Interview de M. Sébastien Lecornu, ministre chargé des collectivités territoriales, avec France Info le 14 juin 2019, sur le Parlement européen, les maires, la réforme constitutionnelle, Les Républicains, l'écologie et la PMA.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour Messieurs.

MARC FAUVELLE
Votre candidate aux Européennes Nathalie LOISEAU renonce finalement à présider le groupe centriste au Parlement européen, après la divulgation par la presse de propos qu'elle a tenus il y a quelques jours où elle traitait certains de ses collègues européens d'ectoplasmes ou encore d'aigris. C'est une claque aujourd'hui pour le macronisme ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, déjà j'ai toujours moi quelques interrogations en tant que ministre à commenter la structuration d'un groupe parlementaire, si on est un tout petit peu rigoureux ce n'est pas comme ça que ça se passe. Mais en tout cas si c'est la décision de Nathalie LOISEAU, c'est donc la bonne décision, ça n'enlève en rien l'ambition de la France dans la structuration d'un grand groupe central au Parlement européen, avec l'ensemble des colistiers de la liste Renaissance qui – je le rappelle – a enregistré un score tout à fait important aux dernières élections européennes dans notre pays.

MARC FAUVELLE
Elle a fait preuve de naïveté dans cette affaire, en pensant que ses propos…

SEBASTIEN LECORNU
Je ne ferai pas de commentaire particulier sur ce sujet.

MARC FAUVELLE
On nous a expliqués pendant toute la campagne des européennes qu'il fallait voter pour la liste macroniste, puisque c'était un moyen de peser dans ce futur groupe ; et que la France en prendrait la présidence, c'est donc raté !

SEBASTIEN LECORNU
Laissons les parlementaires décider de la manière dont on va structurer les choses, ça n'enlève rien au poids de la France au Parlement européen, puisque ce sont les électeurs qui l'ont décidé.

MARC FAUVELLE
Mais ça veut dire que vous ne dirigerez aucun groupe au Parlement !

SEBASTIEN LECORNU
Laissons les parlementaires organiser les choses…

MARC FAUVELLE
Vous pensez qu'il peut y avoir une autre candidature française !

SEBASTIEN LECORNU
Mais vous avez les structurations des groupes, vous avez également la structuration des différents postes importants sur tout l'ensemble des commissions que comporte le Parlement européen, vous avez bien sûr aussi les décisions importantes à venir sur la Commission européenne. Là aussi, il y a un temps et politique au sein des groupes sur lequel je ne pense pas qu'il soit bon que les ministres français interviennent dans les médias sur le sujet ; et un temps diplomatique sur la répartition des grands postes au sein de l'Union européenne. Laissons les choses se faire jusqu'à la fin du mois de juin.

MARC FAUVELLE
Vous traitez souvent vos adversaires ou vos compagnons politiques d'ectoplasmes, vous ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais une fois de plus chacun a son vocabulaire et chacun prend les décisions ensuite qu'il convient de prendre, c'est ce qu'a fait Nathalie LOISEAU.

RENAUD DELY
Emmanuel MACRON sur certaines de ses propositions en Europe s'est retrouvé parfois isolé, esseulé ces derniers mois. Mais on a appris ce matin que pour la première fois, les pays de la zone euro s'étaient mis d'accord sur un budget commun, un budget de la zone euro. Est-ce que c'est un signe encourageant, même si ce budget est en retrait par rapport aux ambitions initiales d'Emmanuel MACRON ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, c'est une idée ancienne que beaucoup de présidents de la République d'ailleurs avant Emmanuel MACRON ont pu porter. C'est une idée sur laquelle Bruno LE MAIRE en tant que ministre des Finances travaille depuis maintenant de nombreux mois. Effectivement, ça va dans le bon sens, ça ne nie pas ce que sont les nations, ça ne nie pas évidemment les budgets nationaux tels que d'ailleurs le Parlement français le votera à l'automne prochain pour la France, mais effectivement ça va dans le bon sens parce que ça va permettre de créer de la convergence sur un certain nombre de politiques publiques européennes.

RENAUD DELY
Pour l'instant on parle d'une enveloppe de l'ordre de 17 milliards, on ne sait pas bien d'ailleurs comment ça va être financé. C'est juste un embryon, on n'est pas encore à la hauteur justement des souhaits du chef de l'Etat !

SEBASTIEN LECORNU
Oui mais c'est historique puisque ça n'a jamais été possible jusqu'à présent ; et cela va dans le bon sens y compris – je pense qu'on y reviendra – sur les questions de transition écologique ou sur les questions de mobilité.

RENAUD DELY
Le Premier ministre Edouard PHILIPPE a prononcé hier au Sénat une déclaration politique générale qui faisait suite à celle qu'il avait prononcée la veille à l'Assemblée nationale. Et lors de cette déclaration, il a évoqué la philosophie du projet de loi sur l'engagement des élus, notamment en particulier l'engagement des maires que vous allez porter prochainement Sébastien LECORNU, qui sera présenté au mois de juillet en Conseil des ministres. Voici ce qu'Edouard PHILIPPE dit de la philosophie de ce texte.

EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE
Pour la première fois, pour la première fois de nombreuses listes aux prochaines élections municipales seront peut-être incomplètes et parfois, qui sait, nous manquons de candidats. Cette crise de l'engagement, nous devons y répondre, plus qu'un statut les maires veulent d'abord un cadre clair d'exercice de leur mandat et plus de liberté locale pour mieux mener leur projet.

RENAUD DELY
Aujourd'hui Sébastien LECORNU, il faut sauver les maires en quelque sorte, répondre à cette crise des vocations ?

SEBASTIEN LECORNU
Je crois qu'il y a urgence à faire, il y a eu de nombreuses lois ces 15 ou 20 dernières années sur les questions territoriales, mais souvent des lois très désincarnées, très juridiques, on parle de décentralisation, d'organisation des pouvoirs publics. Et c'est la première fois qu'un gouvernement va porter un projet de loi d'ensemble pour répondre à une question centrale, qu'est l'engagement et notamment l'engagement dans les communes et les communes les plus petites, notamment en milieu rural. Et donc c'est une dimension qui est très humaniste dans la manière de vivre la démocratie locale, c'est une des suites évidemment du grand débat national…

RENAUD DELY
C'est une leçon… voilà, c'est une leçon du grand débat national dont vous étiez l'un des animateurs ?

SEBASTIEN LECORNU
Je préfère parler de suite que de leçon, mais il est évident que sans les maires le grand débat national n'aurait pas pu se tenir. Je rappelle qu'un maire sur 2 a ouvert des cahiers citoyens dans les mairies, que les maires ont constitué les grandes Agora qui ont permis de lancer le grand débat national notamment à Grand Bourgthéroulde dans mon département avec le président de la République ; et qu'on a une crise de l'engagement qui traverse toute la société, on le voit pour les réservistes dans les armées, pour les sapeurs-pompiers volontaires, pour les questions liées au bénévolat associatif, et cette crise bien évidemment, elle s'abat aussi sur l'engagement communal. Et donc il faut faire sauter quelques verrous freins à l'engagement, en amont, pendant l'engagement et ensuite.

RENAUD DELY
Mais c'est un vrai changement, c'est une vraie inflexion, on se souvient aussi que jusqu'au mouvement des gilets jaunes, puis au grand débat national Emmanuel MACRON n'avait pas une grande préoccupation pour les maires, pour les élus locaux, on se souvient d'ailleurs qu'il n'était pas allé au Salon des maires. C'est une découverte pour le macronisme !

SEBASTIEN LECORNU
Non, ce n'est pas qu'une découverte, je rappelle que des milliers de maires avaient parrainé le président de la République dans sa campagne électorale… il y a des procès qui ont été faits au président de la République sur ce sujet notamment…

RENAUD DELY
Son mode de gouvernance…

(…) Brouhaha

SEBASTIEN LECORNU
A l'Assemblée nationale, je crois que le président de la République pendant 96 heures avec plus de 5.000 maires a pu de démontrer qu'il connaissait bien les questions que les communes pouvaient connaître. Non ! L'enjeu si vous voulez, c'est 2 ruptures quand même pour aller dans votre sens et dans le sens de votre question. Une rupture dans le quinquennat, je crois que le président de la République effectivement l'assume et le Premier ministre aussi dans la méthode, s'appuyer peut-être davantage sur certains corps intermédiaires, les élus locaux en constituent un, d'ailleurs ce n'est pas vraiment un corps, c'est surtout des gens qui s'engagent et qui à un moment donné font vivre cette démocratie…

RENAUD DELY
Ça c'est une vraie rupture, c'est votre terme !

SEBASTIEN LECORNU
Oui, et la rupture elle vient d'encore plus profond sur les 15 dernières années. Si vous regardez bien, la génération des maires de 2014 dont je fais partie a connu les baisses de dotations de l'Etat massives et autoritaires d'ailleurs, sans négociation possible, a connu des révisions importantes comme la loi Notre qui modifiait le périmètre des intercommunalités, qui ont créé les grandes régions. Tout ça au début paressait un peu technique, mais nos concitoyens – notamment en milieu rural – se sont bien rendu compte qu'on éloignait petit à petit les centres de décisions, avec un sentiment de dépossession des acteurs locaux. Donc là il y a un retour à la proximité, d'ailleurs le nom, le titre de ce projet de loi s'appellera « engagement et proximité ». Et là soyons clairs, il y a eu 15 ans de politique publique, on a aimé le gigantisme, les politiques comme d'ailleurs beaucoup… un mouvement plus technocratique, on a aimé les grands cantons, les grandes intercommunalités, les grandes régions et là…

RENAUD DELY
…On est allé trop loin ?

SEBASTIEN LECORNU
Et là, la rupture elle est assez d'ailleurs incroyable, on le voit bien mais c'est le grand débat qui l'a permis, c'est qu'on comprend enfin dans notre pays : Big n'est pas toujours beautiful. Et donc on va revenir aussi à ce qu'est la culture française qui est une culture de proximité, c'est aussi – et je l'assume pleinement – une des réponses aussi au vote du Rassemblement national dans un certain nombre de territoires, revenir à un sentiment de proximité. C'est dans la commune que l'on apprend la démocratie.

MARC FAUVELLE
En un mot, la réponse à cette crise des vocations parfois chez les maires, elle est aussi financière, il s'agit de les payer mieux, les indemniser mieux ?

SEBASTIEN LECORNU
Alors je pense que c'est encore plus compliqué et plus complexe que cela. Si on écoute bien les élus, ils veulent surtout un cadre clair, le cadre clair c'est la question indemnitaire sur lequel ils ne réclament pas forcément plus d'argent, parce que si on gagnait de l'argent en étant maire d'une commune de 500 habitants, 1.000 habitants, 1.500 habitants, franchement ça se saurait. Il y a aussi une attente mais effectivement, il y a quand même une attente de clarification et de plus de liberté dans la manière de gérer les enveloppes indemnitaires ; et un enjeu sur la protection, c'est toujours cette affaire de la mise en cause judiciaire de l'élu sur lequel nous avançons également, parce qu'il faut pouvoir permettre aux élus de prendre des décisions sans avoir forcément peur systématiquement…

MARC FAUVELLE
D'un procès derrière !

SEBASTIEN LECORNU
Il y a un enjeu de formation, pardon mais enfin dans n'importe quelle entreprise privée ou même une administration, on consacre de l'argent pour former les cadres ou les salariés de l'entreprise en question. Chez les élus, il existe des dispositifs de formation, ils sont anciens, il faut les rénover. Et puis je le dis là aussi, il faut qu'on ait un effort particulier, une attention pour celles et ceux qui sont plus loin de l'engagement, ben oui ! Quand on est une maman, que l'on doit s'occuper de ses enfants ou même d'ailleurs un papa isolé, lorsqu'on a une personne en situation de handicap à la maison, c'est quand même moins évident pour vous que de prendre le chemin du conseil municipal que lorsque vous êtes retraité. Ca c'est une réalité pratique, pragmatique et donc là aussi on va y répondre pour… tous ces éléments-là constitueront au fond ce qui sera non pas un statut de l'élu parce que les élus ne réclament pas un statut, mais un véritable cadre avec des mécanismes d'accompagnement à l'engagement.

MARC FAUVELLE
Sébastien LECORNU vous restez avec nous.

(…)

MARC FAUVELLE
Toujours avec le ministre des Collectivités territoriales Sébastien LECORNU. Pourquoi avoir reculé ou enterré la réforme de la Constitution ?

SEBASTIEN LECORNU
Je ne crois pas qu'elle soit enterrée, la situation est clarifiée, clarifiée.

MARC FAUVELLE
Clarifiée pour dire qu'elle se fera pas ou pas tout de suite !

SEBASTIEN LECORNU
Non, vous avez le Sénat et c'est bien son droit, c'est une institution que je connais bien en tant qu'élu local moi-même, en tant que ministre des Collectivités territoriales, j'y passe pratiquement mes semaines. Ce Sénat, en tout cas la majorité de droite sénatoriale, LR pour être précis, dirigée par Bruno RETAILLEAU et Gérard LARCHER disent : on veut un accord sur tout ou alors il n'y a pas d'accord. Un accord sur tout c'est et la révision constitutionnelle qui prévoit la différenciation, un statut particulier pour la Corse, un certain nombre de réformes intéressantes sur l'autorité judiciaire. Mais on veut également, dit le Sénat, un accord sur la loi électorale, en clair le mode d'élection des sénateurs, la question des dates de renouvellement des élections sénatoriales. Et aujourd'hui il n'y a pas d'accord parce que nous, nous souhaitons diminuer le nombre de parlementaires, c'est quelque chose d'important, diminuer le nombre de députés et le nombre des sénateurs et le Sénat a du mal à s'engager sur cette voie de manière très claire.

MARC FAUVELLE
Donc le Sénat a gagné et fait plier le gouvernement !

SEBASTIEN LECORNU
Je pense surtout que c'est les Français qui perdent, parce que c'est une bonne réforme…

MARC FAUVELLE
Et il n'y aura pas de réduction du nombre de parlementaires par exemple durant ce quinquennat ?

SEBASTIEN LECORNU
Alors pour celles et ceux qui nous écoutent, il y a 3 textes : une révision constitutionnelle avec ce que je viens de vous indiquer dedans ; vous avez une loi organique qui permet de réduire le nombre de parlementaires et pour une loi organique de nos institutions, le Sénat doit être d'accord parce qu'en plus on touche au nombre de sénateurs, donc les sénateurs doivent être d'accord pour réduire leurs propres nombre, ils n'ont pas l'air pressés de le faire ; et puis ensuite il y a une loi plus simple où là l'Assemblée nationale peut se débrouiller tout seul en quelque sorte, qui permettra de mettre en place la proportionnelle. Et donc ce qu'a dit le Premier ministre à la tribune de l'Assemblée nationale et du Sénat hier matin, c'est de dire : ben écoutez ! Nous, on attend que le Sénat nous manifeste un accord clair sur les 2 premiers textes, mais en tout cas vous comprendrez bien qu'on commence à avancer sur le dernier texte, c'est-à-dire la question de la proportionnelle. Donc la révision constitutionnelle, elle est toujours sur la table, la balle est dans le camp du Sénat.

RENAUD DELY
Mais à l'heure qu'il est, il n'y aura que l'introduction de la dose de proportionnelle dans le mode de scrutin législatif !

SEBASTIEN LECORNU
Moi je connais bien Gérard LARCHER depuis des années, je n'ai d'ailleurs pas peur de revendiquer publiquement une amitié avec lui, mon voisin des Yvelines, je suis dans l'Eure. C'est quelqu'un d'intelligent, qui a le sens de l'intérêt général. Je suis certain qu'il trouvera les moyens de rassembler les siens au sein du Sénat et de créer une initiative positive dans les jours à venir, en tout cas je le souhaite.

RENAUD DELY
Pourquoi il bloque aujourd'hui à vos yeux, pourquoi il bloque ?

SEBASTIEN LECORNU
Parce que la diminution du…

RENAUD DELY
Il a eu le sentiment d'être mal traité par le Président de la République ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, parce qu'il a un groupe parlementaire qui n'est plus tout à fait le même depuis quelques années. Au sein du groupe LR, vous avez des proches de Monsieur WAUQUIEZ, on le voit bien d'ailleurs, il y a des votes contre hier, tout le monde ne s'est pas abstenu, je veux dire la réalité n'est pas homogène. Il y a des gens au sein du groupe parlementaire des Républicains au Sénat qui ne veulent pas d'un accord ; et puis beaucoup de sénateurs… enfin beaucoup non à vrai dire mais une partie des sénateurs ne sont pas pressés de voir le nombre de sénateurs réduits ou, en tout cas, ne sont pas d'accord sur les endroits dans lesquels il faut le réduire. C'est un débat mais une fois de plus, il faut comprendre le président de la République et le gouvernement de ne pas s'enliser dans une discussion parlementaire qui n'en finirait pas, parce que pendant ce temps-là on ne fait pas passer d'autres projets de loi utiles pour la France et les Français.

MARC FAUVELLE
Vous avez lancé récemment un appel aux maires LR, est-ce que les sénateurs LR c'est aussi un gibier que vous chassez, est-ce que vous appelez certains sénateurs LR à rejoindre aussi la majorité ? On a vu qu'hier, il y a seulement 10 sénateurs LR qui ont voté contre la confiance et 130 à peu près qui se sont abstenus sur la confiance…

SEBASTIEN LECORNU
Merci de me poser la question comme ça, je ne suis pas chasseur même si par ailleurs, j'étais le papa de la loi sur la chasse qu'Emmanuelle WARGON porte actuellement, mais ça c'est une autre affaire. Je ne suis pas chasseur et je n'ai pas…

MARC FAUVELLE
Quel est votre rôle ?

SEBASTIEN LECORNU
Et je n'ai pas cherché à chasser les maires.

MARC FAUVELLE
Quel est votre rôle ?

SEBASTIEN LECORNU
Moi j'ai dit ce que je pensais dans les colonnes de vos confrères et consoeurs du JDD en disant : écoutez ! Quand je vois les résultats des élections européennes et surtout ce que nous faisons depuis plus de 2 ans, pardon mais quand je vois le détail de ce qu'Edouard PHILIPPE a dit dans la déclaration de politique générale, j'ai dit à mes collègues maires « clarifiez votre position et venez nous aider à transformer le pays…

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire avec un président de droite, vous devez nous rejoindre !

SEBASTIEN LECORNU
Ça fait 2 ans… non, non ça c'est encore une vision un peu simpliste des choses…

RENAUD DELY
Avec une politique de droite.

SEBASTIEN LECORNU
Avec un président qui transforme et qui réforme. Il y a du en même temps, je dis la même chose aux maires PS dans les mêmes colonnes du JDD, je dis juste que les maires aiment normalement la réforme et la transformation. De toutes les évidences, le PS et le LR aujourd'hui ne portent pas des chantiers de réformes et de transformation, déjà parce qu'ils ne sont pas aux affaires mais ensuite parce que vous bien qu'il n'y a pas de contre-projet. Et donc pendant 2 ans avec Gérald DARMANIN, avec Bruno LE MAIRE, Thierry SOLERE et d'autres, on a dit : venez mesdames messieurs les maires nous aider. Et c'est vrai que je suis allé un tout petit peu plus loin dans Le JDD en disant : mais cette droite, en tout cas les Républicains n'en finissent pas de se perdre et ça c'est un constat, quand on ne sait pas choisir entre les 2 tours de la présidentielle entre Emmanuel MACRON et Marine LE PEN, c'est quand même qu'on n'est plus complètement dans le parti de Jacques CHIRAC ou Nicolas SARKOZY, enfin je crois que ça c'est quand même factuel. Et donc je dis aux maires : clarifiez votre positionnement, pas pour des fins d'investiture aux municipales etc.

MARC FAUVELLE
Il n'y aura pas d'investiture automatique de ceux qui vous rejoignent là, tout ça n'a rien à voir…

SEBASTIEN LECORNU
Je ne le crois pas, de toute façon je ne suis pas en charge de ça…

MARC FAUVELLE
Vous ne pensez pas que certains maires peuvent avoir ça en tête à 6 mois des municipales ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, moi ce que je veux vous vous dire, c'est quand je fais un projet de loi sur l'engagement des élus qui va comprendre aussi beaucoup de dispositions sur les libertés locales, on va renforcer le pouvoir de police des maires, on va revoir le fonctionnement entre les communes et les intercommunalités…

RENAUD DELY
C'est aussi un outil de campagne, ce projet de loi !

SEBASTIEN LECORNU
Mais non, ce n'est absolument pas un outil de campagne puisqu'il s'adresse autant aux maires communistes qu'aux maires socialistes qu'aux maires Rassemblement national…

RENAUD DELY
Et aux maires LR.

SEBASTIEN LECORNU
A tous les maires, il y a 600.000 élus locaux dans le pays, si vous pensez qu'avec une loi qui débloque les libertés locales on est capable de rallier 600.000 locaux dans le pays, ça se saurait.

RENAUD DELY
C'est un hasard si vous souhaitez absolument faire cette loi avant les élections municipales…

SEBASTIEN LECORNU
Non, c'est la suite du grand débat national qui lui-même est la suite des gilets jaunes. Donc sauf à penser qu'on a déclenché le mouvement des gilets jaunes pour qu'on puisse ensuite faire le grand débat national, qui permet ensuite de faire une loi qui permettra de préparer les municipales, là vous…

RENAUD DELY
Non, je ne pensais pas ça…

(…) Brouhaha

MARC FAUVELLE
Il est parfois vicieux mais pas jusque-là.

SEBASTIEN LECORNU
…pour le coup il faut raison garder. Vous avez sur les étagères du Sénat et l'Assemblée nationale des dizaines de rapports sur ces questions, c'est la première fois qu'un gouvernement effectivement va y donner droit avec ce projet de loi. Moi ce que je dis aux maires, c'est : aidez Emmanuel MACRON à transformer le pays, faites-le de la manière qui leur semble la plus claire et la plus évidente, mais souvent la manière la plus claire c'est de quitter un parti qui comme même parfois est en rupture avec ce qu'il a été profondément dans le passé.

MARC FAUVELLE
Si le Parti socialiste n'existe plus, si la gauche est au fond du trou, si les républicains sont au fond du trou, qu'est-ce qu'il restera comme alternative si le macronisme est un échec ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais je considère que les formations politiques que vous venez de citer doivent aussi se ressaisir et se reconstruire.

MARC FAUVELLE
Vous appelez les élus DES Républicains à vous rejoindre.

SEBASTIEN LECORNU
Quand vous avez des éditorialistes ou des commentateurs de la vie politique qui disent que le président de la République recherche la destruction de ces partis…

MARC FAUVELLE
Moi ou le chaos, c'est les mots de Marine LE PEN…

SEBASTIEN LECORNU
Ce n'est pas nous qui le voulons, pardon, enfin si les LR se plantent aux élections européennes comme le PS, ce n'est pas la faute du président de la République…

MARC FAUVELLE
Non mais c'est vous qui lancez l'appel aux LR à vous rejoindre.

SEBASTIEN LECORNU
Mais parce que ce parti ne change pas, vous le voyez bien, entre un candidat à la présidentielle qui s'entête après avoir été mis en examen…

MARC FAUVELLE
Il se trouve que Laurent WAUQUIEZ n'est plus là, que le parti est en train de repartir sur de nouvelles bases, vous pourriez dire : on va tenter de laisser l'opposition se reconstruire calmement, une opposition qui est votre parti d'origine.

SEBASTIEN LECORNU
Je passe ma vie en tant que ministre à être constructif avec les parlementaires, les Républicains ou les maires les Républicains ou les parlementaires PS. Je ne suis pas dans une opposition à l'opposition justement, je pense qu'on doit faire…

MARC FAUVELLE
Vous pourriez faire parti unique ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais absolument pas, je rêve de bons consensus sur des chantiers que tout le monde attend depuis des années, c'est ça le sujet !

RENAUD DELY
Un consensus et un parti unique ça... un consensus ça peut aboutir à un parti unique.

SEBASTIEN LECORNU
Mais non, un consensus dans l'hémicycle sur des textes de loi importants, pardonnez-moi, ce n'est pas la même chose qu'un mouvement partisan…

MARC FAUVELLE
On peut faire un consensus dans l'hémicycle Sébastien LECORNU sans faire les poches des Républicains, sans vider les derniers élus qui restent.

SEBASTIEN LECORNU
Attendez ! Quand les Républicains dans l'hémicycle applaudissent les questions au gouvernement des députés communistes qui visent à défendre les emplois aidés, reconnaissez quand même que Monsieur BELLAMY peut en perdre son latin. Donc là, il y a quand même des réalités idéologiques, la réalité c'est que et le PS comme les LR non seulement vivent une crise de valeurs, particulièrement les Républicains pour les raisons que je vous ai indiquées entre les 2 tours de la présidentielle en ne sachant pas choisir clairement le bulletin de vote Emmanuel MACRON contre Mme LE PEN, mais il y a aussi non pas une dérive idéologique d'ailleurs contrairement à ce que certains racontent, la droite a toujours eu plusieurs nuances de bleu, mais surtout il n'y a plus d'idéologie, il n'y a plus de projet idéologique. Quand j'entends hier à la tribune du Sénat Madame ESTROSI, vice-présidente de Monsieur RETAILLEAU tenir ce discours, il n'y avait aucune proposition, à part dire « il faut faire des économies et tailler dans la dépense publique sans dire où. Bon ! Au bout d'un moment, cette droite n'est plus crédible. Donc je dis aux maires, qui sont eux des engagés de terrain : détachez-vous de cette politique plus politicienne et revenez peut-être à quelque chose de plus concret, plus pragmatique, c'est-à-dire un mouvement de réformes.

MARC FAUVELLE
Le ministre des Collectivités territoriales Sébastien LECORNU est l'invité de France Info pour quelques minutes encore. On s'interrompt le temps du rappel de l'actualité à 8h51 avec David DAUBA.

(…)

MARC FAUVELLE
Toujours avec Sébastien LECORNU et les questions de Renaud DELY.

RENAUD DELY
Une derrière question Sébastien LECORNU sur la reconstruction de la droite et de LR dont vous êtes issu, votre ami Gérard LARCHER – comme vous le qualifiez tout à l'heure – a choisi pour essayer de reconstruire la droite de se tourner lui aussi vers les territoires ; et il a mobilisé, réunit les présidents d'associations d'élus : François BAROIN, Hervé MORIN, les présidents d'associations d'élus, de maires, de régions, de départements. Est-ce qu'en tant que ministre chargé des Collectivités territoriales, vous êtes choqué par ce cumul de casquettes : président des associations d'élus locaux et engagement partisan ?

SEBASTIEN LECORNU
Non mais il faut que les choses effectivement soient claires. Les associations d'élus sont des associations pluralistes qui, bien souvent, reçoivent des subventions par la voix de leurs adhésions des collectivités territoriales, donc c'est de l'argent public. Donc pour nous le gouvernement, le Parlement, il faut toujours avoir des interlocuteurs qui rassemblent cette pluralité des opinions et qui garantissent un dialogue dans le cadre de l'intérêt général. Donc que Messieurs MORIN, BAROIN et BUSSEREAU soient des hommes politiques par ailleurs et qu'ils parlent de politique ne me choque pas, mais il faudra qu'à chaque fois – je pense, je le crois – ils clarifient clairement avec quelle casquette ils parlent. Donc ils ne pourront pas parler, me semble-t-il, au nom de l'AMF, au nom de l'ADF, au nom de l'ARF et devront préciser que ça n'engage qu'eux…

MARC FAUVELLE
Inaudible.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, je crois que c'est important parce que le contribuable local qui paye leurs impôts et qui, eux-mêmes ensuite, donnent de l'argent à ces associations d'élus-là sont en droit de savoir qu'ils ne financent pas une reconstruction politique. Donc ils devront à chaque fois clairement dire qu'ils se déportent comme d'ailleurs moi à titre personnel, je n'ai pas souhaité occuper de fonctions opérationnelles dans la préparation des élections municipales au sein de la République en marche, puisque je pense que le ministre des Collectivités territoriales doit parler avec tout le monde.

MARC FAUVELLE
Sébastien LECORNU, le Premier ministre Edouard PHILIPPE a promis qu'il s'était en quelque sorte converti à l'écologie, c'était avant-hier lors de son discours de politique générale devant l'Assemblée.

EDOUARD PHILIPPE
Plus personne n'a aujourd'hui le monopole du vert, je connais les soupçons me concernant. Je viens de la droite, j'ai travaillé dans une grande entreprise française du nucléaire, je suis élu d'une ville industrielle, je ne pourrais dont ni rien comprendre ni rien faire. J'ai mis du temps comme d'autres Français à considérer que ces enjeux étaient aussi urgents que la défense de l'emploi ou la sécurité.

MARC FAUVELLE
L'écologie c'est un peu comme l'amour, il n'y a que les preuves qui comptent. Quelle est la preuve qu'a apportée le Premier ministre de sa conversion ?

SEBASTIEN LECORNU
La méthode que l'on va employer. J'étais secrétaire d'Etat à l'Ecologie, c'est compliqué les questions écologiques, je peux en témoigner. J'ai dû traiter la question de Notre-Dame-des-Landes, de Bure, de Fessenheim, de la fermeture des centrales à charbon, de la Montagne d'Or en Guyane quand j'étais auprès de Nicolas HULOT et au fond, on voit bien qu'entre celles et ceux qui font notamment une partie de l'écologie politique traditionnellement de ce pays, qui sont dans le « y a qu'à, faut qu'on, faudrait ou gâteau avalé n'a plus de goût, quand on fait quelque chose on n'en a jamais fait assez » et puis celles et ceux qui en…

MARC FAUVELLE
…13 % aux européennes, si c'est lui que vous visez !

SEBASTIEN LECORNU
Et puis celles et ceux qui en face…

MARC FAUVELLE
Donc qui fait 13 % aux européennes !

SEBASTIEN LECORNU
Oui, oui, mais on verra…

MARC FAUVELLE
Si c'est bien de Yannick JADOT dont vous parlez !

SEBASTIEN LECORNU
Ce qu'il représente depuis 20 ans ou 30 ans. Et puis celles et ceux qui, pardon, en face les subissent, parce que c'est facile de dire « il faut interdire le glyphosate tout de suite », mais en face il y a un agriculteur, donc il faut toujours une voie médiane, 3 ans, c'est facile à dire qu'il faut fermer 4 centrales à charbon, mais enfin en face il y a des gens qui y travaillent. Donc moi les gens comme Monsieur JADOT, j'ai beaucoup de respect pour eux mais enfin, celui qui est rentré le premier dans la centrale de Fessenheim pour dire qu'il fallait la fermer avec le piquet de la CGT Energie, qui m'attendait pour me dire qu'ils n'étaient pas d'accord c'est moi. Donc je vois bien quand même à chaque fois le chemin à parcourir. Donc moi je ne nie pas, je suis d'origine populaire parce que je suis élu normand, je ne nie pas aussi la transition sociale qui s'accompagne à la transition écologique. Donc je crois que la méthode Edouard PHILIPPE, qui est une méthode du en même temps aussi, elle doit passer par un chemin…

MARC FAUVELLE
Le en même temps fonctionne y compris pour l'écologie avec l'urgence climatique qu'on connaît ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, oui parce que vous ne ferez pas l'écologie contre les gens qui sont en situation de pauvreté ou contre les salariés du secteur ou de la filière du diesel, ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai, donc il ne faut pas mentir aux gens. Si c'est c'est facile de dire « on interdit tout », voilà ! Et moi je salue le boulot remarquable de Brune POIRSON sur la question du plastique, parce que justement elle a changé de logiciel. C'est qu'on aurait pu faire une mesure d'interdiction depuis belle lurette sur le plastique dans lequel il n'y a pas de recyclage, etc., au contraire ça fait plus de 2 ans qu'elle concerte pour avoir une loi qui arrive bientôt sur l'économie circulaire qui tienne compte de ces équilibres-là, parce que derrière il y a des emplois qui sont induits. Donc ce n'est peut-être pas toujours spectaculaire au premier coup d'oeil mais une fois de plus, on ne peut pas nier la dimension sociale dans la transition écologique. Et je trouve ça bien qu'on le fasse avec un rythme qui est un rythme raisonnable.

RENAUD DELY
Le Premier ministre Edouard PHILIPPE a aussi annoncé que le projet de loi visant à étendre la PMA à toutes les femmes serait présenté courant juillet, débattu au mois de septembre. Ici même hier, Bruno LE MAIRE M qui était notre invité a fait part de ses interrogations. Est-ce que vous-même Sébastien LECORNU, vous êtes toujours hostile à l'extension de la PMA à toutes les femmes ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, d'ailleurs je n'ai pas été hostile, je me suis moi aussi posé des questions pendant de nombreuses années…

RENAUD DELY
Vous avez fait des déclarations il y a quelques années, en 2014, en 2015 très hostiles à la PMA !

SEBASTIEN LECORNU
Oui mais c'est des sujets sur lequel je chemine et j'ai beaucoup cheminé. Les sujets bioéthiques sont difficiles, je remercie d'ailleurs publiquement à travers ce micro le professeur de médecine Jean-Marc AYOUBI qui m'a permis de me donner des clés de lecture et de compréhension de ces questions.

RENAUD DELY
Alors où en êtes-vous ?

SEBASTIEN LECORNU
Moi je suis favorable à la disposition telle qu'elle sera introduite dans la loi, c'était d'ailleurs un programme présidentiel. Quand je suis rentré au gouvernement, je vous le savais et je ne pouvais l'ignorer, donc là aussi j'avais traité cette question dans mon esprit au moment où je suis rentré au gouvernement. Si je n'avais pas été d'accord, je ne serais pas rentré au gouvernement. Après moi, je suis toujours très attentif à tout ce qui se passe ensuite sur le statut de l'embryon, sur la question du vivant, mais j'ai du mal à avoir des opinions complètement radicales sur ces sujets, qui sont des sujets compliqués et qui appellent beaucoup de respect, parce que derrière on touche à l'humain.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Merci.

MARC FAUVELLE
Et merci Renaud DELY.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 juin 2019