Interview de Mme Christelle Dubos, secrétaire d'Etat à la santé à RMC le 26 février 2019, sur le déploiement des allocations familiales vers les familles monoparentales.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Christelle DUBOS, bonjour.

CHRISTELLE DUBOS
Bonjour monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes donc secrétaire d'Etat aux solidarités et à la Santé. Les allocations familiales allouées dès le premier enfant, c'est une demande assez forte dans notre opération « Vos 30 propositions de loi citoyenne », dès le premier enfant, mais aussi, ce que demandent nos auditeurs, c'est finalement, au-delà de 3 enfants plus d'allocations familiales, on ne dépasse pas 3 enfants. Qu'en pensez-vous ?

CHRISTELLE DUBOS
La question des allocations familiales est un sujet très sensible, notamment en termes d'universalité, c'est de ça dont on parle, puisque l'allocation permet d'élever des enfants, est un droit par rapport à des enfants. La question c'est, dès le premier enfant, ce qui pourrait être proposé, c'est de se dire : l'allocation dès le premier enfant, uniquement pour les familles monoparentales, ça pourrait être une solution, la question est le principe d'égalité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi uniquement pour les familles monoparentales ? Pourquoi pas dès le premier enfant, monoparentales ou pas les familles ?

CHRISTELLE DUBOS
Tout à fait, mais après, au-delà du troisième enfant, l'allocation de politique familiale que nous menons est une allocation qui permet aussi une natalité qui est réelle par rapport à d'autres pays, la limiter au-delà de 3 enfants ou l'ouvrir à partir d'un enfant, risque de poser des problèmes aussi sur le taux de natalité, éventuellement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ouvrir à partir du premier enfant, ça risque de poser problème ? Parce que si on touche des allocations familiales pour le premier enfant, ça veut dire qu'on n'aura pas d'autres enfants ?

CHRISTELLE DUBOS
Pour l'instant, on ne sait pas, la politique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça existe dans d'autres pays !

CHRISTELLE DUBOS
Ça existe dans d'autres pays, ça sera certainement à l'étude…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La Finlande, Chypre, je ne sais pas moi, l'Espagne, l'Allemagne.

CHRISTELLE DUBOS
Ça sera certainement à l'étude dans le sens où en fonction du grand débat, vous savez le grand débat, vous en avez parlé, vous faites des propositions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est à l'étude, ça va être à l'étude ?

CHRISTELLE DUBOS
Si les propositions ressortent dans le grand débat, nous allons étudier tout ce qui ressort du grand débat, nous n'allons pas mettre de côté, par principe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc c'est une possibilité.

CHRISTELLE DUBOS
Si ça ressort dans le cadre du grand débat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça coûterait très cher ?

CHRISTELLE DUBOS
Oui, ça coûterait très cher. Mais si c'est une possibilité et si c'est un choix fait par les Français et sur lequel on veut aller, ça peut être une proposition qui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais sur laquelle, vous, ce n'est pas vous, les Français.

CHRISTELLE DUBOS
Quand on dit vous, quand je dis, nous, c'est nous avec les propositions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous, Français.

CHRISTELLE DUBOS
Bien sûr, tout à fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc si c'est demandé par les Français, en tous les cas c'est demandé chez nous, vous direz oui.

CHRISTELLE DUBOS
On dira oui en fonction du moyen financier qu'on pourra y mettre également. Ça a un coût et il y a question aussi, dans le cadre du grand débat c'est la question des dépenses et des recettes et qu'est-ce qu'on priorise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais ça on est bien d'accord, mais tout a un coût, toutes les demandes ont un coût.

CHRISTELLE DUBOS
Tout à fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va bien falloir trancher. Mais enfin c'est une demande qui pourrait être entérinée, pas possible…

CHRISTELLE DUBOS
Pour l'instant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un vrai changement dites-moi.

CHRISTELLE DUBOS
Ce serait un vrai changement, par contre ce que moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable vous à titre personnel ou pas franchement ?

CHRISTELLE DUBOS
Franchement, je ne pense pas, vous savez dès que vous avez un premier enfant, vous avez les primes de naissance, vous avez déjà pas mal de choses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous n'y êtes pas favorable.

CHRISTELLE DUBOS
Ce n'est pas que je ne suis pas favorable…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mouillez-vous, oui ou non ?

CHRISTELLE DUBOS
Ce n'est pas que je ne suis pas favorable, vous savez, j'ai eu deux enfants, j'ai élevé mon premier enfant et j'étais à l'époque au Smic etc… et je m'en suis très bien sortie et je ne me suis pas posée la question de, est-ce qu'il fallait une allocation dès le premier enfant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord mais ça peut aider, vous peut-être, mais ça peut aider.

CHRISTELLE DUBOS
Ce que moi je retiens, c'est que la question qui est principale et qui ressort essentiellement, c'est la question des familles monoparentales, parce qu'on comprend bien, élever ses enfants ou un enfant avec un seul salaire, ce n'est pas la même chose qu'avec deux salaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d'accord.

CHRISTELLE DUBOS
Et sur la question des familles monoparentales, c'est ce qui ressort aussi dans le cadre des grands débats auxquels j'ai participé, auxquels je continue à participer avec ces familles-là, on a un problème d'égalité par rapport à cette prestation, parce que la prestation familiale est accordée aux enfants quelle que soit la situation dans laquelle ils évoluent. Et si on l'ouvre uniquement aux familles monoparentales, c'est ce qui permettrait d'avoir une réponse concrète en terme de pouvoir d'achat par rapport aux Français qui en ont le plus besoin, on a un principe d'égalité par rapport à cette prestation. C'est tout ce que je constate et c'est la seule chose que je peux dire pour l'instant, c'est que dans le cadre des prestations familiales, nous travaillons essentiellement à la question des familles monoparentales, c'est un élément qui est important, parce qu'on voit bien qu'elles sont de plus en plus nombreuses, 2,4 millions de familles monoparentales en France, un million d'enfants qui vivent dans ces familles monoparentales et qui sont sous le seuil de pauvreté, 700 000 familles en dessous du seuil de pauvreté. Donc ça c'est plutôt une problématique que l'on souhaite prendre, la question des familles monoparentales et notamment sur celles qui ont des petits revenus et la question de leur pouvoir d'achat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, j'ai une autre question, les contreparties aux aides sociales, Laurent WAUQUIEZ a relancé le débat, le débat n'est pas nouveau, on l'a entendu depuis et il y a des expériences, une expérience qui est conduite dans un département qui est le Haut-Rhin, donc vous y êtes favorable ou pas ? Et même le Premier ministre a relancé le débat, contrepartie aux aides sociales ?

CHRISTELLE DUBOS
Le Premier ministre a posé la question d'une question qui est déjà inscrite dans le cadre du Grand débat. Ce que je voudrais dire sur les contreparties, le fait de poser la question, déjà elle permet de démonter les nombreux clichés qu'ont les Français sur les personnes qui touchent les minimas sociaux. Vous avez en France 700 000 bénéficiaires de RSA qui ne sont pas accompagnés, qui n'ont aucun accompagnement et ça ce n'est pas normal. Je rappelle juste que l'accompagnement… que la politique des bénéficiaires du RSA, la politique d'insertion est une politique de départements et que nous voyons bien que les départements sont en difficulté, si on peut dire, dans cet accompagnement et c'est pour cela que l'Etat va venir les accompagner, on a déjà contractualisé ça avec certains départements pour apporter des fonds financiers supplémentaires et leur permettre un accompagnement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Permettre à des Français de toucher des aides sociales qu'ils ne touchent pas.

CHRISTELLE DUBOS
Non, non permettre à des Français d'être accompagnés dans une démarche d'insertion vers l'emploi, ce n'est pas la même chose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ce n'est pas pareil. Parce qu'il y a aussi beaucoup de Français qui ne savent pas qu'ils peuvent toucher certaines aides sociales.

CHRISTELLE DUBOS
Exactement, c'est 30 à 40 % et ça c'est…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

CHRISTELLE DUBOS
Voilà 30 à 40 % de personnes qui sont dans le cas de non recours et ça ce n'est pas normal non plus. On a un système qui est trop complexe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous allez accompagner dans certains départements, mais est-ce que, contraindre en quelque sorte à des contreparties à ces aides sociales, vous dites non ou pas ?

CHRISTELLE DUBOS
Ce n'est pas que je dis non, la contrepartie existe déjà, les minima sociaux, tel qu'a été créé le RMI à 30 ans, puis le RSA, il y a une contrepartie qui est l'obligation de faire des démarches d'insertion. Et cette obligation, elle s'inscrit avec un accompagnement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous allez accompagner cette démarche d'insertion.

CHRISTELLE DUBOS
Sauf qu'actuellement vous avez 700 000 bénéficiaires qui n'ont pas d'accompagnement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais au-delà de la démarche d'insertion, ce qui se passe dans le Haut-Rhin, c'est que pour toucher les aides sociales, on est obligé d'accomplir, je crois que c'est 7 heures ou 8 heures de travail d'intérêt général, de bénévolat en quelque sorte.

CHRISTELLE DUBOS
Les TIG, Travail d'intérêt Général est une démarche de justice qui relève du pénal, c'est une démarche bien particulière.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors de bénévolat.

CHRISTELLE DUBOS
Le bénévolat, c'est quelque chose sur laquelle en effet dans le cadre de l'accompagnement, on peut proposer, ça existe déjà, vous pouvez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous êtes favorable à généraliser cette idée ?

CHRISTELLE DUBOS
Est-ce qu'il faut généraliser dès lors que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Imposer ?

CHRISTELLE DUBOS
Imposer, la question, on va la poser dans le cadre du revenu universel d'activité, la question, on va la poser dans le sens où qu'elles sont les démarches que les personnes bénéficiaires de ce revenu auront à faire pour aller vers l'emploi ? Est-ce qu'il faut passer par du bénévolat ? Est-ce qu'il faut avoir un accompagnement et comment est-ce qu'on doit accompagner et quel accompagnement ? On va se poser la question…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez poser la question des contreparties aux aides sociales.

CHRISTELLE DUBOS
Des contreparties mais qui existent déjà, la contrepartie c'est la nécessité d'avoir un accompagnement et qu'est-ce qu'on y met dans cet accompagnement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui, vous ne vous mouillez pas quand même.

CHRISTELLE DUBOS
Ce n'est pas que je ne me mouille pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes prudente.

CHRISTELLE DUBOS
Moi, ce que je veux dire c'est que les contreparties, c'est…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Prudente vraiment…

CHRISTELLE DUBOS
… ni laxisme, ni punition.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça on est bien d'accord, on est bien d'accord, mais c'est un choix.

CHRISTELLE DUBOS
C'est un choix. Moi, ce que je dis, c'est que la première contrepartie, c'est la pauvreté qui en sort et les personnes qui sont bénéficiaires de ces minima sociaux, la première contrepartie qu'elles ont, c'est vivre dans la pauvreté. Comment est-ce qu'on fait pour les sortir de là ? Ils doivent avoir un accompagnement, cet accompagnement est déjà obligatoire, sauf qu'il y a certains endroits où ça ne fonctionne pas et ça ce n'est pas normal.

(Intervention Alexandre DEVECCHIO et Jonathan BOUCHET-PETERSEN)

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors au-delà de 6.000 euros, la proposition du député VEYRAN, au-delà de 6.000 euros, plus d'allocations familiales, vous en pensez quoi Christelle DUBOS ?

CHRISTELLE DUBOS
C'est toujours le même principe, c'est qu'on revient sur le principe d'universalité, moi personnellement sur ces personnes-là, je me suis déjà exprimée là-dessus, j'avais dit si on me pose la question et qu'on me dit, est-ce que vous la prenez ou est-ce que vous la refusez ? Si les gens veulent la refuser, qu'ils puissent la refuser. C'est ma position personnelle de dire qu'au-delà d'un certain seuil, c'est de se dire, est-ce que vous faites votre demande, la demande est faite ou est-ce que vous la refusez, vous pouvez la refuser.

(Alexandre DEVECCHIO et Jonathan BOUCHET-PETERSEN)

JONATHAN BOUCHET-PETERSEN
(…)
Les allocations familiales, enfin pardon ces sujets-là, on en parle toujours pour dire il faut contraindre plus, voilà il faut aussi accompagner plus, former plus, c'est le meilleur moyen qu'il y ait moins de gens qui touchent le RSA.

CHRISTELLE DUBOS
C'est ce que nous mettons en place, voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Christelle DUBOS.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 février 2019