Texte intégral
Justice : La droite amuse la galerie
L'arrêt de la cour d'appel d'Angers ne concerne absolument pas ce qu'a fait le juge Jean-Pierre un certain dimanche après- midi (…) La chambre d'accusation de cette cour d'appel a déclaré (…) qu'il était fondé qu'il y ait une instruction ouverte (…) sur l'affaire Urba, au Mans. La manière dont le Juge Jean-Pierre a conduit cette instruction ne fait pas du tout l'objet de cette décision (…)
La droite n'a pas de projet. M. Toubon, M. Juppé sont bien incapables de se mettre d'accord avec M. Léotard, et, éventuellement, avec M. Méhaignerie, pour savoir ce qu'ils pourraient proposer comme politique alternative à celle que conduit le Gouvernement de Michel Rocard. Comme ils n'ont pas de politique alternative, ils amusent la galerie sur cette affaire de procédure un peu compliquée.
Le financement des partis politiques
Je crois qu'il faut que l'on parle du financement des partis politiques, mais de celui de tous les partis politiques (…)
N'oublions pas que c'est Michel Rocard qui a fait passer une loi sur le financement des partis politiques l'année dernière. Cela n'avait jamais été fait auparavant (…)
Quel journaliste politique averti peut affirmer aujourd'hui qu'il ne savait pas comment étaient financés les partis politiques ? (…) Dès que le Gouvernement de Michel Rocard a été mis en place, nous nous sommes attaqués à ce sujet (…)
C'est parce que le Gouvernement de Michel Rocard a fait passer cette loi au Parlement que le parti socialiste a décidé de liquider Urba. Il s'agit donc d'une société qui est en liquidation et qui n'assure plus le financement d'un parti politique (…)
M. Juppé peut-il affirmer solennellement, devant toutes les Françaises et tous les Français, que le RPR a liquidé les sociétés qui en assuraient et en assurent aujourd'hui le financement ?
M. Léotard peut-il affirmer ce soir solennellement que le Parti républicain a liquidé les sociétés qui en assuraient le financement ? Et je pose la même question à M. Méhaignerie, à M. Marchais, à M. Le Pen et à M. Waechter (…)
Que les procédures aillent jusqu'à leur terme. Actuellement, une procédure est en cours concernant Urba. Elle doit aller jusqu'à son terme. Elle ira jusqu'à son terme (…)
Il y a quinze jours, (…) on a accusé Henri Nallet, garde des sceaux, d'être intervenu. On lui a alors demandé de démissionner. Mais le garde des sceaux n'est pas intervenu : c'est le président du tribunal du Mans qui a dessaisi le juge Jean-Pierre, et ce président est totalement indépendant du garde des sceaux (…) Aujourd'hui, on demande de nouveau la démission de Henri Nallet au motif que la justice a manifesté son indépendance en se prononçant sur la procédure (…) Ce n'est pas comme cela qu'on éclairera les Françaises et les Français ! (…) Il faut aussi préciser que les députés n'ont jamais été amnistiés, contrairement au sentiment largement répandu dans l'opinion : ils ont été exclus de l'amnistie, comme tous ceux et toutes celles qui se sont personnellement enrichis (…)
Les pays nord-américains notamment ont posé le problème du financement des partis politiques (…) En France, nous ne nous étions jamais posés ce genre de questions. C'était un tort pour notre démocratie (…) Il ne s'agit pas aujourd'hui de tourner la page sur des fautes. Il s'agit de reconnaître que les choses n'étaient pas claires, mais qu'elles permettaient tout de même à notre démocratie de fonctionner. Aujourd'hui, il y a un fonctionnement clair. Est-il respecté par tout le monde ? En tout cas, le parti socialiste le respecte (…)
Henri Nallet a été clair : la campagne nationale de François Mitterrand n'a pas été alimentée par les circuits d'Urba (…)
Question : N'est-il pas gênant que Henri Nallet soit garde des sceaux après avoir été le trésorier de la campagne présidentielle de M. Mitterrand ?
Si l'on peut reprocher quelque chose à la campagne de M. Mitterrand, qu'une procédure soit engagée qui mette cela en évidence ! On ne peut pas dire a priori que quelqu'un ne peut pas devenir garde des sceaux au motif qu'il aurait exercé auparavant certaines fonctions (…) Si la personne concernée a commis des infractions, qu'on le prouve ! Sinon, je ne verrais pas pourquoi on remettrait en cause la légitimité de sa nomination en tant que garde des sceaux par le président de la République.
L'espérance de vie du Gouvernement de M. Rocard
Le fait qu'il n'y ait pas de majorité absolue à l'Assemblée nationale n'est pas nouveau : c'est le résultat des élections législatives de juin 1988 (…) L'esprit d'ouverture et de dialogue de Michel Rocard a permis, en dépit de ce fait, que des majorités d'idée se dégagent sur tel ou tel projet. Il n'y a pas de raison que cela ne continue pas (…)
Question : Que pensez-vous de l'opinion de M. Mauroy selon laquelle le Premier ministre doit être changé tous les trois ans ?
Je suis d'accord avec M. Mauroy sur beaucoup de choses, mais pas sur celle-là car conduire ces réformes demande du temps. (…)
De nombreuses réformes ont été engagées, notamment dans le domaine de l'éducation nationale (…), dans le mien (…) et dans d'autres (…) Au bout de trois ans, les choses ne font que commencer à bouger (…)
Les rapports entre le Parti socialiste et le Gouvernement
Le débat au sein du parti socialiste n'est pas susceptible de remettre en cause les réformes que conduit le Gouvernement de Michel Rocard (…) S'il est important qu'au sein du parti socialiste nous ayons un débat, et que nous passions aux actes, c'est pour défendre la mise en œuvre de ces réformes (…) Si l'on passe plus de temps à demander pardon pour ce qu'on n'a pas fait, qu'à mettre en valeur ce qui a été réalisé, on est mal parti pour 1993 ! (…)
Prenons l'exemple du RMI. Celui-ci a d'abord fait l'objet de discussions à l'intérieur du parti socialiste, notamment lors du congrès de Toulouse en 1985. En 1988, François Mitterrand l'a repris dans ses propositions (…) Le Gouvernement l'a mis en œuvre la même année (…) Le RMI existe aujourd'hui. Il faut le faire vivre (…) Il faut donc aussi proposer des actions d'insertion sur le terrain et, à cet égard, il y a de quoi s'investir pour les militants socialistes – et pas seulement pour les militants socialistes ! (…)
Il n'y a pas de faillite des régimes de retraite
Il n'y a pas de faillite des régimes de retraite. Les retraites sont garanties. Mais des questions se poseront à l'avenir (…)
En France, le système de retraite est fondé sur la solidarité : il s'agit d'un système de répartition. Il faut savoir que, dans un tel système, les retraites versées aujourd'hui sont financées par les cotisations sociales acquittées par ceux qui sont en activité (…)
En 1970, on comptait 1 retraité pour 3 cotisants en activité. Aujourd'hui, on compte 1 retraité pour un peu plus de 2 cotisants. En 2010, il y aura moins de 2 cotisants pour 1 retraité.
Le nombre des retraités ne cesse d'augmenter et la durée de vie ne cesse de s'allonger.
Il n'y a aucune raison d'être inquiet. Depuis 1945, les retraites ont sans cesse augmenté et leur couverture s'est élargie. (…)
Je vais présenter mercredi prochain au conseil des ministres un Livre blanc sur les retraites. Ce Livre blanc traitera de l'évolution de nos retraites jusqu'à aujourd'hui, tracera des perspectives, énoncera des hypothèses pour garantir un système fondé sur la solidarité (…)
Le Gouvernement, ainsi que le Premier ministre l'a répété il y a quelques jours, garantira le droit de départ à la retraite à 60 ans (…) Il faut cependant observer que la durée de cotisations a changé (…) Je voudrais que les hommes et les femmes qui ont commencé à travailler très jeunes puissent bénéficier relativement tôt d'un départ à la retraite (…) Quant à moi, qui ai commencé à travailler beaucoup plus tard, à l'âge de 23 ou de 24 ans, je ne suis pas choqué ce m'entendre dire que l'âge de mon départ à la retraite ne sera peut-être pas tout à fait 60 ans (…)
Il importe de maintenir l'équité entre les générations, mais aussi entre les retraités eux-mêmes.
Retraites : livre blanc, pédagogie et décisions
Il faut commencer par informer les Français. (…) Le Gouvernement de Michel Rocard a voulu que l'on mette à plat l'évolution des régimes de retraite. Cela ne veut pas dire que tous les problèmes pourront être résolus immédiatement. Mais il est nécessaire de savoir de quoi l'on parle. (…) Il faut d'abord une information, une pédagogie. Le Livre blanc sera présenté mercredi en conseil des ministres. Il sera immédiatement disponible en librairie en format de poche. (…) Il faudra avoir un débat sur les décisions à prendre. (…) Beaucoup d'avis ont été exprimés sur les solutions. On va les reprendre en faisant des projections. (…)
Le Gouvernement a des préférences sur les fondements mêmes du système de retraites. Il est très attaché au maintien d'un système fondé sur la solidarité. Toutes les hypothèses seront passées au crible de la solidarité. (…) Y aurait-il des décisions à prendre et quand ? Il serait irresponsable de rejeter trop longtemps des décisions à prendre. Mais il est nécessaire, avant de les prendre, de bien Informer l'ensemble de nos concitoyens. (…) Les retraités n'ont pas à être inquiets. Le débat sur le Livre blanc, sur les retraites concerne davantage les actifs. (…) On prendra des décisions à l'issue de ce débat dont la durée ne devrait pas dépasser une année. (…)
Et si nous arrivions sur ce sujet à dégager un consensus ? (…) Prendre des décisions dans la précipitation ne résoudrait rien. (…) Une mission composée de quatre personnes et animée par un retraité entendra l'ensemble des associations, des organisations concernées par les problèmes de retraites. Un débat s'engagera dans le pays. J'espère que nous arriverons progressivement à une prise de conscience qui permettra de garantir la pérennité des régimes de retraites. (…) Ce débat n'a jamais eu lieu. On ne peut pas le trancher trop vite. (…)
Maitrise des dépenses de santé ou rationnement des soins ?
L'équilibre des comptes de l'assurance-maladie peut être atteint. La France doit être le troisième pays au monde pour les dépenses de santé. (…) Je veux que l'on équilibre les comptes de l'assurance-maladie sans augmenter les cotisations et sans diminuer les remboursements. (…) Il faut donc mieux gérer la Sécurité sociale et éviter qu'il y ait des dépenses inutiles. (…)
La consommation médicale par tête d'habitant était en 1990 de 9 537 francs. (…) La progression annuelle était en moyenne de 7 à 10 % depuis une quinzaine d'années. Cela commence à fléchir. (…) En 1990, il y a eu un ralentissement de la consommation médicale. Je veux que les Français soient bien soignés mais que lorsqu'ils vont chez le médecin, ils soient bien remboursés par la "Sécu". (…)
Il n'est pas question de rationner les soins. (…) Je veux rappeler qu'avec le plan Séguin, mis en place lorsque M. Chirac était Premier ministre, les médecins généralistes ont vu leur activité diminuer de 3 à 4 %. M. Chirac, lui, a rationné les soins. Pour ma part, je souhaite passer des contrats avec les professions de santé. (…)
L'accord sur les contrats de fidélité est intéressant pour les médecins et pour les malades. (…) Cela permettra de mieux organiser le système. Ce qui m'importe, ce n'est pas tellement de faire des économies, c'est de ralentir le rythme de progression des dépenses. (…)
Vers l'interdiction de fumer dans les entreprises ?
Dans la loi que j'ai fait adopter figure une disposition aux termes de laquelle on ne devrait plus fumer dans les lieux publics. En ce qui concerne les lieux de travail, cette interdiction sera inscrite dans un règlement intérieur, mais cela devra faire l'objet de négociations, de discussions. Il n'est pas question de prendre des décisions à la hache. Je veux que les comportements changent. Nous ne sommes pas dans un pays où règne l'hygiénisme, où l'on prend dans ce domaine des décisions autoritaires. (…) Jusqu'à présent, il y a des lieux dans lesquels il est interdit de fumer, mais en règle générale on y fume. (…) La règle deviendra la suivante : on ne doit pas fumer sauf dans des lieux réservés à cet effet. Les modalités d'application de cette disposition voulue par le Parlement devront faire l'objet de discussions à l'intérieur des entreprises.