Interview de Mme Elisabeth Moreno, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, à CNews le 10 juin 2021, sur le rapport d'inspection demandé sur le féminicide de Mérignac et les nouvelles mesures pour lutter contre les violences conjugales.

Texte intégral

ROMAIN DESARBRES
Un rapport accablant sur le féminicide de Mérignac et des propositions de la part du gouvernement, le féminicide de Mérignac, c'est une histoire monstrueuse. Un homme, Mounir B, avait tiré sur sa femme avant de la brûler vive, on s'en souvient tous. Elisabeth MORENO, ministre chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, merci d'être avec nous en direct sur CNEWS ce matin et d'avoir choisi CNEWS pour parler. C'était une affaire, une histoire dramatique, monstrueuse. Rapport accablant, je le disais, qu'est-ce que vous avez découvert dans ce rapport ?

ELISABETH MORENO
Ce que nous avons découvert, c'est que nous avons encore du travail à faire pour coordonner les actions de la police et de la justice pour protéger les femmes qui sont victimes de violences. Nous avons besoin de renforcer des dispositifs de protection de ces victimes. On a aussi besoin d'avoir un meilleur suivi les acteurs de violences conjugales sur le terrain et je crois qu'il faut encore renforcer le partage d'informations entre la police et la justice parce que travailler en silos sur des questions aussi essentielles est parfois extrêmement dangereux. Et malheureusement on l'a vu pour le cas de ce féminicide et c'est ce sur quoi nous travaillons aujourd'hui et c'est ce sur quoi nous avons travaillé hier avec monsieur le Premier ministre.

ROMAIN DESARBRES
Voilà travailler en silos, ça veut dire travailler chacun dans son coin, vous dites, vous avez du travail à faire, c'est un euphémisme, pas de coordination entre la police et les services pénitentiaires, c'est affligeant de lire ça. C'est-à-dire que les policiers recherchaient Mounir B qui se rendait tranquillement pour rencontrer l'administration pénitentiaire, il n'y avait pas de coordination, donc il avait rendez-vous avec l'administration pénitentiaire et les policiers continuaient à le rechercher.

ELISABETH MORENO
Et c'est justement la raison pour laquelle nous allons mettre en place un fichier de suivi des agresseurs et de faire en sorte que à chaque fois qu'une personne qui aura commis une agression qui sera reconnue pour violences conjugales, il sera connu à la fois des forces de l'ordre, mais également de l'injustice et ce fichier pourra être suivi avec toutes les indications nécessaires pour encore une fois protéger les victimes.

ROMAIN DESARBRES
Quelle a été votre réaction de ministre mais aussi de femmes quand vous avez lu ce rapport ?

ELISABETH MORENO
Vous avez ma réaction de femme, derrière chaque agression et encore pire sur les féminicides, c'est de me dire qu'il est quand même aberrant qu'en 2021 dans notre pays, il y ait encore des hommes qui continuent d'assassiner des femmes parce qu'elles décident à un moment ou un autre de les quitter parce qu'elles en ont marre de subir les violences. Parce qu'il faut rappeler que ces féminicides arrivent en général leur que les femmes trouvent le courage de quitter les foyers où elles subissent ces violences ou alors quand elles sont parties. Donc ce sont des moments clés où je veux vraiment alerter les femmes qui se trouvent dans cette situation-là et je veux aussi dire que c'est un sujet sociétal dont tout le monde peut se saisir. C'est douloureux d'entendre quand c'est trop tard, on le savait, on avait entendu dire qu'elles subissaient des violences, les familles, les voisins, les amis qui sont au courant de ce genre de choses je vous dire que parfois ces femmes sont sous une telle emprise qu'elles n'osent pas parler, qu'elles ont peur, qu'elles ont honte et qu'elles ont donc absolument besoin d'aide de toute la société pour pouvoir sortir de cette situation. L'Etat a son travail à faire, la police reste le premier rempart face à ces violences et il y a encore des choses à améliorer et nous le reconnaissons au travers de ces enquêtes qui ont été menées. Les magistrats doivent être de plus en plus volontaires avec le déploiement des bas anti-rapprochements par exemple, nous allons d'ici la fin 2021 en déployer 3000, aujourd'hui il y en a 1800. Les bracelets anti-rapprochement sont une manière d'éloigner les agresseurs et c'est grâce à ce genre de dispositif avec les ordonnances de protection, avec les téléphones graves dangers que nous arriverons à protéger les victimes. Mais encore une fois c'est toute la société qui doit se saisir de ces questions.

ROMAIN DESARBRES
Oui voilà vous dites que c'est aberrant quand on est une femme de voir ça, les hommes trouvent ça aberrant également évidemment. Dossier mal rempli, est-ce que vous réclamez des sanctions pour des fonctionnaires ?

ELISABETH MORENO
Vous savez avant de chercher des coupables parce que l'erreur peut être humaine et ce n'est pas à moi de décider si les sanctions seront données puisque c'est au Garde des Sceaux et d'une au ministre de l'Intérieur de décider de quelles mesures seront prises, moi ce que je souhaite c'est que nous apprenions de tous ces dysfonctionnements et que nous mettions en place des dispositifs qui permettront d'éviter que cela se reproduise et c'est justement pour ça que ces déploiements de téléphones graves dangers, le renforcement de la mise en place des bracelets, le contrôle de la détention pardon des armes parce qu'il faut savoir que la plupart des féminicides sont commis avec des armes à feu ou des armes blanches. Le fait de pouvoir faire en sorte que nous ayons un fichier national de personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, que ce soit des sujets qui soient beaucoup plus suivis, eh bien c'est je pense des dispositifs qui nous permettront d'enrayer progressivement ce fléau dans notre pays.

ROMAIN DESARBRES
Merci beaucoup Madame la Ministre, Elisabeth MORENO. J'ai une dernière question à vous poser, il y a eu une réunion hier soir à l'Elysée sur l'immigration, il a été question de l'immigration, une réunion qui a permis plusieurs constats et il a été dit lors de cette réunion le taux d'acceptabilité de l'immigration en France est de plus en plus bas. Est-ce que vous avez un commentaire à faire sur cette phrase ?

ELISABETH MORENO
Je n'ai pas commentaire à faire sur cette phrase, je suis une enfant issue de l'immigration, j'ai un amour infini pour ce pays qui est un pays d'adoption dans lequel j'ai pu grandir et apporter moi aussi ma contribution à ce pays, je ne partage évidemment pas ce point de vue comme vous pouvez l'imaginer. Il ne faut pas voir dans l'immigration que ce que l'on veut montrer de ce qu'il y a de pire, la plupart des personnes immigrées qui vivent dans ces pays, vivent parfaitement bien, elles travaillent, elles contribuent au développement de notre pays et j'aimerais qu'on ait une image un peu plus positive que celle qu'on continue de démontrer pour trouver les boucs émissaires à des maux qui sont portés par toute une population.

ROMAIN DESARBRES
Elisabeth MORENO, ministre chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, merci beaucoup Madame la Ministre d'avoir été en direct avec nous ce matin, très bonne journée à vous.

ELISABETH MORENO
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 juin 2021