Texte intégral
P. Caloni : Votre portefeuille augmente de 10,4 %. Êtes-vous heureux ?
J.-N. Jeanneney : Oui, pas béat, mais content ! On est dans la bonne direction. On a maintenant les moyens de servir ce qui est nécessaire et utile, de rééquilibrer le secteur public et le secteur privé dans la télévision.
P. Caloni : Qu'est-ce qui fait que votre budget a augmenté ? Vous êtes-vous battu ? Cela semblait-il une nécessité pour le gouvernement ?
J.-N. Jeanneney : J'ai fait valoir mes arguments. On avait besoin d'offrir plus de programmes, plus d'informations, que tout cela soit plus divers et plus riche. J'ai trouvé auprès du Premier ministre une oreille très attentive. C'est une décision gouvernementale.
P. Caloni : Plus de service public ?
J.-N. Jeanneney : L'idée est simple : il faut que les Français puissent avoir une offre de programmes plus large, des programmes plus divers et plus riches : qu'il s'agisse de l'information, du divertissement ou de la culture. Pour cela, il y a une bonne recette : c'est d'avoir, d'un côté, un secteur privé préventif, imaginatif et fort ; de l'autre, un secteur public qui le soit aussi dans sa façon d'être. En 1986, en diminuant la redevance, les gouvernements de droite avaient déséquilibré de façon regrettable cet ensemble. On est en train de le rééquilibrer. Voyez comment France-Télévision est en train de prendre de nouvelles couleurs.
P. Caloni : La redevance est de 390 francs pour les téléviseurs noir et blanc et de 606 francs pour la couleur.
J.-N. Jeanneney : C'est moins qu'un timbre-poste vitesse lente, que payent les Français par jour, pour l'ensemble de la radio-télévision de secteur public. Ils paieront cette année 26 francs de plus.
P. Caloni : La publicité augmente-t-elle dans le secteur public ?
J.-N. Jeanneney : Oui, car la disparition de La Cinq a rendu disponible un certain nombre de ressources nouvelles. Il est normal que France-Télévision en profite. Cela marque la coordination des efforts du secteur public, à quoi H. Bourges préside avec efficacité.
P. Caloni : La présidence unique est donc une nécessité.
J.-N. Jeanneney : La réforme a fait ses preuves. Cela permet de coordonner et de compléter les choses. Le problème est toujours de savoir ce qu'on donne à voir à nos concitoyens. On donnera à voir plus de choses plus diverses grâce à cela.
P. Caloni : Comment peut-on travailler alors qu'on sait qu'a priori, on ne sera plus ministre en mars ?
J.-N. Jeanneney : On se garde d'abord de prendre des précautions. On fait ce qu'on croit devoir faire au nom de sa propre doctrine. J'entends certains qui nous disent : "ne faites pas ceci ou cela parce que les autres vont le casser". D'abord, "les autres ne sont pas encore là. Si, par malheur, les autres arrivaient, ils feront ce qu'ils souhaitent faire. En attendant, nous faisons ce que nous souhaitons. Par exemple, développer l'audiovisuel de qualité, de culture et d'information. Nous sommes fidèles à notre doctrine et à ce pour quoi nous nous sommes toujours battus à gauche."
P. Caloni : Il y a actuellement six chaînes hertziennes. Arte vient de s'y ajouter.
J.-N. Jeanneney : J'ai regardé cette chaîne pendant l'été sur le câble et l'ai vue s'améliorer à grande vitesse. Il faut un certain temps pour qu'une chaîne s'établisse et soit capable de dialoguer avec ses téléspectateurs. Elle va jouer le rôle que nous souhaitions qu'elle joue en décidant de la mettre sur l'hertzien, c'est-à-dire offrir à une quantité de Français qui n'ont pas accès comme les privilégiés de la culture à Paris à de la danse, de l'opéra, du théâtre. Cela peut les aider aussi à sortir de notre franco-centrisme.
P. Caloni : Les sous-titres étaient-ils nécessaires ?
R. C'est souvent en français ! Cela va devenir européen. Nous avons vu à quel point les Français s'intéressaient à la construction européenne lors du référendum. Voilà parmi d'autres un instrument pour assouvir leur curiosité et leur appétit d'autre chose. Je suis sûr que de plus en plus nombreux, ils vont s'attacher à Arte. C'est ma conviction. J'en vois les premiers signes.
P. Caloni : C'est un symbole de voir la même semaine un présentateur-vedette avoir quelques problèmes et une nouvelle chaîne se lancer.
J.-N. Jeanneney : Je ne sais pas si tous les fans de P. Sabatier vont se reporter d'un seul coup en masse sur Arte. Ce dont je suis sûr, c'est qu'on va donner à voir des choses neuves et nouvelles. Un téléspectateur n'est pas quelqu'un qui regarde Arte tout le temps ou Foucault et Sabatier tout le temps. On a tous envie de varier en fonction des moments. Je veux augmenter l'offre des programmes. Cela paraît simple, mais c'est très important.