Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à BFMTV le 19 novembre 2020, sur la possibilité de réouverture des commerces avec un nouveau protocole sanitaire, le cas des restaurateurs et la mise en place des tests antigéniques dans les entreprises.

Prononcé le

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elisabeth BORNE, bonjour.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre du Travail. Emmanuel MACRON va s'exprimer la semaine prochaine …

ELISABETH BORNE
Oui, je confirme !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, c'est lui qui le dira.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En milieu de semaine ou en début de semaine ?

ELISABETH BORNE
Je ne vais pas rentrer là-dedans, je pense que c'est important et il avait donné un rendez-vous effectivement autour du 1er décembre. Je crois que les Français attendent d'avoir de la visibilité sur ce qui va se passer d'ici la fin du mois de décembre et donc il aura l'occasion de donner ces éléments dans le courant de la semaine prochaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans le courant de la semaine prochaine ?

ELISABETH BORNE
Dans le courant de la semaine prochaine. En même temps, vous aurez compris qu'il faut que chacun puisse se préparer …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mercredi, jeudi …

ELISABETH BORNE
En fonction des décisions qui seront annoncées ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
« Que chacun puisse se préparer », c'est très intéressant, Elisabeth BORNE, ça veut dire que s'il parle lundi ou mardi, ça laissera le temps aux commerçants de se préparer à rouvrir ?

ELISABETH BORNE
Effectivement. Je pense qu'il faut qu'il s'exprime quand on a suffisamment d'éléments sur la situation sanitaire, je crois qu'il faut se souvenir qu'on a une épidémie qui a été très brutale, on voit que depuis ces derniers jours, il y a des signaux positifs. En même temps, c'est sans doute encore fragile. Donc il faut qu'on puisse s'assurer qu'on consolide ces bonnes nouvelles et effectivement pour permettre …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, les bonnes nouvelles arrivent de jour en jour ; si ça continue, si les bonnes nouvelles continuent, les commerçants pourront rouvrir ?

ELISABETH BORNE
L'objectif, c'est évidemment, on a tous en tête que toutes les activités qui sont fermées du fait des mesures sanitaires qu'on doit prendre pour casser la dynamique d'une épidémie qui était très brutale – je rappelle qu'on a encore de l'ordre de 25 000 nouveaux cas par jour –, qu'on a entre 400 et 500 décès par jour et qu'il y a encore 5 000 personnes, près de 5 000 personnes en réanimation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En fait, l'objectif, c'est réussir ce nouveau déconfinement, c'est cela l'objectif ?

ELISABETH BORNE
L'objectif, c'est de trouver effectivement la bonne méthode pour permettre à chacun de reprendre son activité alors qu'on sait que …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Réussir ce nouveau « déconfinement » ?

ELISABETH BORNE
Enfin, c'est vous qui employez le terme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais que c'est un terme banni maintenant au plus haut niveau du pouvoir. C'est un terme banni, on ne veut plus parler de déconfinement, surtout pas !

ELISABETH BORNE
On n'est pas dans une étape où on va retirer toutes les attestations, je pense que c'est important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on gardera les attestations.

ELISABETH BORNE
C'est important qu'on continue à éviter de sortir quand on n'en a pas besoin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous garderons des attestations, vous venez de le dire !

ELISABETH BORNE
Je suis en train de dire qu'on cherche la meilleure façon d'assouplir les règles, de permettre à tous ceux dont l'activité a été arrêtée de pouvoir reprendre l'activité. En même temps, je pense que personne n'a envie de voir une nouvelle flambée de l'épidémie, donc il faut qu'on trouve une démarche prudente qui réponde bien aussi aux attentes des commerçants dont je suis bien consciente qu'ils attendent de pouvoir …

JEAN-JACQUES BOURDIN
De pouvoir travailler …

ELISABETH BORNE
…d'avoir de l'activité, travailler dans la perspective des fêtes de fin d'année.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà dans la perspective des fêtes de fin d'année, donc si les conditions sanitaires sont requises, si les protocoles sanitaires sont établis.

ELISABETH BORNE
Effectivement …

JEAN-JACQUES BOURDIN
…les commerçants …

ELISABETH BORNE
Effectivement, on y travaille.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais, je sais.

ELISABETH BORNE
Vous savez qu'avec Bruno LE MAIRE, avec Olivier VERAN, on a des échanges réguliers avec les commerçants pour pouvoir avoir des règles qui soient vraiment très protectrices, donc des protocoles sans doute plus stricts. On a une réunion demain avec Bruno LE MAIRE, Olivier VERAN et les professionnels concernés pour justement préparer ces protocoles très stricts qui permettront d'ouvrir dans des bonnes conditions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous les aurons quand, ces protocoles ?

ELISABETH BORNE
Les protocoles, on veut aboutir avec les commerçants en fin de semaine, donc demain, demain ; ensuite, il faudra consulter le Haut Conseil de la Santé publique pour qu'on ait les règles claires au début de la semaine prochaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Au début de la semaine prochaine nous saurons donc, nous saurons. Il y a deux solutions ; soit les commerçants pourront ouvrir dès le 27. Pourquoi le 27 ? Parce que le week-end du 27 / 28 novembre, c'est un week-end essentiel dans la perspective de Noël, soit le début de la semaine qui suit. C'est ça ?

ELISABETH BORNE
Le week-end, c'est le 28,29 …

JEAN-JACQUES BOURDIN
28, 29.

ELISABETH BORNE
Tout le monde parle du 27 mais le week-end, c'est le 28 / 29.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, le 27, c'est le vendredi mais bon …

ELISABETH BORNE
Et effectivement je pense qu'on a en tête que les commerçants souhaitent rouvrir le plus tôt possible, que les week-ends sont importants, qu'il faut qu'on leur permette d'avoir du chiffre d'affaires à une période qui est très importante pour eux, on prendra les décisions en fonction de l'évolution de la situation sanitaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc si l'évolution est bonne, les commerçants pourront rouvrir le 28 / 29.

ELISABETH BORNE
On a bien compris qu'ils veulent rouvrir le plus tôt possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai bien compris aussi !

ELISABETH BORNE
On doit aussi prendre en compte la situation de l'épidémie

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on est d'accord !

ELISABETH BORNE
…et ne pas prendre de risque d'avoir une nouvelle flambée de l'épidémie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Donc ouverture si, si la situation sanitaire est bonne et avec un protocole sanitaire renforcé que nous connaîtrons- je résume tout-, que nous connaîtrons demain, début de semaine prochaine et le président de la République s'exprimera si c'est le cas, si ça va bien, mardi ou mercredi, nous verrons bien. Je prends les paris, Elisabeth BORNE ! Bien dites-moi dans le protocole sanitaire, il y a évidemment allongement des horaires possible, travail le dimanche ?

ELISABETH BORNE
C'est ce qui se fait en général au mois de décembre, vous savez, beaucoup de commerçants sont ouverts le dimanche au mois de décembre …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Là, vous êtes favorable à l'ouverture, là, là dans ce cadre-là des magasins le dimanche ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il faut qu'on réponde aussi aux besoins d'avoir de l'activité sans qu'il y ait trop de monde dans les commerces et ça se fait tous les ans au mois de décembre, donc on devrait aller aussi dans ce sens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, aller dans ce sens donc avec définition d'une jauge, mise en place d'un sens giratoire, enfin bon, il y a beaucoup de conditions qui seraient mises sur le tapis pour permettre l'ouverture des magasins. En ce qui concerne des hôteliers – je vais revenir sur le fameux Black Friday –en ce qui concerne des hôteliers, restaurateurs, cafetiers là, aucune chance d'ouvrir avant début 2021 ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, sur les restaurants effectivement, quand on va au restaurant, on retire le masque et toutes les études nous montrent qu'on se contamine, les moments où on retire le masque, c'est à ce moment-là qu'on se contamine. Donc là, il faut continuer le travail avec les restaurateurs ; évidemment il faudra qu'ils puissent reprendre une activité mais là, il faut qu'on soit vraiment prudent puisqu'on sait que c'est quand on retire le masque …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas avant 2021 ?

ELISABETH BORNE
Je ne vais pas vous donner de date, je ne vais pas vous donner de date, je vous dis qu'on est à la fois conscient que c'est vraiment terrible pour eux d'avoir été fermés plus longtemps au printemps, de ne pas avoir encore de certitude sur la date de réouverture, c'est pour ça qu'on met en place un accompagnement très important sur le fonds de solidarité, sur l'activité partielle à 100% mais effectivement moi, je ne peux pas vous donner une date aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, mais les salariés en chômage partiel accumulent des jours de congés payés, des jours de congés payés !

ELISABETH BORNE
Je vous confirme. Donc ce n'est pas une décision …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, comment faire ?

ELISABETH BORNE
…du gouvernement, vous avez compris que c'est un accord entre les organisations patronales et syndicales de 2012 qui a prévu que, quand on est en activité partielle, on accumule des jours de congés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, quelle solution ? Prendre des jours de congés pendant que les entreprises sont fermées ?

ELISABETH BORNE
On est en train d'y travailler avec les restaurateurs notamment ; ils ont, des différentes inquiétudes, l'idée que les salariés pourraient vouloir prendre leurs congés au moment où l'activité repart. Moi, je pense qu'ils peuvent être rassurés : les salariés qui ont passé des mois en activité partielle, je pense qu'ils souhaitent aussi retourner au travail. Ensuite, il y a des sujets de trésorerie, ça coûte de l'argent effectivement de payer des congés payés, on cherche avec eux les meilleures solutions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Exonérations de charges patronales sur les jours de congés ?

ELISABETH BORNE
Il y a différentes hypothèses qui ont été mises …

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une bonne idée ?

ELISABETH BORNE
… il y a différentes hypothèses qui ont été mises sur la table, notamment celles que vous mentionnez, il y a aussi un étalement des jours de congés. Enfin, moi je veux dire aux restaurateurs qu'on entend leurs préoccupations de trésorerie et qu'on va chercher …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils seront aidés ?

ELISABETH BORNE
… et qu'on va chercher des solutions pour eux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et il y aura des solutions pour eux ?

ELISABETH BORNE
Absolument, là, on y travaille. Vous savez, je pense que … vous avez vu à quel point on a renforcé l'accompagnement de ces activités qui sont fermées avec notamment le fonds de solidarité, c'était 1 500 euros par mois au printemps, maintenant c'est jusqu'à 10 000 euros par mois et on est vraiment très attentif. Ca fait partie de notre patrimoine, vous savez …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr !

ELISABETH BORNE
…la gastronomie, la restauration, donc on veut absolument leur permettre de surmonter la crise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors Elisabeth BORNE, ce fameux Black Friday dont tout le monde parle, décaler cette opération, c'est la demande de Bruno LE MAIRE, il faut décaler « je demande aux distributeurs de décaler cette opération », pourquoi fait-il cette demande ?

ELISABETH BORNE
Effectivement, le Black Friday, ce n'est pas nous qui décidons, c'est une opération commerciale privée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, vous n'y pouvez rien !

ELISABETH BORNE
Mais au moment où on veut rouvrir, dans des démarches prudentes, les commerces, vous voyez que de dire « il y a une grande opération commerciale, tout le monde va dans les magasins », ça ne correspond pas exactement à ce qu'on veut. Donc ça doit être possible d'entendre à la fois les attentes des Français qui ont envie d'avoir des promotions, les attentes des commerçants qui veulent dynamiser les ventes, en même temps que ce soit le 27, ça ne paraît pas la meilleure idée !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, donc on décalerait le Black Friday.

ELISABETH BORNE
C'est la demande qui a été faite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la demande de Bruno LE MAIRE. On permettrait aux commerçants d'ouvrir les 28 et 29, ça éviterait un afflux dans les commerces et on ferait un Black Friday, je ne sais pas, moi la semaine suivante.

ELISABETH BORNE
Bah ça serait une bonne idée, je pense …

JEAN-JACQUES BOURDIN
La semaine suivante ?

ELISABETH BORNE
Ça serait une bonne idée …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le vendredi suivant …

ELISABETH BORNE
…de se dire que ces journées de promotion, ce n'est pas obligé de se faire le 27, voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le vendredi suivant, pourquoi pas ? Bien, l'ouverture des stations de sports de sport d'hiver mi-décembre pour les vacances de Noël, on réserve ou pas ?

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est trop tôt pour dire la façon dont la saison hiver va se passer. Moi … enfin quand on voit les indicateurs sanitaires, vous savez notamment en Auvergne Rhône-Alpes où on a beaucoup de stations de sports d'hiver, c'est une des régions qui a la plus forte saturation, les deux départements de Savoie et de Haute-Savoie font partie des départements, là aussi, où la circulation du virus est la plus forte et faire arriver dans ce contexte beaucoup de touristes – en plus, on sait que quand on fait du ski, on peut même se casser une jambe, qu'on a besoin d'aller à l'hôpital – donc au moment où les capacités hospitalières sont saturées, c'est vrai que ça semble difficile. Moi, il y a un sujet …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les stations ouvriront ?

ELISABETH BORNE
Evidemment, il y aura une saison hivernale. Ensuite, on n'est pas capable aujourd'hui de vous dire exactement dans quelles conditions, à quelle date mais moi, je suis très attentive à la situation des saisonniers …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et oui !

ELISABETH BORNE
…qui ont des contrats qui sont réguliers, par exemple, sur les remontées mécaniques, c'est des gens qui viennent tous les ans à la même période, qui ont des contrats pour toute la saison touristique, ça dure à peu près 4 mois et ils attendent de savoir s'ils vont être embauchés. Alors, ça a pu faire sourire mais moi, je pense que c'est important de pouvoir rassurer leurs employeurs et ces salariés en leur disant qu'on cherche une solution pour qu'ils puissent effectivement être embauchés à la date prévue en rassurant les employeurs sur le fait qu'il y aura de l'activité partielle s'il n'y avait pas, au départ, l'activité voulue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Les tests antigéniques dans les entreprises, ça se pratique déjà, beaucoup d'entreprises ?

ELISABETH BORNE
Alors, on a donné effectivement dans le protocole, la dernière version du protocole sanitaire en entreprise, la possibilité de faire des tests antigéniques, il faut bien comprendre que, avant l'arrivée de ces tests, il fallait forcément passer par un laboratoire de biologie, donc si tout le monde se précipitait à faire des tests, ça pouvait saturer les laboratoires. Là, les tests antigéniques, vous n'avez plus besoin …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça commence …

ELISABETH BORNE
Vous n'avez plus besoin de ces laboratoires …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est vrai.

ELISABETH BORNE
Vous avez le résultat du test directement sans passer par un laboratoire. Donc on va permettre effectivement aux entreprises de faire ces tests, je pense que c'est aussi une bonne idée pour rassurer les salariés !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui va décider ? Le salarié pourra demander à son patron d'être testé ?

ELISABETH BORNE
La règle, elle est très claire, c'est fait par des professionnels de santé sur la base du volontariat et évidemment on respecte le secret médical. Donc c'est des règles qu'on a posées pour les entreprises, je pense qu'il y en a un certain nombre qui se préparent et je pense que c'est une bonne chose. Vous savez, si vous avez quelqu'un qui a des symptômes, si on peut faire le test et constater, par exemple, qu'il n'est pas malade, ça va rassurer tout le monde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le télétravail maintenant, quel accord ? Quand est-ce qu'il y aura un accord autour du télétravail entre le patronat et les syndicats ?

ELISABETH BORNE
Il y a une nouvelle réunion qui est prévue lundi prochain. Moi, j'espère que cette réunion pourra être conclusive, on recourt beaucoup au télétravail, ça a été le cas au printemps, c'est le cas, et c'est ce qu'on encourage et on a même demandé aux entreprises de télétravailler pour toutes les tâches qui peuvent l'être, donc je pense que c'est important qu'on ait cet accord national qui donne des règles, des repères aux entreprises.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment des repères parce que quel poste est télé-travaillable ? On ne sait pas ! Qui décide ? Qui décide ? Qui doit décider, l'employeur seul ou l'employeur et les syndicats de l'entreprise ?

ELISABETH BORNE
Alors c'est des discussions qui se mènent dans les entreprises, ce n'est pas le protocole national qui va vous dire dans chaque entreprise quels sont les postes qui peuvent être télétravaillés mais je pense que d'avoir des repères, il y a des entreprises qui maintenant ont une pratique qui est bien établie qui ont pris aussi des précautions, c'est le mode de management qui doit changer quand on est en télétravail, il faut penser aussi à la cohésion des équipes. Donc d'avoir ces repères sur les bonnes pratiques, ça me semble important. Donc moi, j'espère que les partenaires sociaux pourront conclure lundi ou en tout cas au plus vite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le chômage partiel, la grande distribution met une partie de son personnel au chômage partiel. Est-ce acceptable, Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
Alors, peut-être il faut rappeler ce que c'est que le chômage partiel, vous savez que c'est un dispositif qui est vraiment important dans la période actuelle. Ca permet quand votre entreprise s'arrête que, du coup, votre employeur ne peut plus forcément vous payer, c'est l'Etat qui prend en charge la rémunération. Et ça permet donc d'éviter des licenciements, donc c'est quelque chose de très important. Evidemment, moi je suis attentive à ce que ce soit utilisé … enfin à ce qu'on donne de l'argent uniquement si c'est justifié. En l'occurrence …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a eu quelques escroqueries d'ailleurs lors du premier confinement !

ELISABETH BORNE
On fait beaucoup de contrôles, je crois qu'on en est à

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a eu quelques escroqueries !

ELISABETH BORNE
…on en est à près de 400 000 contrôles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
400 000 contrôles

ELISABETH BORNE
Je peux vous assurer qu'on est très attentif !

JEAN-JACQUES BOURDIN
400 000 contrôles et combien de …vous avez débusqué combien de tricheurs ?

ELISABETH BORNE
Il y a eu un peu plus de 10 000 suspicions de fraudes et d'escroqueries, donc là, on a bloqué en amont et on a eu quelques centaines de procédures pénales, je crois qu'on en est à 600 procédures pénales mais ce n'est pas les entreprises …En général, vous savez, c'est des escrocs qui à chaque fois qu'on met en place un dispositif se jettent dessus, donc on est très attentif à ce que l'argent soit bien utilisé. Dans la grande distribution, vous avez vu que, par souci d'équité vis-à-vis des petits commerçants, on a fermé les commerces non alimentaires. Donc du coup, il y a des salariés qui ne peuvent pas travailler, c'est logique, qu'ils puissent bénéficier de l'activité partielle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui sauf qu'au siège social parfois notamment chez CARREFOUR, on voulait aussi mettre une partie des salariés au chômage partiel.

ELISABETH BORNE
Alors, là, je vais être très claire : il n'y aura pas d'activité partielle pour les salariés des sièges sociaux de la grande distribution !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien ! L'assurance chômage, les droits seront prolongés pendant la durée du confinement.

ELISABETH BORNE
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, on le sait. Les indépendants, les contrats courts, les périodes d'inactivité qu'est-ce que vous allez faire pour toutes celles et ceux qui sont comme ça, qui font succéder des contrats courts et puis des périodes d'inactivité ?

ELISABETH BORNE
Mais vous avez raison, on voit qu'on a des personnes qui enchaînaient des contrats courts qui pouvaient travailler beaucoup, moi j'ai entendu, par exemple, vous voyez une dame qui était maître d'hôtel dans …enfin dans l'évènementiel qui disait « moi, je gagnais 1 800 euros par mois » et je ne peux plus du tout trouver de contrat depuis des mois. On est en train de regarder quelle réponse on peut leur apporter à tous ces salariés de la restauration mais il y a aussi beaucoup d'autres secteurs qui enchaînaient des contrats courts, qui rechargeaient leurs droits à assurance chômage et qui n'ont pas pu le faire. Moi, je suis très attentive aussi à la situation de ces personnes et on leur proposera prochainement, on en a parlé avec les partenaires sociaux, une réponse pour qu'ils ne soient pas dans des très grandes difficultés parce qu'ils ne peuvent plus trouver de contrat court.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le chômage, quel taux de chômage à la fin de l'année ?

ELISABETH BORNE
Moi, je ne suis pas là pour faire des prévisions, je suis là pour mobiliser tous les outils dont on dispose, l'activité partielle …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais les prévisions, on est à 9 à peu près là, + 0,6% sur un an, c'est ça, 9% ? On sera à combien à la fin de l'année, 9,5 ?

ELISABETH BORNE
Je vous dis, je n'ai pas à faire de prévisions. On mobilise tous les outils pour éviter effectivement des licenciements, c'est l'activité partielle, l'activité partielle de longue durée, vous savez, qui permet à une entreprise d'avoir un accord pour baisser jusqu'à 40% son activité en répartissant entre tous les salariés. Pendant le même temps, on peut les former, on a déjà plus de 5 000 accords qui ont été signés qui protègent 300 000 salariés. Effectivement, le taux de chômage, il avait beaucoup monté au printemps. On a eu plus d'un million de demandeurs d'emploi sans aucune activité, donc la catégorie A, de plus ; fin septembre, on avait rebaissé de 720 000. On a eu un rebond de l'économie au troisième trimestre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et là depuis fin septembre ?

ELISABETH BORNE
Alors on n'a pas encore les chiffres …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, pas encore les chiffres mais vous avez des indications ?

ELISABETH BORNE
Mais en tout cas, je pense que ce qui est important, ça montre que c'est vraiment la bonne démarche de protéger au maximum les salariés pour traverser la crise et ensuite, on voit que notre économie, elle peut rebondir et le plan de relance qui est toujours là, le plan de relance doit permettre aussi de redévelopper des emplois. On accompagne les salariés avec des formations pour que, au maximum, on n'ait pas des gens qui se retrouvent sans emploi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement, vous faites beaucoup d'efforts pour les jeunes. Vous lancez une nouvelle possibilité pour un jeune de trouver du travail. Expliquez-nous !

ELISABETH BORNE
Alors cet été, dès le mois de juillet, vous savez qu'on avait bien conscience que les jeunes sont souvent les premières victimes dans des crises économiques, on a lancé un plan « un jeune une solution », c'est 6,7 milliards d'euros de plus pour accompagner les jeunes, pour qu'ils trouvent …qu'ils aient un accompagnement, une formation et un emploi. Il y a notamment des primes à l'embauche, des primes pour les contrats d'apprentissage, ça marche bien. Effectivement, moi, je lance cet après-midi un site sur lequel chaque jeune pourra trouver toutes les solutions que l'on propose dans le cadre de ce plan, il pourra aussi accéder à des offres d'emploi, celles qui ont été trouvées par Pôle emploi, il pourra aussi avoir des rendez-vous de recrutement, il pourra aussi trouver l'adresse de la mission locale qui peut l'accompagner. Donc l'idée, c'est que le jeune ….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc je suis diplômé, je cherche du boulot ou pas diplômé d'ailleurs, je cherche du travail, je vais sur ce site et j'ai la chance peut-être de trouver un emploi.

ELISABETH BORNE
Vous trouvez tous les dispositifs qui permettent de vous accompagner et des offres d'emploi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment s'appelle ce site ?

ELISABETH BORNE
Donc c'est le site « un jeune une solution ».

JEAN-JACQUES BOURDIN
« Un jeune une solution ».

ELISABETH BORNE
Parce que c'est bien notre ambition qu'il n'y ait aucun jeune sans solution.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien l'apprentissage. Quels sont les chiffres ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, ça se passe très bien sur l'apprentissage, vous savez qu'on avait une année record en 2019. Mi-octobre, on était à 314 000 contrats signés alors qu'on en a eu 350 000 sur toute l'année 2019. Moi, je pense qu'on va certainement faire autant qu'en 2019. Mon objectif, c'est même qu'on batte ce record de …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus de 350 000 donc !

ELISABETH BORNE
C'est l'objectif et je pense …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Entre 350 et 400 000.

ELISABETH BORNE
C'est notre objectif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Est-ce que vous allez réduire les ressources des centres de formation d'apprentis ?

ELISABETH BORNE
Non il ne s'agit pas donc de réduire les ressources des centres de formation d'apprentis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que inquiétude, les CFA sont inquiets !

ELISABETH BORNE
Non, non, j'ai entendu cette inquiétude. Moi, je peux vous dire, on ne prendra aucune décision qui casse cette dynamique. Moi, je crois beaucoup à l'apprentissage, donc on peut vraiment rassurer les CFA, on continuera à les soutenir pour qu'ils développent encore davantage cette voie qui est formidable pour permettre aux jeunes d'avoir les compétences dont les entreprises ont besoin et de trouver des emplois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dernière question, la réforme des retraites, remise sur la table au Sénat par des amendements au projet de loi de financement de la Sécurité sociale votés. L'âge légal de départ à la retraite a été repoussé à 63 en 2025, c'est ce qui a été voté.

ELISABETH BORNE
Oui alors moi, je dis aux sénateurs républicains qui ont voté ces dispositions que ce n'est pas sérieux, ce n'est pas sérieux. On ne peut pas réformer le système de retraite des Français au détour d'un amendement en pleine nuit ! On est dans une période où il y a beaucoup de crispations, ce n'est vraiment pas la peine d'en rajouter !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc à l'Assemblée, tout ça va être balayé.

ELISABETH BORNE
Je vous confirme qu'on supprimera cette disposition à l'Assemblée !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sera supprimé et quand reprendrez-vous les discussions avec les syndicats sur la réforme ?

ELISABETH BORNE
C'est un sujet qui effectivement tient à coeur au gouvernement et au président de la République. Il faut qu'on trouve le chemin pour reprendre des discussions, on avait évoqué la fin de l'année, peut-être que compte tenu des circonstances, ça ne sera pas à la fin de l'année, ça sera plutôt au début de l'année 2021 mais on souhaite faire ça dans la concertation et certainement pas au détour d'un amendement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Elisabeth BORNE d'être venue nous voir ce matin sur RMC et BFM TV.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 novembre 2020