerin, rencontrer les uns et les autres, notamment les dirigeants ; et des partis sociaux-démocrates en Europe, pour proposer de nouvelles étapes à la construction de l’Europe, dans la perspective de la création d’une fédération d’États-nations. Nous sommes au début, continuons le combat.

Date : Dimanche 29 juin 1997
Source : RTL/Edition du soir

Nous avions dénoncé la brutalité avec laquelle la décision avait été prise par les responsables de Renault. Le seul engagement qui avait été pris par le Premier secrétaire du Parti socialiste de l’époque était de rouvrir le dossier si nous l’emportions aux élections. Ce dossier a été réouvert, sous l’impulsion de D. Strauss-Kahn et de Christian Pierret. Une personnalité indépendante a été désignée (…). Son rapport a conclu à la non viabilité du site. Le Premier ministre et les ministres responsables ont alors pris deux décisions (…) : premièrement, un plan social audacieux – le principe retenu par le Gouvernement et négocié avec l’entreprise Renault est qu’aucun salarié ne se trouvera abandonné au bord de la route - ; deuxièmement, une implantation industrielle nouvelle, financée et prise en charge par Renault, réalisée sur le site, qui permettra d’employer 400 personnes. Au total, l’entreprise Renault déboursera 2,0 milliards de francs et pour le plan social et pour l’implantation industrielle nouvelle. (…)

La politique nouvelle a permis de créer une nouvelle donne, d’engager un dialogue, de remettre à plat le dossier et de conduire Renault à réviser sa copie. Naturellement, cela ne répond pas entièrement au souhait des salariés (…), mais le Gouvernement fait preuve d’un esprit d’équité et de responsabilité. (…) On ne peut pas, d’un seul coup, réparer des erreurs qui ont pu être commises au cours des dernières années. (…) Il faut aussi compter sur le souci qui est le nôtre de préserver les grands équilibres des finances publiques. (…)

Faut-il rétablir l’autorisation administrative de licenciement ?

Nous avons indiqué qu’il nous fallait trouver une solution qui permette d’endiguer les vagues de licenciements, de stopper une série de pratiques et de méthodes qui sont apparues dans la dernière période, la multiplication des charrettes de licenciements. Puisque la solution juridictionnelle ne paraît ni efficace ni homogène, nous avons envisagé de réétudier une solution administrative. Elle reste à l’ordre du jour. Il faudra que le Gouvernement trouve techniquement le moyen permettant à l’administration d’empêcher des licenciements abusifs et de s’assurer qu’ils soient toujours parfaitement accompagnés de véritables plans sociaux protecteurs des salariés. (…)

L’emploi et la monnaie unique. Les obligations de respect d’un minimum de règles en matière de gestion des finances publiques sont nécessaires et indépendantes de tout engagement international. Il est souhaitable que notre pays ait une gestion économe des deniers publics. C’est une obligation absolue. Bien entendu, nous avons souscrit un traité international qui invite les différents pays qui veulent entrer dans la monnaie unique à ramener le déficit budgétaire à un niveau raisonnable -3%, selon le Traité. Nous savons parfaitement que d’ici quelques mois, cette appréciation sera portée politiquement en tendance. Nous savons aussi que l’Allemagne et d’autres pays auront quelques difficultés à obtenir ce résultat. Je pense qu’au cours des prochains mois, des convergences se produiront entre les uns et les autres pour interpréter cette notion de déficit en des termes plus pragmatiques. Je souhaite que nous soyons présents au rendez-vous de la monnaie unique en 1999 avec le maximum de pays.

Question. Pourquoi avoir accepté le pacte de stabilité ?

(…) On ne peut pas demander à un gouvernement, surtout s’agissant d’engagements internationaux, de rectifier des décisions prises antérieurement. Nous pouvons seulement les modifier. Nous l’avons contourné en y ajoutant la volonté d’une nouvelle politique européenne en matière de croissance et d’emploi, sur laquelle nous allons revenir, en particulier à l’occasion du sommet pour l’emploi à Luxembourg. (…)

Europe : Pour un « Nouvel acte fondateur ».

Il faut voir un peu plus loin que l’actualité. Aujourd’hui, le système européen est embourbé et enlisé. Au lieu de pleurnicher sur les conclusions très médiocres d’Amsterdam ou de désigner tel bouc émissaire, essayons de tirer la leçon pour le futur. Cette procédure de négociation, la conférence intergouvernementale, ne peut aboutir qu’au blocage, tandis que l’Europe n’est pas habitée par une vraie vision qui la porterait en avant. Notre Gouvernement réfléchit à une initiative très importante pour le changement, à une sorte de nouvel acte fondateur. On ne peut plus se contenter de rafistolages ou de rapiéçages. Il faut passer à une autre attitude et concevoir une vision nouvelle. Une première question se posera assez rapidement : faut-il signer le traité d’Amsterdam ? (…) Autre interrogations : faut-il ratifier le traité ? Les partenaires nationaux ont un rôle à jouer, et notamment le Parlement français (…). Je me demande si, le jour venu, (…) nous devrons le ratifier ou demander le report de la ratification ou le réexamen du traité. En tout cas, il faudra que nous affirmions clairement qu’il ne peut pas y avoir d’élargissement sans rénovation préalable des institutions. Il faut accomplir une sortie de saut qualitatif faute de quoi, ce serait la victoire de Mme Thatcher et du libéralisme tant dénoncé (…) sur l’esprit communautaire tel que l’avait souhaité Jean Monnet et, plus tard, François Mitterrand ou Jacques Delors.

Cela suppose une série de réformes. En particulier, (…) nous devons nous situer dans la perspective d’une fédération des États-nations Il faut accomplir un pas vers le fédéralisme et sortir du face à face entre les grands États et les petits États, chacun défendant légitimement ses intérêts. (…) Je me demande s’il ne faudrait pas concevoir une sorte « d’assemblée constituante » composée de délégués des peuples et de représentants des États qui ne verraient pas les choses en termes purement comptables (…), mais qui essaieraient de refondre pleinement les institutions dans un esprit fédéraliste ou semi-fédéraliste. (…)

Les subventions agricoles.

Il faut avoir une tout autre vision du développement économique. A l’avenir, l’Europe devrait fonder ce développement sur l’investissement intellectuel, le capital humain, ce qui entraînerait toute une série de décisions touchant au budget communautaire. Il n’est pas normal que l’on continue à consacrer, dans le cadre de la politique agricole commune, des sommes aussi considérables pour surfinancer un certain nombre de privilégiés. J’ai d’ailleurs regretté qu’à la réunion des ministres de l’agriculture, il y a quelques jours, on ait accepté tel que le budget de la politique agricole commune, alors qu’on aurait dû engager la discussion, ainsi que le proposait le commissaire pour l’agriculture, en vue de réviser certaines subventions abusives au bénéfice, en particulier, de céréaliers puissants, alors que les travailleurs de la terre, créateurs de richesses qui peinent, sont parfois abandonnés (…).

Le travail parlementaire.

Je n’aurais pas été mécontent, en tant que parlementaire, qu’il y ait une session extraordinaire. Au tout début de la présidence de François Mitterrand, nous avions, au mois de juillet, fait adopter une série de textes : l’abolition de la Cour de sûreté de l’État, la loi sur le livre (…). Nous aurions pu, par exemple, nous mettre au travail autour du « contrat d’union sociale » (…) et, peut-être, l’adopter en première lecture. Le Premier ministre (…) a souhaité avoir le temps de réfléchir (…). Je me rallie, avec d’autres, à ce point de vue. (…)

La décentralisation.

Il est un point sur lequel je souhaite que le Gouvernement laisse au Parlement la liberté de prendre une initiative, à savoir, la décentralisation. (…) Nous nous sommes engagés, dans notre programme, à donner un nouveau souffle à la décentralisation, en particulier sur trois points : renforcer les agglomérations, de manière à pouvoir conduire des politiques urbaines en matière de logement, en matière sociale, en matière de développement économique ; renforcer les régions (…) et réformer la fiscalité locale.

On ne peut pas faire réélire, au printemps prochain, les conseils régionaux tels qu’ils sont structurés aujourd’hui, pour six années supplémentaires. Il faut absolument une réforme du système d’élection des conseillers régionaux. (…). Il faut que le conseil régional, le président de la région, les membres de l’exécutif soient légitimés par un suffrage populaire direct (…). Le meilleur mode de scrutin, et nous le disons dans nos propositions depuis le mois dernier, est le mode de scrutin dit « municipal », combinant le scrutin majoritaire et une dose de proportionnelle.

Le mode de scrutin des élections régionales.

Il importe de changer le mode de désignation des conseillers régionaux en raison du chantage que le Front national risque à nouveau d’exercer à l’occasion de ces élections. Il faut éviter (…) que des candidats de droite à la présidence de la région (…) se fassent élire par un soutien plus ou moins occulte du front national. La très récente rencontre entre M. Pandraud et M. Le Pen donne à penser que cela ne serait pas un cas isolé. (…) Cette proposition faisait partie de la centaine que nous avions retenues. Ce n’est donc pas une improvisation de dernière minute pour satisfaire je ne sais quel besoin électoral (…). J’ajoute que si nous voulons engager la réforme du cumul des mandats, il faut absolument que les élus locaux de demain disposent de vraies responsabilités.

La durée du travail.

Je suis un peu embarrassé pour vous répondre personnellement je suis hésitant sur ce sujet. Mon sentiment personnel, et ce n’est pas nouveau, est que la réduction du temps de travail doit être négociée, échelonnée, discutée, ne pas s’appliquer de façon générale, tenir compte de la situation des entreprises. (…)

France Telecom.

(…) Pour que l’État soit vraiment l’État, c’est-à-dire un État volontaire, qui agit, qui impulse, qui accomplit ses vraies missions, il doit se centrer sur ses tâches prioritaires. (…)

France Telecom est une belle entreprise ; elle a néanmoins besoin d’acquérir une taille internationale, de conclure des alliances avec un certain nombre d’autres entreprises qui toutes sont partiellement ou totalement privées. (…) Il faudrait envisager une ouverture du capital.

Allocations familiales et justice sociale.

J’approuve à 100% (…) la décision prise par le Premier ministre sur les allocations familiales. (…) Nous souhaitons depuis si longtemps que l’on tourne le dos par une première mesure à un égalitarisme de façade qui finalement se retourne contre les plus démunis ou les classes moyennes ! (…) Il faudra certainement aller beaucoup plus loin dans le futur pour les prestations : pour quelles raisons faudrait-il que systématiquement elles soient uniformes sans tenir compte des revenus ?

Question. Y compris pour les remboursements de l’assurance maladie ?

La réalité est que ces remboursements sont aujourd’hui inéquitables au détriment de ceux qui n’ont pas les moyens d’adhérer à une mutuelle. (…)

Je ne comprends toujours pas que la redevance télévision et radio ne soit pas modulée en fonction des revenus. (…)

Quant au quotient familiale il coûte au Trésor public 95 milliards de francs. Je ne dis pas qu’il faut le supprimer, mais il n’y a pas de raisons de ne pas le réexaminer, de ne pas le réadapter. (…)

Une des voies possibles pour à la fois réduire les déficits sociaux et répondre à l’objectif de justice consiste à aller dans le sens de ce qui a été engagé pour les allocations familiales. (…)

Les compétences partagées entre M. Chirac et M. Jospin.

(…)  Il appartient au chef de l’État et au Premier ministre, pour la défense nationale et les affaires internationales, de proposer et de décider une politique qui soit à l’extérieur. Je n’ai pas observé qu’il y ait eu sur ce plan un quelconque accroc. (…) Mais il n’est pas utile que la voix de la France, une, soit aussi une voix riche et dense. (…) La cohabitation peut-être une source de « tonification », d’enrichissement de la politique internationale. Les deux grandes familles politiques qui animent la France peuvent faire converger, comme deux affluents, leurs traditions, leur culture vers une pensée, une expression, une action unique et la France en sortira renforcée. (…)

L’Otan.

La bonne volonté française n’a pas été payée de retour. (…)

Question. Pourquoi M. Jospin ne va-t-il pas à Madrid ?

L’une des raisons est que cette négociation a été engagée par le Chef de l’État voici plusieurs mois. (…) Il est clair qu’à Madrid le Chef de l’État sera appelé à constater que les conditions ne sont pas réunies pour une réintégration pleine et entière dans les structures militaires de l’OTAN. (…)

La politique africaine de la France.

(…) La cohabitation peut être l’occasion d’une vraie refondation de la politique africaine. (…) La refondation pourrait tourner notamment autour de deux idées : la transparence des aides davantage tournées vers le développement des peuples et non plus vers le soutien de privilégiés plus ou moins corrompus ; une plus grande autodétermination par les pays eux-mêmes de leur destin. (…)

Hong Kong et les droits de l’Homme.

(…) La commission des affaires étrangères, dont j’assume la présidence, sera en même temps, je l’espère, la commission des droits de l’homme. Elle jouera un rôle actif pour faire entendre la voix de ceux qui sont opprimés à travers le monde. Le régime chinois est un régime totalitaire ; il s’étend à Hong Kong. (…)

Le Dalaï Lama, s’il vient à nouveau en France, sera je l’espère, reçu par tel ou tel membre du Gouvernement. En tout cas, il sera accueilli à la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale. (…)

L’unité des Socialistes.

L’une des conditions (…) pour que certaines des contradictions de la réalité puissent être résolues positivement, dans un esprit constructif, inventif, créatif, c’est que les socialistes préservent ce climat d’unité que le Premier secrétaire du Parti socialiste avait réussi à créer au cours des deux dernières années. (…) Je souhaite que chacun d’entre nous soit aujourd’hui unitaire pour deux. Droit au débat, droit à la discussion, droit à la réflexion, même parfois devoir d’apporter sa pierre, ses idées, ses propositions, mais en même temps, surtout s’il y a une passe difficile, délicate, il faut qu’alors les socialistes fassent bloc autour de leur gouvernement dans la mesure, et c’est le cas, où ce gouvernement est celui de la justice sociale et de l’innovation. (…)

Éducation : de l’audace et de l’imagination.

Déconcentrer est une nécessité pour l’éducation nationale comme pour d’autres administrations. Il faudra le faire avec doigté, dans un souci de concertation avec les uns et les autres. (…) Au-delà de l’administration, ce qui est important c’est que soient engagés des réformes de fond, de structure. J’en vois notamment deux qui réclameront de l’audace, encore de l’audace, de l’imagination, encore de l’imagination, toujours de l’imagination : c’est la rénovation des collèges (…) et c’est l’Université qui est en mauvaise situation. (…)