Interview de M. Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de la protection de l'enfance, à Radio Classique le 6 février 2020, sur la polémique autour du congé pour deuil parental, la violence contre les parlementaires et l'aide sociale à l'enfance.

Texte intégral

GUILLAUME DURAND
Adrien TAQUET est en direct avec nous, il est chargé de l'enfance dans le gouvernement d'Edouard PHILIPPE, nous sommes en direct, vous êtes sur Radio Classique. Est-ce que le trinôme était nécessaire, gouvernement, parlementaires, président de la République, le moment ?

ADRIEN TAQUET
Eh bien écoutez le moment, comme le disait Guillaume TABARD, était prévu, le président avait dit qu'il souhaitait de toute façon voir les parlementaires. Vous savez, le président de la République voit régulièrement les parlementaires, à l'occasion de ses déplacements, de réunions de travail dans lesquelles il mobilise leur expertise, donc c'est une bonne chose qu'on ait l'occasion de sa voir…

GUILLAUME DURAND
Mais là c'est une situation quand même particulière, parce qu'il y a eu une crise, le Premier ministre a dit qu'il portait sa part de responsabilité, et peut-être, donc il parlait du gouvernement dans son ensemble, cette affaire du congé décès, donc on ne sort pas d'une affaire banale quand même !

ADRIEN TAQUET
Oui, mais enfin vous savez, on a très vite basculé sur l'essentiel, c'est-à-dire la vie des familles, et en réalité très rapidement…

GUILLAUME DURAND
Je rappelle que vous êtes chargé justement de l'enfance.

ADRIEN TAQUET
Oui, de l'enfance, et avec Muriel PENICAUD nous sommes en train de travailler avec les parlementaires, avec les partenaires sociaux, avec les associations qui accompagnent les familles, que nous avons reçus, les associations avant-hier, les partenaires sociaux hier, en présence des députés qui ont travaillé sur ce sujet-là depuis, pour certains, depuis de nombreuses semaines d'ailleurs, et très rapidement, mais même sur tous les bancs de l'opposition, lors des questions au gouvernement mardi, et puis au sein de la majorité, très rapidement on a basculé sur ce qui est essentiel, c'est-à-dire comment on accompagne mieux les familles qui sont confrontées…

GUILLAUME DURAND
Donc la réparation aura lieu au Sénat ?

ADRIEN TAQUET
Ça sera probablement effectivement au Sénat, l'idée maintenant c'est que ça aille vite, mais pas tant pour nous, pour les familles qui sont confrontées à ce qui est le plus horrible dans une vie.

GUILLAUME DURAND
…préparation parlementaire va être faite au Sénat ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, on est en train, là, de consulter, de concerter, avec les parlementaires, les associations et les partenaires sociaux, et on va, ensemble, élaborer ce que pourrait être un dispositif plus global, que ce qui était initialement prévu, on a beaucoup parlé des congés, c'est un peu là-dessus que ça avait cristallisé le débat, je pense qu'on est tous d'accord pour se dire que le congé doit effectivement être allongé et amené à 12 jours, mais au-delà de ça, ça a été l'occasion d'appréhender d'autres sujets, très très quotidiens, très très pratiques, mais qui rajoutent de la souffrance à la souffrance, la question de l'accompagnement psychologique, la question de la prise en charge des frais d'obsèques par exemple. Il y a les dispositifs qui existent avec la Caisse d'Allocations familiales, mais il y a une inégalité territoriale, 300 euros dans certains départements, plusieurs milliers d'euros dans d'autres, voilà. C'est à toutes ces petites choses, qui sont petites mais fondamentales, que l'on veut apporter, tous collectivement une fois encore, là il n'y a pas le gouvernement, le Parlement, etc., tous collectivement apporter une réponse, c'est ça qui compte.

GUILLAUME DURAND
Je voudrais qu'on apporte un point final à cette affaire, avant d'aborder d'autres sujets qui sont importants, par exemple le patinage, ou la propre politique qui est la vôtre, concernant justement la politique de l'enfance et de l'argent qui est donné à certaines régions.

ADRIEN TAQUET
Départements.

GUILLAUME DURAND
Départements, oui, pardonnez-moi. Vous n'êtes pas sans savoir qu'il y a quand même eu, depuis une semaine, des papiers dans tous les sens sur justement quand même la succession, alors de ce qu'on appelle un peu bêtement des couacs, mais ça passe par GRIVEAUX, VILLANI, ça passe par ce qui s'est passé justement au Parlement, ça passe par la mise en cause de Madame PENICAUD, dont certains demandent la démission, ça passe dans une sorte d'affrontement parlementaire, tout ça a créé un climat. Est-ce que ce climat, quand même, vous avez l'honnêteté de reconnaître qu'il n'est pas aussi bon qu'il ne l'était il y a quand même plusieurs mois ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, il y a des propos ont été tenus, notamment en off dans la presse, qui ne sont pas admissibles, enfin voilà, quand on a des propos, des opinions on les assume, moi c'est comme ça que je fonctionne et c'est ce qu'a rappelé…

GUILLAUME DURAND
Vous voulez dire à l'intérieur de La République en marche ?

ADRIEN TAQUET
Oui, enfin globalement ça vaut pour tout le monde je trouve, et en ce qui concerne La République en marche, ce qu'a rappelé le Premier ministre d'ailleurs, enfin voilà, quand on a des choses à dire on les dit.

GUILLAUME DURAND
Il n'est pas question d'une cession, il n'y a pas de groupe qui est en train de naître à l'intérieur de La République en marche… frondeurs ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, franchement, moi je n'en n'ai pas le sentiment. Vous savez, moi j'étais parlementaire il y a encore 1 an, je suis très respectueux et admiratif du travail des parlementaires, d'une part, j'ai encore énormément de relations, de contacts avec certains d'entre eux, franchement, dans ces périodes compliquées je pense que ça ressoude plus qu'autre chose. Et, vous savez, la vraie préoccupation, des parlementaires, du gouvernement, du président, et la mienne, c'est la violence, Guillaume TABARD en parlait, c'est la violence à laquelle sont confrontés les parlementaires. Chaque jour il y a une digue supplémentaire qui saute. Hier vous avez un assistant parlementaire qui, dans une réunion publique, l'assistant parlementaire de Sira SYLLA, qui est députée en Seine-Maritime, qui s'est fait agresser, qui s'est fait frapper, un assistant parlementaire, chaque jour…

GUILLAUME DURAND
Par qui ?

ADRIEN TAQUET
Par des manifestants qui étaient là et qui voulaient perturber la réunion. Donc, chaque jour, il y a une digue qui saute, la violence est de plus en plus forte…

GUILLAUME DURAND
Est+-ce que vous considérez, par exemple, que la France Insoumise est quand même, d'une certaine manière, par son attitude, à la fois les amendements et les positions dans les manifestations, c'est un peu la centrale intellectuelle qui arme justement ces gens qui, bousillent des permanences, attaquent… est-ce qu'il y a une responsabilité de vos collègues dans cette affaire-là ? Soyez franc.

ADRIEN TAQUET
Eh bien je vais être franc, quand je suis arrivé, quand j'ai été élu député, la première chose qui m'a frappé, dans l'hémicycle, c'est la violence, la violence des propos tenus, la violence des propos tenus, enregistrés, exportés, à l'extérieur…

GUILLAUME DURAND
Vous voulez dire par MELENCHON et les autres.

ADRIEN TAQUET
Par la France Insoumise essentiellement. Vous savez, cette histoire sur le congé de deuil ça m'a rappelé un épisode dans lequel j'étais en première ligne, parce que j'étais dans l'hémicycle, parce que c'est moi qui suis monté au créneau derrière, c'est la question de la scolarisation des enfants en situation de handicap, c'était une PPL PRADIE. RUFFIN avait déjà fait un esclandre dans l'hémicycle, sur une proposition de loi qui ne tenait pas, et derrière ça avait conduit à afficher nos noms et nos photos sur les réseaux sociaux, c'est là qu'avaient commencé les premières menaces, les menaces de mort, les intimidations, les violences. Donc, oui, il y a une responsabilité des responsables politiques, quel qu'en soit le bord, France Insoumise ou autre, mais effectivement beaucoup France Insoumise, il y a une responsabilité dans les violences qui sont en dehors de l'hémicycle.

GUILLAUME DURAND
Question aussi avant qu'on termine sur justement l'argent qui sera donné aux départements. Roxana MARACINEANU, ministre des Sports, à propos de Didier GAILHAGUET, car il s'agit aussi de problèmes d'enfants, des adolescents, il s'agit évidemment du patinage, du football, du tennis, etc., on se souvient de l'affaire d'Isabelle DEMONGEOT il y a des années, elle dit la situation est très grave, on ne va pas l'écouter, mais je la cite, « il faut qu'il prenne ses responsabilités, je demande sa démission même si je ne peux pas l'y contraindre. » D'après les informations qu'on a ce matin, il n'a pas du tout l'intention de démissionner.

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, moi je pense que… enfin moi ma conception de la responsabilité, et puis peut-être de la dignité un peu, c'est que quand on est aux affaires, et qu'il y a eu un certain nombre de dysfonctionnements, on assume ses responsabilités et on donne sa démission. Il semblerait qu'il y a eu une enquête administrative en 2001 qui a quand même conduit à ce que cet entraîneur soit interdit de pouvoir exercer auprès d'enfants, et que 10 ans plus tard il a été réintégré pour travailler auprès d'enfants. Il y a une enquête, d'une part judiciaire, le Parquet s'est saisi sur les faits de viol contre Sarah ABITBOL, il y a une inspection de l'Administration qui va être menée, donc je ne veux pas…

GUILLAUME DURAND
Donc, comme membre du gouvernement, vous redemandez ce matin officiellement sa démission ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, moi je suis effectivement totalement solidaire, et je pense que le gouvernement dans son ensemble, de la demande de Roxana MARACINEANU, que Monsieur GAILHAGUET présente sa démission, assume ses responsabilités.

GUILLAUME DURAND
Dernier point…

ADRIEN TAQUET
Je crois que c'est important pour les victimes.

GUILLAUME DURAND
C'est très important.

ADRIEN TAQUET
Ah oui, je pense.

GUILLAUME DURAND
C'est très important. On se souvient du témoignage de DEMONGEOT il y a des années dans le domaine du tennis…

ADRIEN TAQUET
Voilà… enfin, je l'ai assez peu entendu parler des victimes dans sa conférence de presse hier.

GUILLAUME DURAND
Est-ce qu'on peut expliquer, très brièvement justement, de quoi s'agit-il concernant ces 80 millions d'euros qui vont être répartis dans les départements ?

ADRIEN TAQUET
Alors, ça mériterait de s'y arrêter un peu plus, mais merci de me poser la question, surtout pour dire que… la stratégie de prévention et de protection de l'enfance, que j'ai présentée le 14 octobre dernier, vise à améliorer, moderniser, notre système de protection de l'enfance, la fameuse Aide Sociale à l'Enfance, ce qu'on appelait la DDASS à l'époque, c'est une responsabilité du département.

GUILLAUME DURAND
Après une émission de M6 qui a un peu secoué les consciences.

ADRIEN TAQUET
Oui, enfin, avec tout le respect que j'ai pour les émissions de M6, de France 3, les journalistes, etc., ce n'est pas ça qui guide la politique du gouvernement, ni non plus les nominations des ministres, tout ça est très accessoire, mais ce que nous faisons ce n'est pas juste 80 millions d'euros donnés à 30 départements, ça c'est un petit bout de la chose, effectivement pour essayer de financer un certain nombre de projets, notamment pour mieux prendre en charge les enfants en situation de handicap, qui sont à l'Aide Sociale à l'Enfance, pour réinvestir sur la prévention, la protection maternelle infantile, etc., etc. Mais, au-delà de ça, il y a un certain nombre de choses que nous faisons, et donc limiter, ce que l'on fait, à ces 80 millions d'euros, comme je viens de l'entendre, c'est soit avoir un regard un peu réducteur, soit faire preuve de malhonnêteté intellectuelle…

GUILLAUME DURAND
Non, mais c'est l'information de la matinée, c'est tout.

ADRIEN TAQUET
Oui, oui, mais ce que je veux dire c'est qu'il y a des gens qui…

GUILLAUME DURAND
Ça ne résume pas la politique.

ADRIEN TAQUET
Voilà, oui… alors, annonçons aussi que nous allons lancer le 27 février…

GUILLAUME DURAND
La mort de Kirk DOUGLAS ce n'est pas la mort du cinéma.

ADRIEN TAQUET
Fort heureusement, mais profitons-en alors pour compléter et pour dire que nous allons lancer par exemple, fin février prochain, des négociations collectives pour les assistants familiaux, les fameuses familles d'accueil qui accueillent des enfants, que nous avons lancé un travail pour améliorer les normes et les taux d'encadrement pour assurer la sécurité des enfants, que nous investissons plusieurs dizaines de millions d'euros dans la pédopsychiatrie, parce que c'est un grand problème dans notre pays, on a complètement abandonné la pédopsychiatrie, c'est ça qui est responsable d'un certain nombre de difficultés que rencontrent, notamment les professionnels. Que nous avons créé 20 postes de PUPH, que Nicole BELLOUBET a créé 75 postes de juges des enfants et 100 greffiers pour le tribunal des enfants, voilà, c'est tout ça la politique que l'on mène, ce n'est pas juste qu'une question de chiffres, si je peux me permettre.

GUILLAUME DURAND
Adrien TAQUET était l'invité politique de « La matinale », chargé de l'enfance dans le gouvernement d'Edouard PHILIPPE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 février 2020