Texte intégral
Discours de M. Bernard Kouchner, ministre de la Santé et de l'Action Humanitaire pour la remise du prix Galien, le mercredi 16 septembre 1992
Monsieur le Président,
Madame, Messieurs les membres du Jury,
Mesdames, Messieurs,
Galien, médecin grec, installé à Rome : déjà l'Europe de la santé n'avait pas de frontières.
Praticien reconnu, mais d'abord homme de terrain, de méthode mais également d'hypothèse, précurseur dans le domaine de la pharmacopée comme dans celui du diagnostic et de ce qui deviendra la recherche clinique, devenu enseignant avec dans sa liste de publications des ouvrages qui ont traversé le temps. Quelle figure prémonitoire de la médecine moderne !
Après avoir loué Galien, je voudrais saluer l'initiative de ce prix, Roland Melh, le Quotidien du Médecin et le Quotidien du Pharmacien et également le travail du jury qui permet chaque année depuis plus de vingt ans d'honorer et donc de mieux situer, d'appeler l'attention - et pas seulement celle des médecins – sur les grands progrès de la thérapeutique médicamenteuse et sur les efforts de recherche faits en ce domaine.
L'internationalisation de ce prix, là encore, témoigne du fait que la médecine n'a ou ne devrait pas avoir de frontières.
Fruit de la collaboration internationale, le G-CSF l'est à coup sûr. Il suffit de se remémorer l'explosion de ces dernières années concernant nos connaissances des cytokines et des facteurs de croissance hématopoïétiques, pour retracer le succès de Neupogen. L'identification, la purification de la molécule, le clonage de son gène, la production d'une molécule active utilisable, le rapprochement d'AMGEN et de Roche pour un développement accéléré en Europe : tout cela en si peu d'années !
La procédure européenne d'instruction du dossier d'AMM a permis de mettre à la disposition des malades dans de brefs délais un médicament majeur, le premier d'une nouvelle classe. Ceci grâce à la bonne coopération entre États de la Communauté. La soit-disant « technocratie de Bruxelles » que l'on décrit trop facilement, a fonctionné vite et bien. Elle n'a pas attendu Maastricht. Souhaitons que cela continue.
Mis sur le marché en France en novembre dernier pour la prévention et la correction des neutropénies sévères et de leurs complications au cours de certaines chimiothérapies anticancéreuses seulement ; ces indications ont été étendues en juillet dernier à la réduction de la durée des neutropénies sévères et de leurs complications : telles qu'elles surviennent lors de l'emploi de chimiothérapies cytotoxiques connues pour être associées à une incidence significative de neutropénies fébriles ; et chez les patients recevant une thérapie myélo-suppressive suivie de greffe de moelle.
En stimulant la production et la libération de polynucléaires neutrophiles fonctionnels à partir de la moelle osseuse, le G-CSF a ouvert des perspectives thérapeutiques nouvelles dans le traitement des cancers qui repose avant tout sur une stratégie d'exérèse ou de destruction des cellules malignes par des médicaments ou des agents physiques dont la toxicité s'exerce également sur les cellules saines notamment les lignées blanches, pénalisant ainsi les résultats thérapeutiques.
Au-delà de cet effet sur la toxicité, un facteur de croissance tel que le Neupogen est susceptible d'offrir une perspective importante à la recherche thérapeutique : c'est la possibilité de délivrer aux patients des doses non réduites ou non espacées dans le temps de chimiothérapie anti-cancéreuse et donc de tester dans de meilleures conditions, l'effet dit de « doses-intensité » si débattu actuellement.
L'élargissement récent des indications aux situations de greffe de moelle va également s'avérer positive. Dans le cas de l'autogreffe de moelle, la situation, on peut l'espérer, va se trouver considérablement modifiée. En permettant d'abord un recueil bien meilleur de cellules souches circulantes (qui se substituent de plus en plus aux greffons médullaires) puis en contribuant à raccourcir la durée de l'aplasie consécutive aux conditionnements utilisés, le Neupogen est susceptible de faire progresser cette technique si utile en oncologie et de la rendre opérationnelle dans un nombre croissant de centres.
Enfin, il n'est pas inutile de rappeler que d'ores et déjà le G-CSF permet des chimiothérapies anticancéreuses sur des malades ambulatoires.
Les indications de ce produit, si elles sont potentiellement très étendues, ne doivent pas toutefois être l'occasion de dérives. Nouvelle approche du traitement de la neutropénie, créditée de vertus polyvalentes notamment anti-infectieuses, elle ne doit pas servir de « filet de sécurité » à des mains non spécialisées et dans des circonstances non évaluées.
Vous le savez, les conditions de prescription, de dispensation, de prise en charge et de suivi de l'utilisation thérapeutique de ce médicament font l'objet d'un encadrement qui a pu paraître initialement contraignant à certains :
– prescription réservée aux praticiens hospitaliers et aux praticiens des cliniques habilitées à la chimiothérapie anti-cancéreuse ;
– avis d'un spécialiste en oncologie médicale ou en hématologie ayant l'expérience de l'utilisation du G-CSF ;
– dispensation uniquement par le pharmacien de ces établissements, au vu de fiches de prescription et de suivi remplies par le prescripteur ;
- suivi du bon usage du médicament et des résultats obtenus par le biais d'un centre coordonnateur : l'unité INSERM 330 du laboratoire hospitalo-universitaire de bio-statistique et informatique médicale du Professeur Salamon, au CHRU de Bordeaux, en collaboration avec les produits Roche.
Ce suivi systématique de toutes les prescriptions sur l'ensemble du territoire permettra, de continuer à apprécier l'efficacité du médicament sur de grandes séries de malades, dans différentes pathologies, de mieux appréhender la tolérance et de tirer des leçons éventuelles pour une meilleure utilisation du produit. L'intérêt d'un tel suivi pharmaco-épidémiologique mérite d'être souligné et son principe d'être poursuivi et éventuellement étendu à d'autres médicaments innovants lors de leur mise sur le marché.
Je voudrais maintenant saluer les efforts et les succès des Laboratoires Jouveinal. Ce laboratoire, français depuis toujours, nous montre que le gigantisme n'est pas une condition sine qua non de la réussite.
Jouveinal a su garantir la pérennité de son entreprise grâce à des produits déjà relativement anciens maintenant qui ont fait leur preuve et qui rendent encore des services appréciés des médecins et des utilisateurs.
Je pense à la Trimebutine, le Debridat, régulateur de la motricité intestinale qui reste un produit important de l'arsenal thérapeutique et au Pivalate de Tixocortol, la Pivalone, corticoïde topique largement utilisé dans les infections ORL et dans les rectocoliques hémorragiques.
Surtout, Jouveinal a su poursuivre sa croissance et préparer l'avenir grâce à l'expérience et au dynamisme de son management, à la richesse des contacts qu'il a su établir et à la clairvoyance de la stratégie qu'il s'est fixé.
Fort d'un chiffre d'affaires en progression constante depuis dix ans, des investissements financiers importants ont été consacrés et sont consacrés à la recherche : un budget recherche-développement multiplié par sept en dix ans, 23 % du chiffre d'affaires pharmacie-éthique consacrés à la recherche : un taux qui mérite d'être souligné et encouragé.
Un salarié sur cinq de l'entreprise consacre son talent et son énergie à la recherche et au développement. Pour paraphraser le mot du Général de Gaulle, je serais tenté de dire « des chercheurs qui cherchent, on en trouve ; des chercheurs qui trouvent, on en cherche ». Vous avez su les trouver, susciter et préserver chez eux enthousiasme et motivation.
Cette recherche se nourrit d'échanges et de collaborations extérieurs tissés avec les instituts scientifiques nationaux (INSERM, CNRS) et avec des universités de renom international, notamment aux États-Unis et au Canada.
Vous avez su focaliser votre recherche sur des pôles d'excellence :
– en gastro-entérologie je pense à la Fedotozine que vous développez actuellement dans le traitement des troubles fonctionnels digestifs ;
– aux Lipases acides obtenus par génie génétique pour la substitution enzymatique des insuffisances pancréatiques majeures et de la mucoviscidose ;
– dans le domaine de l'inflammation et de l'allergie : le Butixocort, antiasthmatique topique.
Vous avez su également tirer parti des nouveaux concepts mis à jour, pour les appliquer à d'autres champs thérapeutiques notamment pour le système nerveux central.
Parallèlement à la recherche, votre politique systématique de dépôts de brevets à l'étranger, l'implantation internationale d'unités de production et de commerce, nous montrent qu'une entreprise de taille moyenne peut gagner et s'imposer hors de son pré carré. Comme vous, gageons que la France gagnera avec ses partenaires européens hors de ses frontières naturelles.
Discours de M. Bernard Kouchner, ministre de la Santé et de l'Action Humanitaire à l'occasion de la remise des prix Pharmacie clinique, le mercredi 16 septembre 1992
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Il m'est particulièrement agréable d'être parmi vous à l'occasion de la remise des prix de pharmacie clinique aux lauréats 1992. D'autant que cette année verra consacrés enfin la pharmacie hospitalière et le rôle du pharmacien au sein des établissements de santé.
Le projet de loi actuellement en discussion au Parlement modifie de façon tout à fait essentielle les dispositions applicables à la Pharmacie Hospitalière. En effet, ce projet de texte crée, à l'intérieur du livre V du code de la santé publique, un chapitre consacré aux pharmacies à usage intérieur alors que jusqu'à présent l'exercice de la pharmacie hospitalière ne faisait pas l'objet de dispositions spécifiques. Précédemment, le rôle des pharmaciens hospitaliers au sein des établissements de santé n'était pas défini ; et les pharmaciens ont bien senti qu'en plus du seul approvisionnement en médicaments se greffaient d'autres missions de santé publique.
Le législateur a donc voulu compléter le code par un article de loi consacré au rôle du pharmacien hospitalier, officialisant ainsi les missions qu'il avait spontanément remplies. En effet, sa connaissance du médicament et du matériel stérile lui avait montré les lacunes en la matière et sa conscience professionnelle lui avait servi de guide. Le projet de loi en énumérant les différentes missions confiées à la pharmacie hospitalière va ainsi consacrer la spécificité de cette activité.
Ainsi, vont être d'abord indiquées les tâches traditionnelles des pharmaciens hospitaliers la gestion, l'approvisionnement, la préparation, le contrôle, la détention et la dispensation des médicaments, des produits du monopole ainsi que des matériels médicaux stériles. Avec le mot « approvisionnement » va être soulignée la participation des pharmaciens hospitaliers dans les procédures d'achat où, face à la notion de coût, celle de la qualité peut être évaluée grâce à leur compétence professionnelle. Ce rôle doit s'exercer dans le respect des règles qui régissent le fonctionnement des établissements de santé.
Ensuite, la pharmacie clinique va enfin trouver son existence légale dans deux nouveaux alinéas de l'article L. 595-2 qui prévoient les modalités suivantes.
Le pharmacien hospitalier par ses connaissances participe à toute action d'information sur l'ensemble de ces produits, médicaments et matériels médicaux stériles. Il peut même de sa propre initiative l'organiser si cela s'avère nécessaire. Au sein des comités du médicament, en collaboration étroite avec les médecins prescripteurs, il joue un rôle important dans la prise de conscience du bon usage du médicament. Il est à même de sensibiliser le personnel et éventuellement les malades en organisant la dispensation, en suivant ses effets, en l'évaluant et en l'adaptant afin de la rendre plus performante.
Grâce à ses contacts dans les services et aux recoupements qu'il peut opérer, il est l'un des acteurs de la pharmacovigilance. Avant même de voir traduit dans les textes l'obligation de mettre en œuvre la matériovigilance, sa compétence dans ce domaine et sa position privilégiée lui ont permis d'être pionnier en la matière.
Toute initiative susceptible de concourir à la qualité et à la sécurité des traitements et des soins est maintenant consacrée. À cet égard, je voudrais saluer l'implication des pharmaciens-hospitaliers dans les Comités de lutte contre les infections nosocomiales, les Clins, qui montre bien que la profession a su prendre la mesure de ce qui constitue aujourd'hui une préoccupation d'envergure nationale.
À cela vient s'ajouter une mission déjà définie par l'article L. 577-ter du code de la santé publique faisant du pharmacien d'établissement public ou privé un acteur plein de la recherche clinique dans le domaine du médicament et du matériel biomédical. La loi stipule que le pharmacien doit être préalablement informé par le promoteur des essais ou expérimentations et que les médicaments et produits destinés à ces essais cliniques sont détenus et dispensés par les pharmaciens hospitaliers contribuant ainsi à l'assurance de qualité de ces investigations.
L'intérêt et la qualité des travaux présentés aujourd'hui reflètent l'ampleur des missions de la pharmacie hospitalière désormais consacrée.
Syndicats pharmaceutiques : 16 septembre 1992
Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs,
La présence du ministre en charge des problèmes de santé aux assemblées générales de votre fédération est traditionnelle.
En cela, je ne déroge pas à la règle.
Mais je voudrais vraiment que ma venue parmi vous à Lyon soit plus que cela.
Je souhaiterais en effet que ma présence ne soit pas seulement interprétée comme un gage d'intérêt pour le secteur de l'officine, mais peut-être surtout comme un témoignage d'amitié.
En effet, je crois que nous avons su en quelques mois, instaurer entre les officinaux et les pouvoirs publics un climat de confiance mutuelle et de collaboration, sur lequel je reviendrai ultérieurement.
Je voudrais également saluer, pour commencer Mme la Présidente, la haute tenue de votre assemblée ainsi que de votre intervention qui offrent effectivement l'image d'un syndicalisme responsable et ouvert.
Vous avez dans votre discours largement interpellé les pouvoirs publics et les organismes de protection sociale.
Je vais ici tenter de vous apporter quelques éléments de réponse sur les sujets importants que vous avez soulevés.
Cependant, vous comprendrez bien que si, comme vous le souligniez tout à l'heure, en tant que Présidente de la Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France, vous ne sauriez prendre position sur le devenir de la couverture sociale et des grands choix qui s'offrent au gouvernement en la matière ; il m'est de mon côté difficile de traiter des sujets qui concernent vos relations avec les Caisses de Sécurité Sociale dans la mesure où, vous le savez, il s'agit d'un sujet qui relève de la compétence exclusive de mon collègue René Teulade.
Je sais cependant que celui-ci est extrêmement sensible aux problèmes de l'économie de l'officine.
J'ai été un auditeur attentif de vos propos, dont je ne manquerai pas de nourrir mes réflexions.
Je sais cependant que vos dossiers avancent. Ainsi le décret d'application concernant le fonds d'entraide devrait être incessamment soumis à l'examen du Conseil d'État. Nous en partageons je crois les objectifs; apporter une aide ciblée et significative aux officines en difficulté.
Pour ce qui me concerne et si je résume vos propos, vous me posez deux questions principales :
– la première c'est celle de la protection de l'officine ;
– la seconde c'est celle de la place assignée à l'officine par le ministre de la Santé.
Sur le premier point, si je reprends vos propos Mme la Présidente, les pharmaciens d'officine ont besoin de se sentir aimés.
Et bien, n'en doutez pas le ministre de la Santé et ses Services vous aiment.
Ils vous aiment tellement, qu'ils se montrent par exemple extrêmement vigilant dès lors qu'il s'agit d'autoriser par voie dérogatoire une création ou un transfert d'officine.
Ce type d'opération est régi de façon stricte par le code la santé publique ; je veille à ce que celui-ci soit intégralement respecté et je crois que, Mme la Présidente, la politique suivie en la matière depuis mon arrivée avenue de Ségur vous apporte toute garantie sur mon souci de préserver la démographie actuelle des officines ainsi que le maillage harmonieux du territoire national.
Vous le voyez, je partage donc complètement votre sentiment : cette réglementation comme le monopole sont nécessaires.
Cela m'amène bien évidemment à parler du risque de dérive commerciale que vous souligniez tout à l'heure. Il n'est en effet guère douteux que la pharmacie d'officine d'aujourd'hui constitue pour la grande distribution un double enjeu :
Elle est d'abord un enjeu, car lorsque l'on réalise un projet de grande surface on y intègre bien souvent une pharmacie d'officine. Je crois à cet égard qu'il nous faut être vigilants afin d'éviter d'éventuelles pratiques répréhensibles en vue d'obtenir des autorisations de création d'officine, dans des projets plus vastes d'urbanisme commercial.
Le second enjeu c'est la vente directe de produits pharmaceutiques ou parapharmaceutiques par la grande distribution elle-même. Dans ce domaine je réaffirme la position que vous connaissez du ministère de la Santé, il n'est pas question de permettre aux grandes surfaces de vendre des produits au-delà de ce que la loi autorise à l'heure actuelle.
Permettre à la grande distribution de se lancer sur le marché des produits pharmaceutiques c'est dans un premier temps, porter une atteinte immédiate à l'équilibre économique des pharmaciens, c'est dans un second temps risquer de diminuer le nombre de pharmacies de voir fermer bon nombre de pharmacies rurales ou de centre-ville, et donc de voir se poser à termes d'importants risques en termes de santé publique.
Ne vous méprenez cependant pas sur mes propos le risque de dérive commerciale, et partant de l'acte pharmaceutique lui-même, constitue d'abord une tentation du pharmacien officinal à laquelle il doit savoir résister. À chacun sa vocation ; je ne pense pas qu'il soit dans celle du pharmacien de transformer l'officine en bazar.
Vous l'avez compris, madame la Présidente, vous trouvez en moi un défenseur de l'indépendance de la pharmacie. Cette indépendance j'ai voulu la préserver notamment lorsqu'il s'est agi de prendre les décrets d'applications de la loi créant les sociétés d'exercice libéral dans le cadre de la pharmacie d'officine.
J'ai souhaité effectivement, que le nombre de pharmaciens susceptibles de s'associer dans une société d'exercice libéral soit limité et j'ai tenu à ce que les règles applicables en matière d'apport de capitaux vous permettent de préserver votre indépendance en évitant de dépendre, soit d'un fournisseur, soit d'une autre profession de santé, soit de capitaux extérieurs.
Le second sujet, Mme la Présidente, que vous avez abordé c'est celui de la place que le Ministre de la Santé assigne à l'officine.
Vaste sujet, car il concerne près de 100 000 actifs, 22 000 pharmacies, qui connaissent une affluence quotidienne de près de 4 millions de français.
Au moment où beaucoup de professions de santé connaissent d'importantes difficultés, à l'heure où elles s'interrogent sur leur devenir, vous, pharmaciens d'officine vous êtes en première ligne. Vous êtes en première ligne parce que vous êtes en contact direct et immédiat avec le public, avec les patients, avec les malades.
Le rôle que doit jouer le pharmacien dans le dispositif de santé français c'est un rôle de conseil, c'est un rôle de sécurité, c'est un rôle de qualité.
1) Un rôle de conseil : vous le savez bien les français ; consomment trop. Le pharmacien doit avoir un rôle régulateur, éclairer les français sur le bon usage du médicament et sur la nécessité d'éviter tout excès. Ce rôle de conseil, c'est aussi un moyen de fidéliser une clientèle.
2) Un rôle de sécurité : les français ne se contentent pas de trop consommer, ils consomment souvent mal : médicaments utilisés à mauvais escient, sans se conformer à la prescription (et bien souvent utilisés sans prescriptions), armoires servant de lieu de stockage de médicaments périmés.
Le pharmacien est dans ce contexte seul placé pour jouer un rôle pédagogique. Ce rôle de sécurité, le pharmacien le joue également dans le domaine de la santé publique.
Il me paraît essentiel de réaliser que sur bien des sujets, prévention, toxicologie, alcoologie, c'est bien souvent le pharmacien qui avant même le médecin, avant même l'hôpital est confronté à des situations difficiles. C'est donc largement autour de lui que doit s'organiser le dispositif de santé publique. Son rôle en ce domaine doit être reconnu.
3) Un rôle de qualité : le pharmacien est - comme le généraliste - l'un des points d'entrée privilégié dans le système de santé. Il doit donc avant tout être un professionnel compétent.
Ce n'est qu'à condition de remplir ces trois rôles que le pharmacien contribuera à revaloriser l'acte pharmaceutique et l'image de la profession.
Enfin, le rôle du pharmacien, on l'oublie trop souvent c'est un rôle d'aménagement du territoire : le pharmacien c'est un service public, mais aussi un service de proximité. C'est un lieu d'animation de la vie collective, c'est un lieu qui permet à certaines petites communes de vivre ou de survivre.
Ceci explique sans doute pourquoi l'on vous aime tant. Tout élu souhaite naturellement voire s'implanter une officine dans sa commune, si petite soit-elle.
La place du pharmacien elle est aussi dans la gestion du système de santé.
À ce sujet vous avez abordé deux points, que j'ai relevés : le droit de substitution et l'Agence Française du médicament.
S'agissant du droit de substitution nous en avons parlé et vous savez que je n'y suis pas hostile, bien au contraire, je crois qu'il nous faut ensemble y réfléchir, je crois surtout qu'il faut appeler les médecins à se pencher sur la question, car tout part d'eux.
Il me paraîtrait contre-productif que pour avancer dans la voie de la prescription équivalente, l'on donne le sentiment au corps médical de vouloir s'en prendre à la liberté de prescrire du médecin et plus particulièrement du médecin généraliste.
C'est donc au corps médical lui-même à se déterminer dans un premier temps sur ce sujet qui de toute façon – marché commun oblige – ne manquera pas d'être soulevé par Bruxelles.
Deuxième point l'Agence du Médicament. Là encore vous connaissez la position du ministre de la Santé qui y est très favorable, mais vous le savez, je rencontre d'importantes difficultés politiques pour faire aboutir ce projet.
Et les relations entre l'officine et les pouvoirs publics ?
Nous avons réussi à établir avec vous des relations équilibrées.
Je crois à cet égard effectivement qu'il faut associer en amont les pharmaciens aux décisions qui doivent être prises et qui les concernent.
Nous avons vous et moi apporté la démonstration que c'était possible et que c'était productif, je pense ici à l'opération « préservatif à un franc », laquelle n'a réussi que parce que les pharmaciens se sont impliqués. Je pense encore à l'action en faveur de la Somalie, pour laquelle là encore les pharmaciens sont sollicités et apportent leur concours.
Grâce à votre action, il a été possible d'alerter la jeunesse sur le risque mortel que fait peser sur elle ce terrible fléau qu'est le Sida. Grâce à la profession, et plus particulièrement à Mme la Présidente Auge Caumon qui a bataillé à mes côtés, car il y avait bien des obstacles à lever, nous avons pu mener à bien cette opération de santé publique et de prévention qui, à mon sens, illustre à la perfection le rôle que doit tenir le pharmacien dans nos sociétés modernes.
Nous sommes d'ailleurs en train de tirer les enseignements de cette campagne, et j'aurais dans quelques jours les résultats de l'action engagée cet été.
Aujourd'hui c'est sur la Somalie que vous vous mobilisez. Ce n'est pas à vous que j'apprendrais que les besoins sont immenses, aussi votre aide m'est-elle indispensable pour que nous puissions dans les plus brefs délais installer une pharmacie centrale dans ce pays ravagé.
Ces exemples montrent bien, je crois, que les pouvoirs publics sont eux-aussi demandeurs de la concertation à laquelle vous faisiez tout à l'heure allusion, Mme la Présidente.
En effet, échanges et concertations doivent exister en permanence entre les pharmaciens et les pouvoirs publics. À cet égard, et au travers de nos contacts réguliers, vous savez bien, Madame la Présidente, que le dialogue avec les professionnels qui sont sur le terrain constitue pour moi une priorité et qu'aucune décision ne devrait être prise sans un minimum de discussion avec les intéressés.
Cette méthode, je l'illustrerai par deux exemples récents :
1. J'ai demandé à M. Dangoumau et à la Direction de la Pharmacie et du Médicament de mettre en œuvre un groupe de travail destiné à examiner les problèmes de la profession, et notamment ceux de la formation, qui me paraissent d'ailleurs tout à fait essentiels : trop peu de professionnels de santé se forment aujourd'hui (notamment par le biais de la formation continue). Nous devons vous et moi - car c'est aussi le rôle d'un syndicat - inciter les pharmaciens à mieux se former afin de jouer pleinement leur rôle de conseil auprès de leur clientèle.
2. Second exemple, concernant la formation des préparateurs en pharmacie, j'ai constaté un certain nombre de divergences subsistantes entre hospitaliers et officinaux, c'est pourquoi j'ai demandé qu'une réunion de concertation ait lieu avec l'ensemble des parties intéressées : DH, DPHM, Préparateurs hospitaliers et officinaux et syndicats de pharmaciens, afin de tenter d'harmoniser les points de vue.
Il est enfin un dernier sujet sur lequel je voudrais attirer votre attention : il ne m'est en effet pas possible d'intervenir à Lyon en ce mercredi 16 septembre, quatre jours avant l'échéance du référendum voulu par le Président de la République, sans vous parler du traité de Maastricht. La ratification de ce traité est un enjeu considérable.
C'est particulièrement manifeste dans le secteur dont nous avons la charge : en effet qu'existait-il sur le plan européen dans le domaine de la santé, avant le traité de Maastricht ? Rien dans le traité de Rome et bien peu de chose dans l'Acte Unique de 1986.
Jusqu'à présent, les textes fondateurs de la CEE ne parlaient guère de santé. On traitait ainsi de nombreuses questions sans même s'inquiéter de leurs conséquences sur la santé ; alimentation, environnement, produits… Désormais ces discussions ne pourront plus faire l'économie d'un examen attentif des aspects sanitaires de décisions à prendre c'est en effet le traité de Maastricht qui prévoit la coopération en vue de la prévention des grands fléaux sociaux (le Sida, la drogue ne connaissent pas de frontières), la protection des consommateurs, de l'environnement, et donc de la santé des personnes.
Coordonner nos efforts, mettre en commun nos informations et nos expériences respectives, travailler ensemble, s'encourager mutuellement à prendre des mesures favorables à la santé et à la prévention, créer un espace de sécurité sanitaire ; voilà quels sont les enjeux pour la santé.
Et demain, pour la pharmacie ? Ce seront les AMM européennes, l'uniformisation de l'évaluation, de l'étiquetage et de la notice d'utilisation, ce qui veut dire plus de sécurité pour tous. Ce sera également la mise en place de réseaux d'alerte permettant de mieux protéger le consommateur dans le domaine du médicament.
Par ailleurs le traité dans ses dispositions relatives à la santé publique exclut toute remise en cause de la législation française en matière de création d'officine.
Les quelques points que je viens d'énoncer justifient amplement mon souhait de voir le oui l'emporter largement dimanche.
Revenant à cette Assemblée générale, je conclurai, Mesdames et Messieurs, en reprenant les propos de Madame la Présidente Auge Caumon ; oui, le ministre de la Santé a besoin d'un syndicalisme fort au sein de la pharmacie d'officine car, au-delà des sujets qui peuvent nous opposer ponctuellement, nous sommes – vous et moi – co-gestionnaires de notre système de santé.
Comment trouver des relais à la politique que je mène en matière de prévention, de Sida, de toxicomanie sans interlocuteurs capables de s'engager valablement pour l'ensemble de la profession ?
Montaigne disait que « l'on ne peut être tenu au-delà de nos forces et de nos moyens ».
Lorsque je considère les enjeux qui se présentent dans les mois et les années à venir je ne peux qu'appeler de mes vœux un syndicalisme fort et doté de moyens.
Je vous remercie de votre attention.