Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à LCI le 26 avril 2021, sur le calendrier du déconfinement, la lutte contre le terrorisme et l'élection présidentielle de 2022.

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être l'invité politique du matin sur LCI.

GABRIEL ATTAL
Ravi d'être l'invité de votre grande première pour votre retour le matin.

ELIZABETH MARTICHOUX
Rentrée scolaire aussi, retour dans les maternelles, dans les primaires, des enfants, c'est la première étape de, on va dire du desserrement des contraintes liées au Covid, la seconde ce sera le 3 mai, vous-même d'ailleurs l'avait annoncé, ce sera la fin de la limitation des 10 kilomètres. Vous pouvez être un peu plus précis, ça veut dire qu'on pourra passer la frontière de son département, de sa région, à partir du 3 mai au matin ?

GABRIEL ATTAL
Le président de la République avait annoncé, dans son allocution du 31 mars, des restrictions de déplacements au niveau national, qui s'appliquaient déjà dans certains départements, avec une interdiction de déplacements interrégionaux, et puis une limitation à 10 kilomètres autour de chez soi, sauf motif impérieux, et il avait annoncé ses mesures pour quatre semaines, les quatre semaines s'achèvent au 3 mai, et donc, effectivement, c'est au 3 mai que doivent être levées ces mesures, ce qu'a confirmé le Premier ministre jeudi dernier.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, j'ai une curiosité, c'est qu'il y a une troisième étape, on va en parler, la mi-mai, il y a une hypothèse selon laquelle les réouvertures progressives des terrasses, musées, etc., des lieux fermés, se fassent au niveau territorial, c'est-à-dire limitées à certaines régions, dans ce cas-là on va remettre des limitations de déplacements, logiquement ?

GABRIEL ATTAL
Je n'ai pas d'information en ce sens, moi ce que je peux vous dire c'est que les restrictions de déplacements vont être levées le 3 mai, c'est ce qu'avait annoncé le président, c'est ce qu'a confirmé le Premier ministre. Ensuite, effectivement, il y aura une étape supplémentaire à la mi-mai, avec la réouverture de certains lieux qui ont été fermés, que les Français attendent de pouvoir retrouver, ce sera une première étape, moi je veux vraiment insister là-dessus, les choses vont se faire très progressivement d'ici à l'été, on ne va pas tout rouvrir d'un coup, ça ne serait pas responsable, on a vu certains pays autour de nous, en Allemagne, en Italie, où ils ont rouvert beaucoup de lieux d'un coup et ils ont dû, malheureusement pour eux, les refermer quelques jours ou quelques semaines plus tard, donc ça va se faire progressivement. La territorialisation c'est une option sur la table, c'est une possibilité, il n'y a pas d'annonce qui a été fait encore sur ce sujet, il n'y a pas de décision qui a été prise, et donc votre question c'est, est-ce que s'il y a territorialisation, c'est-à-dire si autour de la mi-mai certains lieux ne rouvrent qu'à certains endroits, est-ce qu'on remettra une restriction de déplacements, je n'ai pas d'information en ce sens.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce serait logique ?

GABRIEL ATTAL
Je ne suis pas certain, je pense que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non ?

GABRIEL ATTAL
Les Français ont montré qu'ils étaient responsables, qu'ils respectaient les règles, qu'ils étaient aussi très patients…

ELIZABETH MARTICHOUX
L'idée c'est qu'évidemment il n'y ait pas de migration des régions où on pourrait aller déjeuner à une terrasse.

GABRIEL ATTAL
Des mouvements de foule, ça je l'entends, mais encore une fois je pense que les Français ont montré leur grande responsabilité ces derniers mois et leur patience.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc pas forcément, en tout cas vous préféreriez, si je vous entends bien, l'éviter…vous, collectivement.

GABRIEL ATTAL
Moi, mais comme tout le monde, on préférerait avoir le moins de restrictions possible pour les Français, maintenant prendra toujours les mesures nécessaires pour la situation sanitaire.

ELIZABETH MARTICHOUX
La cocotte-minute menace parfois d'exploser, il y a le soleil, il y a la durée de la crise, une fête techno improvisée, ou pas d'ailleurs, aux Buttes-Chaumont hier, à Paris, on a vu les images, ça vous inspire quoi, de la colère pour ce moment d'irresponsabilité ?

GABRIEL ATTAL
C'est des images qui ne sont pas admissibles, et moi je comprends que des Français qui font des efforts depuis des mois, tous les jours, qui respectent toutes les règles, soient en colère devant ces images-là, on ne peut pas gâcher les efforts que font tous les Français à travers ces moments. Moi j'entends parfaitement la lassitude, et notamment des jeunes, qu'ils en ont marre, qu'ils ont envie de pouvoir reprendre une vie la plus normale possible, mais il n'y aurait rien de pire que de gâcher nos efforts, qu'on a faits depuis maintenant plusieurs mois, qu'on a renforcés depuis plusieurs semaines, au moment où la situation commence à s'améliorer et on espère pouvoir desserrer rapidement les contraintes. Vous disiez fête improvisée, je ne suis pas sûr qu'on improvise une fête avec plusieurs centaines de personnes, donc il faudra trouver les organisateurs…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'était ma question, vous allez chercher les responsables, les organisateurs, et les sanctionner, c'est possible ?

GABRIEL ATTAL
A chaque fois qu'il y a un événement comme celui-ci, il y a une enquête, on recherche les organisateurs et on les poursuit. Vous vous souvenez, il y a quelques semaines, il y avait des images qui avaient beaucoup choqué, sur des berges lyonnaises, avec une fête qui avait été organisée, il me semble que les organisateurs ont pu être identifiés, on a poursuivi en justice, notamment pour mise en danger de la vie d'autrui, plusieurs centaines de personnes depuis le début de cette crise, je pense que c'est important que les règles soient appliquées.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc là une enquête va être ouverte, si ce n'est déjà fait ?

GABRIEL ATTAL
Je n'ai aucun doute sur le sujet, oui, oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Votre message c'est ne gâchez pas les efforts, c'est ça ?

GABRIEL ATTAL
Oui, il ne faut pas gâcher…

ELIZABETH MARTICHOUX
Tenez autant que possible.

GABRIEL ATTAL
Et encore une fois, je suis conscient, en disant ça, que c'est très difficile pour les Français, ça fait très longtemps qu'on leur impose des restrictions, et que tout le monde a envie de pouvoir retrouver une vie la plus normale possible, mais encore une fois, il faut tenir encore quelques semaines.

ELIZABETH MARTICHOUX
Emmanuel MACRON a fixé la date à laquelle il s'adressera aux Français ?

GABRIEL ATTAL
Il n'y a pas de date qui a été annoncée encore, il a dit…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'elle a été fixée déjà, à votre connaissance ?

GABRIEL ATTAL
Non, je n'ai pas connaissance de cette date, il a dit qu'il reviendrait devant les Français prochainement, c'était à la fin mars, le 31 mars, donc c'est très prochainement, pour s'exprimer devant eux et leur donner les étapes du calendrier de réouvertures.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce sera cette semaine ou plus vraisemblablement après le 1er mai ?

GABRIEL ATTAL
Je ne préfère pas m'engager, franchement je ne préfère pas m'engager sur une date puisque ce n'est pas encore fixé.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça dépend de quoi ?

GABRIEL ATTAL
Il faut trouver le meilleur moment, ça dépend de deux choses. D'abord il faut que le travail du gouvernement, sur ces étapes-là, ait avancé, je peux vous dire qu'il avance, on a des réunions régulièrement pour préparer ces échéances, et la deuxième chose c'est qu'il faut que les annonces soient faites suffisamment en amont pour que les personnes qui travaillent dans les lieux qui ont été fermés puissent se préparer évidemment à leur réouverture, on ne peut pas dire du jour pour le lendemain "on va rouvrir votre établissement en terrasse", parce que ça nécessite une petite, même une grosse organisation et une préparation.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais on a dit-il vers la mi-mai, donc vers la mi-mai, si on prend quelques jours avant, l'allocution peut aller jusqu'où jusqu'au 10 mai, à la limite.

GABRIEL ATTAL
Encore une fois, je ne préfère pas m'engager sur une date, mais je pense que c'est prochainement.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est prochainement. Très prochainement aussi, Gabriel ATTAL, mercredi un nouveau texte sur le renseignement et la lutte contre le terrorisme, c'est Gérald DARMANIN qui l'a annoncé hier dans le JDD. Valérie PECRESSE vous demande, elle est présidente de la région Ile-de-France, de différer de quelques jours de la présentation de ce texte, dans une démarche qu'elle présente comme constructive, pour que l'opposition ait le temps d'être consultée, vous lui répondez quoi ce matin ?

GABRIEL ATTAL
D'abord c'est un projet de loi, donc il passe en Conseil des ministres mercredi, mais il va évidemment être transmis immédiatement au Parlement et travaillé avec les oppositions au Parlement pendant plusieurs jours, plusieurs semaines, avant qu'il soit examiné en séance publique. La deuxième chose c'est que, c'est un texte qui vient prolonger et enrichir des mesures qui sont en place dans notre pays depuis 2017, depuis la loi Sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme, puisqu'un certain nombre de ces mesures devaient s'arrêter à l'été et donc il faut les prolonger, donc il y a déjà eu évidemment beaucoup de débats sur ces mesures, mais on voit bien que, depuis 2017, il y a eu un certain nombre de drames dans notre pays, qu'il faut renforcer ces mesures, et donc il y a un travail qui va se faire évidemment avec les oppositions, autour de ça. Je ne suis pas certain que ça nécessite…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous lui dites on ne diffère pas…

GABRIEL ATTAL
Je, je…

ELIZABETH MARTICHOUX
La réponse c'est non…

GABRIEL ATTAL
Je ne pense pas que la bonne solution soit de différer le passage du texte en Conseil des ministres, en revanche je pense que la bonne solution c'est d'y travailler avec les oppositions au Parlement, et par ailleurs avec d'autres responsables politiques s'ils le souhaitent…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour un débat en juin, au Parlement ?

GABRIEL ATTAL
Ah non, je pense… je n'ai pas le calendrier parlementaire en tête, mais ça va arriver assez rapidement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dès le mois de mai ?

GABRIEL ATTAL
Encore une fois je…

ELIZABETH MARTICHOUX
On est le 26 avril, donc c'est mai ou juin.

GABRIEL ATTAL
L'inscription en séance publique, il me semble, c'est au bout de quelques semaines, donc mai…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc fin mai, début juin. Est-ce que ce texte, s'il avait déjà été d'ailleurs adopté, il aurait pu empêcher quoi que ce soit vendredi, de l'acte de vendredi, parce que le but c'est quand même de renforcer notre arsenal face à des attentats comme celui de vendredi, qui sont très difficilement détectables, est-ce qu'il aurait pu empêcher quelque chose ?

GABRIEL ATTAL
Moi je ne ferai jamais partie des personnes qui disent "si on avait pris telle mesure, on aurait pu empêcher tel acte", et comme je n'accepte pas d'entendre parfois certains dans l'opposition dire "si on avait été aux responsabilités, on aurait empêché tel acte", c'est toujours un drame et je pense que tous les gouvernements, quels qu'ils soient, ont toujours pour objectif de les empêcher, après on peut avoir des positions différentes, mettre en place des moyens différents, on n'a pas à rougir des moyens qui ont été mis en œuvre depuis 2017 pour renforcer la sécurité des Français, notamment vis-à-vis du terrorisme. 1900 personnes recrutées dans nos services de renseignement, le doublement du budget.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous allez devoir convaincre parce que les Français créditent assez peu le gouvernement d'efficacité dans ce domaine, et la droite, hier, a beaucoup martelé que si on veut lutter efficacement il faut cesser de nier le lien entre immigration et terrorisme, c'est une rhétorique du Rassemblement national, ex-FN, depuis très longtemps, la droite le dit, est-ce qu'il y a un lien entre terrorisme et immigration ?

GABRIEL ATTAL
Il est un fait que le terroriste qui a tué cette policière était une personne immigrée, de même qu'un certain nombre d'actes qui ont eu lieu ces dernières années, tragiques dans notre pays, étaient le fait de personnes immigrées. Moi je n'accepterai jamais qu'on fasse, qu'on tire un trait, c'est-à-dire qu'on dise immigration = terrorisme, comme certains politiques cherchent à le faire, mais il faut se poser évidemment toujours les bonnes questions et proposer les bonnes réponses, voilà.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors attendez, parce que là, quelle est la nuance ? Par exemple, Emmanuel MACRON qui dit "des actions terroristes peuvent être menées par des personnes qui utilisent les flux migratoires pour menacer le sol national", donc c'est une façon de dire qu'il y a un lien entre immigration et terrorisme.

GABRIEL ATTAL
C'est une façon de dire, et c'est, je crois, les mots exacts qu'avait envoyé le président de la République en novembre dernier, qu'une part du terrorisme peut être liée à une forme d'immigration, c'est ce qu'avait dit le président de la République, tout en disant le terrorisme n'est pas assimilable à l'immigration. On ne peut pas dire derrière chaque immigré se cache un terroriste, comme certains cherchent à le laisser penser, moi c'est ça que je rejette, en revanche il faut toujours se poser les bonnes questions et apporter les bonnes réponses.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous dites il y a un lien entre terrorisme et immigration ?

GABRIEL ATTAL
Encore une fois je vous dis que c'est un fait que des auteurs d'actes terroristes, dans notre pays, on l'a vu à Rambouillet, on l'a vu à Conflans-Sainte-Honorine, on l'a vu à Nice aussi, sont le fait de personnes immigrées, maintenant, encore une fois, je vous dis, moi je n'accepterai jamais de rentrer dans les discours qui consistent à dire que terrorisme = immigration et inversement, ce qui me semble dangereux.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et alors comment on fait de la présence ?

GABRIEL ATTAL
D'abord…

ELIZABETH MARTICHOUX
Comment on empêche, comment on se protège ?

GABRIEL ATTAL
On se protège d'abord en renforçant nos moyens de se protéger. Depuis, je le disais à l'instant, depuis 2017, 1900 recrutements dans nos services de renseignement, le doublement du budget de nos services de renseignement, on le fait en luttant contre les lieux, et en fermant des lieux, qui prêchent la haine, la radicalisation, on en a fermé plus de 500 depuis 2018, c'est un par jour en moyenne, c'est des débits de boissons, c'est des associations, c'est des clubs de sport dans lesquels on prêche la radicalisation.

ELIZABETH MARTICHOUX
Revenons aux frontières, pardon Gabriel ATTAL, parce que vous avez raison, il y a eu beaucoup de choses qui ont été faites par le gouvernement, mais en ce qui concerne les frontières, Xavier BERTRAND hier, sur LCI, "En toute franchise", "s'il est élu", dit-il, "plus aucune personne entrée clandestinement sur le territoire national ne pourra être régularisée ensuite", c'est simple, c'est lisible, c'est clair, tous les Français peuvent comprendre cette mesure, qu'est-ce que vous en dites ?

GABRIEL ATTAL
D'abord la question moi que je poserai c'est, est-ce que ça signifie, que si cette mesure avait été en place, des chrétiens d'Orient, par exemple que Xavier BERTRAND avait, je crois, beaucoup défendus, qui sont arrivés sur notre sol de manière clandestine, n'auraient pas pu recevoir le droit d'asile ? Est-ce que ça veut dire que des personnes qui sont persécutées dans leur pays, qui fuient leur pays pour rejoindre la France, et qui ont vocation à être accueillies via le droit d'asile, ne pourraient pas prétendre à être accueillies ?

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors c'est quoi, c'est purement démagogique, c'est de la simplification, c'est quoi ?

GABRIEL ATTAL
Moi je vais vous dire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Dites-nous, parce que c'est important que les Français sachent caractériser…

GABRIEL ATTAL
Non, mais moi je vais vous dire Elizabeth MARTICHOUX, je considère qu'on en démocratie et si des responsables politiques veulent faire des propositions, évidemment qu'ils peuvent les faire et qu'on doit pouvoir les discuter démocratiquement, et j'imagine que Gérald DARMANIN aura l'occasion de répondre à ces propositions, moi, ce que je vous dis, c'est ce que nous on fait…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous n'avez pas toujours la même, pardon, pudeur de gazelle à propos de l'opposition, vous traitez de vautour Marine LE PEN hier dans, je crois Le Parisien, parce qu'elle a été très prompte à réagir vendredi après le drame de Rambouillet. Sur la forme d'ailleurs, un mot, est-ce que c'est souhaitable qu'un ministre recours à ce type de vocabulaire à l'endroit d'un chef de l'opposition, d'un autre parti ?

GABRIEL ATTAL
Moi ce que j'ai dit c'est que j'avais constaté vendredi, à l'occasion de cette attaque terrible, ce qu'on constate malheureusement régulièrement quand il y a des attentats, c'est-à-dire, oui, un réflexe de vautour à se précipiter, Isabelle MARTICHOUX, même pas 2 heures après que l'attentat a été commis, sur les plateaux de télévision, pour expliquer que, c'était de la faute du gouvernement, que si on avait été aux responsabilités ça aurait été différent. Moi je refuse de faire de l'instrumentalisation politicienne et de tenir ce type de discours. Vous savez, c'est comme si moi, en tant que porte-parole du gouvernement, j'étais là à vous dire que l'auteur de l'attentat de vendredi dernier est entré illégalement en France en 2009 et que donc ça serait de la faute de ceux qui est aux responsabilités en 2009, qu'il n'a pas été expulsé ensuite dans le quinquennat suivant et que donc ça serait de leur faute…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien je ne fais pas ça Elizabeth MARTICHOUX, parce que je considère que quand on est aux responsabilités on fait tout, et on doit tout faire, pour lutter contre le terrorisme et pour protéger les Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne regrettez pas l'usage, juste encore une fois, de recours à ce vocabulaire, limite de l'insulte ?

GABRIEL ATTAL
Je considère qu'il y a, et qu'il y a eu, j'espère qu'il n'y aura plus, mais malheureusement on le voit à chaque attaque…

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, vous assumez.

GABRIEL ATTAL
Ce type de réflexe, que je regrette, mais encore une fois, on est en démocratie, et tout responsable politique de l'opposition, tout Français, peut évidemment faire des propositions constructives, pour aller plus loin, pour resserrer les mailles du filet. Mais, encore une fois, se précipiter quelques heures après une attaque pour expliquer que c'est de la faute du gouvernement, je ne suis pas sûr que ce soit très digne.

ELIZABETH MARTICHOUX
Encore deux, trois questions. Vous dites aussi, dans le même temps, que la gauche et la droite chouchoutent le RN, au-delà de la punchline, pardon, vous pouvez développer, vous avez des exemples qui montrent que la droite et la gauche chouchoutent le Rassemblement national ?

GABRIEL ATTAL
Ce que j'aimerais c'est avoir des exemples qui montrent que la droite et la gauche combattent le Rassemblement national. Aujourd'hui, vous écoutez des discours de responsables politiques, de gauche et de droite, ils considèrent, ils le disent d'ailleurs comme tel, que, pour eux, la présence de Marine LE PEN au second tour de l'élection présidentielle est un fait acquis et que l'enjeu c'est d'être celui ou celle qui sera face à Marine LE PEN au second tour de l'élection présidentielle…

ELIZABETH MARTICHOUX
Le tenir pour acquis c'est une faiblesse à l'égard du Rassemblement national ?

GABRIEL ATTAL
Et donc de taper sur le président de la République.

ELIZABETH MARTICHOUX
…Président, c'est grandeur et servitude, si je puis dire, du sortant.

GABRIEL ATTAL
Oui, ce que je veux dire c'est que, je m'étonne, et je regrette, notamment s'agissant de la gauche, puisque je viens de la gauche, que le combat contre le Rassemblement national soit passé au second plan, c'est ce que j'observe, c'est ce que je constate.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ils le font pourquoi, par calcul, par aveuglement ou pas cynisme ?

GABRIEL ATTAL
Moi je pense qu'il y a une part de tout ça, je pense qu'il y a une part d'aveuglement, peut-être une part de cynisme, et moi je vous le dis, je trouve ça très dangereux. Moi je préférerais évidemment…

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce que dans le fond ils préfèrent Marine LE PEN à Emmanuel MACRON ?

GABRIEL ATTAL
Ce n'est pas ce que je dis…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, non, j'essaye de comprendre.

GABRIEL ATTAL
Ce n'est pas ce que j'espère…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous pouvez aussi aller jusqu'au bout de votre pensée…

GABRIEL ATTAL
Je vais toujours au bout de ma pensée, Elizabeth MARTICHOUX, ce n'est pas ce que je dis, ce n'est pas ce que j'espère, ce que je dis simplement c'est qu'il me semble dangereux de considérer, de dire, que la présence du Rassemblement national au second tour de l'élection présidentielle est un fait acquis, et que finalement il n'y aurait plus ce combat-là à mener, de le faire reculer et d'avoir un débat démocratique entre deux candidats de partis de gouvernement au second tour de l'élection présidentielle. Moi je rêve d'un 21 avril inversé, où finalement le Rassemblement national ne serait pas présent au second tour, peut-être à la surprise générale.

ELIZABETH MARTICHOUX
On verra, c'est dans 1 an. Un mot de la campagne, dévoilée sur le compte Facebook et Twitter de Julien BAYOU, qui montrait du doigt des adversaires supposés de l'écologie pour inciter ses sympathisants à aller voter. Sur l'une des images, qui a été retirée d'ailleurs, on voit des personnes âgées - est-ce qu'on voit les personnes âgées là ? On ne les voit pas – avec le slogan "Les boomers ont prévu d'aller voter" - on va le revoir le tweet, voilà – "Les boomers, eux, ont prévu d'aller voter." Il a reconnu une erreur, dont acte !

GABRIEL ATTAL
Dont acte, il a reconnu une erreur, il a retiré le visuel. Moi je ne suis pas pour les polémiques à répétition et pour en permanence essayer de tirer les polémiques le plus loin possible, dès lors qu'il reconnaît une erreur et qu'il retire ce visuel, dont acte, voilà ! C'était effectivement très malheureux comme visuel, parce que moi je ne fais pas partie de ceux qui cherchent à alimenter les fractures et à opposer les générations…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça ne traduit rien du fond ?

GABRIEL ATTAL
Moi je pense que ça traduit quand même une volonté, toujours, de mettre à l'index un certain nombre de personnes, et d'opposer les Français les uns aux autres, de communautariser la société et de dire finalement qu'on opposerait les générations les unes aux autres. Moi je connais beaucoup de personnes âgées qui sont très engagées en faveur de l'écologie et je connais des personnes moins âgées qui le sont moins, alors c'est vrai que les jeunes sont très mobilisés sur ces questions-là, mais… cette simplification qui consiste à dire les boomers, ou les personnes âgées, voteraient d'un bloc et ne seraient pas favorables à l'environnement…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est quoi, il y a du sectarisme derrière ?

GABRIEL ATTAL
Oui, il y a du sectarisme, et puis, encore une fois, il y a une volonté de communautariser en permanence, de séparer les Français les uns des autres en fonction, là ici de leur âge, mais parfois ça peut être de leur couleur de peau, ou d'autres facteurs, et ça, moi je ne rejoins pas ça du tout, mais encore une fois il l'a retiré, il a reconnu une erreur, et je pense que ça aussi il faut savoir le dire et le souligner.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et le saluer même.

GABRIEL ATTAL
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Toute dernière question. Le 5 mai prochain, bicentenaire de la mort de Napoléon, l'empereur sera-t-il commémoré par Emmanuel MACRON ?

GABRIEL ATTAL
Oui, il y aura une commémoration et il y aura une expression du président de la République à cette occasion.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc physiquement il ira commémorer ce bicentenaire.

GABRIEL ATTAL
Il y aura une expression du président de la République à cette occasion, je ne sais pas quelle forme elle prendra. Napoléon c'est des lieux de mémoire qui habitent encore les Français, c'est le baccalauréat, c'est la figure du préfet, d'une certaine manière la figure du maire, même s'ils n'étaient pas élus à l'époque, c'est important de le commémorer, de regarder l'Histoire en face, de dire aussi quel a été cet héritage, ce que dix générations de Français ont fait de cet héritage, y compris sur des dossiers extrêmement difficiles, je pense notamment à la question de l'esclavage…

ELIZABETH MARTICHOUX
On aura l'occasion d'en reparler parce qu'effectivement il y aura forcément une polémique, il y a beaucoup d'adversaires de cette commémoration de Napoléon. Merci beaucoup Gabriel ATTAL d'avoir été ce matin l'invité de LCI. Bonne journée à vous.

GABRIEL ATTAL
Merci Elizabeth MARTICHOUX.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 avril 2021