Article de MM. Bruno Mégret, président du Front national Mouvement national, et Jean-Yves Le Gallou, député au Parlement européen, dans "Le Figaro" du 25 mars 1999, sur la démission de la Commission européenne et la nécessité de réformer les institutions, intitulé "Bruxelles : supprimer la Commission".

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La démission fracassante de la Commission de Bruxelles a été présentée par tous comme une victoire : pour les fédéralistes, c'est un succès du contrôle démocratique : pour les souverainistes, c'est une preuve du mauvais fonctionnement des institutions bruxelloises.

Mais l'essentiel est comme souvent caché. Cette crise risque fort de déboucher sur le remplacement d'un président de Commission faible, issu d'un petit pays, le Luxembourgeois Jacques Santer, par un président que les fédéralistes souhaitent fort, issu probablement d'un des grands pays européens et parrainé par le couple Allemagne - Grande-Bretagne.

Le résultat risque donc de renforcer encore l'omnipotence de la Commission de Bruxelles au détriment du pouvoir des représentants des Etats-nations et de la liberté des peuples.

Car la commission de Bruxelles édifie, jour après jour, une prison de papier : c'est une formidable machine à produire des textes qui réglementent tout sur le continent.

Rien n'échappe au Moloch bruxellois. Tout tombe sous son contrôle : les négociations commerciales internationales, conduisant le plus souvent l'Europe à s'aligner sur les Etats-Unis ; les règles alimentaires mettant en cause les produits du terroir, depuis le camembert au lait cru jusqu'au miel d'apiculteur amateur ; les libertés de chasse ou de pêche ; le libre usage de la terre et du sol.

Bref, c'est la Commission de Bruxelles qui prétend aujourd'hui régenter notre art de vivre et nos loisirs, en nous prenant en charge du berceau à la tombe.

La perspective de voir un président puissant prendre la succession d'un président faible à la tête de la Commission européenne n'est donc pas pour nous réjouir. Nous ne voulons pas changer de geôlier, nous voulons abattre les murs de la prison !

Pour cela, il faut réformer profondément les institutions européennes, de façon à les rendre compatibles avec la souveraineté des nations et la liberté des peuples. Il paraît notamment nécessaire de :

1 - Supprimer l'institution hybride qu'est la Commission européenne, mi chèvre, mi chou, mi gouvernement, mi administration, pour la remplacer par un simple secrétariat général, purement administratif, au service du Conseil des ministres européens, unique organe de décision de l'Union européenne.
2 - Revenir, au sein de ce Conseil des ministres européens érigé en Conseil des nations, dans lequel chaque voix représentera un Etat souverain, à la règle du vote à l'unanimité, de façon qu'aucune nation ne se voie imposer une législation contraire à sa volonté, ses libertés ou ses traditions.
3 - Rétablir la supériorité du droit français sur le droit européen, de sorte que les règlements européens ne puissent plus s'appliquer en France que sous la forme de (...) nationales, librement votées par le Parlement national.
4 - Donner un contenu réel au principe de subsidiarité, en énumérant de manière limitative et restrictive les compétences dévolues à l'Union européenne.
5 - Instituer une Europe à la carte, en substituant au principe actuel d'intégration celui de coopération, de façon que les nations européennes puissent choisir librement les domaines précis dans lesquels elles souhaitent collaborer les unes avec les autres. De la sorte, les décisions pourront être prises à l'unanimité, pour préserver la souveraineté de chacun, sans que le dynamisme de l'ensemble s'en trouve le moins du monde freiné.

Ainsi définie par ces grands principes, l'Europe des nations s'affirme donc comme un projet résolument bénéfique et ambitieux, permettant aux nations d'Europe de reconquérir leur souveraineté, de se régénérer et d'organiser la grande communauté de civilisation qu'elles constituent. A rebours de la logique maastrichtienne, elle sera l'instrument par lequel nos patries pourront à nouveau peser dans le monde, sans pour autant renoncer à leur génie propre.