Interview de M. François Fillon, ministre délégué à la poste aux télécommunications et à l'espace, dans "Le Monde" du 21 décembre 1996, notamment la directive sur le courrier, sur le nouveau contrat de plan de la Poste et sur les responsabilités de l'Etat pour le financement du réseau postal.

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Circonstance : Adoption le 18 décembre 1996 par les ministres de l'UE chargés de la poste d'une directive sur la libéralisation progressive du courrier

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Le Monde : L’adoption, le 18 décembre, par les quinze ministres européens d’une directive sur le courrier satisfait-elle pleinement la France ?

François Fillon : Oui, parce que cette directive reprend très largement les dispositions du compromis franco-allemand élaboré il y a deux mois. Aucune décision de libéralisation du publipostage (mailings) ou du courrier transfrontalier n’a été prise. C’est en l’an 2000 que le conseil et le Parlement décideront, éventuellement de libéraliser le courrier à partir de 2003.

Le Monde : En 1997, vous allez négocier le contrat de La Poste pour les années 1998 à 2000. Quel bilan faites-vous du contrat de plan 1994-1997 ?

François Fillon : Il n’est pas encore totalement achevé. Mais ce premier contrat de plan a permis de clarifier les relations entre l’État et La Poste. L’État a totalement respecté ses engagements. La subvention pour les aides à la presse a été intégralement versée. Mais les objectifs en matière de développement du courrier n’ont pas été atteints, en particulier à cause des mouvements sociaux de l’automne dernier. Quant à l’équilibre financier, la question est de savoir si l’on rattrape ou pas le niveau de développement du courrier antérieur à décembre 1995, car l’équilibre financier dépend en grande partie de l’activité du courrier.

Le Monde : Quelles seront les grandes lignes du prochain contrat de plan ?

François Fillon : Il doit consolider le service public et, surtout, maintenir le réseau postal sur tout le territoire. Ce réseau doit même être développé dans certains endroits, en particulier dans les banlieues. Par ailleurs, ce contrat doit également consolider l’activité du service public financier et doit permettre à La Poste de développer des activités concurrentielles dans certains domaines comme les messageries ou les services liés à des technologies nouvelles.

Le Monde : L’État est-il prêt à prendre des engagements financiers ?

François Fillon : L’État va devoir prendre ses responsabilités concernant le financement du réseau des dix-sept mille bureaux. On ne peut pas demander à La Poste d’être à la fois concurrentielle et de maintenir son réseau sans lui accorder de moyens supplémentaires. Je n’imagine pas que l’État ne participe pas d’une manière ou d’une autre au surcoût de l’aménagement du territoire et aux missions de service public de La Poste.

Le Monde : Les activités financières de La Poste vont-elles être remises en question ?

François Fillon : Non, bien sûr. Peut-être faut-il parfois que La Poste fasse preuve de moins d’agressivité commerciale. Mais elle assure une fonction de service public financier qu’aucune autre banque ne veut remplir. Je pense en particulier à ses activités financières dans les quartiers en difficulté. La position du gouvernement est qu’il faut respecter la loi de 1990, toute la loi, mais rien que la loi.

Le Monde : Le contrat de plan réglera-t-il le problème des retraites ?

François Fillon : Cette question a des conséquences financières importantes. Il y a deux aspects. Il y a l’augmentation de la charge des retraites, environ 500 millions de francs supplémentaires par an pour La Poste. Mais il y a, également, le niveau global de cette charge. À quel moment ce niveau constitue-t-il un handicap par rapport à la concurrence ? L’État devra, à mon sens, prendre ses responsabilités pour que le niveau de la charge des retraites reste supportable pour La Poste.

Le Monde : Que signifie le récent changement de président à La Poste ?

François Fillon : André Darrigrand a effectué un mandat de trois ans. En nous suggérant de nommer à la présidence Claude Bourmaud, jusqu’à présent directeur général, il nous a proposé une solution assurant la continuité avec sa politique, qui a été une bonne politique. M. Darrigrand a fait un bon travail et a parfaitement réussi son départ.

Le Monde : Les syndicats contestent la réforme des structures de La Poste et la séparation des branches en fonction des segments de clientèles. Qu’en pensez-vous ?

François Fillon : Certains voient dans les nouvelles structures mises en place une volonté de démembrer La Poste ou de filialiser certaines activités. Ce n’est absolument pas l’intention du gouvernement, pour qui l’unité de La Poste ne peut pas être remise en cause. J’ai donc demandé au nouveau président, Claude Bourmaud, de reprendre la concertation sur ce point et d’agir dans la plus grande transparence avec le personnel. J’attends des propositions du président. Le gouvernement ne souhaite pas de bouleversements dans l’organisation de La Poste. Mais, il est aussi normal que celle-ci se modernise. C’est la responsabilité de ses dirigeants.

Le Monde : Peut-on imaginer que La Poste remplisse d’autres missions et services publics ?

François Fillon : Pourquoi pas ? Mais là, c’est l’élu local qui vous parle, car les réticences sont très fortes. Cependant, je ne renonce pas. À Sablé, dans la Sarthe, j’ai obtenu que France Télécom ouvre une boutique dans une agence de l’EDF. Cela fonctionne parfaitement.