Interview de M. François Hollande, Premier secrétaire du PS, à TF1 le 26 mars 1999, sur la participation de la France aux opérations de l'OTAN contre les forces serbes au Kosovo, le compromis négocié au sommet européen de Berlin sur la PAC et l'Agenda 2000, le choix du nouveau président de la Commission européenne, la préparation des élections européennes.

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Circonstance : Conseil européen extraordinaire à Berlin du 24 au 26 mars 1999

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Q - Vous participez au débat à l'Assemblée nationale sur la participation de la France aux opérations de l'Otan. Est-ce que ce n'est pas un peu dangereux : pour la cohésion de la majorité plurielle, les prises de position du PCF et du MDC contre l'intervention ?

– « Oui, il faut toujours se méfier des excès, quels qu'ils soient. Mais ce qui importe, c'est la cohésion de cette majorité pour gouverner la France. Et en l'occurrence, le Parti communiste a décidé depuis longtemps d'être membre de ce Gouvernement et R. Hue a même déclaré que, plus il était convaincu de la nécessité d'être hostile à cette intervention, plus il fallait rester au Gouvernement. Donc, à partir de là, il n'y a pas d'inquiétude à avoir. Ce que je crois plus sérieusement, c'est qu'il n'y a pas d'alternative à la politique qui est aujourd'hui menée. Parce que si le Gouvernement et le Président de la République n'étaient pas intervenus comme ils l'ont voulu à travers une décision de l'Europe, qu'elle était la solution autre ? C'était de laisser faire Milosevic ? De laisser les massacres se perpétuer ? D'avoir le risque d'une déflagration dans cette région du monde qui a déjà produit des conflits mondiaux ? Donc, à partir de là, je crois que le Gouvernement a pris ses responsabilités, le Président de la République aussi, la majorité également puisqu'elle soutient, globalement en tout cas les socialistes, l'action qui est menée avec, néanmoins, un objectif, c'est que ces frappes, ces interventions militaires durent le moins longtemps possible. Et pour cela, il faut retrouver le plus rapidement possible la solution politique qui est nécessaire. C'est-à-dire qu'il faut que Milosevic revienne le plus rapidement à la table des négociations ou que les frappes aient suffisamment d'impact pour qu'on ait détruit ses capacités militaires, c'est-à-dire de répression des Kosovars. Ce que l'on fait ici, ce n'est pas une solution de facilité pour montrer un rapport de force, c'est simplement pour sauver des populations civiles qui, sans ces interventions, avaient la certitude d'être massacrées par les autorités serbes. »

Q - Le mécontentement des agriculteurs veut dire que l'accord conclu au Sommet de Berlin n'est pas très bon pour l'Europe agricole ou en tout cas pour la France dans l'Europe agricole ?

– « Non, je ne crois pas. L'important était d'abord qu'un accord soit trouvé. Parce que, qu'est-ce qu'on aurait dit dans ce contexte, si l'Europe n'était pas elle-même prête à trouver les compromis indispensables pour son avenir, c'est-à-dire pour les six ans qui viennent, puisque c'était là, la programmation des dépenses communautaires, européennes. Alors, fallait-il encore que ce soit un bon accord, un bon compromis. C'est simplement un compromis convenable. C'est-à-dire que pour l'agriculture, il y a eu des progrès par rapport à ce qui avait été envisagé, notamment pour le lait, notamment pour la viande bovine, notamment pour les céréales, même si, je crois qu'il faudra que le gouvernement français puisse redistribuer les aides, notamment du côté des petites et des moyennes exploitations. Sinon, les mécanismes de compensation jouent toujours pour les mêmes grosses exploitations. Donc, il appartiendra maintenant au gouvernement français d'essayer de tirer le meilleur parti de l'accord. Mais pour l'essentiel, le Président de la République l'a reconnu, la Politique agricole commune a été préservée. Et à un moment, la crainte que l'on pouvait exprimer les uns et les autres, c'est que pour financier l'avenir, on sacrifie le passé. Là, la Politique agricole commune a été préservée et les baisses des prix ont été limitées. Mais il faudra encore travailler pour qu'il y ait, pour la redistribution des aides en agriculture, un peu plus d'équité qu'il n'y en a aujourd'hui et un peu plus de recherche d'une extensification des exploitations, c'est-à-dire, d'avoir une bonne occupation du territoire et pas simplement le productivisme que l'on connaît dans certaines régions. Donc, là-dessus, c'est plutôt un accord satisfaisant s'il est complété par le Gouvernement. Par ailleurs, il y a eu à ce Sommet, on ne l'a peut-être pas dit suffisamment… »

Q - On a frôlé la crise tout de même.

– « Oui, on a frôlé la crise. On aurait pu la trouver d'abord avec la Commission européenne. Est-ce qu'on était capable, très vite, de choisir un nouveau président. Ils ont choisi, les chefs d'État et de gouvernement, R. Prodi, qui est à la fois un homme doté d'une autorité politique incontestable, qui a mis son pays, l'Italie, dans la voie de la monnaie unique et – ce n'était pas facile –, et qui en plus, correspond – si je puis dire –, à la majorité politique de l'Europe puisqu'il est plutôt un homme de centre gauche. Donc, c'était très important qu'il y ait tout de suite une nomination, qu'il n'y ait pas de vide. Que R. Prodi prenne maintenant son temps pour constituer sa Commission. Un nouveau sommet est prévu le 15 avril. Deuxièmement, il était important, dans le contexte qu'on a décrit du Kosovo, que l'Union européenne marque sa cohésion et sa cohérence. C'était d'autant plus important pour les socialistes puisqu'on a 11 chefs de gouvernement socialistes sur 15, donc il y avait presque, une obligation de résultat. »

Q - Vous êtes donc une tête de liste heureuse pour les élections européennes ?

– « Je le serai peut-être le 13 juin. C'est quand même la date qui convient. Mais c'est vrai qu'il faut donner à l'Europe, maintenant, un projet d'avenir. C'est ce qui a manqué ces dernières années. Et on ne fera, à mon avis, la mobilisation des Européens que si on est capable de leur dire que cette Europe sert à quelques choses, notamment pour la croissance ou l'emploi, l'aménagement du territoire et puis aussi la démocratie, ça compte également. Et l'Europe de la défense, on y est, dans un moment difficile. »