Interview de Mme Amélie de Montchalin, ministre de la transformation et de la fonction publiques, à BFM TV le 11 février 2021, sur l'épidémie de Covid-19, le télétravail dans la fonction publique, les aides accordées aux étudiants boursiers pour préparer les concours de la fonction publique et l'avenir de l'ENA.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amélie de MONTCHALIN, bonjour.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous, ministre de la Transformation, de la Fonction publiques, nous allons parler égalité des chances, mais vous êtes un peu ce matin le porte-parole du gouvernement. Alors, nous allons parler franchement, la crise sanitaire, le Covid, coronavirus, est-ce que les médecins sont trop alarmistes, franchement ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui on a un pays qui, je crois, fait beaucoup d'efforts, et donc, d'une certaine manière…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les Français font beaucoup d'efforts, bravo.

AMELIE DE MONTCHALIN
Exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est le titre du Parisien ce matin, "Bravo"


AMELIE DE MONTCHALIN
Bravo, merci, je crois qu'on se bat tous ensemble, on a tous entre nos mains la capacité de vaincre cette épidémie chaque jour, vous savez, moi je me bats pour le télétravail, pas parce que c'est une lubie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y revenir.

AMELIE DE MONTCHALIN
Parce qu'on sait que ça marche, et donc chaque jour de télétravail en plus c'est par exemple un jour de gagné contre l'épidémie. Donc, tous les Français se battent, on se bat avec eux, on se mobilise, on essaye de déjouer les pronostics, il n'y a pas de fatalité, il n'y a pas de fatalité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les médecins sont trop alarmistes ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Les médecins ils sont dans leur rôle, ils nous alarment, parce que ce virus est alarmant, parce qu'il tue, parce qu'il…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous ne les suivez plus.

AMELIE DE MONTCHALIN
On les écoute et on prend des décisions politiques. Vous savez, chaque semaine, en Conseil de défense, il y a des modèles, il y a des prévisions, il y a des données scientifiques…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Conseil de défense ce matin !

AMELIE DE MONTCHALIN
Et hier, autour du président…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Hier matin, pardon.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et du Premier ministre, on discute et on décide. Le rôle du politique c'est de prendre des responsabilités, après d'être pleinement conscient, pleinement vigilant, pleinement réactif, mais aujourd'hui, les médecins ils sont dans leur rôle, ils nous rapportent ce qui se passe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous n'appliquez pas systématiquement les recommandations des médecins, Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Les médecins conseillent, les politiques décident.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Décident, décisions à risque du président de la République. Aujourd'hui, semble-t-il, semble-t-il, l'épidémie stagne, je dis semble-t-il parce que je suis extrêmement prudent, mais vous aussi j'imagine.

AMELIE DE MONTCHALIN
Moi je ne suis pas épidémiologiste, je ne suis pas ministre de la Santé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi non plus, moi non plus, c'est pour ça.

AMELIE DE MONTCHALIN
Moi je suis responsable, vous savez déjà, de faire une chose utile, c'est que les 5 millions de fonctionnaires prennent à la fois toute leur part dans le combat contre la diffusion de l'épidémie, on parle du télétravail, prennent aussi toute leur part pour aider les Français dans cette période très difficile, pour que les politiques publiques, pour que les services publics tiennent, et nous travaillons, pied à pied, jour après jour, c'est une bataille, c'est une bataille épuisante…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les services hospitaliers notamment.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et je crois que les Français doivent être aussi, comme on le disait, remerciés, pour l'énergie et la responsabilité qu'est la leur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les services publics hospitaliers notamment. Qu'est-ce qui ferait basculer notre pays dans un confinement total la saturation des services de réanimation ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Notre boussole, depuis le début, c'est éviter que l'on trie les personnes à l'entrée des hôpitaux, donc nous devons garder la capacité de soigner chacun. Pour qu'on soigne chacun, il faut qu'il y ait le mois de virus dans la population, et donc qu'on voit fasse les gestes barrières, qu'on fasse de la prévention, et ensuite il faut qu'on ait effectivement un hôpital qui puisse s'adapter mais on ne peut pas pousser à l'infini nos capacités, donc à un moment donné…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça gronde dans les services de réanimation, ça gronde, vous avez vu, il y a des appels à la grève qui sont qui sont lancés ici ou là, est-ce que vous allez augmenter le nombre de personnes, de lits en réanimation, le nombre de personnels en réanimation ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Nous cherchons aujourd'hui 7500 infirmiers et aides-soignants. Olivier VERAN, encore cette semaine, a lancé un appel, dans notre pays nous avons des infirmiers, nous avons des soignants qui n'exercent plus, nous avons besoin d'eux. Avec les mesures du Ségur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ne les trouvez-vous pas, pourquoi ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Avec les mesures du Ségur on a ré-augmenté, vous savez, de près de 200 euros par mois le salaire de tous ceux qui travaillent à l'hôpital.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que ces soignants sont mieux payés dans le privé, pourquoi ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais parce que parfois ils sont dans le privé, parfois, juste, ils ont pas exercé pendant plusieurs années, je pense à beaucoup de femmes qui se sont arrêtées, qui ont élevé leurs enfants, on a besoin d'elles aujourd'hui dans les hôpitaux, on a besoin de leurs bras, et donc toutes les mesures qu'on prend sur l'attractivité, sur la réforme du temps de travail, sur l'intéressement collectif, sur toutes ces mesures-là, vous savez j'y travaille avec les organisations syndicales chaque semaine, pour que nous retrouvions des bras, des compétences, au bon endroit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous cherchez 7500 personnels…

AMELIE DE MONTCHALIN
Nous avons 7500 postes ouverts dans les hôpitaux en France, et donc nous cherchons à recruter, et je lance cet appel à nouveau aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, fortes disparités départementales, ce virus, est-ce qu'il ne faut pas imaginer, envisager, des confinements localisés ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Notre boussole, à nouveau, un, qu'on ne trie pas dans les hôpitaux les patients, parce que je crois que c'est à l'honneur de notre pays, la deuxième chose c'est d'être le plus efficaces possible, d'être extrêmement vigilants, et donc nous prenons les mesures, et vous le remarquez dans les Outre-mer, à chaque fois dans un territoire, si les choses s'imposent, nous prenons les mesures qui s'imposent. Il faut toujours chercher l'efficacité. Et donc, on peut avoir des débats sans fin, vous savez, c'est comme la réforme de l'Etat, on peut avoir plein d'hypothèses…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, comme… confinement à Mayotte, confinement, je ne sais pas, en région parisienne, à Marseille ou dans des zones qui seraient plus touchées, ou dans le Nord de la France actuellement ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui, la dynamique épidémique est surveillée de près, chaque jour, chaque minute, par le ministre de la Santé, si des décisions doivent être prises, elles seront prises. Mais vous savez, à nouveau, moi je suis la ministre, voyez, de l'Action publique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un peu porte-parole, je vous l'ai dit, ce matin.

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, mais moi je suis la ministre des agents publics…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des agents publics, oui.

AMELIE DE MONTCHALIN
En 2021, que ce soit sur la réforme de l'Etat, que ce soit sur l'action publique en général, que ce soit sur l'épidémie, on a un même impératif, être dans le concret et ne pas être dans les concepts, les utopies, les scénarios…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais l'impératif c'est aussi…

AMELIE DE MONTCHALIN
Donc aujourd'hui, 11 février…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est aussi tenir vos promesses.

AMELIE DE MONTCHALIN
Tenir nos engagements.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord, tenir vos engagements.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et c'est essentiel à la confiance démocratique, parce que sinon les gens ne votent plus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais…

AMELIE DE MONTCHALIN
Et les populistes prospèrent et on est contre ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais quand on souffre de troubles psychiques dus au coronavirus, à la crise sanitaire, et qu'on n'arrive pas à trouver de rendez-vous avec un psychiatre, qu'il faut attendre des semaines, et même des mois pour obtenir un rendez-vous, vous dites quoi ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je dis que ça fait 2 ans qu'on essaye par tous les moyens de recruter des psychiatres, qu'on essaye par tous les moyens de recréer un lien entre la psychiatrie et l'hôpital, que, évidemment, c'est un énorme défi pour notre pays, parce que cette crise vient aggraver parfois des situations difficiles, donc je vous dis qu'on se bat. Après, le rôle d'un ministre, et le rôle en particulier qu'est le mien, c'est que nous regardions la crise en face, que nous regardions les choses en face et quand il y a des difficultés, quand il y a des choses à corriger, on s'adapte, on agit, on avance. Les Français ils attendent de nous, pas des discours, ils attendent qu'on trouve des solutions, et c'est tout l'enjeu, dans cette crise…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des solutions pour obtenir un rendez-vous chez un psychiatre, des solutions.

AMELIE DE MONTCHALIN
Eh bien je prends le point, vous savez qu'on se bat sur le sujet déjà depuis maintenant 2 ans, la psychiatrie a été abandonnée, oubliée pendant des décennies, vous imaginez bien qu'on ne forme pas un psychiatre en 2 ans, maintenant c'est au coeur de tout ce que l'on mène, dans ce domaine-là comme dans beaucoup d'autres, être les ministres de 2021, pas des campagnes électorales à venir, pas des utopies de dans 10 ans…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, même s'il y en a une qui vient.

AMELIE DE MONTCHALIN
Nous on a les pieds sur terre et on a l'obligation de travailler pour les Français aujourd'hui, et donc on le fait dans tous les domaines.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amélie de MONTCHALIN, le télétravail, vous venez d'en parler, impératif, le télétravail, partout où c'est possible, c'est ce que répète le Premier ministre. Alors, dans la fonction publique les chiffres ne sont pas très bons, 42 %, c'est quoi, 42 % de télétravail, c'est le chiffre que vous avez donné ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Quand vous êtes enseignant, quand vous êtes policier, quand vous êtes gendarme, il y a déjà des métiers qui ne sont pas télétravaillables…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d'accord.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et les Français attendent de nous la continuité, c'est notre engagement. La cible que j'aie, c'est qu'on ait 50% des agents de l'Etat qui travaillent. Aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment, comment faire ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui on en a 44%, 44% la semaine dernière…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça a évolué.

AMELIE DE MONTCHALIN
Je suis ça toutes les semaines, le Premier ministre et le président le suivent, pourquoi ? Parce qu'on doit être exemplaire. Si l'Etat n'est pas exemplaire sur ce sujet-là, on a beaucoup de mal ensuite à convaincre les entreprises à l'être aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr. Bien sûr.

AMELIE DE MONTCHALIN
Comment on fait pour déployer du télétravail ? On équipe en ordinateurs portables, plus de 200.000 ordinateurs portables, on en a encore commandé 50.000, on équipe en outils, on fait de la formation. Vous savez, le principal frein au télétravail, il y a bien sûr d'avoir un équipement pour travailler à distance, mais il y a d'avoir de la confiance dans les équipes, que les managers soient formés à travailler avec des équipes qui ne sont pas dans le même couloir, dans le même bureau, et donc on a beaucoup d'enjeux de transformation, vraiment, de la manière d'organiser nos services. Après, vous savez, je travaille très précisément, j'écoute les organisations syndicales chaque semaine, sur des remontées précises, quand ça ne correspond pas aux instructions on corrige. Les instructions… c'est quoi en ce moment ? C'est qu'on arrête les réunions quand on peut se rencontrer en visioconférence, en audioconférence, on arrête de devoir se mettre dans la même pièce, et les instructions c'est que tout le monde fasse un peu plus de jours de télétravail. On a beaucoup d'agents publics, aujourd'hui, qui font un jour, deux jours ou trois jours, eh bien on leur demande de faire plutôt deux jours, trois jours ou quatre jours, un jour de plus, c'est très important parce que, un jour de télétravail, en plus, c'est un jour de gagné sur l'épidémie, et je crois qu'il faut vraiment insister là-dessus, ce n'est pas parce qu'on aurait un dogme, ce n'est pas parce qu'on a une lubie, ce n'est pas parce que c'est une règle, c'est parce que c'est efficace.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amélie de MONTCHALIN, on avait parlé d'un chèque alimentaire dans le cadre de la loi climat, et puis ça a disparu, il va revenir ce chèque alimentaire, et pour qui ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation travaille, on a des enjeux, on voit aujourd'hui, sociaux, on a des enjeux de souveraineté alimentaire, et donc je lui laisserai vous préciser le pourquoi, le comment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il va exister, il va exister ce chèque alimentaire ?

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est un travail que nous poursuivons. Là, pour le coup, la ministre de la Fonction publique, à nouveau, que je suis, voyez, n'est pas celle qui doit faire des annonces ce matin sur le sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, directement concernée, mais elle peut être porte-parole du gouvernement puisqu'elle sait quand même ce qui se passe au sein du gouvernement, j'imagine que vous êtes informée.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bien sûr, mais chaque ministre a sa responsabilité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, parlons des jeunes, parlons des jeunes. Pas de RSA jeune, on est bien d'accord ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui on doit redonner des ambitions, des perspectives, des possibilités, notamment de construire un avenir pour cette jeunesse, qui peut se sentir sacrifiée, et j'insiste…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très bien, mais il y a une urgence…

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a une urgence totale, totale, parce que sinon elle sera récupérée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a une urgence pour une bonne partie de la jeunesse, alors quelles mesures allez-vous prendre ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Cette jeunesse, juste, si on ne s'en occupe pas avec beaucoup de volontarisme, elle sera récupérée, par les communautaristes, par les extrémistes, par ceux qui ont des miroirs aux alouettes. Notre ambition, avec le président de la République, depuis le début du quinquennat, c'est de redonner ses chances à tous les jeunes Français, on l'a fait par l'école, par le dédoublement des classes, par les devoirs, aujourd'hui moi je suis devant vous…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais très bien, mais aujourd'hui il y a une urgence, Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Je suis devant vous parce que l'urgence c'est que la promesse républicaine soit réelle, soit concrète, pour tous les jeunes de France d'aujourd'hui, pour ceux qui ont 20 ans et 22 ans aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et égalité des chances, on est d'accord, mais, Amélie de MONTCHALIN, pour cette jeunesse qui souffre financièrement aujourd'hui, qui se retrouve sans travail à côté des études, est-ce que vous allez prendre une mesure d'urgence ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais, nous prenons beaucoup de mesures d'urgence, nous avons permis de retourner à l'université un jour par semaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est insuffisant.

AMELIE DE MONTCHALIN
Nous avons finance les repas dans les CROUS à 1 euro.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, à 1 euro.

AMELIE DE MONTCHALIN
Nous avons financé du soutien psychologique, mais surtout nous avons redonné des perspectives d'emploi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il n'y aura rien de plus, il n'y aura rien de plus, il n'y aura pas de mesures spécifiques ?

AMELIE DE MONTCHALIN
On engage la Garantie jeunes, la Garantie jeunes c'est quoi ? C'est que pour tous les jeunes, quand ils vont dans une mission locale, ils ont un accompagnement, ils ont une formation, qu'il n'y ait plus de jeunes qui soient sans formation, sans emploi, sans stage. Le plan "Un jeune une solution" c'est des centaines de milliers de jeunes qui ont trouvé un emploi, c'est, vous savez, en 2020, 500.000 jeunes en apprentissage, c'est 500.000 jeunes qui aujourd'hui se forment, ont un petit revenu, voire le début d'un salaire, et qui aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Personne ne nie l'effort que vous faites, mais je vous demande, est-ce qu'il y aura une mesure d'urgence dans le cadre de cette crise sanitaire pour les jeunes Français ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce qu'on annonce ce matin, avec le président de la République, c'est une mesure d'urgence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors allez-y.

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est pour les jeunes d'aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y aura pas de mesure financière d'urgence, mais il y aura une mesure…

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a une mesure financière dans ce qu'on annonce avec le président ce matin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors laquelle ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Nous annonçons qu'à la rentrée de 2021 tous les jeunes boursiers qui voudront préparer les concours de la fonction publique pour devenir un jour un préfet, un directeur d'hôpital, un commissaire de police, qui sait, un magistrat, auront un complément de bourse de 4000 euros par an pour préparer dans de bonnes conditions ces concours de la fonction publique. Pourquoi on fait ça ? Parce qu'aujourd'hui il n'y a pas de monopole du service de l'intérêt général. Servir son pays, l'aider à avancer, c'est noble, ça correspond à une vocation d'utilité que les jeunes veulent avoir, et moi ce que je veux c'est que, quand vous êtes né dans un village rural, quand vous avez grandi dans un quartier populaire, quand vous êtes loin de Paris, vous puissiez apporter votre compétence, votre parcours de vie, votre regard sur les choses, on a besoin d'une nouvelle génération de hauts fonctionnaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, cette aide donc, cette aide de 4000 euros, on est bien d'accord, par an…

AMELIE DE MONTCHALIN
4000 euros par an, pour les boursiers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire, j'habite à la campagne, j'habite, je ne sais pas moi, à côté de Limoges par exemple, où est-ce que je pourrais aller passer mes concours pour entrer un jour dans une grande école publique ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Si vous habitez à Limoges, que vous êtes d'un milieu modeste, vous êtes boursier, aller à Paris 2 ou 3 ans, 4 ans, pour préparer les concours, ce n'est pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est très cher, c'est impossible, mes parents n'ont pas les moyens.

AMELIE DE MONTCHALIN
Exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et je n'y pense pas.

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous aurez une classe préparatoire, qui s'appelle "Talents", "Talents du service public", pendant 1 an vous aurez une préparation de très bon niveau académique, vous aurez un tutorat, avec des jeunes hauts fonctionnaires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et où ?

AMELIE DE MONTCHALIN
A Limoges.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans Limoges même ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Dans l'université où vous faites vos études. Dans toutes les universités, au moins dans deux endroits pas région, dans au moins dans deux universités pas région, vous pourrez préparer dans de bonnes conditions, avec du tutorat, avec du soutien financier, avec des professeurs de grande qualité, vos concours de la fonction publique. Pourquoi on fait ça ? Parce qu'on a besoin de casser l'entre-soi, les corporatismes, on a besoin que cette nouvelle génération de hauts fonctionnaires ressemble à la France, et que, dans la politique publique qu'on fera, voyez, dans 5 ans, dans 10 ans, on ait des jeunes, et du coup à ce moment-là des jeunes formés, qui puissent apporter toute la complexité de notre pays, tous les besoins de notre pays. Servir son pays, c'est l'une des plus belles vocations qu'on peut avoir, moi je remercie, vraiment, par ce même micro, tous les agents publics, qui ont fait le choix de servir l'intérêt général. Les jeunes, aujourd'hui, leur donner cette perspective, cette ambition, mais ces moyens concrets, c'est essentiel, c'est aussi essentiel pour la confiance démocratique. Il y a eu, vous savez pendant 30 ans, des hommes et des femmes politiques, qui ont dit aux Français « on va tout réformer, la haute fonction publique », aujourd'hui c'est une première étape, c'est de changer qui sont les hauts fonctionnaires. on ne doit pas, quand on est d'un milieu modeste, parce qu'on vient d'une zone rurale, parce qu'on vient des Outre-mer, parce qu'on vient d'un quartier prioritaire de la ville comme on dit, d'un quartier populaire, penser que c'est pour les autres, que ce n'est pas pour soi, moi je me bats contre l'autocensure, contre l'autocensure de jeunes, qui ont envie et à qui on ne donne pas les moyens, la chance de faire leur choix, de choisir leur vie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amélie de MONTCHALIN, l'Ecole nationale d'administration sera-t-elle supprimée ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais là, vous voyez bien, on ne parle pas d'une école, on parle de quelque chose qui est beaucoup plus large, qui est, qui sont… qui est cette nouvelle génération de fonctionnaires. Ensuite on va, dans les toutes prochaines semaines, dès la rentrée de septembre 2021, faire une révolution de la formation de tous, pas que de l'école que vous me citez, mais également…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas que de l'ENA, mais…

AMELIE DE MONTCHALIN
Des administrateurs territoriaux, des directeurs d'hôpitaux, pour que, par exemple, sur un sujet comme la laïcité, tous les hauts fonctionnaires du pays aient les mêmes références, parce que ce n'est pas normal aujourd'hui qu'on ait des corporatismes, que sur les enjeux de rapport à la science, rapport à la recherche, on mette en commun les choses…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je vous repose la question Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais, notre ambition elle est beaucoup plus grande.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'elle sera supprimée, est-ce que l'ENA sera supprimée ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce qu'on est en train de faire, si on change, comment on recrute les hauts fonctionnaires, comment on les formes, comment, on annoncera avec le président de la République d'ici au mois de juin, des mesures très fortes, sur la gestion des carrières, sur la gestion des parcours, sur l'évaluation, comment on met les mérites et les compétences au coeur, vous savez, de ce qu'on appelle la gestion des fameux grands corps, que les Français voient comme parfois des choses qui entretiennent l'entre-soi, c'est ça qu'on veut casser, c'est beaucoup, beaucoup plus ambitieux, que de vous parler de telle ou telle école, de sa scolarité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais d'accord, mais je vous pose quand même une question, est-ce qu'elle sera supprimée ?

AMELIE DE MONTCHALIN
On supprime tout ce qui va autour, on supprime l'entre soi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc elle ne sera pas supprimée.

AMELIE DE MONTCHALIN
On supprime le corporatisme…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais répondez à ma question, ce n'est pas compliqué, elle est simple ma question Amélie de MONTCHALIN, elle est toute claire, est-ce que l'Ecole nationale d'administration sera supprimée, oui ou non ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais, aujourd'hui, qu'est-ce que les Français attendent de nous ? Ils attendent qu'on…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi vous ne répondez pas ?

AMELIE DE MONTCHALIN
L'enjeu, si je vous dis oui ou non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais non, mais moi j'ai d'autres questions complémentaires si vous me dites oui ou non, alors répondez-moi, ce n'est pas compliqué

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui, on change… je ne sais pas ce qu'il en restera si vous regardez les choses, on change le recrutement, on change la formation, on change la sortie et la gestion des carrières. Quand on met de l'évaluation des préfets, comme on l'a annoncé avec le Premier ministre vendredi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, il y aura un concours cette année quand même, à l'ENA ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a un concours, on est en train de vous dire qu'on crée des prépa "Talents", on va même ouvrir des places supplémentaires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Prépa « Talents », très bien, c'est formidable !

AMELIE DE MONTCHALIN
Pour que ces jeunes, de tout le pays, de tous les milieux sociaux, puissent devenir haut fonctionnaire, donc vous voyez bien qu'aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc l'école, telle qu'elle est aujourd'hui, sera donc supprimée, il y aura une école différente.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce qui est certain c'est que ça ne ressemble en rien à ce que pendant des années les Français ont compris, qui n'allait pas, ça ne ressemble plus en rien dans le recrutement, ni dans la formation, ni dans les carrières qui en suivent. Alors après, comment ça s'appelle, on pourra peut-être changer le nom…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va changer de nom ?

AMELIE DE MONTCHALIN
On verra, moi mon enjeu ce n'est pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc c'est une façon de la supprimer quoi, cette école !

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais mon enjeu c'est de supprimer l'entre soi, c'est de supprimer le corporatisme, c'est de supprimer tout ce qui ne va pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc elle sera, telle qu'elle est aujourd'hui, cette école sera supprimée.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce qui est sûr c'est que tout ce que les Français ont compris qui ne fonctionnait pas, sera supprimé, parce que ce qu'on veut casser, avec le président, c'est cette inertie qui fait qu'aujourd'hui les Français ont le sentiment, et il faut qu'on se batte contre ce sentiment, qu'il y a, vous savez, une fameuse technocratie. Un ministre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils ont ce sentiment.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ils ont ce sentiment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous, vous n'avez pas fait l'ENA.

AMELIE DE MONTCHALIN
Moi je ne suis pas fonctionnaire, je n'ai pas fait l'ENA.

JEAN-JACQUES BOURDIN
HEC.

AMELIE DE MONTCHALIN
J'ai fait une autre école, et je me suis engagée il y a 3 ans en politique pour servir mon pays, et j'ai une conviction, c'est qu'il faut qu'on redonne tout son sens à la responsabilité politique. Quand on se présente devant les Français, moi j'ai été élue, j'ai pris des engagements, c'est ces engagements qui font qu'aujourd'hui, quand j'étais députée, puis aujourd'hui quand je suis membre du gouvernement, j'ai un devoir absolu, c'est de piloter les administrations. Vous savez, on a fait des grandes réformes, je vous donne un exemple. Gérald DARMANIN, quand il était ministre du Budget, et qu'il a fait le prélèvement à la source, vous savez ça fait 20 ans qu'on en parlait, on avait expliqué ça va être très très compliqué, que l'administration ne voulait pas, bon, il a pris son rôle de ministre à coeur, il a pris une décision politique, il a suivi de A à Z la mise en oeuvre, et il a fait une réforme, vous savez, dont aujourd'hui plus personne ne parle, qui a été réussie, c'est ça le politique, c'est de piloter l'administration, c'est de rendre possible les choses, c'est de nommer des gens. J'aimerais vous parler d'une femme que j'ai nommée, parce que comme ça, ça donnera à voir aux Français ce que veut dire d'être ministre, j'ai nommé, il y a un peu plus de 3 mois, une femme qui n'est pas d'un grand corps, qui n'est pas énarque, qui a monté tous les échelons de son administration, qui aujourd'hui est la DRH de l'Etat, elle s'appelle Nathalie COLIN, et je l'ai choisie parce qu'elle avait des compétences et du mérite, c'est ça qu'on doit faire vivre dans la haute fonction publique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc l'ENA ne sera plus l'ENA, si j'ai bien compris.

AMELIE DE MONTCHALIN
Exactement, vous avez bien compris.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, eh bien très bien ! Amélie de MONTCHALIN, un mot sur les violences sexuelles. A HEC ça a existé, vous avez eu connaissance de cela ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Moi personnellement non, mais ce que je peux vous dire c'est que si ça existait, comme partout ailleurs, là aussi il faut qu'on ait très résolument, très collectivement, un engagement fort, c'est que la loi du silence s'arrête. Ce sont des actes intolérables, ça détruit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez eu connaissance de tels actes dans votre école ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je réfléchis là, comme ça, tout de suite personnellement ça ne me dit, moi personnellement, rien, maintenant il est certain, que comme on voit que ça concerne toute la société, tous les milieux, toutes les structures, et malheureusement beaucoup trop de jeunes hommes et de jeunes femmes dont les vies sont détruites, il nous faut absolument libérer la parole, mais surtout en tirer des conséquences, des conséquences pénales et des conséquences de reconstruction, et donc on y travaille, pleinement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question sur le projet "Hercule", qui concerne les agents publics de l'EDF, est-ce que les salariés conserveront leur statut, si cette réforme aboutit ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, aujourd'hui ce projet n'est pas suivi par la ministre que je suis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais enfin vous êtes…

AMELIE DE MONTCHALIN
Parce que d'abord vous savez qu'il y a des négociations complexes, vous avez vu qu'il y a beaucoup de débats…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec l'Union européenne, oui, notamment.

AMELIE DE MONTCHALIN
Notre enjeu c'est la souveraineté, énergétique, c'est la souveraineté industrielle…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais je vous pose une question, est-ce que les agents conserveront leur statut ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Evidemment que dans tout changement, dans toute évolution, dans toute réforme, on a toujours, toujours, l'engagement de protéger les hommes et les femmes, de leur donner des perspectives…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les agents conserveront leur statut ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui ce sujet n'est pas un sujet sur lequel j'ai des annonces à vous faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais répondez-moi…

AMELIE DE MONTCHALIN
On n'en n'est pas là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne s'agit pas d'annoncer, il s'agit de rassurer ou d'expliquer aux Français, notamment aux agents EDF ce qui les attend.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais, je ne peux pas aujourd'hui vous dire ce qu'on attend puisqu'on ne sait même pas si cette réforme va se faire ou pas, donc aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si elle se fait ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Si elle se fait, on viendra, de manière très transparente, dire à chacun les engagements qu'on prend pour que, son parcours, sa carrière, soit prévisible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et l'engagement, le salarié garde son statut, c'est l'engagement ?

AMELIE DE MONTCHALIN
L'engagement c'est que chacun y voit clair et que personne ne soit pris par surprise, et donc on prendra toutes les mesures pour assurer, à ceux qui aujourd'hui assurent notre souveraineté énergétique, des conditions de travail dignes, dignes de leur engagement et dignes du service qu'ils rendent à leur pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci beaucoup Amélie de MONTCHALIN d'être venue nous voir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 février 2021