Conférence de presse de M. Pierre Bérégovoy, Premier ministre, sur la campagne pour les élections législatives 1993, le financement des partis politiques et des questions d'actualité, Paris le 28 janvier 1993.

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Circonstance : Point de presse de M. Pierre Bérégovoy, Premier ministre, à Paris le 28 janvier 1993

Texte intégral

Au sujet de la recherche d'alliances avec les écologistes et du refus actuel de B. Lalonde

C'est une question qu'il faut poser à B. Lalonde. Je crois très important que les élections législatives soient l'occasion d'aborder les problèmes de fond. Je m'y suis efforcé depuis plusieurs semaines. Je constate que deux débats sont devenus très importants, tous les responsables politiques en parlent.

Le partage du travail est un moyen de lutter à terme contre le chômage, ce qui suppose, comme je l'ai déjà dit, une véritable révolution culturelle. Les responsables politiques doivent aborder ces questions franchement. Il y a des pour, il y a des contre. C'est à l'opinion publique de trancher.

Deuxième débat, celui des retraites. Réponse dans l'immédiat, réponse au moyen terme. J'ai fait des propositions. Comme je vous l'ai dit, je recevrai prochainement les partenaires sociaux. Voilà deux débats qui sont posés devant l'opinion publique.

S'agissant des questions relatives à l'environnement, là encore il faut parler du fond et non pas se préoccuper de la tactique. Les sondages, ce sont des photographies immédiates de l'opinion publique et il faut en tenir compte. Mais, ce qui me préoccupe avant tout, c'est de saisir quelle réponse nous apportons aux questions posées et je crois que les électeurs devront se déterminer en fonction des réponses données. Je crois qu'il y a une différence entre la droite et la gauche. Les électeurs qui sont tentés par le vote en faveur des écologistes devront finalement choisir en fonction des réponses apportées aux questions qu'ils se posent.

Si vous le permettez, je voudrais en prendre une. C'est le développement de l'énergie nucléaire, la transparence que cela exige, les précautions qu'il faut prendre. Je crois qu'il s'agit là d'une vraie question, d'un vrai débat. J'ai eu l'occasion de montrer à propos de Superphénix que toute la sécurité devait être assurée et garantie avant la reprise du surgénérateur.

Là, il y a une proposition de l'opposition. Ils disent, "nous allons privatiser". Cela signifie qu'on laisserait le développement de l'énergie nucléaire en dehors du contrôle nécessaire de l'État ? Voilà une vraie question. Est-ce que l'on veut dans le monde d'aujourd'hui, que l'État intervienne, qu'il corrige même, c'est son devoir, les défaillances de la société industrielle ? On a vu les accidents de transports qui exigent eux aussi qu'il y ait des règles. Voilà une vraie question. Est-ce qu'aujourd'hui, quiconque est préoccupé de la sûreté nucléaire, quiconque est préoccupé de la domestication de l'énergie nucléaire, peut s'en remettre au secteur privé ? Voilà un débat que j'ouvre aujourd'hui sur lequel je souhaite que chacun se prononce.

Je prendrais un autre exemple. Lorsque le Président de la République a décidé la suspension des essais nucléaires, il y a eu des approbations, il y a eu des critiques. Pourquoi ? On peut avoir sur ce sujet-là des opinions très diverses. Nous n'avons pas du tout comme vous le savez, l'intention de renoncer à la stratégie de dissuasion ni à la force de frappe, mais nous pensons que la France doit être à l'avant-garde des pays qui doivent aboutir un jour à un contrôle des armes nucléaires, voire même à leur suppression. Nous avons constaté depuis que la Russie a renoncé aux essais nucléaires pour un temps limité et que les États-Unis ont fait de même, après avoir d'ailleurs dit le contraire lorsque nous avions pris notre décision. Voilà un deuxième sujet sur lequel, il faut que chacun se prononce. Il peut y avoir des pour, il peut y avoir des contre.

J'ai déjà eu l'occasion de montrer que nous ne pouvions pas laisser l'urbanisme sauvage se développer. Il y a eu un projet de loi qui a été voté à l'Assemblée nationale et qui, sur ce point-là, a été confirmé par le Conseil constitutionnel. La maîtrise de l'espace urbain, la lutte contre ce que j'ai appelé "les rois du béton de l'urbanisme sauvage", voilà un troisième sujet. S. ROYAL fait admirablement son travail en posant tous ces problèmes, en montrant ce qui a été fait déjà : loi sur l'eau, loi sur les déchets, loi sur les paysages, loi sur le bruit.

C'est autour de questions précises comme celles-ci qui sont des questions de fond qui détermineront notre avenir et celui de nos enfants, qu'il faut organiser le débat. Je ne vais pas entrer dans des polémiques : je veux qu'autour des questions de fond, le débat public s'organise. Sur deux sujets, c'est déjà le cas. Il faut qu'il en soit de même pour toutes les questions qui intéressent "les militants de l'environnement", que l'on retrouve d'ailleurs sans doute dans plusieurs formations politiques, qui expriment une sensibilité, et c'est en fonction des réponses qui seront apportées à ces questions par ceux qui aspirent à gouverner la France, que chacun devra se déterminer.

Au sujet de l'organisation de la campagne

Je ne prends pas en mains la campagne de qui que ce soit. Je l'ai déjà dit : je suis Premier ministre, j'ai la charge aujourd'hui de présenter le bilan de la législature, c'est-à-dire celui des gouvernements de M. Rocard, d'E. Cresson et de celui que je dirige et je dois, c'est mon devoir et c'est comme cela que je conçois le débat politique, essayer de tracer des perspectives d'avenir sur les questions qui intéressent aujourd'hui les Français. Je pourrais élargir cela au domaine de l'Europe, je l'ai fait hier au soir "au Point sur la table", je ne vais pas y revenir. Je pourrais élargir cela au domaine de la monnaie, au domaine de la lutte contre l'inflation. Sur toutes ces questions-là, il faut se prononcer clairement. Les polémiques partisanes sont naturellement toujours présentes dans le débat électoral. Je crois que c'est en posant les questions de fond et les questions d'avenir que nous apporterons les meilleures réponses.

Au sujet du financement des partis politiques

Premier ministre, je suis chargé d'appliquer la loi, ou même en l'occurrence d'appliquer deux lois. Il y a la loi qui a été votée sous le gouvernement de J. Chirac et la loi qui a été voté sous le gouvernement de M. Rocard. Cette loi je l'applique. Comme c'est mon devoir, j'ai sollicité l'avis du Secrétaire général du gouvernement qui est en quelque sorte le gardien de la loi, sur le plan juridique, à mes côtés. Je solliciterai également l'avis du Conseil d'État. Mais je ne crois pas possible pour un Premier ministre de faire une application de la loi en fonction des circonstances électorales.

Cette loi a été appliquée telle que l'ai décrit dans ma réponse à B. Lalonde, à chaque renouvellement du Sénat, exactement de la même façon. Elle doit être appliquée selon la lecture qui m'a été donnée de la loi. Je l'ai exposé à B. Lalonde. Comme je veux que vraiment tout soit clair, je vais demander l'avis du Conseil d'État en lui soumettant le décret. Si le Conseil d'État dit qu'il peut y avoir une application différente de la loi, je m'en remettrai à son avis, mais je n'ai pas capacité à modifier la loi.

La loi s'applique à tous, nul n'est sensé l'ignorer et le débat qui a eu lieu à l'Assemblée nationale l'a bien démontré. Sur ces questions financières, moi je tiens à ce que la clarté soit totale. Vous connaissez mon opinion sur le financement des partis politiques : j'aurais souhaité que les entreprises n'y contribuent point, je n'ai pas été suivi totalement, encore qu'il y a eu déjà des progrès qui ont été faits en ce qui concerne la transparence. De même je tiens à ce que l'équité absolue soit de règle dans cette affaire. C'est la raison pour laquelle l'avis du Conseil d'État sera demandé, comme la loi le prévoit.

Je ne veux pas polémiquer. Si le Conseil d'État a une autre interprétation de la loi, je m'y rangerai.

Vous êtes trop bien informé pour ignorer que les dons que les entreprises peuvent faire aux partis politiques ont été diminués et que d'autre part, il y a nécessité de la transparence. Autrement dit, l'entreprise doit dire à qui elle verse. Les partis politiques doivent également dire ce qu'ils reçoivent. Tout cela doit être transparent. On a considéré que cela pouvait limiter les contributions, c'est la raison pour laquelle le ministre du budget, avec mon accord, a fait la proposition que j'ai faite mais là c'est une autre question.

La question qui est posée en gros est la suivante : jusqu'à maintenant pour les dotations réservées aux partis politiques, et aux élus, on tient compte de l'année écoulée. Par exemple pour répartir les crédits en 1993, on tient compte des données 1992. C'est la loi. Ce qui m'est demandé, c'est de tenir compte du résultat des élections. Je le répète, ce ne serait plus l'application de la loi. Pour éviter tout malentendu, eh bien le Conseil d'État sera saisi. Est-ce que cela vous paraît clair ?

Au sujet des derniers sondages

Les sondages sont un moment de la campagne électorale. Est-ce que cela m'inquiète ou est-ce me préoccupe ? Je prends les sondages pour ce qu'ils sont. Je constate qu'aujourd'hui la coalition de l'opposition qui regroupe l'UDF le RPR et les centristes de M. Méhaignerie décline. Je constate que le parti socialiste a amélioré son score par rapport à 1992, mais ce n'est pas le score que je luis souhaite à l'arrivée. Nous avons d'ailleurs constitué l'Alliance des Français pour le Progrès dans laquelle il y a le parti socialiste et d'autres formations. Et j'ai d'autres indications qui montrent que l'Alliance des Français pour le Progrès, avec le parti socialiste comme élément principal, recueille davantage de voix. Mais je le répète, ce sont les Français qui trancheront et non pas les sondages.

Vous avez observé, que dans notre pays, notamment à l'occasion du référendum, les sondages varient parfois d'une semaine à l'autre, parfois d'un trimestre à l'autre. C'est vrai aussi dans d'autres pays. Je pense à la Grande-Bretagne, je pense aussi aux États-Unis d'Amérique, vous avez connu le résultat. Donc les sondages, ce sont des photographies de l'opinion à un moment donné. Je dois naturellement m'en préoccuper comme tous ceux qui aujourd'hui essaient de comprendre ce que désire l'opinion. La leçon que j'en tire, c'est qu'il faut parler des problèmes de fond et des perspectives d'avenir. Et voir avec qui on peut faire cela.

Ségolène Royal que j'entendais hier, disait que dans beaucoup de régions de France, les responsables qui ont été élus sous l'étiquette des Verts ou de France, Génération Écologie, ont apporté leur voix à des Présidents de droite. Est-ce que c'était ce que voulaient leurs électeurs ? À eux de le dire. Dans une autre région, j'y étais Présidente qui émane des Verts, qui est d'ailleurs à mon avis une personne tout à fait remarquable et compétente, qui gère la région Nord-Pas-de-Calais avec les partis de gauche, le parti socialiste. Je crois même que les conseillers régionaux communistes ont apporté leurs suffrages. Très bien, voilà des choix.

Est-ce qu'au niveau régional, on peut peut-être faire des alliances à la carte ? Au niveau national, non. Qui répond le mieux aux préoccupations aujourd'hui liées à la protection de la nature, à la maîtrise du nucléaire, à la lutte contre le bruit, à la protection de l'eau et du traitement des déchets industriels ? Voilà la question qui doit être posée au pays. Et à partir de là, chacun se déterminera. Moi, je souhaite que cette campagne électorale, soit une campagne électorale exemplaire sur les problèmes de fond. Les Français doivent savoir ce qu'on leur propose. Les Français doivent savoir avec qui les écologistes voudront gouverner…

Il y a le problème de la Solidarité qui est au cœur du débat. Solidarité à l'égard des chômeurs et pour cela il faut poser le problème en effet du partage du travail. Pas facile, vous savez. Je me souviens qu'il m'a fallu plusieurs mois avant que l'idée émerge. Et aujourd'hui, je crois qu'elle est devenue un des points centraux de la campagne. Et de ce point vue, j'ai observé qu'il y a évolution des esprits, à la fois dans les milieux syndicaux et chez les candidats qui se présentent aux élections. En particulier, dans le camp qui est le mien. Très bien. C'est à partir de là, qu'il faut se prononcer sur des questions de fond. On verra bien, avec qui on peut gouverner.

Nous avons fait voter une loi dite de solidarité urbaine qui visait à demander aux villes riches, qu'elles contribuent à faciliter le développement des villes moins riches, dont le potentiel fiscal est moins grand. L'opposition de droite a voté contre. La majorité présidentielle nous a permis de faire passer cela dans la loi. Est-ce une bonne loi et une mauvaise loi ? Est-ce qu'il faut revenir là-dessus ? Voilà, ce sont toutes des questions de fond. Les Français aspirent à un débat de fond et non pas à un débat purement politicien.

L'écologie n'est la propriété de personne. Mais il y a des réponses à apporter. J'ai pris volontairement l'exemple de l'EDF : je crois que l'EDF doit rester une entité publique. Pour les raisons que j'ai dites. Voilà une question. Qui est pour qui est contre ? On verra bien.

Au sujet de la campagne des législatives

Je crois qu'il y a un énorme besoin d'explications. C'est la raison d'ailleurs pour laquelle, je vous rencontre avec plaisir tous les jeudis matin. La leçon que j'ai personnellement, tirée du référendum sur Maastricht, c'est que les français avaient besoin d'explications. Et non pas d'un discours qui était celui des européens depuis très longtemps. L'Europe, paix, prospérité, c'est vrai. Mais encore faut-il répondre aux questions précises des Français. Il faut une politique dite de proximité. C'est pourquoi j'écoute les élus, mais j'écoute également la population. Bien, je crois qu'aujourd'hui les Français ont besoin qu'on aille au-devant d'eux. Les socialistes doivent le faire. Ceux qui sont rassemblés dans l'Alliance des Français pour le Progrès doivent le faire. Le faire en posant les questions de fond. Quels sont ceux qui sont les plus habilités pour en effet assurer la protection de l'environnement, assurer la régulation de l'économie, défendre la monnaie, organiser le partage du travail ? Voilà les questions de fond.

Au sujet des Alliances du second tour

Il y aura un premier tour. Et comme nous sommes au scrutin majoritaire, il y en aura un second. Bien c'est à partir du premier tour que chaque citoyen prendra ses responsabilités.

Au sujet du transfert de l'usine Hoover en Écosse

Posons la question très clairement. Le déplacement d'Hoover de Dijon en Écosse est tout à fait inadmissible. C'est un dumping social qui est contraire aux règles de la Communauté économique européenne. Il y a eu des aides en Écosse. Les aides doivent être autorisées par la Commission. On me dira sans doute que pour créer des emplois dans les régions pauvres, des aides sont autorisées. Mais nous ne sommes pas d'accord si ces aides servent à détruire des emplois ailleurs Nous instruisons une plainte que nous déposerons à Bruxelles. J'observe que la Grande-Bretagne n'a pas signé la partie sociale du Traité de Maastricht. Raison de plus d'ailleurs pour que ce débat soit à nouveau ouvert.

En ce qui concerne Grundig, même raisonnement. M. Michel Sapin qui se rend aujourd'hui à Vienne, tiendra ce langage aux Autrichiens. D'accord pour que l'Autriche adhère à la Communauté économique européenne mais en respectant les règles du jeu.

Tout cela confirme que le gouvernement a bien eu raison de foire voter au Parlement un texte qui prévoit qu'il ne peut pas y avoir de plan de licenciement économique, nous sommes devant ce cas, sans un plan de conversion et un plan social. Maintenant la loi a été validée, elle avait été retardée par l'opposition qui avait saisi le Conseil constitutionnel. Cette loi va être promulguée, elle sera appliquée dans toute sa rigueur. Le gouvernement a décidé pour 'instant de faire son métier qui consiste à instruire une plainte devant la Commission européenne de Bruxelles avec la plus extrême fermeté.

Je compte sur vous d'ailleurs pour développer cette absolue nécessité de la règle du jeu. Vous cherchez parfois, nous cherchons parfois ensemble d'ailleurs, ce qui peut séparer disons, la gauche de la droite puisque que c'est le langage commun. Là nous avons un très bel exemple. Moi, je suis pour l'économie de marché. Je suis pour que nos frontières soient ouvertes. Mais je considère que le rôle de l'État, comme le rôle de la Communauté européenne est de prévoir les règles du jeu, là où il y en a de prévues, et de les faire respecter. Le libéralisme sauvage, je l'ai toujours condamné et je le condamne encore avec plus de force aujourd'hui, quand j'en observe les ravages. Il s'agit de concurrence et de compétitions déloyales.

Au sujet du rachat de Saint-Laurent par Sanofi

J'ai appris, comme le Président de la République d'ailleurs, l'accord qui a été conclu entre la SANOFI et le Groupe Saint-Laurent, lorsque cet accord a été conclu. Comme vous le savez, je suis tout à fait favorable à l'autonomie de gestion. Je crois qu'il était utile que le Groupe Saint-Laurent, de très grande réputation, reste en France. C'est une affaire qui concerne les dirigeants des entreprises. Le prix, ils l'ont déterminé d'un commun accord après l'étude d'une banque conseil qui a bonne réputation.

En ce qui concerne ce que vous appelez "d'éventuels délits d'initiés", je me permets de vous rappeler que j'étais celui qui a proposé que la COB soit indépendante, que la COB est indépendante et que je lui fais confiance pour faire son métier, mais je me garde, contrairement à vous, de juger avant que la COB se soit prononcée.

Au sujet du transfert en Écosse de l'usine Hoover et de l'Europe sociale

C'est une question de fond. On ne pourra pas faire l'Europe telle que je la souhaite sans lui donner une dimension sociale. Cela démontre qu'il va nous falloir reprendre sur ce terrain- à l'offensive pour obtenir, en effet, que les règles de la communauté économique européenne s'appliquent à tous. Mais indépendamment du fait que la Grande-Bretagne n'a pas signé cette partie, il y a d'ores et déjà les règles qui sont applicables, dans l'ensemble de la Communauté, en ce qui concerne les aides qui sont ou non autorisées pour les entreprises. Le "dumping social", c'est une très mauvaise démarche pour quelque pays que ce soit. Que la solidarité s'exerce à l'égard des régions les plus pauvres ou les plus déshérités, oui ; mais que l'on déshabille Pierre pour habiller Paul, non.

Au sujet de la désignation du président de l'agence France Presse

Je souhaite que les représentants de l'État ne se prononcent (au sein du conseil d'administration) que lorsque les représentants les plus intéressés, c'est-à-dire les représentants de la presse, se seront mis d'accord sur un nom. Ils n'ont pas à arbitrer entre les différences d'appréciation.

De ce point de vue-là, je n'ai jamais changé d'avis. Je ne suis pas peur que l'on politise tout, et je vous rappelle – parfois j'entends tel ou tel jugement exprimé ici ou là – qu'en ma qualité de ministre des finances, j'ai gardé en fonction des responsables de grande qualité parce qu'ils avaient de grandes qualités et non pas parce qu'ils avaient été collaborateurs de celui-ci ou de celui-là. J'ai toujours la même indépendance d'esprit. Je suis pour un État impartial.

Au sujet d'un changement de statut de l'AFP

La loi est la loi. On pourra la changer, on verra cela plus tard lorsque je serai reconduit dans ma fonction... Pour l'instant, je souhaite que les représentants de la presse se mettent d'accord sur un nom, je ne souhaite pas que les représentant de l'État arbitrent entre deux ou trois personnalités.

Au sujet des négociations du GATT sur l'acier

La Commission de Bruxelles a déjà protesté vigoureusement. Il est évident que si l'administration américaine s'engage dans la voie du protectionnisme, il y aura des mesures de rétorsion qui s'avèreront nécessaires en Europe. J'espère que les Américains y réfléchiront à deux fois.

Au sujet du déficit budgétaire

Le ralentissement de l'activité économique dans le monde et en France, même si la France a plus de croissance, a entraîné une réduction des recettes fiscales. C'est cela qu'il faut retenir comme raisonnement. À partir de là, le choix est simple : ou bien on augmente les impôts, on dit "on fait un prélèvement", prélèvement sur les revenus ou prélèvement sur les entreprises, et l'on réduit la demande intérieure et la capacité d'investissement des entreprises. J'ai refusé ce choix. Parce que la conjoncture mondiale est actuellement dépressive.

J'ai donc accepté une augmentation temporaire du déficit, et c'est pourquoi je dis à l'opinion publique que ceux qui annoncent qu'ils baisseront les impôts et réduiront le déficit budgétaire sont des marchands d'illusions. Cela n'est pas possible, sauf alors à réduire des dépenses que l'on nous demande d'augmenter d'ailleurs. À propos, par exemple, des travaux publics, des routes, etc. : je n'entends que des demandes de l'opposition visant à augmenter les dépenses. Donc, il faut que les Français le sachent.

J'ai accepté une augmentation temporaire du déficit, compte tenu du fait que la France est aujourd'hui le pays de la communauté économique européenne qui a le déficit public le plus faible. Christian Pierret a eu parfaitement raison de dénoncer la dérive des promesses de l'opposition, en termes budgétaires.

Au sujet des discussions avec les partenaires sociaux sur les retraites

Je me suis exprimé tout à l'heure là-dessus. Vous n'étiez pas là ?

J'ai dit tout à l'heure que le débat était maintenant un grand débat national. J'ai constaté que les propositions que j'ai faites pénètrent les esprits, et j'aurai l'occasion de rencontrer les organisations syndicales, comme je vous l'ai annoncé. Quand les contacts engagés auront déjà donné des résultats, il y aura une rencontre officielle.

Au sujet de l'avis du conseil régional d'Île-de-France sur le projet du SDAU

Vous me permettrez, de vous répondre lorsque je connaîtrai l'avis motivé du conseil régional. Le président le fera connaître au préfet de région, M. Chritian Sautter ; et je donnerai mon opinion à ce moment-là.

Je crois en effet que nous sommes devant un grand choix. Et là, c'est encore un grand débat sur lequel toutes les familles politiques françaises, les nouvelles et les anciennes, devront s'exprimer. Est-ce que l'on organise la région parisienne en maîtrisant son développement, ou est-ce que l'on continue un développement sauvage, on l'a vu dans les Hauts-de-Seine notamment, et dans d'autres départements de la couronne parisienne ? Est-ce que l'on continue à privilégier les bureaux à Paris au détriment du logement social ? Est-ce que l'on porte atteinte à partir de là à l'aménagement du territoire national ? Parce qu'il y a des régions qui ont besoin de la solidarité et qui ont besoin d'équipements. La politique, suivie par les gouvernements précédents et que je reprends à mon compte, vise à développer un aménagement du territoire aussi harmonieux que possible. Que la région parisienne s'y oppose me paraît un défi lancé à toute la province française.

Merci.