Interview de Mme Sarah El Haïry, chargée de la jeunesse et de l'engagement, à RFI le 8 avril 2021, sur la série d'attaques informatiques contre la plateforme du CNED, les dispositifs et aides pour les jeunes qui souffrent de la crise sanitaire et l'incident protocolaire en Turquie.

Texte intégral

FRÉDÉRIC RIVIERE
Bonjour Sarah El HAÏRY.

SARAH EL HAÏRY
Bonjour.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Les images de la présidente de la Commission européenne Ursula VON DER LEYEN, qui se retrouve seule debout, alors que le président turc ERDOGAN et le président du Conseil européen Charles MICHEL s'asseyent sur les deux fauteuils présents, font depuis hier le tour des chaînes de télévision et des réseaux sociaux. Comment qualifiez-vous ce qui s'est passé ? Est-ce que c'est un incident diplomatique, est-ce que c'est une maladresse, est-ce que c'est de la goujaterie ?

SARAH EL HAÏRY
Franchement, c'est les trois à la fois pour plusieurs raisons. Le président turc n'est pas à sa première provocation et démontre encore une fois je pense sa volonté, en tout cas son état d'esprit d'aller chercher l'incident. L'incident à tout prix d'ailleurs, ce n'est pas... c'est quasiment une marque de fabrique aujourd'hui du président turc. Ce qui est certain c'est qu'on ne peut pas construire une politique diplomatique sur un incident systématiquement recherché, et ce n'est pas acceptable, à l'heure où on se parle, d'être aussi volontairement provocateur, en mettant quasiment en humiliation la présidente VON DER LEYEN, c'est plutôt inacceptable, intolérable et évidement la condamnation est fermé et la plus totale.

FREDERIC RIVIERE
Pour vous, il n'y a pas de doute, c'était une volonté du président turc que d'humilier la présidente de la Commission européenne.

SARAH EL HAÏRY
Franchement, moi quand je vois cette scène-là, et quand on voit les positions, les positions et les comportements qui cherchent cet incident de la part du président turc, écoutez je veux bien laisser la présomption du doute, cependant son comportement et sa politique diplomatique en disent plus de lui que simplement la maladresse.

FREDERIC RIVIERE
Et vous ne vous dites pas que le président du Conseil européen, Charles MICHEL, aurait peut-être pu se comporter autrement que de s'asseoir et de constater la situation ?

SARAH EL HAÏRY
Pour le coup, j'ai bien pris connaissance de l'explication apportée et portée par Charles MICHEL sur ses réseaux sociaux…

FREDERIC RIVIERE
Eviter l'incident diplomatique.

SARAH EL HAÏRY
Je crois pour le coup à la bonne foi et plus à la maladresse, mais n'oublions pas qui était l'hôte et qui est responsable du rang protocolaire et de l'accueil, et de Charles MICHEL et de la présidente VON DER LEYEN.

FREDERIC RIVIERE
La section cybercriminalité du parquet de Paris a ouvert une enquête mardi après une série d'attaques informatiques contre la plateforme du CNED, au 1er jour du retour de l'enseignement scolaire à domicile, pour cause de Covid. Le ministre de l'Education nationale a parlé d'attaques venues de l'étranger. Est-ce qu'on en sait un peu plus, est-ce qu'on a une idée du pays d'où pourraient venir ces attaques ?

SARAH EL HAÏRY
A ce stade, on a mis toute l'énergie pour rétablir évidemment ce qui a pu être des… enfin les difficultés pour que les familles puissent se connecter. Une enquête est en cours, et je pense qu'on aura plus d'informations dans les semaines qui arrivent, mais il faut laisser l'enquête se dérouler, la plateforme du CNED a d'ailleurs fait un dépôt de plainte, mais ce qui est certain c'est que dès hier, c'est 155 000 classes qui ont pu se tenir, plus de 490 000 inscriptions, nouvelles inscriptions pour « Ma classe à la maison » qui ont pu se tenir, ou je pense 1,3 million de connexions qui ont pu être rétablies. Ce qui est certain c'est qu'il y a une mobilisation absolument complète, et du ministère, et des collectivités, et des plateformes, mais également en fait de l'ensemble des acteurs, pour permettre surtout aux élèves, quel que soit leur âge, de se connecter, de continuer à apprendre et de sécuriser cette continuité pédagogique à laquelle on tient.

FREDERIC RIVIERE
Que faites-vous Sarah El HAÏRY, pour aider les jeunes qui souffrent de la crise sanitaire depuis des mois ? Quels dispositifs, quelles aides, quel accompagnement pour ceux de plus en plus nombreux qui se trouvent aujourd'hui dans une détresse psychologique assez profonde ?

SARAH EL HAÏRY
Alors, monsieur RIVIERE, il y a plusieurs choses, puisque cette crise elle a provoqué évidemment des conséquences très diverses. Vous me posez la question sur les conséquences psychologiques en particulier, et sur les conséquences psychologiques elles se sont aggravées au fur à mesure que la crise a duré. Notre première réponse a évidemment, en tout cas la toute dernière, a évidemment été de protéger les étudiants et de continuer à leur permettre d'aller à l'université un jour par semaine, pour rompre cet isolement, mais nous avons également, suite à la volonté du président de la République, développé et déployé le Chèque Psy, qui est une réponse médicale en réalité, qui permet à chaque étudiant, en poussant la porte du CROUS, eh bien de pouvoir aller voir un psychologue, au-delà des recrutements pour renforcer le nombre de psychologues au sein des universités. Mais ce n'est pas que ça, je crois qu'il faut aussi regarder cette difficulté psychologique et ses conséquences psychologiques de la longueur de cette crise dans toute la diversité, et c'est pour ça qu'on soutient également beaucoup d'associations du type de « Nightline », qui font de la, enfin, une sorte d'écoute entre pairs, parce que c'est également quelque chose qui permet d'aller mieux, et donc nous accompagnons ces associations, qui sont plutôt des lignes d'écoute ou qui créent de la solidarité, et puis enfin, monsieur RIVIERE, c'est permettre à chaque étudiant qui le souhaite, eh bien de rompre cet isolement et de trouver du sens dans son quotidien, quand on sait à quel point c'est dur, en développement et en permettant l'adaptation du Service civique, en changeant des règles qui permettent par exemple d'être beaucoup plus flexible et s'adapter beaucoup plus au temps universitaire en permettant à des jeunes d'être acteurs de l'intérêt général et en même temps de suivre leurs études.

FREDERIC RIVIERE
Votre collègue Frédérique VIDAL, ministre de l'Enseignement supérieur, est critiquée depuis quelques jours après qu'une vidéo tournée par un particulier a montré quelques collaborateurs de la ministre en train de faire une petite fête, sans masque, dans les locaux du ministère. Qu'est-ce que vous retenez de cette affaire ? Est-ce que c'est une erreur de ses collaborateurs ou est-ce que c'est une tendance préoccupante à la délation qui est en train de se développer, sous l'effet de cette crise sanitaire ?

SARAH EL HAÏRY
Vous savez, on demande à tout le monde de faire des efforts, de protéger, de se protéger, de protéger les uns et les autres, parce que cette crise elle tue et il ne faut pas l'oublier, le Covid tue, il tue encore, et évidemment la condamnation elle est là. Evidemment personne ne doit faire de fête, il n'y a pas, on est dans un état de droit, enfin, il n'y a pas de passe-droit pour quelques-uns, pour personne, et donc ma réaction ne peut être qu'une réaction de condamnation, bien sûr, mais au-delà de ça, ça veut dire aussi qu'on voit en tout cas dans cette période, l'alimentation de la défiance, il y a une sorte de crise que la confiance, on voit un creuset s'installer ou en tout cas s'accroître, et je crois que c'est dévastateur. C'est dévastateur parce qu'il y a un besoin d'exemplarité. Il y a un besoin encore plus fort d'être irréprochable dans une période où les efforts sont demandés à tous. Et l'alimentation et de la délation, l'alimentation de cette défiance, je crois fait mal évidemment à notre pays et fait mal très largement aux grandes démocraties.

FREDERIC RIVIERE
Merci Sarah El HAÏRY, merci, bonne journée.

SARAH EL HAÏRY
Bonne journée

JOURNALISTE
Sarah El HAÏRY, la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale, de la Jeunesse et des Sports, elle était ce matin l'invitée de Frédéric RIVIERE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 avril 2021