Interviews de M. Édouard Balladur, député RPR, dans "La Croix" du 13, à France 2 le 16 et à France-Inter le 19 mars 1993, sur l'hypothèse d'une victoire de l'opposition aux législatives, le redressement des comptes sociaux et l'emploi.

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Média : La Croix - France 2 - France Inter

Texte intégral

13 mars 1993
La Croix

Édouard Balladur, député RPR de Paris, ancien ministre : "Il faut proscrire l'idée de baisse du déficit budgétaire en 1993"

La Croix : Une relance de l'activité économique est-elle possible en France et peut-on en attendre un gain substantiel pour l'emploi ?

Édouard Balladur : Il est certainement possible de faire mieux en matière de croissance même si la France ne peut faire abstraction de ce qui se passe dans le reste du monde. Ce qui est frappant dans notre pays, c'est l'importance des facteurs psychologiques et de confiance. Dans la conjoncture d'aujourd'hui, il faut proscrire l'idée de baisse du déficit budgétaire en 1993, mais aussi toute idée de prélèvements supplémentaires sur les revenus. Il faut chercher la solution d'une part dans une baisse des dépenses publiques permettant, à déficit demeuré égal, de consacrer quelques dizaines de milliards de francs à des mesures d'incitation fiscale pour le logement, pour les petites et moyennes entreprises, pour réduire le coût du travail et développer l'apprentissage. Toutes ces mesures peuvent entraîner une augmentation de la croissance et donc de l'emploi. Un exemple : la construction de logements est à son niveau le plus bas depuis quarante ans. On a calculé qu'un seul logement construit crée 1,5 emploi. Le simple fait de revenir à la situation qui était celle du logement en 1988 se traduirait, si on y parvenait, par 100 000 emplois de plus.

La Croix : Notre économie est peu créatrice d'emplois. Peut-on y remédier ?

Édouard Balladur : Cette situation tient d'abord à des retards de productivité qui ont conduit les entreprises à renforcer leurs efforts dans ce domaine, parfois plus que de raison. Cela tient aussi à la lourdeur du coût indirect du travail et à toute une série de mécanismes contraignants dans la gestion du travail. Pour créer des emplois, il faut que l'économie marche mieux, que les charges soit allégées, au moins pour un certain type d'emplois, et que la formation soit développée pour que l'on ne constate pas comme aujourd'hui, côte à côte, des offres et des demandes d'emplois importants non satisfaites.

La Croix : L'État doit-il prendre l'initiative en matière de réduction du temps de travail ? 

Édouard Balladur : Cela ne peut pas être une décision de l'État. La liberté contractuelle doit être la règle. Si, dans telle ou telle entreprise, les salariés en sont d'accord, qu'on le fasse. Mais je ne vois ni l'État ni même la convention collective l'imposer.

La Croix : L'opposition actuelle suggère un transfert au budget de l'État des cotisations d'allocations familiales avec, parallèlement, une augmentation des salaires directs. Il n'y aurait pas alors allégement des charges des entreprises…

Édouard Balladur : Il n'a jamais été dans notre idée de rendre obligatoire une augmentation des salaires à hauteur de l'allégement résultant du transfert des cotisations familiales. Là aussi, il faut en discuter dans les entreprises. On peut, par exemple, envisager que les sommes provenant de l'allégement des charges des entreprises soient consacrées à financer des retraites complémentaires fonctionnant sur le principe de l'épargne volontaire.

La Croix : N'êtes-vous pas optimiste sur la capacité des partenaires sociaux à assumer toutes les transformations sociales nécessaires ?

Édouard Balladur : C'est la question la plus difficile. Nous avons en France une situation sociale caractérisée non seulement par une division syndicale très grande, mais aussi par un poids très important de l'intervention de l'État dans la vie sociale. Si on veut que le syndicalisme existe, il faut qu'il prenne ses responsabilités et que l'État les lui laisse prendre. Il ne s'agit pas de les lui faire prendre dans les grands choix économiques et politiques, il a toujours répugné à le faire et il a raison. Mais lorsqu'il s'agit de gérer la protection sociale, c'est vraiment son domaine d'élection. Cette démarche suppose que l'État fasse l'effort nécessaire pour résoudre le problème des charges dites indues que supporte tel ou tel régime social. L'État a pris en effet pour habitude de faire supporter par les régimes de protection sociale des charges qui ne sont pas nécessairement les leurs. Et il n'aurait pas pu le faire si on avait eu une vraie gestion paritaire. Mais tout se passe comme si syndicats et patronat ne souhaitaient pas avoir plus de liberté de gestion qu'ils n'en ont.

La Croix : Pour mettre le patronat et les syndicats en situation de responsabilité, ne faut-il pas d'abord assurer une opération d'apurement des déficits sociaux ?

Édouard Balladur : En effet, et des réformes doivent y concourir. Prenons l'exemple de la vieillesse. Il y a trois choses à faire. Il y a tout d'abord des dépenses de solidarité nationale qui devraient désormais être supportées par un fonds financé par des recettes fiscales. Cela peut représenter plusieurs dizaines de milliards. Il y a en second lieu l'équilibre des régimes obligatoires de répartition. Si la première opération est faite, elle peut nous permettre d'attendre pour voir comment la situation évolue. En troisième lieu, grâce notamment à la budgétisation des cotisations familiales, il faut mettre sur pied des régimes de retraite complémentaire au-delà de ce qui est obligatoire. Sur le deuxième point, l'équilibre des régimes par répartition, on connaît par cœur toutes les recettes possibles et imaginables pour mieux équilibrer leur financement. L'actuel gouvernement et ses prédécesseurs immédiats ont fait montre d'un esprit de laisser-aller condamnable car nous avons vécu une période de vaches grasses pour l'économie française, de 1988 à 1990. On aurait pu, à ce moment-là, essayer de faire un certain nombre de réformes. Je note que certains leaders syndicalistes disent à la fois vouloir maintenir la retraite à 60 ans, ce qui est notre objectif à tous, mais en même temps, acceptent l'idée de cotiser un plus grand nombre de trimestres. En clair, on maintiendrait la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler jeunes tandis que le seuil serait reculé pour les cadres moyens et supérieurs. Il faut discuter de tous ces problèmes, sans se poser de questions théoriques du style "remettre ou pas en cause la retraite à 60 ans". Il ne s'agit pas de la remettre en cause. Personne ne le demande.

La Croix : Faut-il freiner les dépenses de protection sociale ?

Édouard Balladur : Nous avons des coûts sociaux qui croissent plus vite que la production nationale. Les cotisations salariales ont presque doublé depuis une dizaine d'années. Si l'on ne fait rien pour limiter cette progression, ce que nous avons devant nous est un alourdissement perpétuel des cotisations qui, à terme, remet en cause la prospérité de l'économie et le niveau de l'emploi. Pour ma part, je serai partisan, une fois apurées toutes les charges considérées comme anormales, de laisser aux différents régimes la responsabilité de gérer leurs affaires au mieux, mais en leur indiquant clairement qu'on ne peut accepter une augmentation indéfinie des cotisations. Ce serait mettre en péril, davantage encore qu'il ne l'est, l'emploi. Face au déséquilibre des finances publiques, le prochain gouvernement pourra-t-il éviter d'alourdir certains prélèvements : CSG, fiscalité indirecte, cotisations sociales. La situation française se caractérise aujourd'hui par des prélèvements plus lourds qu'ailleurs et par une récession où la consommation est déprimée. Je redouterai donc beaucoup qu'on alourdisse encore les prélèvements. S'agissant de la CSG, on peut discuter pour savoir s'il n'y aurait pas lieu que ce prélèvement, qui porte sur tous les revenus, prenne place plus importante dans le financement de la protection de la protection sociale. On peut en discuter mais à condition que les cotisations baissent à due concurrence. Pour ma part, j'aurais plutôt dans l'idée, s'il faut faire une opération de redressement des comptes sociaux, d'avoir recours à des formules telles que la taxation sur les tabacs et sur les alcools.

La Croix : À quel niveau le chômage devient-il un drame pour la société française ?

Édouard Balladur : Nous y sommes à l'évidence. La tâche impérative et primordiale de tout gouvernement, c'est d'abord d'essayer de stopper l'aggravation du chômage. Ce sera difficile car la situation actuelle conduira d'abord à une aggravation. Mais nous devons faire en sorte qu'il y ait une stabilisation avant la fin de l'année, avant que la décrue ne se manifeste en 1994. C'est possible, j'en suis convaincu.

La Croix : Quand on voit votre prudence et votre pessimisme, n'est-ce pas un handicap dans la perspective de l'élection présidentielle de 1995 ?

Édouard Balladur : Je ne suis pas pessimiste mais réaliste. Et en même temps, je suis tout à fait convaincu qu'une autre politique peut nous permettre d'améliorer progressivement la situation. Nous avons plus de 200 000 jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail. Donc, pour éviter l'aggravation, il faut déjà créer 200 000 emplois nets. Si on change de politique économique on peut y parvenir. Vous posez la question politique de savoir si les Français, après nous avoir donné acte de notre sérieux et de notre honnêteté, ne trouveront au bout d'un an ou dix-huit mois que les résultats ne sont pas suffisants. Ou vont-ils considérer, alors, que les résultats ne sont pas tout à fait au rendez-vous mais que la direction est la bonne ? C'est toute la difficulté de la période de transition qui s'ouvre. Les Français savent que la situation est très difficile et qu'il n'y a pas de miracle à espérer. Moi, j'ai dit et répété qu'il faudrait cinq ans pour redresser le pays. Je le répète devant vous.

 

16 mars 1996
France 2

P. Amar : Approuvez-vous l'initiative du Président de la République ?

E. Balladur : Je crois que la Russie est dans une situation extraordinairement critique sur le plan non seulement économique mais politique et national et que c'est un devoir et un intérêt bien compris pour les pays d'occident que de l'aider à en sortir. Sous quelles formes cela doit-il se faire ? On peut en discuter, parce que le problème de ce pays, c'est qu'on ne sait pas très bien qui aider et comment aider. Mais pour l'essentiel, s'il s'agit de préserver l'équilibre de la vie publique en Russie et de l'aider à progresser, c'est bien entendu notre intérêt, et notre intérêt à nous, Européens de l'Ouest.

P. Amar : Si le Sommet a lieu, le premier ministre devra-t-il l'accompagner ?

E. Balladur : Il faudra lui poser la question le moment venu.

P. Amar : On a un sentiment d'indifférence de la part des Français.

E. Balladur : Je trouve au contraire que les Français, dans toutes les réunions, viennent très nombreux et sont très attentifs. Ils n'ont aucune envie d'entendre les formules creuses et les petites phrases habituelles, ils ont envie de comprendre et qu'on leur propose un projet. Car ce qu'a d'original cette campagne, c'est que d'un côté, il y a ceux qui proposent un projet, nous, l'opposition, et de l'autre, aucun projet. Pourriez-vous me dire quel est le projet socialiste pour les 5 années qui viennent ? Je ne le connais pas, je ne sais pas si quelqu'un le connaît. Ce qui est en cause dans cette campagne, c'est de savoir si une autre politique peut être faite. Notre pays est à coup sûr dans une très mauvaise situation. En matière de sécurité sociale, on nous parle sans arrêt de la défense des droits acquis à la fin de 1993, en raison de l'immobilité du gouvernement, il y aura 100 milliards de déficit cumulé des comptes sociaux. Ça ne s'est jamais vu.

P. Amar : Vous avez dit projet. Quel est votre sentiment, êtes-vous en mesure de baisser le chômage en France ?

E. Balladur : En ce qui me concerne, je ne prendrais pas la responsabilité de m'adresser aux Français pour leur dire, votez pour nous et vous aurez 300 000 chômeurs de moins. Ce serait mensonger et démagogique. Ce que nous pouvons promettre aux Français, c'est de tout mettre en œuvre pour lutter contre le chômage et retrouver la croissance. Ça aura des effets relativement rapides, cette nouvelle politique dans un certain nombre de secteurs. On peut rapidement améliorer le fonctionnement de la justice. Tout le monde sait qu'il n'est pas satisfaisant. On peut rapidement améliorer la situation du logement. On peut rapidement également améliorer la situation de la sécurité. En revanche, s'agissant du chômage, il faut une activité économique plus forte grâce à des mesures que nous prendrons au printemps, développer la formation et l'apprentissage pour que les jeunes soient mieux préparés. Hier encore, on nous a appris que le chômage des jeunes s'était encore aggravé et il faut abaisser un certain nombre de charges qui pèsent sur le travail. Si nous le faisons, je ne promets aucun miracle. Je dis que l'objectif pourrait être de stabiliser l'aggravation du chômage d'ici la fin de l'année avant de commencer à amorcer sa décrue.

P. Amar : Quelle différence faites-vous entre la majorité et l'opposition actuelle ?

E. Balladur : Nous proposons un certain nombre de choses aux Français, pour le chômage, pour la sécurité, les régimes sociaux que nous voulons défendre, pour la réforme de la formation et de l'enseignement, pour l'immigration. Nous proposons des réformes et des changements qui sont des changements profonds. Qu'ont fait les socialistes jusqu'à aujourd'hui ? En 1981, il y avait un million de chômeurs. Aujourd'hui, il y en a trois millions. On peut dire que ce n'est la faute du gouvernement actuel, que chez les autres, il y a également des problèmes. Je constate une chose le chômage français est le double du chômage de l'Allemagne de l'Ouest, ce qui prouve qu'il y a quelque chose qui ne va pas chez nous.

P. Amar : Si l'opposition gagne, le Président de la République peut-il rester ?

E. Balladur : C'est son droit.

P. Amar : Comment se déroulera la cohabitation ?

E. Balladur : Il faut respecter en toutes circonstances les institutions. Nos institutions sont d'un maniement parfois un peu délicat, original. Mais elles sont claires. Il faut que chacun des pouvoirs de la République exerce la plénitude des attributions que lui confère la Constitution.

P. Amar : Est-ce que la cohabitation éventuelle ne cache pas une autre cohabitation, entre les deux partis de la future majorité celle-là ?

E. Balladur : Pour l'opposition dont j'espère qu'elle va devenir la majorité, nous avons besoin d'une forte majorité, il ne faut pas avoir peur d'une forte majorité. J'entends parfois dire, c'est terrible, nous allons être trop nombreux. Non. Nous avons à faire à une situation très difficile. Nous avons besoin d'être les plus nombreux et les plus cohérents possible. Nous sommes formés de deux grandes formations politiques, nous verrons laquelle sera la plus forte. Ce n'est pas un problème essentiel. Il faudra que, les uns et les autres, nous ayons la volonté de privilégier ce qui nous rassemble au service des Français sur les différences qu'il peut y avoir sur tel ou tel point.

P. Amar : Quel doit être le critère pour le choix du Premier ministre ?

E. Balladur : En période de cohabitation, il faut expliquer que c'est une période pendant laquelle le Président n'a plus une majorité parlementaire en accord avec lui, le Premier ministre doit à la fois bénéficier d'un choix commun du Président de la République et de la nouvelle majorité. Il faut une sorte de consensus sur un nom.

P. Amar : Si l'opposition gagne, devra-t-on vous appeler M. le Premier ministre ?

E. Balladur : Ce n'est pas à moi de répondre et ce n'est pas le sens qu'il faut donner à l'actuelle campagne électorale. Nous avons besoin d'être le plus nombreux possible. Nous avons besoin que les Français votent et votent nombreux. Car nous aurons à faire face à une situation très difficile et nous devrons demander à nos concitoyens des efforts et du travail. Pour cela, il faut que nous soyons nombreux pour bénéficier de toute la force politique qui nous sera nécessaire au parlement comme dans le pays.


19 mars 1993
France Inter

I. Levaï : Dimanche 21 mars : si avec vos amis du RPR et de l'UDF, une vague vient vous soulever ; si le dimanche suivant les électeurs viennent confirmer, amplifier ; si le lundi 29 vous avez fait mieux que vos cousins centristes et giscardiens ; si J. Chirac est appelé le premier à l'Élysée et s'il persiste à refuser Matignon ; si vous êtes appelé en troisième ou en second et si vous dites oui à F. Mitterrand, vous serez à la fin de ce mois, chef du gouvernement et il faudra vous appeler M. le Premier ministre de la France. Combien retenez-vous d'hypothèses parmi celles-ci ?

E. Balladur : Je retiens la première, et la première seulement, sous forme de souhait. Je souhaite que lors de ces élections, les Français nous apportent largement et solidement la confiance. J'ai un peu de mal à comprendre ces opinions qui se répandent et, selon lesquelles, ce serait terrible qu'il y ait une trop forte majorité. Nous aurons besoin d'une très forte majorité car l'œuvre de redressement que nous voulons entreprendre sera exceptionnellement difficile. La France n'a pas été dans une situation aussi difficile depuis des dizaines et des dizaines d'années. Il y aura beaucoup de choses à faire, des choses qui ne seront pas toujours commodes à faire, ni à décider, ni à expliquer, ni à faire admettre. Nous aurons besoin de beaucoup de courage et d'avoir une majorité solidaire et puissante à l'Assemblée.

I. Levaï : L'Express cette semaine fait un dictionnaire et à l'article Balladur on lit : "E. Balladur est le plus UDF du RPR…".

E. Balladur : Je ne fais de la politique que depuis 86, ce qui est relativement récent. Ça me permet de dire que je suis l'un des plus jeunes hommes politiques de notre pays. Ensuite, toute mon action antérieure et postérieure s'est développée dans le cadre du mouvement gaulliste. Beaucoup d'éléments donnent à penser que le RPR a de bonnes chances d'arriver en tête de cette élection. Mais pas forcément de beaucoup, en raison notamment, de la présence de très nombreuses candidatures uniques, ce qui est une bonne chose car ça prouve l'union. On ne peut pas vouloir l'union pour les candidatures uniques et ne plus la vouloir ensuite pour le respect de la règle du jeu. Lorsqu'il y a une cohabitation – nous nous dirigeons vers une telle situation – il faut pour qu'existent un gouvernement et un Premier ministre, la rencontre de deux volontés : celle du Président qui constitutionnellement a le pouvoir de désigner et celle d'une nouvelle majorité qui a constitutionnellement le pouvoir de soutenir ou de ne pas soutenir. Il faudra donc que l'homme, ou la femme qui sera choisi, dispose de ces deux soutiens à la fois.

A. Ardisson : Vous vous sentez au confluent de ces deux volontés ?

E. Balladur : Ce n'est pas à moi à le dire, nous verrons bien en fonction des résultats.

P. Le Marc : Est-ce que vous sentez une adhésion en faveur de l'opposition et donc de la future majorité ? À en juger par le score qu'on prête à la droite et par le scepticisme de l'opinion, ce n'est pas le cas. N'est-ce pas un élément de faiblesse pour la future majorité que ce manque d'adhésion ?

E. Balladur : Nous arrivons à ce qui serait la seconde faiblesse, la première étant d'avoir une majorité trop forte. Il paraît que ce serait une catastrophe.

P. Le Marc : C. Pasqua reconnaît cette faiblesse…

E. Balladur : C'est moi que vous interrogez aujourd'hui, donc je vous donne mon opinion. Je souhaite une forte majorité, je n'en vois pas les risques, j'en vois au contraire tous les avantages pour soutenir une action qui sera très difficile.

P. Le Marc : Mais vous sentez une forte adhésion ?

E. Balladur : Attendez ! Autre idée à la mode : ce résultat ne sera pas le résultat d'une adhésion à nos principes et à nos projets, mais d'un rejet des socialistes. Il y a sans doute une part de vérité dans ce que vous venez de dire, certainement ! Mais je constate, car je suis allé dans beaucoup de villes au cours de cette campagne et dans beaucoup de département, je constate que les salles sont nombreuses, que les électeurs sont très attentifs, pas passionnés – car ce n'est pas une campagne où on a échangé des petites phrases sauf peut-être entre socialistes – mais très intéressées, attentives et désirant comprendre et ne pas s'en laisser conter. D'après les sondages nous bénéficierions de 40 à 42 % des voix, plus les divers Droite, plus les divers de toute nature. C'est à peu près notre score de 1986 alors qu'à l'époque personne n'avait expliqué que nous n'étions pas portés par un mouvement d'espoir. Aujourd'hui, les Français sont convaincus qu'une autre politique est possible que celle qui nous a amenés un peu droit dans le mur, aussi bien sur le plan du chômage, de la croissance, que des comptes sociaux. Et ils attendent de voir ce que nous proposons. Et en même temps, ils savent bien que tout ne sera pas possible à la fois. C'est peut-être cela l'explication du mouvement psychologique que vous relevez. Nous leur disons: attention, on ne vous promet qu'il va y avoir, d'ici 6 mois, 300 000 chômeurs de moins ; il y en aura sans doute davantage dans les premiers mois. Nous leur disons : nous pouvons obtenir des résultats dans les 15-18 mois, mais n'allez pas vous imaginez que tout va changer par miracle uniquement parce que nous allons arriver au pouvoir. Je crois que nos concitoyens apprécient ce langage qui est celui de la loyauté et de l'honnêteté envers eux.

A. Ardisson : Considérez-vous que si le Premier ministre est RPR, le président de l'Assemblée nationale doit être UDF et inversement ?

E. Balladur : C'est un point qu'il faut discuter. Il appartiendra au mouvement de l'opposition et aux groupes parlementaires d'en décider. Je ne veux pas entrer dans toutes ces discussions préalables parce qu'elles ont un caractère à la fois politicien et personnel.

A. Ardisson : Mais n'est-ce pas dangereux de les repousser ?

E. Balladur : Nous avons changé d'époque. Le temps des partis majoritaires et dominants est passé. Les socialistes en font la tardive découverte. S'ils avaient eu avec les écologistes une autre attitude il y a trois mois, les choses ne se seraient peut-être pas passées comme elles se passent aujourd'hui pour eux. De la même manière, l'opposition est constituée de deux mouvements politiques qui ne sont pas très loin l'un de l'autre en termes de représentativité et de force.

I. Levaï : Avec deux leaders candidat chacun à l'Élysée.

E. Balladur : Oui, mais c'est un élément de force supplémentaire.

I. Levaï : Ou de faiblesse.

E. Balladur : C'est votre opinion. Dans ces conditions, je crois qu'il faut tenir compte de l'équilibre et des réalités. Nous verrons bien quel sera le résultat de l'élection, nous verrons bien quelle sera la composition des groupes parlementaires, nous verrons bien combien il y en aura et en fonction de cela, il faudra que la nouvelle majorité prenne une décision.

P. Le Marc : Est-ce que finalement vous n'allez pas vivre une double cohabitation délicate ? D'abord avec F. Mitterrand mais aussi avec J. Chirac.

E. Balladur : C'est une hypothèse parmi d'autre. Si ça devait être le cas, je m'attacherai à avoir les relations les plus confiantes et les plus amicales possibles avec l'ensemble de la majorité et de ses dirigeants, à commencer par J. Chirac.

P. Le Marc : Vous ne serez pas son mandataire, vous aurez une parfaite autonomie ? 

E. Balladur : J'ai eu l'occasion de déclarer qu'à mes yeux, le futur gouvernement devait être comme tous les gouvernements, un gouvernement de la Ve République, et pas un comité aux ordres des partis politiques et de leurs états-majors.

A. Ardisson : Si par hasard vous étiez Premier ministre, il faudrait que vous alliez prendre vos ordres à l'hôtel de Ville, c'est ce que déclarait B. Pons.

E. Balladur : Non ! Chacun a le droit d'avoir son opinion et celui qui sera Premier ministre aura aussi le droit d'avoir la sienne.

I. Levaï : À votre avis est-ce que les Français comprendront facilement que ce ne soit pas J. CHIRAC qui prenne le poste de Matignon ? C'est sans précédent.

E. Balladur : C'est à J. Chirac à prendre sa décision et à l'annoncer lui-même. S'il décide qu'il doit diriger l'action du gouvernement, c'est à lui à l'annoncer.

I. Levaï : Vous a-t-on conseillé d'être dur ?

E. Balladur : Personne ne m'a donné de conseils. Vos questions se situent toutes dans ce qui n'est qu'une hypothèse parmi d'autres. Compte tenu de la difficulté de la situation dans laquelle se trouve notre pays, qui n'a jamais été aussi difficile depuis 40 ans, il y aura certainement des décisions difficiles à prendre. Tout le problème sera de les faire comprendre et accepter par l'opinion. Je considère qu'elle a plus évolué qu'on ne nous le dit, qu'elle est plus disposée à recevoir et comprendre un discours et une politique de redressement qui passera par des moments difficiles. Être dur ou pas, ça ne veut rien dire. Il faut être courageux et avoir le souci de bien expliquer et de recueillir l'adhésion. Ce ne sera pas commode. Mais je voudrais dire que s'il y a une chance de redressement pour notre pays dans les deux ans, elle ne consistera pas à éviter de régler les problèmes difficiles et à se borner à gérer au jour le jour. Nous ne le pourrons pas parce que nous hériterons d'une situation budgétaire, sociale et financière qui nous obligera à l'inverse de ce qu'ont fait les socialistes depuis cinq ans, qui ont gaspillé en pure perte tous les fruits de la croissance économique et financière, à prendre des décisions. Il ne pourra pas s'agir d'un gouvernement d'expédition des affaires courantes, mais d'un gouvernement qui entame le redressement et qui commence à décider et proposer au Parlement des réformes importantes.

M. Garibal : Les marchés sont méfiants. La tentation de la dévaluation rôde. Le succès de la Grande-Bretagne pourrait créer un mouvement puisant qui vous empêche de maintenir votre franc fort.

E. Balladur : J'ai beaucoup de considération et de sympathie pour les Anglais. Mais avant de parler de succès de la politique anglaise, je serais extrêmement prudent. La situation notamment budgétaire de l'Angleterre est quasi-tragique. La politique qu'elle a menée depuis quelques mois est loin d'être un succès. Ce n'est pas un modèle pour moi. Ensuite, je redis ce que j'ai dit bien souvent : il y a un enjeu historique pour la France. Toutes les grandes périodes de puissance de notre pays ont été des périodes de stabilité monétaire. Il y a un intérêt vital pour la France à avoir une monnaie solide et stable. Puisque vous m'en donnez l'occasion, je le redis je me situe en ce qui me concerne totalement en dehors des hypothèses que vous avez envisagées. Il faut que ce soit clair. Je n'en suis que plus à l'aise pour dire que s'il y a des hésitations ou des doutes, ils viennent du manque de crédibilité de ceux qui nous gouvernent et non du nôtre puisque nous ne sommes pas au pouvoir.

I. Levaï : Sur la stabilité du franc, vous n'avez pas cité P. Bérégovoy.

E. Balladur : Tout notre problème sera d'obtenir la stabilité et la solidité du franc, mais avec des taux que l'on pourra d'intérêt qui ne soient plus au niveau actuel. C'est en ceci dire que nous avons ou pas la confiance. C'est bien d'avoir la stabilité, mais si c'est au prix de taux trop élevés, c'est une sorte de garde-fou. La situation que je viserai ce serait d'avoir la stabilité avec une décrue des taux d'intérêt, ce qui marquerait que cette stabilité serait naturelle.

I. Levaï : Vous avez parlé de nouveaux impôts indirects. Pouvez-vous vous avancer là- dessus ?

E. Balladur : Je vais confirmer. La situation de nos comptes sociaux est extrêmement grave. À la fin de 1993, le déficit cumulé des comptes sur les trois dernières années sera de 100 milliards de franc. C'est du jamais vu ! Nous ne pourrons pas laisser, comme l'ont fait les socialistes pendant des années à une époque où les cotisations sociales et les impôts entraient à flots, cette situation sans intervenir. Il s'agit de garantir les retraites, les indemnités de maladie et les allocations de chômage. Je trouve saugrenue la campagne socialiste sur la défense des acquis sociaux. Quand on a doublé le chômage en dix ans, multiplié les exclus, qu'on laisse la sécurité sociale dans une situation financière qu'elle n'a jamais connue, il y a une chose qu'on peut faire, c'est ne pas faire la leçon aux autres au nom du progrès social et de la justice. Notre tâche sera de garantir la pérennité et la solidité des régimes sociaux. Nous devrons le faire en prenant des mesures d'urgence dont l'évolution des choses nous montrera si elles doivent être permanentes ou pas. Si nous arrivons à faire reculer le chômage à partir de 1994, les rentrées de cotisations et fiscales s'accroîtront et ça résoudra peut-être une partie du problème. En attendant, pour prendre ces mesures, il faudra faire appel à des impôts indirects.

M. Garibal : Et l'idée d'un grand emprunt ?

E. Balladur : Le propre d'un emprunt, c'est de devoir être remboursé. C'est une possibilité à étudier. Mais on ne peut financer par l'emprunt les déficits actuels de la sécurité sociale. Il faut trouver des financements plus stables qui n'obèrent pas ses finances futures. Cela pèse sur ses échéances futures. L'augmentation de certaines taxations indirectes serait une bonne façon de faire face à ces mesures d'urgence. Nous verrons pour la TVA.

P. Le Marc : F. Léotard est pour une présence minoritaire de l'État dans les sociétés privatisées. Qu'en pensez-vous ?

E. Balladur : Tout le monde discute des privatisations. J'ai fait connaître mon point de vue il y a deux ou trois ans. Rien de ce que j'ai vu ne m'a conduit à changer d'avis. Il faut se montrer très prudent pour les services publics et les monopoles; J'envisage des ouvertures de capital à titre minoritaire, l'État devant rester majoritaire dans les services publics et les monopoles. Dans le reste, l'évolution normale des choses doit conduire à privatiser la totalité du capital. Notre objectif est de changer de politique. Je me lève contre une idée à la mode qui consiste à dire nous sommes d'accord avec les socialistes sur tous les sujets. Nous proposons une autre politique économique, d'aménagement du territoire, pour restaurer les régimes sociaux, en matière de privatisation. Il ne faut pas nous expliquer que c'est la même chose. Nous sommes convaincus que cette autre politique peut avoir des effets. Ça doit être mon deuxième message, un message d'optimisme. Nous devons être réalistes et honnêtes et ne pas promettre la lune, les Français ne nous croiraient pas et auraient raison. Mais en même temps, nous devons être convaincus qu'une autre politique peut obtenir de bons résultats, notamment qu'une politique budgétaire et financière plus responsable peut nous permettre d'organiser progressivement, en concertation avec les Allemands, la décrue des taux. Changement de politique et message d'optimisme, on peut obtenir des résultats.

R. Pinto : Que pensez-vous de l'idée de consacrer un sommet à l'aide à apporter à la Russie ?

E. Balladur : Tout le monde est d'accord pour dire que c'est notre intérêt de faire que la Russie réussisse son évolution vers la démocratie et la liberté ou l'efficacité économique, avec ses structures et ses traditions. Tout le monde est d'accord. J'ai écrit que le temps du communisme pourrait revenir à la mesure des échecs des expériences nouvelles. Le communisme est une simplification, on ne va pas revoir les soviets, mais on peut revoir des régimes autoritaires, d'une coloration nationaliste ou communisante. Il faut aider la Russie. C'est notre intérêt et notre devoir moral.

I. Levaï : La plateforme RPR-UDF n'est-elle pas un peu courte sur les sujets de société ?

E. Balladur : Cette plateforme a le grand mérite d'être réaliste et d'être sobre. C'est un point de départ, ce n'est pas non plus les tables de la loi, chacun peut y ajouter quelque chose. Je ne dis rien de très original. Je dis simplement que nous revivons les grandes peurs qui ont marqué notre histoire, avec les épidémies, et que nous avons désormais avec le sida un problème absolument angoissant et tragique.

I. Levaï : Vous exigez beaucoup des futurs pouvoirs publics ?

E. Balladur : Je dis simplement qu'il faut soigner cette maladie, tenter de la prévenir et tout faire pour que les recherches aboutissent à un vaccin. Cela n'a rien de spécialement original.

I. Levaï : B. Kouchner a affirmé qu'il partirait peut-être enseigner à l'étranger. Cela vous gênerait que des intellectuels quittent le pays et disent: on va laisser M. Balladur et les siens tous seuls ?

E. Balladur : Il y a une polémique, c'est vrai. Il est vrai aussi que l'actuel gouvernement a mis quand même beaucoup de zèle à assurer le statut futur de trop nombreux de ses membres ou de ses partisans. Cela étant, je trouve que M. Kouchner a eu une bonne réaction, et je l'approuve. Et si la faculté de Cochin confirmait l'offre qu'elle lui a faite dans quelques semaines, j'estime pour ce qui me concerne, que le futur gouvernement n'aurait aucun motif de s'y opposer et de critiquer.

P. Le Marc : Vous semblez d'accord pour mener une politique bipartisane sur un certain nombre de sujets importants. Est-ce possible ?

E. Balladur : Je crois qu'effectivement il y a toute une série de sujets sur lesquels on doit pouvoir arriver à un accord entre les forces politiques. J'ai parlé de l'immigration parce que c'était M. Rocard qui en avait parlé. Sur l'aide à la Russie. Sur la définition d'une nouvelle politique de défense plus adaptée. Mais pour autant, je crois qu'il faut être extrêmement ferme sur la volonté que l'on a de mener une autre politique pour redresser notre pays, pour mettre fin à cette situation. J'ai dit que nos projets devaient s'inscrire dans une logique de cinq ans. Il faudra rapidement une loi quinquennale sur la résorption du déficit et de l'endettement, une loi quinquennale sur la lutte contre le chômage, une autre sur la décentralisation et l'aménagement du territoire, une autre sur la réforme financière des régimes sociaux pour leur assurer la stabilité des ressources nécessaires, une autre sur l'agriculture. Je souhaite que l'action du gouvernement se situe dans une perspective à moyen terme de permettre aux Français de comprendre où on veut les amener, dans quel cadre s'inscrivent les mesures que l'on prend, pour qu'il sache très bien ce que l'on attend, ce que l'on propose.

I. Levaï : Il y a 15 jours, à France-Culture, on vous a parlé des intellectuels : vous souhaitiez en avoir autour de vous, comme la gauche. L'Événement du Jeudi a enquêté au Salon du Livre pour leur demander ce qu'ils voteraient dimanche prochain, et ils ne votent pas pour vous. Vous persistez dans ce que vous avez dit : "par nature, les écrivains, les intellectuels sont d'opposition" ?

E. Balladur : Il faudrait savoir qui a été interrogé, ils ont le droit de voter pour qui ils veulent. Je suis partisan du respect de la liberté de l'esprit, donc je n'ai pas envie d'être attelé ni d'atteler personne, ni d'utiliser personne. Quelque chose m'inquiète et suscite en moi le sentiment – le mot est un peu fort de quasi-répulsion : c'est l'utilisation des autres, qu'ils soient des intellectuels, des écologistes ou tout autre groupe ou forme de pensée. Je n'aime pas être utilisé et je n'aime pas utiliser les autres. Je respecte tous ceux qui consacrent leur vie, leur talent, leur possibilité à l'art, à la culture, à la pensée à l'écriture. Je ne leur demande pas pour qui ils votent, et ça me m'empêche pas de penser ce que je dois penser et de faire si un jour j'en ai la possibilité – ce que j'estimerais devoir faire. Je demande aux intellectuels d'être aussi tolérants envers les partis de quelque nature qu'ils soient.

A. Ardisson : Vous avez fait allusion à propos de B. Kouchner aux nominations intervenues ces dernières semaines. Avez-vous l'intention, comme le préconise A. Juppé, de passer au peigne-fin les nominations de hauts-fonctionnaires intervenues ces derniers temps ?

E. Balladur : Je crois que notre pays a besoin d'une administration qui redevienne une administration républicaine, au service de tous, de la loi, et du gouvernement dégagé par les institutions de la République. Je n'ai donc qu'une conviction forte, c'est de tout faire pour que chacun ait le droit d'avoir l'opinion qu'il veut. Tout faire pour restaurer dans le pays un État plus républicain et une administration plus républicaine. Tout ce que je demande à l'administration c'est l'impartialité. Que chacun pense ce qu'il veut par ailleurs, ça ne me regarde pas.

A. Ardisson: La réponse est oui ?

E. Balladur : Ce n'est pas le sens de ma réponse.

I. Levaï : On se demande si vous n'êtes pas un leurre, si on ne va pas voir, non pas E. Balladur, mais quelqu'un d'autre…

E. Balladur : Ce n'est pas très aimable ce que vous me dites. Vous serez très vite éclairé et rassuré.

I. Levaï : Le RPR parle des désistements et l'UDF pas du tout. Avez-vous des raisons de craindre des coups de canif dans le contrat de la part des centristes notamment ?

E. Balladur : Je ne suis pas d'accord avec vous. L'UDF en a parlé. C'est parce qu'elle en a parlé que le RPR en parle. Il faut dire les choses en termes très simples et très clairs. Nous avons signé un accord dans le cadre de ce que nous voulons être l'union de l'opposition. Si nous voulons conserver un minimum de crédibilité, il faut que chacun respecte cet accord. Je ne peux pas envisager que des hommes et des femmes pour lesquels j'ai beaucoup d'estime puissent penser ne pas le respecter. Je pense que toute cette agitation fait partie des préalables d'une campagne ou de ses propos finaux. Je suis convaincu que chacun aura à cœur de respecter la parole donnée. Je ne veux pas avoir d'inquiétudes.

I. Levaï : Le franc est attaqué. Les marchés vous feraient-ils moins confiance qu'à P. Bérégovoy ? 

E. Balladur : Ce n'est pas nous qui gouvernons. S'il y a un manque de crédibilité de la politique française, ce n'est pas le nôtre, mais celui de ceux qui nous gouvernent. C'est en raison de leur manque de crédibilité qu'il y a sur les marchés une prime de risque qui conduit la France à maintenir des taux trop élevés. Mais présenter la situation telle quelle comme un manque de crédibilité de l'opposition.

I. Levaï : Il y a un phénomène d'attente.

E. Balladur : Soit, mais il y a des gens qui sont au pouvoir. C'est à eux à prendre leurs responsabilités. S'il y a une prime de risque, c'est leur risque, pas le nôtre.